Provençal Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/provencal/ 500 ans de faits divers en Provence Wed, 25 Feb 2026 22:10:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Provençal Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/provencal/ 32 32 [Ancien provençal] Module 3 – Grammaire de base https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-3-grammaire-de-base/ https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-3-grammaire-de-base/#respond Wed, 25 Feb 2026 16:58:34 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27605 > Langue provençale

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<< Module 3 : Grammaire de base

Après avoir étudié le contexte historique et les fondements graphiques de l’ancien provençal, nous abordons maintenant sa structure grammaticale. Comprendre les mécanismes essentiels de la langue permet de lire les textes médiévaux avec méthode et précision.

Comprendre la structure pour lire avec méthode

Lo cavaliers porta l’espaza.

« Lo cavaliers porta l’espaza. »
Le chevalier porte l’épée.

Dans cette phrase, lo est l’article défini masculin singulier, cavaliers est le sujet, porta le verbe au présent, et l’espaza le complément d’objet.

Le nom : genre, nombre et survivances du latin

« Li barons ven. »
Le baron vient.

« Vei lo baron. »
Je vois le baron.

La forme en -s peut marquer l’ancien cas sujet masculin singulier. Cette distinction tend à disparaître au XIIIe siècle.

« Las domnas son bellas. »
Les dames sont belles.

Les articles

« Lo castel es fort. »
Le château est fort.

« L’amor es granda. »
L’amour est grande.

L’article indéfini apparaît sous les formes un et una.

Bela domna canta.

« Una domna canta. »
Une dame chante.

L’adjectif : accord et position

« Bela domna canta. »
La belle dame chante.

« Gran dolor sent. »
Il ressent une grande douleur.

L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom.

Les pronoms

« Ieu vos salutz. »
Je vous salue.

« El me dona flor. »
Il me donne une fleur.

La terminaison verbale permet souvent d’identifier le sujet implicite.

Le verbe : bases essentielles

« Ieu cant per joi. »
Je chante par joie.

« Amor es poderosa. »
L’amour est puissant.

« Ieu ai joi. »
J’ai de la joie.

L’imparfait

« El cantava tota nuèch. »
Il chantait toute la nuit.

Le futur

« Ieu tornarai deman. »
Je reviendrai demain.

Le participe passé

« Lo libre es escrit. »
Le livre est écrit.

La négation et l’ordre des mots

« Ieu non sai. »
Je ne sais pas.

« Lo joglar canta canson. »
Le jongleur chante une chanson.

« Canta lo joglar. »
Chante le jongleur.


Exercices intégrés

Exercice 1 — Identifier la fonction

Analysez les phrases suivantes :

« Lo reis parla al baron. »
Le roi parle au baron.

« Las domnas cantan. »
Les dames chantent.

« Ieu vei lo castel. »
Je vois le château.

« El non a joi. »
Il n’a pas de joie.

Correction

Identifiez d’abord le verbe, puis le sujet et enfin les compléments éventuels.

Exercice 2 — Genre et nombre

« los senhors »
les seigneurs

« bella domna »
belle dame

« bels cavaliers »
beaux chevaliers

« la flor »
la fleur

Exercice 3 — Traduction guidée

« Quan la luna es levada, lo cavaliers part. »
Quand la lune est levée, le chevalier part.

« Amor non mor. »
L’amour ne meurt pas.

« Nos avem gran joi. »
Nous avons grande joie.

Exercice 4 — Analyse complète

« Lo joglar que canta d’amor es amat per la cort. »
Le jongleur qui chante d’amour est aimé par la cour.

Module 4 : Verbes et conjugaison avancée >>

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Joseph-Toussaint Avril (1775-1841), le Manosquin qui a donné ses lettres à la langue provençale https://www.geneprovence.com/joseph-toussaint-avril-1775-1841-le-manosquin-qui-a-donne-ses-lettres-a-la-langue-provencale/ https://www.geneprovence.com/joseph-toussaint-avril-1775-1841-le-manosquin-qui-a-donne-ses-lettres-a-la-langue-provencale/#respond Tue, 03 Feb 2026 12:10:40 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27429 Une figure de l’érudition et du commerce à Manosque Né le 1er novembre 1775 à Manosque, Joseph-Toussaint Avril est l’une de ces figures régionales dont l’héritage, bien que fondamental, a…

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Représentation imaginaire de Joseph-Toussaint Avril, en l’absence de portrait le représentant.

