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Marc-Antoine d’Escalis, baron de Bras et seigneur d’Estoublon, est premier président du Parlement de Provence de 1616 à sa mort. Magistrat aixois à la carrière longue et discrète, il est mal connu, et la date de sa mort fait problème : les sources imprimées le font mourir en octobre 1620, alors qu’un acte des registres paroissiaux d’Ansouis, où il repose, donne l’année 1621.

Une famille de la robe provençale

Marc-Antoine d’Escalis est le fils aîné d’Artus d’Escalis et de Madeleine Doria, mariés le 21 juin 1552. Son père, seigneur de Bras-d’Asse, de Saint-Julien-d’Asse, d’Estoublon et de Bellegarde, est conseiller du roi et maître à la Chambre des comptes de Provence. Sa mère est la fille de Biaggio Doria, premier consul de Marseille. Sa date de naissance n’est pas documentée : on la place vers 1555.

Une carrière au Parlement d’Aix

En 1582, Marc-Antoine d’Escalis est pourvu d’une charge de conseiller au Parlement d’Aix, celle d’André d’Ardillon, assassiné peu avant le 13 février 1582. Il est reçu le 31 janvier 1584.
En octobre 1593, peu après la mort de François d’Estienne (2 octobre 1593), il est pourvu de sa charge de président à mortier. Mais cette charge, supprimée par l’ordonnance de Blois, n’est rétablie que par l’édit de septembre 1595 : il doit solliciter de nouvelles lettres le 16 décembre 1598. Il est reçu en février 1599 : le 25 février selon Clapiers-Collongue, le 27 selon Fleury Vindry, qui s’appuie sur les registres du Parlement.
Le 14 octobre 1616, il est reçu premier président, au départ de Guillaume du Vair, nommé garde des sceaux de France en mai de la même année. Jean-Louis de Monier est reçu à sa place comme président à mortier, et son successeur à la première présidence, Vincent-Anne de Forbin-Maynier, est reçu le 30 mars 1621. Un portrait gravé de lui, par Jacques Cundier (1724), figure dans le recueil des portraits des premiers présidents du Parlement de Provence.

Vie privée

Marc-Antoine d’Escalis épouse Hortense de Bourdon, dame de Saint-Pons, fille de Melchion, seigneur de Saint-Pons, et d’Anne de Gaye ; les généalogies placent le mariage en 1587. Elle meurt à Aix et est inhumée dans l’église des Cordeliers.

Ansouis

C’est à Ansouis que meurt et est enseveli Marc-Antoine d’Escalis. Les Escalis y sont installés depuis peu. La baronnie d’Ansouis, longtemps aux Sabran, passe en 1614, à la mort de Gaspard de Sabran, à son cousin Sextius d’Escalis, baron de Bras, qui ajoute à son titre celui de baron d’Ansouis. Le grand corps de logis sud du château est précisément construit à partir de 1614.
Quel lien unit Marc-Antoine à ce Sextius ? Les sources consultées ne le disent pas. Les généalogies font de Sextius (1604-1650) son fils, ce qui expliquerait que le premier président termine sa vie au château d’Ansouis. Cette filiation reste à confirmer par des actes.

Sa mort : deux dates en présence

La Chronologie de Clapiers-Collongue le dit « enseveli à Ansouis, le 14 octobre 1620 », et Fleury Vindry, puis les notices qui s’en inspirent, font mourir Marc-Antoine d’Escalis à Ansouis à cette date. Le registre paroissial d’Ansouis dit autre chose. L’acte, inscrit à la date du décès entre deux actes d’octobre 1621, porte :
« Le quatorsiesme jour du mois d’octobre mil six cents vint un, Monsieur Marc Antoine Descalis, premier president au parlement de Provence, est decedé et a esté ensepvely dans l’eglise parrochialle de ce lieu d’Ansois le vintquatre du moys de mars mil six cents vint deux. »
Selon cet acte, Marc-Antoine d’Escalis serait mort le 14 octobre 1621 et inhumé plus de cinq mois plus tard, le 24 mars 1622, dans l’église paroissiale. L’acte ne dit ni où il est mort, ni pourquoi l’inhumation a tardé. Clapiers, qui donne le 14 octobre comme date de la sépulture, ne distingue pas le décès de l’inhumation, ce qui suggère qu’il a eu sous les yeux le même acte, lu autrement. Mais un fait paraît jouer en sens inverse : Vincent-Anne de Forbin-Maynier est reçu premier président le 30 mars 1621, ce qui s’accorderait mieux avec une mort en octobre 1620. L’acte d’Ansouis, dont la lecture est assurée, donne pourtant 1621 : Escalis aurait donc quitté la première présidence avant sa mort. Les motifs de ce départ (démission, maladie, retrait à Ansouis) restent à trouver, sans doute dans les délibérations du Parlement.
L’église d’Ansouis abritait une « tombe des seigneurs d’Ansois », mentionnée dans un acte de 1645.

Postérité

D’après les généalogies, son fils Sextius (1604-1650), baron de Bras et d’Ansouis, épouse en 1626 Marguerite de Brancas, puis en 1629 Marguerite de Jarente. Henri d’Escalis de Sabran, né à Ansouis le 12 février 1630, fils de Sextius et de Madeleine de Jarente selon Clapiers, est reçu président à mortier au Parlement d’Aix le 28 novembre 1655 et meurt à Aix le 14 mai 1701 ; il serait le petit-fils de Marc-Antoine si Sextius est bien son fils. À la fin du XVIIe siècle, la baronnie d’Ansouis passe aux Villeneuve, par le mariage de Marie-Thérèse d’Escalis avec Jean-Hyacinthe de Villeneuve.

Sources et bibliographie pour approfondir

  • Registres paroissiaux d’Ansouis, acte de décès et de sépulture de Marc-Antoine d’Escalis (cote 1 E 2/3, page 2).
  • Fleury Vindry, Les parlementaires français au XVIe siècle, tome I, 2e fascicule (Parlement d’Aix), Paris, Honoré Champion, 1910.
  • Balthasar de Clapiers-Collongues, Chronologie des officiers des Cours souveraines de Provence, publiée, annotée et augmentée par le marquis de Boisgelin, Aix-en-Provence, Société d’Études Provençales.
  • Inventaire des archives de la commune d’Ansouis (FranceArchives), notice sur la seigneurie.
  • Marc-Antoine d’Escalis, Wikipédia ; généalogie sur Geneastar.
  • La Chenaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, tome 7, article « Escalis ».
Vue artistique représentant Marc-Antoine d’Escalis.

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Des billets dans une armoire : la reconstitution des registres paroissiaux de Ménerbes en 1705 https://www.geneprovence.com/des-billets-dans-une-armoire-la-reconstitution-des-registres-paroissiaux-de-menerbes-en-1705/ https://www.geneprovence.com/des-billets-dans-une-armoire-la-reconstitution-des-registres-paroissiaux-de-menerbes-en-1705/#respond Fri, 02 Oct 2026 10:17:34 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29185 On ouvre le registre des mortuaires de Ménerbes à l’année 1700. Pas de défunt. Cinq pages d’écriture serrée, du latin, une dizaine de signatures : un procès-verbal de 1705, dressé…

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On ouvre le registre des mortuaires de Ménerbes à l’année 1700. Pas de défunt. Cinq pages d’écriture serrée, du latin, une dizaine de signatures : un procès-verbal de 1705, dressé chez un prêtre commissaire, le notaire du lieu tenant la plume.
Il commence ainsi :
« L’an mille sept cent cinq et le dix de may sur le midy, dans le lieu de Menerbe et dans la maison de moy Luc Roque, prêtre dud[it] lieu… »
Ces pages disent d’où sortent les actes qui suivent. De la fin de 1700 au début de 1705, le curé n’a rien porté dans les registres. À sa mort on a ouvert une armoire. Dedans, des « petits billets et autres papiers volans ». Pour en tirer des actes valables il a fallu les chanoines d’un chapitre d’Avignon, l’évêque de Cavaillon, un commissaire et le notaire, puis deux hommes qui jurèrent reconnaître les écritures.
Les citations gardent l’orthographe du manuscrit. Les abréviations sont développées entre crochets.

