
Le 10 avril 1840, la ville d’Aix-en-Provence fut le théâtre d’un de ces drames solitaires que la presse de l’époque relatait avec une concision glaçante. Joseph Pierre Rossignol, un homme de 44 ans et deux mois, mit fin à ses jours dans des circonstances particulièrement atroces.
Grâce à l’acte de décès consigné à l’état civil d’Aix, nous en savons davantage sur l’identité de ce « ménager » que le journal Le Mémorial d’Aix désignait simplement sous le nom de Rossignol. Né à Aix, Joseph Pierre Rossignol était le fils de Louis Étienne Rossignol, propriétaire, et de Marguerite Cauvet. Bien qu’il fût issu d’une famille de propriétaires, l’officier civil le déclarait « sans profession » au moment de sa mort.
Il vivait avec son épouse, Anne Marguerite Magdeleine Sexte Girard, au numéro 41 de la rue du Puits-Neuf. C’est là, dans l’intimité de son domicile, qu’il commit l’irréparable.
Joseph Pierre Rossignol choisit une méthode radicale et effroyable : il ingéra une « assez grande quantité d’acide sulfurique » et expira après « douze heures d’horribles souffrances ». Ce délai suggérait une agonie lente, provoquée par les brûlures internes dévastatrices du vitriol.
Pourquoi s’était-il ôté la vie ? La rumeur laissait entendre que son suicide avait été provoqué par un « état maladif dans lequel il se trouvait depuis longtemps », esquissant le portrait d’un homme que la maladie ou la mélancolie minait depuis des années.
Ce furent deux voisins, Gaspard et Jean-Baptiste Leydet, tous deux cultivateurs, qui se présentèrent à la mairie le lendemain, 11 avril, à 11 heures du matin. Ils déclarèrent le décès devant l’adjoint Picard qui, après s’être transporté au domicile de la rue du Puits-Neuf pour constater que l’homme était bien décédé la veille à midi, signa seul l’acte car les témoins ne le savaient faire.
Ce drame ne fut pas le seul à endeuiller la ville ce jour-là. En effet on trouva le 10 avril le cadavre en décomposition d’une « pauvre femme » morte depuis une dizaine de jours. Ce printemps 1840 s’ouvrait ainsi sur une chronique aixoise bien sombre, où la solitude et le dénuement frappaient cruellement les habitants.
- Sources : Le Mémorial d’Aix, 11 avril 1840, page 2.
- Archives départementales des Bouches-du-Rhône, état civil d’Aix-en-Provence, décès de 1840, acte n° 275, cote 202 E 371.