Une figure de l’érudition et du commerce à Manosque

Né le 1er novembre 1775 à Manosque, Joseph-Toussaint Avril est l’une de ces figures régionales dont l’héritage, bien que fondamental, a été partiellement éclipsé par les mouvements littéraires ultérieurs. Fils de François Avril, maître menuisier, et de Madeleine Eymar, il grandit rue d’Aubette, au cœur de la ville qui sera le théâtre de toute sa vie.
Après une scolarité locale, le jeune Toussaint se tourne vers le commerce, faisant son apprentissage à Marseille dans le négoce du drap. De retour dans sa ville natale, il s’établit comme marchand drapier. Son succès dans les affaires est notable, puisqu’il accèdera plus tard à la présidence du Tribunal de commerce de Manosque.
En 1802, à l’âge de 27 ans, il épouse Thérèse Lieautaud, issue d’une famille de négociants manosquins, avec qui il aura huit enfants. La famille emménage en 1808 dans une demeure de la rue des Marchands, maison qui sera plus tard signalée par une plaque commémorative.
Acte de naissance de Joseph-Toussaint Avril, Manosque, paroisse Saint-Sauveur, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0030.

L’œuvre d’une vie : Le dictionnaire provençal-français

Parallèlement à ses activités professionnelles, Toussaint Avril se consacre à sa passion pour la culture et la langue provençales. En 1826, il publie notamment une chanson descriptive de la fête patronale de Manosque, la Sant Brancaï, célébrée le 12 mai.
Son œuvre maîtresse, celle pour laquelle il est passé à la postérité, est son monumental Dictionnaire provençal-français, suivi d’un Vocabulaire français-provençal.
Publié en 1839 chez un imprimeur d’Apt (E. Cartier), cet ouvrage est un témoignage précieux de l’état de la langue d’Oc au début du XIXe siècle. Avril avait l’ambition de réaliser un outil utile à tout Provençal, quel que soit son lieu de vie. Pour y parvenir, il a cherché à inclure à la fois les termes déjà répertoriés dans les dictionnaires précédents, mais aussi et surtout, ceux qui y étaient omis.

Un regard unique sur l’économie rurale

Ce qui distingue le dictionnaire de J.-T. Avril, c’est son orientation spécifique vers le terrain. L’auteur a intégré un grand nombre de termes en rapport avec l’économie rurale.
Dans son introduction, il indique vouloir ainsi combler l’attente d’une population agricole, qui, selon lui, n’avait pu se satisfaire entièrement dans aucun des dictionnaires provençaux publiés jusqu’alors. L’ouvrage est riche non seulement en définitions, genres et acceptions, mais également en observations relatives à l’histoire naturelle et, bien sûr, à l’économie rurale.
En 1840, Avril enrichit encore son œuvre littéraire avec la publication d’un recueil de chants de Noël provençaux et français, intitulé La Lyre de Judée.
Joseph-Toussaint Avril s’éteint quelques années seulement après la parution de son dictionnaire, le 3 mai 1841, à l’âge de 67 ans, à Manosque.

L’héritage durable

Bien qu’il ait précédé le mouvement du Félibrige, l’effort d’Avril est reconnu par les défenseurs de la langue provençale. En 1892, lors du banquet annuel du Félibrige en Provence, une plaque est posée sur sa maison de la rue des Marchands pour rendre hommage au négociant et érudit.
À noter : Malgré son statut et son importance locale, il ne semble pas exister de portrait ou de gravure formellement identifié de Joseph-Toussaint Avril. Son œuvre reste donc le principal reflet de cet érudit.
Son dictionnaire reste une source de premier ordre pour la généalogie et l’histoire locale, offrant un éclairage unique sur les mots et les usages de la Provence au temps de nos aïeux.
  • Sources : Le Mercure aptésien, 9 mai 1841, p. 3.