I. Le cadre : une paroisse du Comtat au début du XVIIIe siècle

Une terre du pape
En 1705, Ménerbes est terre pontificale. Ce village du Luberon appartient au Comtat Venaissin, aux papes depuis le XIIIe siècle, administré depuis Avignon. Pour le spirituel il relève du diocèse de Cavaillon.
Les ordonnances royales sur les registres, Villers-Cotterêts en 1539, Blois en 1579, le Code Louis de 1667, s’arrêtent à la limite du Comtat. Ici on suit le droit de l’Église romaine.

L’obligation de tenir des registres
Le concile de Trente, en 1563, oblige les curés à inscrire les baptêmes avec le nom des parrains, les mariages avec celui des témoins. Le Rituel romain de Paul V ajoute les sépultures en 1614. Les évêques recopient ces règles dans leurs ordonnances.
La requête de 1705 s’y réfère : il faut enregistrer « conformement aux ordonances de Vostre Grandeur ». Elle nomme aussi « les livres que les curés sont obligés d’avoir pour les batesmes, mariages et mortuaires ». Un livre par sorte d’acte. On les retrouvera vides.

Qui commande à Ménerbes ?
La paroisse dépend du prieuré Saint-Étienne de Ménerbes. Ce prieuré est « uni » au Chapitre de l’« insigne Eglise collegiale de St Agricol » d’Avignon, qui en tient le titre et les revenus. Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol sont donc prieurs de Ménerbes. C’est en cette qualité qu’ils agissent d’un bout à l’autre du dossier.
Le partage des rôles se lit dans les actes. Le Chapitre nomme le curé : Falot était « curé nommé par les supplians ». Son successeur sera « presenté et approuvé par Vostre Grandeur », puis « mis en possession de lad[ite] cure par les deputtés dud[it] Chapitre ». Les registres eux-mêmes sortent des mains des chanoines, « baillés a ces fins » au curé.

L’évêque de Cavaillon
La requête est adressée « A Monseigneur Monseig[neu]r l’Ill[ustrissi]me et R[évérendissi]me Evesque et Conseig[neu]r de Cavaillon ». Évêque du diocèse, coseigneur temporel de sa ville.
En 1705 c’est Jean-Baptiste de Sade de Mazan. Il a pris en 1665 le siège de son oncle Richard et y mourra le 19 décembre 1707. Quarante ans d’épiscopat. Au bas de l’appointement, sa signature latine : J. Baptista, Episcopus Cavallicensis.

II. Le curé Falot et ses billets volants

Un Avignonnais envoyé par le Chapitre
Le 10 mai 1705, Messire Jean-Joseph Falot est mort depuis février. De sa main il reste une ligne latine, en tête du registre des baptêmes :

« per me Joannem Josephum Falot avenionensem, missum a Venerabili Capitulo avenionensi priore dicti loci »
« Par moi, Jean-Joseph Falot, Avignonnais, envoyé par le vénérable Chapitre. »

Le procès-verbal lui compte « les neufs dernieres années » de desserte, jusqu’à sa mort. En remontant : arrivé vers 1696.

Le 6 mars 1701
Ce jour-là Falot ouvre le registre des baptêmes fourni par le Chapitre. Il laisse le premier feuillet blanc. Sur le second, un titre :
« Descriptio baptisatorum ecclesiae parochialis Minerbiensis facta ab anno Domini millesimo septingentesimo primo et die sexta mensis Martii »
« Registre des baptisés de l’église paroissiale de Ménerbes, commencé l’an du Seigneur 1701, le sixième jour de mars. »

Dessous, deux versets :
« Marci XVI. Qui crediderit et baptizatus fuerit salvus erit, qui vero non crediderit condemnabitur. Joan. 3° Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto non potest introire in regnum Dei. »
Marc, chapitre 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Jean, chapitre 3 : « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Trois feuillets
Quatre ans plus tard, le commissaire ne trouvera d’écrits que « les trois feuillets suivans ». Premier baptême inscrit : une Anne Ravoire. Dernier : une Marguerite Sautelle. Les deux noms se lisent mal. Ensuite tout est « en blanc et sans ecriture ».
Le livre des mariages et celui des sépultures, Falot ne les a jamais ouverts.

Les billets
Les actes, il les notait pourtant. Sur des « petits billés et autres papiers volans » qui ne passèrent jamais au registre. Deux écritures s’y mêlent : « la plus grande partie sont ecris de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot et quelques uns de la main de M[essi]re Gaspard Niel prêtre son secondaire ». Niel est le vicaire.
Pourquoi rien ne fut recopié pendant quatre ans, le dossier ne le dit pas.

L’armoire fermée à clef
Falot meurt en février 1705. Les billets sont « dans un armoire fermé a clef de la maison claustrale dud[it] Menerbe », la maison du prieuré où logeait le curé.
Le procès-verbal écrit qu’il « a negligé et obmis » d’enregistrer. L’armoire, elle, était fermée à clef.

III. La découverte (printemps 1705)

Un nouveau curé
Le Chapitre nomme Messire Jean-Baptiste Guilheimin, prêtre. Présentation à l’évêque. Approbation. Les députés du Chapitre le mettent en possession de la cure. En mai, le procès-verbal le nomme déjà « prêtre et curé dud[it] Menerbe ».

L’inspection des députés
L’installation faite, les députés restent. Ils veulent, dit la requête, « s’informer de l’estat ou se trouvoit leur Eglise et visiter les livres que les curés sont obligés d’avoir ». Ils ouvrent les livres :
« ils se seroint apperceus que depuis la fin de l’année mille sept cent un led[it] feu S[ieu]r Fallot avoit obmis d’enregistrer dans lesd[its] livres les batêmes, mariages et mortueres »
Ils cherchent plus loin, trouvent les billets. Les chanoines les prennent et les mettent « touts ensemble dans le dessein de les faire enregistrer en bonne et deüe forme ».

Le notaire
La liasse passe chez Maître Joseph Michaelis, notaire à Ménerbes, qui la reçoit « pour la part desd[its] S[ieu]rs dud[it] Chapitre ». Il trie : les billets sont « bien rangés suivant leurs dattes par led[it] S[ieu]r Michaelis ». Sur l’ordre des chanoines il les remet ensuite au nouveau curé.
On le retrouve à chaque séance. Les actes sont dressés « ecrivant led[it] S[ieu]r Michaelis » : il tient la plume.

1700 ou 1701
Deux dates pour le même abandon. La requête du Chapitre : « la fin de l’année mille sept cent un ». Le procès-verbal du commissaire : « depuis la fin de l’année mille sept cent ».
Les pièces décrites en mai ne départagent qu’à moitié. Le livre des baptêmes est tenu à partir du 6 mars 1701 sur trois feuillets, et des billets de baptêmes de 1701 existent quand même. Les billets de sépultures commencent à « la fin de decembre » 1700, face à un livre resté vierge. Ceux des mariages seulement au début de 1702.
Le dossier ne dit pas sur quelle pièce chacun a pris sa date.

IV. La requête et l’ordonnance épiscopale (avril 1705)

Recopier ne suffit pas
Les billets sont là, classés. Les chanoines refusent pourtant de les faire simplement recopier par le nouveau curé.
En 1705 le registre est la seule pièce écrite qui prouve qu’un enfant est né de tel mariage, qu’un homme est mort tel jour. Les partages de succession s’appuient dessus. Un acte transcrit après coup, par un autre que l’officiant, peut être attaqué.
La requête pose donc deux conditions avant toute écriture :
  • 1. « proceder a la recognoissance et averation de l’escriture tant dud[it] S[ieu]r Falot que de ses secondaires » : établir que les billets sont bien de leur main ;
  • 2. « verifier si on n’a obmis aucun mariages, baptisteres et mortuaires depuis le tems que led[it] S[ieu]r Falot avoit cessé d’en faire l’enregistrement requis ».
Le but est écrit en toutes lettres : que l’enregistrement « puisse estre fait dans toutes les formes canoniques et sans pouvoir estre debatu a l’advenir d’aucune nullitté ».

La requête au prélat
Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol écrivent à l’évêque. « Supplient humblem[en]t », en ouverture. En clôture la formule d’usage : ils « prieront Dieu pour la prosperité et elevation de Vostre Grandeur ». Au milieu, une demande : « deputer sur les lieux un commissaire » avec « tout le pouvoir sur ce requis et necessaire ».
Le texte entier est recopié dans le registre.