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[Ancien provençal] Module 2 – Alphabet, orthographe et prononciation https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-2-alphabet-orthographe-et-prononciation/ https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-2-alphabet-orthographe-et-prononciation/#respond Fri, 16 Jan 2026 23:40:39 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27340 << Module 1 — Contexte historique et culturel Entrer dans un texte en ancien provençal donne souvent au lecteur moderne une impression paradoxale. À première vue, les mots semblent proches…

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« Lo jorn s’es levatz clar e polit. »
<< Module 1 — Contexte historique et culturel

Entrer dans un texte en ancien provençal donne souvent au lecteur moderne une impression paradoxale. À première vue, les mots semblent proches du français, parfois même transparents. Pourtant, dès que l’on tente de les lire à voix haute ou d’en saisir précisément le sens, une difficulté apparaît. Cette difficulté n’est pas due à une complexité excessive de la langue, mais au fait que l’ancien provençal obéit à des règles graphiques et phonétiques très différentes de celles du français moderne. Comprendre son alphabet, son orthographe et sa prononciation est donc une étape absolument fondamentale pour accéder aux textes médiévaux sans les déformer.
L’objectif de ce module est de donner au lecteur les outils nécessaires pour reconnaître les lettres, comprendre comment elles sont utilisées, et surtout savoir comment elles se prononçaient à l’époque où la langue était vivante.

Dès les premiers vers de la poésie médiévale, le lecteur rencontre des formes comme :
« Lo jorn s’es levatz clar e polit. »
ou encore :
« En aquel temps que florisson li pratz. »

Ces phrases, simples en apparence, montrent déjà que la correspondance entre lettres et sons n’est pas celle du français actuel.

Un alphabet hérité du latin, mais adapté à une langue romane

L’ancien provençal utilise l’alphabet latin, hérité directement de la tradition écrite romaine et chrétienne. Il ne s’agit cependant pas d’un alphabet figé ou normalisé. Les scribes médiévaux écrivent avec les moyens graphiques dont ils disposent, et surtout avec une logique phonétique : on écrit ce que l’on entend, ou ce que l’on croit entendre.

L’alphabet de base comprend les lettres suivantes :
a, b, c, d, e, f, g, h, i, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, x, z.

Certaines lettres modernes, comme j ou w, n’existent pas en tant que telles. Le son [j] est généralement noté par i, et le w est absent car inexistant en latin et en roman méridional.

Il faut insister sur un point essentiel : l’ancien provençal n’a jamais connu d’orthographe officielle unique. Chaque manuscrit reflète une tradition locale, une époque, parfois même les habitudes personnelles du copiste.

Une orthographe phonétique et souple

Contrairement au français moderne, dont l’orthographe est largement figée et souvent déconnectée de la prononciation, l’ancien provençal est une langue à orthographe majoritairement phonétique. Cela signifie que les lettres correspondent assez fidèlement aux sons, même si cette correspondance varie selon les régions.
Ainsi, un même mot peut s’écrire de plusieurs manières sans que cela pose problème aux lecteurs médiévaux. Le mot « nuit » apparaît par exemple sous les formes nuèch, nueit ou nuoit. Ces variantes reflètent des prononciations légèrement différentes selon les zones linguistiques.

Prenons une phrase simple :
« La luna clara lusís sus la tèrra »
Chaque lettre se prononce, et très peu de sons sont muets, contrairement au français contemporain.

Les voyelles : un système plus riche que le français moderne

L’ancien provençal possède un système vocalique hérité du latin vulgaire, avec une distinction nette entre voyelles ouvertes et fermées. Cette distinction est essentielle pour la compréhension des textes et surtout de la poésie, où elle joue un rôle dans les rimes.
Les voyelles principales sont a, e, i, o, u, auxquelles s’ajoutent des oppositions de timbre. Le e peut être ouvert ou fermé, tout comme le o. Ces différences ne sont pas toujours notées graphiquement, mais elles sont réelles à l’oral.

Le e final, très fréquent, se prononce généralement comme un e bref, proche du [ə] mais plus net que le « e » muet français. Dans terra, vida ou amors, la voyelle finale est audible.
Exemple :
« Bela dona, vostra valor es granda. »
Ici, chaque voyelle porte une valeur sonore.

Les consonnes : stabilité et clarté articulatoire

Les consonnes de l’ancien provençal sont globalement plus stables que celles du français moderne. La plupart se prononcent comme elles s’écrivent.

Le c se prononce toujours [k] devant a, o, u, et souvent [ts] ou [s] devant e et i selon les régions. Le g suit une logique comparable. Le s se prononce toujours, y compris en position finale, ce qui explique des formes comme temps, cors, laus.
Le r est roulé, comme dans les langues romanes méridionales actuelles. Il ne s’agit jamais du r guttural français moderne.