L’appointement du 22 avril 1705
L’évêque répond au pied de la requête, en latin. Deux mots d’abord : « Attentis narratis », « vu ce qui est exposé ». Puis le nom :
« deputamus in commissarium V[enerabilem] Dominum Roque p[resbyt]erum, ad hoc ut, servatis servandis, procedat ad verificationem et recognitionem scripturarum tam D[omini] D[omi]ni Fallot, quondam parochi ecclesiae Minerbiarum, quam eius secondariorum »
« Nous députons comme commissaire le vénérable sieur Roque, prêtre, afin qu’en observant ce qui doit l’être, il procède à la vérification et à la reconnaissance des écritures tant de feu sieur Fallot, naguère curé de l’église de Ménerbes, que de ses vicaires. »

Roque doit reconnaître les écritures de Falot et des vicaires. Il doit faire enregistrer « fidèlement et soigneusement » tous les mariages et, un par un, les noms des baptisés et des défunts. Et chercher les mariages, baptêmes et décès oubliés depuis que Falot a cessé, « si quae sint » : « s’il y en a ».
Au bas : « Aven[ione], hac die vigesima secunda mensis aprilis, anno millesimo septingentesimo quinto ». « Avignon, 22 avril 1705. » La requête sera enregistrée « penes acta Curiae nostrae Episcopalis », « aux actes de notre cour épiscopale ».

Une copie certifiée
Après la signature de l’évêque, deux mots : « Sic in originali ». Puis la signature de Roque. Ce qu’on lit dans le registre est une copie, certifiée par le commissaire.

V. Le 10 mai 1705 : l’enquête chez Luc Roque

La scène
Dix mai 1705, « sur le midy ». La maison de Luc Roque, « prêtre dud[it] lieu et recteur de la chappellanie de Notre Dame de S[ain]t Sauveur » : un prêtre de Ménerbes, titulaire d’une fondation de messes qui lui rapporte un revenu.
Guilheimin « a comparu et s’est presenté », « pour et au nom des mess[ieu]rs du Chapitre S[ain]t Agricol d’Avignon ». Le notaire Michaelis est là. Les « temoins bas nommés » aussi.
Roque lit d’abord ses pouvoirs. Il a « veu et leu lad[ite] requeste et apointem[en]t d’icelle », reçu la commission « avec deubs honneurs et reverence », et se dit « prêt de proceder ». Le curé lui remet trois registres et la liasse.

L’examen des trois livres
Roque les décrit l’un après l’autre.
Baptêmes d’abord : « un livre tout neuf couvert d’une peau de parchemin blanc avec quatre ataches de peau verdâtre ». « Un doit et demy d’épaisseur, un pan et quart de longueur et un pan [de] largeur. » Le pan provençal fait 25 centimètres environ : 31 sur 25, à peu près, pour 3 centimètres d’épaisseur. En titre, Liber baptisatorum ecclesiae Minerbiae.
Mariages : « aussy tout neuf de la même epaisseur, longueur et largeur que le precedent », même reliure, même attaches. Liber matrimoniorum ecclesiae parochialis loci Minerbiae. Pas une ligne.
Sépultures : « tout neuf, couvert et attaché comme les deux precedens », de mesures « presque » égales. Roque l’ouvre et le visite « d’un bout a autre ». Tout est blanc. En titre, Liber mortuorum parochiae loci Minerbiae.
L’acte est passé devant « mess[ieu]rs Charles François Michaelis et M[aît]re Joseph Roque dud[it] lieu, temoins requis ». L’un porte le nom du notaire, l’autre celui du commissaire. Le texte ne dit rien d’une parenté. Signatures du curé, du commissaire, des témoins, du notaire. Près de celle de Roque, une mention qui semble approuver une rature.

Le décompte des billets
Aussitôt, « au même lieu », le curé met la liasse entre les mains du commissaire. Le procès-verbal compte :
  • Baptêmes : 176 billets, de 1701 à mars 1705.
  • Mariages : nombre non indiqué, du début de 1702 au début de 1705.
  • Sépultures : 130 billets, de la fin décembre 1700 au début de mars 1705.
Pour les mariages le scribe écrit « consistent a », laisse un blanc, continue. Le chiffre ne fut jamais porté.
Cent trente sépultures en un peu plus de quatre ans : une trentaine par an.

Les témoins de l’écriture
Le curé demande que les billets soient « recogneus par deux temoins d’avoir été ecris pour la plus grande partie de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot curé et l’autre partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel son secondaire ».
Deux hommes sont dans la pièce. Gaspard Niel, l’ancien vicaire, qui « connoit non seulem[en]t son ecriture, mais aussy celle de feu M[essi]re Falot ». Et Maître Benoît La Crolle, « ecclesiastique dud[it] lieu », qui connaît « tant l’ecriture dud[it] S[ieu]r Falot que celle dud[it] S[ieu]r Niel ».

Le serment
Roque leur fait « commandement en face » de dire la vérité sous serment, « avec deüe comination » : la menace des peines du faux serment.
Niel jure ad pectus, la main sur la poitrine, comme jurent les prêtres. La Crolle « sur les S[ain]ts Ecris ».
Roque leur met les billets en main. Ils les ont « veus et leus l’un apres l’autre », devant le commissaire et le notaire. Puis :
« que lesd[its] billés ont été ecris la plus grande partie de la main dud[it] S[ieu]r Falot, pour connoitre bien et deüement l’ecriture d’icelluy, et une petite partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel, pour connoitre led[it] S[ieu]r Niel sa propre ecriture »
La Crolle reconnaît de même. Au bas : « Niel prestre », « Lacrolle ecclesiastique », Roque, Michaelis.

VI. Le 15 mai 1705 : donner force de loi au passé

La transcription ordonnée
« L’an susd[it] et le quinze may. » Guilheimin revient chez le commissaire avec la déclaration des deux témoins. Il demande qu’on passe à l’écriture : « enregistrer et escrire lesd[its] billés ».
Chaque billet dans son livre, « chascun suivant sa datte ». Et sous chaque acte recopié, la signature de Roque : il doit « les signer au bas de chascun comme commissaire susd[it] ».
Roque accepte. « A quoy je me suis offert de proceder comme se verra dans chaque livres. » La suite est dans les pages du registre, après le préambule.
Les actes de 1700 à 1705 qu’on y lit n’ont donc pas été écrits par le prêtre qui a baptisé, marié ou enterré. Ils ont été recopiés à partir de 1705, sous l’autorité de Luc Roque. C’est son nom qu’ils portent au bas.

L’ordonnance du commissaire
Puis Roque ordonne, en vertu des pouvoirs reçus de l’évêque :
« ay ordoné et ordonne qu’a l’advenir sera adjousté foy auxd[its] registres tout comme s’ils avoient été escris dans leur tems et signés par led[it] S[ieu]r Falot et led[it] S[ieu]r Niel »
En droit, les copies de 1705 valent des actes faits le jour même.
Des actes ainsi enregistrés « l’on pourra faire a l’advenir des extraits et les signer pour servir et faire foy en jugement et dehors ». Un extrait de baptême tiré de ces pages pourra être produit devant un juge.

Pour l’avenir
Dernier article : « led[it] S[ieu]r Guilheimin, ses secondaires et succeseurs continueront de mettre successivement et a l’advenir dans lesd[its] livres respectivement les baptistaires, mariages et mortuaires de lad[ite] parroisse ».
Les trois livres en parchemin blanc restent en service. Après les copies doivent venir les actes du nouveau curé.

VII. Le 10 octobre 1705 : la porte laissée ouverte

Une mission en suspens
L’évêque demandait aussi de rechercher les actes omis. Les procès-verbaux de mai n’en disent pas un mot.
Pour un baptême que personne n’a noté, il n’y a pas de billet à reconnaître.

En marge
Dix octobre 1705. Cinq mois ont passé. Guilheimin comparaît une dernière fois devant le commissaire, « au même lieu que dessus », toujours au nom du Chapitre. Il demande :
« que si a l’advenir on s’apercevoit qu’il manquat quelque baptistaire, mariage ou mortuaire qui fussent été obmis par led[it] S[ieu]r Falot ou ses secondaires, aud[it] cas, que lesd[its] baptistaires, mariages et mortuaires manquans et deffaillans fussent en leur rang ecris et enregistrés respectivem[en]t a la marge desd[its] trois livres »
Un acte oublié qui reparaît ira donc dans la marge, à sa date, « en leur rang ». Le commissaire le signera « de même que les autres billés », pour qu’il fasse « entiere foy en jugement et dehors ». Roque accorde.
Ce qui a provoqué la demande entre mai et octobre, le dossier ne le dit pas.

VIII. Lire le registre après 1705

Les mots du dossier
Dans ces cinq pages, personne ne s’inquiète des sacrements. Les mots qui reviennent sont des mots de procédure : « nullitté », « formes canoniques », « faire foy en jugement et dehors », « temoins requis », « acte concedé ».
Chaque étape passe par les mêmes gestes. Comparution du curé. Réquisition. Acte accordé par le commissaire. Signatures au bas, et le notaire qui écrit.

Pour qui consulte aujourd’hui le registre des mortuaires
De fin décembre 1700 au début de mars 1705, ce sont des copies. Transcrites en 1705 ou après, à partir d’environ 130 billets, et non rédigées au jour de l’inhumation.
La signature est celle de Roque. Falot et Niel, qui ont enterré, ne signent pas.
Le contenu peut être maigre. Ce que portait chaque billet, le dossier ne le décrit pas : âge, filiation, témoins peuvent manquer.
Regarder les marges. Un acte inscrit en marge pour ces années a été ajouté après le 10 octobre 1705, sur déclaration, parfois longtemps après le décès.
Une absence ne prouve rien. Un décès que Falot n’a pas noté, et que personne n’a signalé ensuite, n’a laissé aucune ligne.
Autres pièces à croiser : les minutes du notaire Joseph Michaelis, à rechercher dans les fonds notariaux des Archives départementales de Vaucluse, pour les testaments, contrats de mariage, inventaires après décès. Et les registres des paroisses voisines, pour une inhumation faite hors de Ménerbes.

Conclusion

Le 10 mai 1705, chez Luc Roque, il y avait trois livres neufs en parchemin blanc, fermés par des attaches de peau verdâtre. Et une liasse classée par date par le notaire : cent septante-six billets de baptêmes, cent trente de sépultures. Pour les mariages, un blanc.

Annexes

A. Chronologie
  • Vers 1696 : Jean-Joseph Falot, Avignonnais, devient curé de Ménerbes, nommé par le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Fin décembre 1700 : début des billets de sépultures ; le registre des mortuaires ne sera jamais tenu.
  • 6 mars 1701 : Falot ouvre le registre des baptêmes, qu’il abandonne après trois feuillets.
  • Début 1702 : début des billets de mariages.
  • Février 1705 : mort de Falot ; billets retrouvés dans une armoire de la maison claustrale.
  • Printemps 1705 : nomination et installation de Jean-Baptiste Guilheimin ; les députés du Chapitre découvrent les registres vides ; billets confiés au notaire Michaelis, qui les classe.
  • 22 avril 1705 : à Avignon, l’évêque de Cavaillon nomme Luc Roque commissaire.
  • 10 mai 1705, à midi : chez Roque, constat des trois registres, décompte des billets, serment de Niel et La Crolle sur les écritures.
  • 15 mai 1705 : ordre de transcription ; ordonnance donnant pleine valeur aux actes recopiés.
  • 10 octobre 1705 : décision d’inscrire en marge les actes omis découverts plus tard.
  • 19 décembre 1707 : mort de l’évêque Jean-Baptiste de Sade.

B. Les personnages
  • Jean-Joseph Falot : prêtre avignonnais, curé de Ménerbes (vers 1696-1705). Néglige les registres, laisse les billets.
  • Gaspard Niel : prêtre, « secondaire » (vicaire) de Falot. Auteur d’une partie des billets ; témoin sous serment.
  • Jean-Baptiste Guilheimin : prêtre, nouveau curé de Ménerbes. Agit au nom du Chapitre, requiert chaque acte.
  • Luc Roque : prêtre de Ménerbes, recteur de la chapellenie Notre-Dame de Saint-Sauveur. Commissaire épiscopal.
  • Joseph Michaelis : notaire de Ménerbes. Conserve et classe les billets ; greffier de la procédure.
  • Benoît La Crolle : ecclésiastique de Ménerbes. Témoin sous serment sur les écritures.
  • Charles-François Michaelis : habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Joseph Roque : maître, habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol : Chapitre de la collégiale d’Avignon, prieurs de Ménerbes. Requérants.
  • Jean-Baptiste de Sade de Mazan : évêque et coseigneur de Cavaillon (1665-1707). Signe l’appointement du 22 avril 1705.

C. Glossaire
  • Appointement : décision d’une autorité, écrite au bas d’une requête.
  • Avération : action de vérifier, d’établir l’authenticité d’une écriture.
  • Baptistaire : acte de baptême.
  • Billet : petite feuille volante, ici note prise par le curé.
  • Chapellenie : fondation pieuse dotée de revenus, à charge de messes ; son titulaire en est le recteur.
  • Chapitre : collège de chanoines attaché à une église cathédrale ou collégiale.
  • Commination : menace des peines encourues, notamment en cas de faux serment.
  • Doigt : mesure de longueur, environ 2 cm.
  • Maison claustrale : maison attachée au prieuré, servant ici de presbytère.
  • Mortuaire : acte de sépulture.
  • Pan : mesure provençale de longueur, environ 25 cm.
  • Prieuré uni : prieuré dont le titre et les revenus sont rattachés à une autre institution, ici le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Secondaire : vicaire, prêtre qui seconde le curé.
  • Ad pectus : « sur la poitrine », forme du serment des ecclésiastiques.

D. Lectures incertaines
Le manuscrit présente quelques passages de lecture difficile, en raison de taches d’humidité ou d’une écriture rapide.
  • Guilheimin : la forme Guilhermin n’est pas exclue.
  • La Crolle : lu d’après la signature « Lacrolle ecclesiastique » ; une autre lecture reste possible.
  • Anne Ravoire et Marguerite Sautelle : noms de la première et de la dernière baptisées inscrites par Falot, de lecture incertaine.
  • La fin de la page où sont décrits les trois feuillets de baptêmes est abîmée.
  • La mention près de la signature du commissaire, le 10 mai, est probablement une approbation de rature.
  • « Contre tout témoin » (10 mai) et « sans double inspection » (15 mai) sont des lectures probables, non certaines.

Sources

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Le mystérieux Italien de la gare (La Seyne-sur-Mer, 29 mai 1895) https://www.geneprovence.com/le-mysterieux-italien-de-la-gare-la-seyne-sur-mer-29-mai-1895/ https://www.geneprovence.com/le-mysterieux-italien-de-la-gare-la-seyne-sur-mer-29-mai-1895/#respond Thu, 04 Jun 2026 12:33:10 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28416 Ce matin du 29 mai 1895, à 6 h 59, un train venu de Nice entra en gare de La Seyne. Parmi les voyageurs se trouvait un homme dont l’attitude…