Dans une phrase comme :
« Los trobadors cantavan l’amor fin. »
toutes les consonnes participent pleinement au rythme de la langue.

Les consonnes finales : un point clé pour bien lire

L’un des pièges les plus fréquents pour le lecteur moderne est la tentation de ne pas prononcer les consonnes finales. Or, en ancien provençal, elles sont presque toujours audibles.
Le s final marque souvent le pluriel, le t final peut signaler une forme verbale, et le r final est courant dans les infinitifs. Ne pas les prononcer revient à déformer la langue.

Par exemple :
« Li baron son valen e leial. »
Chaque consonne finale structure le sens et la syntaxe.

Accentuation et rythme de la langue

L’accent tonique en ancien provençal tombe généralement sur la dernière syllabe ou l’avant-dernière, selon l’évolution du mot depuis le latin. Cet accent est régulier et stable, ce qui donne à la langue une musicalité particulière, très différente du français moderne.
Cette musicalité explique en grande partie le succès de la poésie des troubadours, fondée sur des rythmes nets et des schémas métriques précis.

Phrase illustrative :
« Cantar voil un vers d’amor cortesa. »
L’accentuation naturelle porte la mélodie du vers.

Une langue pensée pour être dite et chantée

Il est fondamental de rappeler que l’ancien provençal est d’abord une langue orale. Les textes que nous lisons aujourd’hui sont les traces écrites d’une langue vivante, parlée, chantée, débattue sur les places et dans les cours seigneuriales.
Lire l’ancien provençal uniquement avec les yeux, sans tenter de le prononcer, revient à en perdre une dimension essentielle. L’orthographe, même fluctuante, est conçue pour guider la voix.

Ce que le lecteur doit retenir de ce module

À l’issue de ce module, le lecteur doit comprendre que l’ancien provençal n’est ni une langue obscure ni une langue approximative. Son alphabet est simple, son orthographe logique, sa prononciation cohérente. Les difficultés viennent surtout de nos habitudes modernes, façonnées par le français contemporain.
Apprendre à lire l’ancien provençal, c’est accepter de réapprendre à voir les lettres comme des sons, et non comme des conventions figées.

Sources scientifiques et bibliographiques

  • Raynouard, François-Juste-Marie, Lexique roman, Paris, 1838–1844.
  • Ronjat, Jules, Grammaire historique des parlers provençaux modernes, Montpellier, 1930–1941.
  • Bec, Pierre, La langue occitane, Presses Universitaires de France, 1963.
  • Chambers, Frank M., An Introduction to Old Provençal Versification, American Philosophical Society, 1985.
  • Zumthor, Paul, Essai de poétique médiévale, Seuil, 1972.

Jean Marie Desbois

Module 3 : Grammaire de base >>

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[Ancien provençal] Module 1 — Contexte historique et culturel https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-1-contexte-historique-et-culturel/ https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-1-contexte-historique-et-culturel/#respond Tue, 09 Dec 2025 22:31:38 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27084 > Langue provençale

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<< Introduction à l’apprentissage de l’ancien provençal

Pourquoi ce module est la première étape

Plonger dans l’ancien provençal sans connaître son contexte historique et culturel, c’est risquer de lire des mots sans en percevoir la profondeur. Ce premier module pose les fondations : il décrit l’origine de la langue, son usage social, sa coexistence avec le latin, son âge d’or littéraire, sa diversité dialectale et les transformations de son statut — autant d’éléments indispensables pour aborder ensuite la lecture de textes anciens en toute lucidité.
Pour vous immerger dès maintenant, voici un exemple poétique qui illustre d’emblée la sonorité et la sensibilité de la langue d’oc :
« Can vei la lauzeta mover / de joi sas alas contra’l rai… »
(Quand je vois l’alouette agiter joyeusement ses ailes contre le soleil…)
Ces quelques vers du troubadour Bernart de Ventadorn donnent le ton : vous n’êtes plus dans un français ancien, mais dans une langue vivante — l’ancien occitan — pleine de charme, de simplicité et de sensibilité. Nous allons voir pourquoi ces vers sont possibles, et comment toute une société a parlé, chanté, écrit — en occitan et en latin — pendant plusieurs siècles en Provence.