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Ce matin du 29 mai 1895, à 6 h 59, un train venu de Nice entra en gare de La Seyne. Parmi les voyageurs se trouvait un homme dont l’attitude attira vite l’attention. Avant même que le train ne s’immobilisât, il sauta hors de son compartiment de troisième classe.
Sans attendre, il franchit les barrières qui bordaient la voie ferrée et s’enfuit à travers les abords de la gare. Quelques instants plus tard, il se glissa dans une propriété voisine et se cacha derrière des tas de bois.
La fuite fut de courte durée. Les gendarmes l’aperçurent et l’appréhendèrent aussitôt. L’individu ne tenta aucune résistance. Il se laissa conduire tranquillement jusqu’à la caserne de gendarmerie de La Seyne où on l’enferma provisoirement dans la salle de police, le temps de décider de son sort.
La pièce était étroite et austère. L’homme y resta quelques heures seulement, mais cela lui sembla sans doute interminable. Vers 11 h 30, la patience lui manqua. Il remarqua alors une ouverture qui donnait sur l’endroit où l’on entreposait les bûchers. Cette ouverture se trouvait à environ deux mètres du sol. Il s’en approcha, s’y hissa péniblement et tenta de passer.
Mais l’opération tourna mal. Arrivé à hauteur de l’ouverture, il perdit l’équilibre. Il dut s’agripper un instant, puis dégringola brutalement dans la cave située en contrebas. La chute fut violente. Il se blessa profondément à la tête et une hémorragie abondante se déclara au-dessus de la tempe droite. À côté de lui se trouvait un petit plat en terre qu’il avait probablement heurté du front en tombant, l’écrasant au passage.
Le fracas alerta aussitôt les personnes présentes. On accourut vers la cave et l’on trouva l’homme étendu, blessé. Les gendarmes tentèrent de l’interroger afin de comprendre ce qui s’était passé. Mais ils n’obtinrent aucune réponse claire. De sa bouche ne sortaient que des paroles incohérentes, des mots sans suite. Impossible de tirer de lui la moindre explication.
Les seuls renseignements vinrent des papiers trouvés dans ses vêtements. Ils révélèrent l’identité de cet étrange personnage : il s’agissait d’un Italien nommé Benso-Gio-Balla, âgé de quarante ans.
On manda aussitôt le docteur Loro, appelé en toute hâte. Le médecin examina le blessé avec attention. Malgré l’importance de la plaie et l’hémorragie qui avait suivi la chute, il jugea que les blessures n’étaient pas très graves. Toutefois, par prudence, il ordonna son transport immédiat à l’hospice. Deux gendarmes furent chargés de l’y conduire. Ils prirent la route de Toulon dans une voiture réquisitionnée pour la circonstance. Le blessé arriva à destination vers 4 heures de l’après-midi.
L’affaire n’en resta pas moins étrange. Lorsqu’on fouilla l’homme, on trouva sur lui une somme de 200 francs, composée d’or et de billets italiens. Interrogé sur la provenance de cet argent, il refusa catégoriquement de répondre. Pour mettre fin aux questions, il se déclara fou.
Ce comportement intrigua les autorités. Car, observait-on alors, les véritables aliénés s’efforçaient bien souvent de nier leur folie. Pourquoi cet homme la revendiquait-il avec tant d’insistance ? Était-il réellement dérangé, ou cherchait-il simplement à détourner les soupçons ? Si ses divagations n’étaient qu’un jeu, il était permis de penser que l’on se trouvait en présence d’un individu qui redoutait les investigations de la justice. Une enquête fut ouverte même si nous n’en connaissons pas l’issue.
  • Source : La République du Var, 30 mai 1895, p. 2.

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Jean Augustin de Foresta (vers 1520-1588) : un grand magistrat face aux tourmentes de la Renaissance https://www.geneprovence.com/jean-augustin-de-foresta-1501-1564-un-grand-magistrat-face-aux-tourmentes-de-la-renaissance/ https://www.geneprovence.com/jean-augustin-de-foresta-1501-1564-un-grand-magistrat-face-aux-tourmentes-de-la-renaissance/#respond Thu, 14 May 2026 18:50:35 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28240 Le XVIe siècle provençal est une période de contrastes violents, où l’éclat de la Renaissance se heurte à la montée des tensions confessionnelles. Au cœur de ce tumulte, Jean Augustin…

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Le XVIe siècle provençal est une période de contrastes violents, où l’éclat de la Renaissance se heurte à la montée des tensions confessionnelles. Au cœur de ce tumulte, Jean Augustin de Foresta, baron de Trets, occupe pendant près de trente ans la première place du Parlement de Provence : premier président de 1558 à sa mort en 1588, à l’exception de l’interruption de 1564-1566, il traverse les premières guerres de Religion à la tête de l’ordre judiciaire d’une province au bord de la rupture.

Une ascension au sein de la « noblesse de robe »

Jean Augustin de Foresta est né à Aix-en-Provence vers 1520. Fils cadet de Christophe de Foresta, baron de Trets, seigneur de Lançon et de Mimet, conseiller-médecin ordinaire du roi et maître d’hôtel de François Ier, et de Pélègre Gandolfi, il appartient à une famille dont l’ascension illustre l’essor de cette aristocratie de fonctions qui, par le savoir et le droit, devient le véritable relais du pouvoir royal en province.
Son père lui acquiert une charge de conseiller au Parlement de Provence : il est nommé en août 1543 et reçu en octobre de la même année. Le 29 mars 1554, il devient président à mortier. Le 5 juillet 1558, au lendemain de la mort de Jean Maynier d’Oppède, il est reçu premier président.

Un premier président dans la tourmente des guerres de Religion

Le mandat de Foresta coïncide avec les débuts des guerres de Religion. En juin 1562, Aix est occupée par les bandes catholiques de Durand et de Pontevès-Flassans ; les conseillers suspects d’hérésie prennent la fuite, et le conseiller Jean Salamon est assassiné dans la nuit du 22 au 23 juin. La cour, qu’il préside, doit alors faire informer sur ce meurtre dans un climat où les magistrats chargés de l’enquête craignent pour leur vie.
En 1564, la Couronne suspend le Parlement de Provence et le remplace par une commission de magistrats parisiens présidée par Bernard Prévost de Morsan, président au Parlement de Paris, reçu à Aix le 14 avril 1564. Foresta est lui aussi suspendu de ses fonctions. Selon la notice que lui consacre Wikipédia, d’après la Chronologie de Clapiers-Collongue, il est jugé à Montpellier devant un tribunal spécial, puis gracié par le roi.
Les magistrats provençaux sont rétablis à partir de l’automne 1565 : Foresta siège de nouveau le 23 novembre 1565, sous la présidence de Morsan. Lorsque celui-ci quitte Aix, le 9 décembre 1566, il redevient premier président. Les registres du Parlement l’attestent ensuite en fonction en 1573, en 1579 et jusqu’en septembre 1588. Fleury Vindry le qualifie de « magistrat ligueur ».

L’enracinement seigneurial : la baronnie de Trets

Baron de Trets, Jean Augustin de Foresta s’inscrit dans une famille qui ancre durablement son nom dans la terre du haut de l’Arc. Le 8 septembre 1553, il épouse Anne d’Albertas, fille d’Amiel d’Albertas, seigneur de Villecroze et premier consul de Marseille.
Ses descendants forment plusieurs branches : les barons de La Roquette, les seigneurs de Colongue, ceux de Châteauneuf et du Castelar. L’un d’eux, Jean-Augustin de Foresta, marquis de La Roquette, siège à son tour comme président au Parlement de Provence au XVIIe siècle. Son fils François, né à Aix le 14 octobre 1557, est reçu conseiller au Parlement le 21 novembre 1581.

Mort et postérité

Jean Augustin de Foresta meurt à Aix le 24 octobre 1588 et est enseveli au couvent des Observantins. Il disparaît deux ans avant la rupture de 1590 : le Parlement d’Aix, qui refuse de reconnaître Henri IV, voit alors se dresser en face de lui un parlement rival fidèle au roi, installé hors d’Aix et présidé par Artus Prunier de Saint-André, président au Parlement de Grenoble.
Premier président pendant près de trente ans, avec l’interruption de 1564-1566, il laisse derrière lui une lignée qui continuera de servir la Provence pendant plusieurs siècles.

Sources et bibliographie pour approfondir

  • Fleury Vindry, Les parlementaires français au XVIe siècle, tome I, 2e fascicule (Parlement d’Aix), Paris, Honoré Champion, 1910.
  • Balthasar de Clapiers-Collongues, Chronologie des officiers des Cours souveraines de Provence, Édition de la Société d’Études Provençales, 1909.
  • Archives Départementales des Bouches-du-Rhône (Série B) : Registres des délibérations du Parlement de Provence pour la période 1558-1588.
  • Jean-Scholastique Pitton, Histoire de la ville d’Aix, capitale de la Provence, Aix, 1666.
  • Prosper Cabasse, Essais historiques sur le Parlement de Provence, depuis son origine jusqu’à sa suppression, Paris, 1826.

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Le mystère du galant homme (Carnoules, 27 mai 1895) https://www.geneprovence.com/le-mystere-du-galant-homme-carnoules-27-mai-1895/ https://www.geneprovence.com/le-mystere-du-galant-homme-carnoules-27-mai-1895/#respond Fri, 17 Apr 2026 15:46:03 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27994 Le soir descendait sur la voie ferrée qui séparait les stations de Carnoules et de Puget-Ville. Il était un peu plus de 6 heures lorsque la quiétude des voyageurs du train…

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Le soir descendait sur la voie ferrée qui séparait les stations de Carnoules et de Puget-Ville. Il était un peu plus de 6 heures lorsque la quiétude des voyageurs du train numéro 336 fut brutalement rompue. Trois détonations successives éclatèrent soudainement, propageant l’émoi parmi les passagers. Les tirs provenaient d’un compartiment de deuxième classe d’un modèle nouveau. Le signal d’alarme retentit aussitôt et le lourd convoi s’immobilisa.
Le sous-chef de train principal, un employé nommé Gelas, se précipita avec bravoure vers la voiture d’où venait le tumulte. Les couloirs étaient déserts, les voyageurs affolés s’étaient barricadés dans leurs cabines. L’agent aperçut alors un individu de haute stature et de belle apparence, lequel brandissait un revolver. À la vue du contrôleur, le mystérieux tireur dirigea l’arme contre lui-même et pressa la détente une nouvelle fois, mais il manqua sa cible mais s’égratigna le cuir chevelu. Gelas bondit sur lui et parvint à le désarmer. Le barillet de l’arme mortelle contenait encore un dernier projectile.
On prodigua les premiers secours au malheureux directement sur les lieux de l’arrêt. Sa blessure à la tête fut pansée grâce à la boîte de pharmacie du train. On le descendit ensuite à Solliès-Pont pour qu’il passât la nuit à l’hôpital. Fort heureusement, une seule balle l’avait touché et son état ne semblait guère critique.
Le lendemain matin, sur ordre du procureur de la République monsieur Vuilliez, la gendarmerie l’escorta jusqu’au parquet de Toulon par le train de huit heures. Face aux magistrats, l’inconnu opposa un mutisme absolu quant à son identité. Il déclara seulement appartenir à la haute société italienne, se contentant d’affirmer qu’il était un galant homme et refusait de livrer son nom. L’enquête révéla que l’individu avait acheté un billet à Cannes pour se rendre à La Bocca. Les fouilles de ses vêtements mirent au jour de petits carnets de roulette et une maigre pièce de dix centimes. Tout portait à croire qu’il s’agissait d’un malheureux joueur, acculé à la ruine par la fréquentation assidue de la rouge et de la noire.
On lui proposa bien entendu d’être soigné à l’hospice civil de Toulon, mais il s’y refusa. Aussi la police finit-elle par le remettre en liberté, dans la mesure où l’individu semblait ne plus vouloir réitérer son geste.
Au lieu d’éprouver le moindre regret pour son acte, il ne cessait de maugréait contre l’armurier qui lui avait vendu une arme, qui, selon lui, « n’aurait pas fait de mal à une mouche ».
  • Sources : La République du Var, 29 mai 1895, p. 3 ; ibid., 30 mars 1895, p. 2.

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La fatalité du sergent Bitterlin (Toulon, 27 janvier 1830) https://www.geneprovence.com/la-fatalite-du-sergent-bitterlin-toulon-27-janvier-1830/ https://www.geneprovence.com/la-fatalite-du-sergent-bitterlin-toulon-27-janvier-1830/#respond Sun, 22 Mar 2026 14:47:38 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27842 Voici l’histoire d’un drame qui, en 1830, émut toute la population de la Provence. Joseph Bitterlin était né à Pont-à-Mousson en 1804. Après avoir reçu une instruction soignée, sa famille…

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Voici l’histoire d’un drame qui, en 1830, émut toute la population de la Provence.
Joseph Bitterlin était né à Pont-à-Mousson en 1804. Après avoir reçu une instruction soignée, sa famille le laissa libre de choisir une carrière. À dix-huit ans, il s’engagea volontairement dans le 3e régiment de ligne. On s’accordait généralement à croire que ce sont des chagrins d’amour qui l’avaient mené à cette résolution, bien que son caractère courageux et son cœur agité par la passion de la gloire lui fissent préférer l’état militaire.

L’ascension et la cible de la vexation

Bitterlin fut distingué par ses chefs, aimé et estimé de ses camarades. Il ne tarda pas à obtenir les galons de sous-officier. Ses sympathies, que lui méritait son caractère doux et hardi, s’augmentaient encore de sa beauté physique. Il était soigné à l’excès dans sa toilette, à laquelle il consacrait la majeure partie de la pension que lui faisait sa famille. Sa toilette était toujours de la plus irréprochable élégance, et les officiers de son régiment étaient fiers de leur beau sergent. Bitterlin avait la taille haute et bien prise, sa tête était belle et expressive, et ses cheveux très blonds donnaient à sa physionomie une apparence juvénile qui le rendait plus intéressant encore.
En janvier 1830, le 3e de ligne tenait garnison à Toulon et occupait la caserne Saint-Louis.
Le sergent avait le malheur d’être la cible de l’adjudant Bec. L’adjudant, dont l’esprit inquiet et minutieux cherchait toujours des motifs de vexations contre les sous-officiers, ne put supporter patiemment le régime de vexations auquel son supérieur voulait le soumettre. Cette résistance valut à Bitterlin un redoublement de sévérité, l’adjudant ne cessant de le réprimander et de le punir. Bec cherchait surtout à vexer le sergent contre le goût excessif que Bitterlin avait pour la toilette.

L’humiliation fatale

Ce système atteignit son paroxysme le 26 janvier 1830 au matin, lorsque Bitterlin voulut quitter la caserne. L’adjudant l’arrêta au passage.
« Sergent, lui dit-il, vous ne sortirez pas avec les épaulettes que vous portez…. »
L’adjudant déclara qu’elles n’étaient pas conformes à l’ordonnance.
Bitterlin rétorqua : « Mais vous passez bien quelques fantaisies aux autres. »
L’adjudant répliqua : « Je fais ce qu’il me plaît. »
Bitterlin répondit : « Et moi aussi », et, passant outre, il quitta brusquement l’adjudant.
Le soir, quand le sergent rentra à la caserne, il apprit qu’il avait été porté au livre des punitions pour quatre jours de salle de police.
Dans sa chambre, il ouvrit silencieusement sa malle. De grosses larmes roulaient dans ses yeux bleus. Il en tira un après l’autre tous les menus objets qu’elle contenait, et les distribua à ses amis qui entraient dans sa chambre, leur donnant à chacun un souvenir, sans prononcer une seule parole. Les sous-officiers furent effrayés.
Un de ses chers amis lui dit : « Eh quoi ! pour quatre jours de salle de police, tu veux te tuer ? »
Bitterlin répondit : « Je l’ai dit à l’adjudant, moi aussi je fais ce qu’il me plaît. »
Il s’échappa de ses amis pour cacher ses sanglots et s’enferma dans sa chambre particulière.
Bitterlin expliqua plus tard que son projet ne venait pas de peines d’argent, mais du chagrin causé par la vexation.

Le projet de vengeance et l’erreur funeste

Pendant un repos, Bitterlin prit son fusil, descendit le long du mur des fortifications et chargea son arme. Dans sa précipitation, il mit un tampon trop fort dans le canon, l’obligeant à s’aider d’une pierre et de sa baguette. Il conçut alors un projet funèbre : se venger, se débarrasser de l’adjudant Bec, et se tuer lui-même en se plantant son sabre dans le cœur.
Pendant les manœuvres, il attendait le moment où l’adjudant passerait devant le front des troupes.
Quelques minutes auparavant, un capitaine, ayant appris ce qui s’était passé la veille, en avait fait part au colonel. Le colonel Charles d’Autane, officier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de fer, originaire d’Allons (Basses-Alpes), sachant toute l’amitié que Bitterlin avait pour lui, et s’inquiétant de ses dispositions suicidaires, voulait le consoler lui-même.
M. d’Autane se dirigea à pied vers le pont d’Italie et y arriva au moment où Bitterlin gravissait la berge. En voyant apparaître le pompon blanc (couleur distinctive de l’État-Major), Bitterlin eut un mouvement de joie soudaine, croyant que c’était l’adjudant, et apprêta son fusil.
Alors, il reconnut son colonel. Il perdit la tête, se voyant déjà arrêté, traîné devant un conseil de guerre qui le condamnerait aux bagnes, et il préféra la mort à la honte.
Sans plus de délibération et sans même épauler son arme, il la déchargea à six pas environ dans le ventre du bon colonel.
M. d’Autane tomba foudroyé sans proférer un seul cri, sans faire entendre un gémissement. Ainsi périt, le 27 janvier 1830, à trois heures et demie, un brave officier de quarante-deux ans, qui laissait derrière lui une jeune femme et deux enfants1.
La détonation éveilla l’attention de tous. Le tambour-major se jeta sur lui. Bitterlin, qui avait jeté son fusil, cherchait à s’enfoncer le sabre-briquet dans le cœur, mais les larges buffleteries l’en empêchèrent. Bitterlin s’approcha du cadavre et versa d’abondantes larmes, répétant : « Ce n’est pas à lui que j’en voulais, j’aurais dû suivre mon premier projet et ne tuer que moi… »

Le jugement et le dernier acte

Bitterlin fut envoyé à Marseille où se trouvaient alors les Conseils de guerre. Il fut emprisonné au fort Saint-Jean, où il s’attira la sympathie des soldats vétérans. Le procès fut fixé au 22 février 1830 devant le deuxième Conseil de guerre, siégeant au Campement militaire, à la place Saint-Michel, et il fut condamné à mort.
Le jour de l’exécution, le 5 mars au matin, il était calme. Il fit ses adieux, ayant écrit une lettre à son fils à Strasbourg et à une jeune fille.
Le cortège le conduisit jusqu’à la place de la Tourette. Près du cimetière Saint-Laurent, Bitterlin demanda si c’était son lieu de repos. On lui dit que non. Il répliqua : « Là ou ailleurs, qu’importe ! »
Adossé contre le vieux mur, il consentit, après les instances de l’aumônier, à se faire bander les yeux. Le moment suprême approchait. Bitterlin demanda à commander le feu. D’une voix forte, il cria : « Apprêtez armes !… en joue !… feu!… »
Le courageux sergent tomba, frappé de huit balles. Il tomba la face tournée vers le ciel. Le corps du supplicié fut mis en terre au cimetière Saint-Charles.

L’épilogue tragique

L’histoire ne s’arrêta pas là. L’adjudant Bec était inconsolable des suites terribles des tracasseries qu’il avait exercées contre le sergent. Le marasme s’empara de son âme. Enfin, le 30 mars à six heures, il tira son sabre du fourreau, s’en appliqua la pointe sur le cœur et, prenant le lit pour point d’appui, se laissa tomber sur son arme.
Tel est le récit de cette tragique affaire, qui causa une tristesse générale dans toute la population de Marseille et de Toulon. Le destin tragique du sergent Bitterlin, du colonel d’Autane et de l’adjudant Bec s’est joué à Marseille en 1830. Cette sombre chronique, pleine de vexations, de désespoir et d’une erreur fatale, illustre comment un concours de circonstances peut faire basculer l’honneur dans la tragédie. Même après deux siècles, se souvenir de ces hommes et de leur double drame est essentiel pour comprendre la complexité de nos ancêtres. Nous perpétuons leur mémoire, non pour le crime, mais tout simplement par humanité.
Note
1. Encore jeune au moment de sa mort, Charles d’Autane, connu sous le nom de Comte d’Autane, était entré à 13 ans dans les chasseurs de l’armée de Condé. Nommé capitaine le 21 décembre 1811, il avait fait les campagnes de Dalmatie, du Tyrol, d’Allemagne et d’Espagne, et avait même été blessé à Murviedro le 4 novembre 1811 et avait reçu une balle dans la cuisse lors du combat de Loriol, le 2 avril 1815. Au moment de sa mort, il était colonel au 7e régiment d’infanterie de ligne où il avait été nommé le 28 août 1827 et avait commandé le 3e régiment de ligne dans les Alpes et à Toulon. (source : http://genobco.free.fr/provence/Autane.htm)
  • Source : Le Petit Marseillais, 25-27 juin 1868.

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Bénédiction des drapeaux du régiment de Bretagne (Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, 19 avril 1697) https://www.geneprovence.com/benediction-des-drapeaux-du-regiment-de-bretagne-saint-maximin-la-sainte-baume-19-avril-1697/ https://www.geneprovence.com/benediction-des-drapeaux-du-regiment-de-bretagne-saint-maximin-la-sainte-baume-19-avril-1697/#respond Wed, 11 Feb 2026 18:04:51 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27460 « L’an que dessus [1697] et le 19 avril, nous soussigné curé, étant revêtu d’un surplis, étole et pluvial violet, accompagné du révérend père Monier, notre secondaire, revêtu d’un surplis et…

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« L’an que dessus [1697] et le 19 avril, nous soussigné curé, étant revêtu d’un surplis, étole et pluvial violet, accompagné du révérend père Monier, notre secondaire, revêtu d’un surplis et d’une étole, et de plusieurs autres religieux,
Avons reçu au Maître-Autel le sieur de Fontvieille, lieutenant-colonel du régiment de Bretagne, étant à la tête dudit régiment, les soldats en armes, tambours battants,
Lequel nous a présenté trois drapeaux dudit régiment que nous avons bénis avec les cérémonies accoutumées en pareil cas,
En présence des autres officiers et soldats et d’un grand nombre de messires et de peuple de l’un et l’autre sexe de cette ville de Saint-Maximin,
Et ensuite, nous étant assis, avons remis lesdits trois drapeaux audit sieur lieutenant-colonel, étant à genoux, et lui avons donné le baiser de paix,
Et nous avons fait un petit discours pour animer les grands officiers et soldats, à signaler leur besogne pour le service du roi et ensuite on a dit la messe du Saint-Esprit, laquelle finie, ils nous ont remis les drapeaux et ils se sont retirés dans le même ordre de bataille. »
[Joseph Agnez, curé]

Le 19 avril 1697, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, cette cérémonie s’inscrit dans le contexte de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), opposant Louis XIV à une coalition européenne. L’événement est un puissant acte de sacralisation de la guerre au service du Roi de France.
Le curé, en habits violets (couleur pénitentielle/royale) et assisté de religieux, reçoit le régiment de Bretagne en ordre de bataille, tambours battants. Les drapeaux, symboles de l’honneur militaire, de la fidélité au Roi et de l’identité du régiment, sont présentés au Maître-Autel.
La cérémonie obéit à des rites précis : le curé bénit les étendards, puis les remet au lieutenant-colonel de Fontvieille, qui les reçoit à genoux, marquant l’hommage et l’allégeance. Le curé lui donne le baiser de paix (ici, un geste symbolique de bénédiction et de concorde, sans doute direct, réservé à cette occasion au dignitaire). Le discours exhorte les troupes à l’action pour le service du roi. La messe du Saint-Esprit est ensuite dite, implorant l’assistance divine. L’événement, tenu devant un grand nombre de messires et de peuple, est une manifestation publique et religieuse de soutien total à la politique militaire et absolutiste de Louis XIV.

  • Source : Registre paroissial de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Archives départementales du Var, 2 MI EC2810R1.

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Un mois de prison pour de la chasse hors saison (Saint-Andiol, 14 juin 1881) https://www.geneprovence.com/un-mois-de-prison-pour-de-la-chasse-hors-saison-saint-andiol-14-juin-1881/ https://www.geneprovence.com/un-mois-de-prison-pour-de-la-chasse-hors-saison-saint-andiol-14-juin-1881/#respond Mon, 29 Sep 2025 09:23:04 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26459 Le tribunal correctionnel de Tarascon rendit à la mi-juin 1881 un jugement notable. Lors de son audience, un cultivateur de Saint-Andiol, nommé Peysson et surnommé « le Ragot », fut en effet…

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Le tribunal correctionnel de Tarascon rendit à la mi-juin 1881 un jugement notable. Lors de son audience, un cultivateur de Saint-Andiol, nommé Peysson et surnommé « le Ragot », fut en effet condamné à une peine d’un mois de prison ferme. La raison ?
Cette décision sanctionnait un délit de chasse. En effet, Peysson avait été reconnu coupable de braconnage, ayant chassé durant une période interdite. Mais d’ordinaire, du mois à cette époque, les peines pour ce genre de délit étaient plus légères. La sévérité de la sentence s’expliquait par plusieurs facteurs.
D’abord, le prévenu avait des antécédents judiciaires défavorables. De plus, sa conduite durant l’audience avait aggravé son cas. Il avait notamment tenté de tromper la justice en amenant avec lui plusieurs faux témoins. Cependant, ceux-ci décidèrent finalement de se rétracter à la fin des débats. Ce geste, sage pour eux, influença sans doute la décision finale du tribunal.
  • Sources : L’Homme de bronze, 19 juin 1881, p. 3.

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L’enfant et le commissaire brutal (Ollioules, 23 septembre 1869) https://www.geneprovence.com/lenfant-et-le-commissaire-brutal-ollioules-23-septembre-1869/ https://www.geneprovence.com/lenfant-et-le-commissaire-brutal-ollioules-23-septembre-1869/#respond Sat, 13 Sep 2025 09:15:06 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26321 Le jeudi 23 septembre 1869, entre 8 et 9 heures du matin, on entendit de grands cris provenant de la route impériale, à Ollioules (Var). Accourus au bruit, des voisins…

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Le jeudi 23 septembre 1869, entre 8 et 9 heures du matin, on entendit de grands cris provenant de la route impériale, à Ollioules (Var). Accourus au bruit, des voisins virent le commissaire de police du lieu traînant un jeune enfant qui se débattait.
Arrivé sur la place des Aires, le commissaire, voyant une foule assez nombreuse, éprouva un peu de vergogne car il prit l’enfant par les bras, par une jambe et le porta à son bureau. Dans le trajet, l’enfant tomba même deux fois des mains du fonctionnaire.
Arrivés dans le cabinet, l’homme exaspéré et l’enfant en pleurs se trouvèrent seuls et en présence. On ne sait pas précisément ce qui se passa, mais on entendit à deux reprises un bruit sec à travers la cloison, bruit suivi d’un redoublement de cris. Il faut dire que de nombreux curieux encombraient les abords de la mairie, et quelques minutes après, l’enfant sortit avec une blessure sanguinolente à la tête.
On présume que cet enfant, pour avoir quelques petits fruits, avait lancé des pierres dans les micocouliers de la place. Puisqu’il est défendu de faire cela, on imagine que le commissaire aura voulu faire respecter le règlement, même s’il aurait été préférable de verbaliser l’enfant et ses parents.
L’histoire ne dit pas si ce jeune homme aura retenu cette rude leçon.
  • Source : Le Progrès du Var, 24 septembre 1869, p. 3.

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Un accueil tumultueux pour le duc d’Orléans (Aix-en-Provence, 17 novembre 1839) https://www.geneprovence.com/un-accueil-tumultueux-pour-le-duc-dorleans-aix-en-provence-17-novembre-1839/ https://www.geneprovence.com/un-accueil-tumultueux-pour-le-duc-dorleans-aix-en-provence-17-novembre-1839/#respond Mon, 18 Aug 2025 10:26:46 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26142 Le dimanche 17 novembre 1839, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, passa par Aix. Cet événement, attendu de longue date, fut malheureusement marqué par une série d’incidents, allant d’une tragédie routière à un accueil officiel…

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Le dimanche 17 novembre 1839, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, passa par Aix. Cet événement, attendu de longue date, fut malheureusement marqué par une série d’incidents, allant d’une tragédie routière à un accueil officiel discutable. Cet épisode nous offre un aperçu unique des réalités de l’époque.

Une arrivée endeuillée : l’accident tragique

Le duc d’Orléans, figure royale triomphante sur les lignes de postes depuis plusieurs mois, traversait la ville ce dimanche-là, entre 14 heures et 15 heures. Son arrivée fut toutefois retardée de quarante-cinq minutes. En effet, un accident dramatique venait de se produire. Un des postillons, qui montait le cheval du prince, chuta brutalement. Les roues de la voiture écrasèrent la tête du malheureux postillon.
Le prince, sans hésiter, descendit de son véhicule. Il aida personnellement à transporter le blessé vers une maison voisine, près de l’auberge de la Mounine. Malheureusement, l’homme expira quelques minutes plus tard. Des secours furent dépêchés aussitôt, un médecin de Bouc fut appelé. Cependant, il ne trouva qu’un cadavre à son arrivée. La victime, Jean-Pierre Jeantet, avait 30 ans1. Il laissait derrière lui une jeune veuve et deux jeunes enfants. Le duc d’Orléans, touché par la situation, remit une aide provisoire de 300 francs à la veuve. Ce geste visait à lui apporter un soutien en attendant la pension à laquelle cet événement tragique lui donnait droit.

Un arc de triomphe en papier mâché et des préparatifs controversés

Le duc d’Orléans, par Jean-Auguste Dominique Ingres, tableau réalisé après 1842. National Gallery, Londres.
En approchant de la Rotonde, à Aix, un spectacle pour le moins surprenant attendait le prince. Un arc de triomphe, construit pour l’occasion, y trônait. Cependant, son style était jugé peu correct. Il semblait même ployer sous un gigantesque entablement depuis la veille. Il comportait un long et étroit arceau, flanqué de deux portes dérobées. Le tout était surmonté de gradins.
Au sommet, un trophée aux couleurs douteuses était déployé. Sa conception raide et disgracieuse, ainsi que ses teintes équivoques, le faisaient étrangement ressembler à une enseigne de bureau de tabac. Peu importe la somme votée par le conseil municipal, il semblait évident que d’autres choix de couleurs auraient pu être faits pour représenter dignement le drapeau national, au lieu de cet orange, ce bleu délavé et ce gris salissant.

Un accueil officiel sous haute tension

Les autorités administratives et municipales patientaient depuis midi pour accueillir l’héritier du trône. Le maire de la ville, lui, avait d’ailleurs déjà présenté ses hommages à Marseille. Pour l’occasion, la compagnie d’artillerie avait pris position. Son lieutenant à cheval et ses canons, tirés par des postillons en tenue négligée (ce qui évoque la célèbre bataille d’Iéna où Napoléon fit transporter son artillerie en poste), se tenaient à gauche de la grille de fer. Cette manœuvre, habilement orchestrée, soulignait les talents stratégiques de leur chef.
Dès que les éclaireurs, prudemment postés, signalèrent l’arrivée des voitures, les artilleurs se hâtèrent. Ils tirèrent leurs vingt et un coups de canon, s’assurant de terminer avant le départ du prince. La compagnie de pompiers et une brigade de gendarmerie s’étaient rangées le long de la chaussée de Marseille. Le commandant de place, représentant à lui seul la garnison, était également présent. Sa présence était jugée non seulement appropriée, mais aussi essentielle pour maintenir l’ordre et la dignité de la cérémonie royale.

Chaos et courtoisie royales

Pourtant, seuls deux sergents de ville et deux agents de police avaient été laissés pour contenir la foule autour de l’arc de triomphe et du cortège. Par conséquent, l’arrivée du prince fut marquée par un désordre complet. Le sous-préfet et le maire d’Aix eurent le plus grand mal à atteindre le duc d’Orléans. En descendant de voiture, l’héritier du trône fut contraint de jouer des coudes. Il dut se frayer un chemin pour passer sous ce monument de fortune. Une heure auparavant, un peintre avait appliqué des marbrures de style sur le monument déjà peu soigné.
Un autre honneur attendait le prince. Il fut présenté à l’officier qui commandait les artilleurs. Ce dernier l’accueillit avec une bienveillance certaine, voire une simplicité, qui toucha profondément le duc d’Orléans.

Une figure royale marquée par la tragédie

Le prince, malgré son rang, affichait une expression sérieuse et triste. Le terrible événement survenu sous ses yeux expliquait amplement cette disposition. Il serra la main de M. Aude, le maire, lui rappelant sa promesse faite à Marseille : « Vous m’aviez promis à Marseille de ne pas faire d’apprêts et de me recevoir sans cérémonie. » Le premier magistrat aurait répondu : « Monseigneur, nous n’avons pas pu faire autrement. »
Aucune acclamation ne se fit entendre. On remarqua à regret que les badauds autour du prince ne se découvraient pas. Cet oubli des plus simples marques de respect fut jugé inqualifiable. Par conséquent, la réception fut brève. Plusieurs discours préparés restèrent manuscrits dans la poche des orateurs.
Le duc d’Orléans regagna sa voiture avec difficulté. Quinze minutes après son arrivée, il repartait. Il laissa à M. le maire l’assurance de sa satisfaction et une somme d’argent destinée aux pauvres de la ville. Le temps, superbe toute la journée, avait attiré une grande partie de la population hors de la ville mais beaucoup étaient restés prisonniers de leurs maisons à cause des pluies récentes.

Une préparation officielle jugée négligente

Évidemment, l’imprévoyance des autorités municipales restait difficile à comprendre. Elles seules avaient dirigé les préparatifs de l’événement. Leur négligence exposa la personne du prince à des démonstrations excessives d’empressement. Un général de sa suite les qualifia d’ailleurs de manière assez brutale.
Note

Il était fils de feu Jean Jeantet, lui aussi postillon, et de Catherine Huc. De plus, Jean-Pierre Jeantet, au moment de son accident, était marié à Anne-Marie Roques. On ignore la localisation de ses origines. Son acte de décès figure à la date du 17 novembre 1839, à 13 heures, dans le registre des décès de l’état civil de Bouc-Bel-Air.

  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 23 novembre 1839, p. 2.
  • Registre d’état civil de Bouc-Bel-Air, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 393, acte no 17.

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