Naissance d’une langue vernaculaire : du latin vulgaire à l’occitan

Après la romanisation de la Provence, le latin s’impose comme langue officielle. Rapidement toutefois, le latin « populaire » — celui que parlent les paysans, les artisans, les marchands — évolue. Ce latin vulgaire n’a plus les exigences du latin érudit : prononciation, vocabulaire et morphologie se simplifient et se transforment selon les régions. Petit à petit apparaît une langue romane autonome, que l’on appellera occitan (langue d’oc) et, en Provence, provençal.
L’occitan ancien est l’héritier direct de ce latin vulgaire, transformé au fil des siècles : les changements phonétiques (perte des finales, diphtongations, variations vocaliques) et morphologiques se stabilisent suffisamment tôt pour produire une langue cohérente et compréhensible. Dès le XIᵉ siècle, des formes typiques sont attestées dans des manuscrits : ce n’est pas une création soudaine, mais un lent glissement perceptible lorsqu’on étudie phonétique, morphologie et lexique.

Une langue de tous les jours : le provençal dans la vie sociale

L’occitan provençal est la langue du quotidien. Dans les villages, les bourgs, les tavernes, les marchés, on parle provençal. C’est la langue des familles, des voisins, des artisans, des marchands, des paysans. En Provence médiévale, un forgeron, un meunier, un berger, un marchand — tous se comprennent en langue d’oc.
Exemple narratif :
« En aquela vila avia un cavaler proz e ben amatz de totz. »
(Dans ce village vivait un chevalier vaillant et aimé de tous.)
Cette phrase courte illustre le registre narratif et la simplicité fonctionnelle de l’occitan dans la vie quotidienne.
Ces énoncés simples montrent que l’occitan n’était pas réservé aux élites : c’était une langue de tous, utile, parlée, partagée. Le provençal structure la vie sociale, permet les échanges et forge l’identité locale. Pour qui s’intéresse à la généalogie, c’est souvent dans ces termes vernaculaires que se trouvent les désignations des métiers, des objets et des lieux.

Littérature et prestige : l’âge d’or des troubadours

« Can vei la lauzeta mover, / De joi sas alas contra’l rai… »
L’occitan n’est pas qu’un langage populaire. Entre la fin du XIᵉ siècle et le XIIIᵉ, la Provence et le Midi connaissent la floraison des troubadours, poètes-compositeurs qui chantent l’amour courtois, la satire ou la morale. Les poèmes de troubadours prouvent que la langue d’oc est capable d’une grande précision stylistique et d’une norme écrite partagée.
Bernart de Ventadorn — extrait :
« Can vei la lauzeta mover, / De joi sas alas contra’l rai… »
(Quand je vois l’alouette agiter joyeusement ses ailes vers le soleil…)
Ces œuvres circulent largement : leurs manuscrits voyagent en Catalogne, en Italie du Nord et jusqu’à d’autres cours européennes. La poésie des troubadours montre que l’occitan est une langue de civilisation, pas un simple dialecte local. Lire ces textes demande d’être sensible aux images naturelles, aux figures rhétoriques et aux variations métriques propres au registre lyrique.

Écritures, archives, latin et occitan : un double régime scriptural

Malgré la vitalité orale et poétique de l’occitan, le latin conserve un rôle central dans les institutions. Chartes, actes notariés, documents ecclésiastiques ou universitaires sont généralement rédigés en latin jusqu’à la fin du Moyen Âge. Cependant, l’occitan s’y glisse parfois, en particulier pour les noms propres, les toponymes ou les désignations techniques. Ainsi, un bail ou une donation peut mêler latin et occitan dans la même formule.
Exemple notarial (forme vernaculaire tardive) :
« Fazo saber a totz que… »
(Je fais savoir à tous que…)
Formule typique d’un notaire utilisant l’occitan pour ouvrir une proclamation ou une mention locale.
Pour le lecteur, la conséquence pédagogique est claire : il faudra apprendre à lire deux graphies et à reconnaître les abréviations et les formes contractées des manuscrits médiévaux. Une partie importante de l’entraînement consistera à repérer ces signes et à décoder la superposition latin/occitan.

Diversité dialectale : la variété provençale à l’échelle de la région

La Provence médiévale n’est pas un bloc homogène. Selon les zones — vallée du Rhône, littoral, zones alpines ou arrière-pays — le provençal présente des différences de prononciation, de vocabulaire et d’orthographe. Ces variantes reflètent l’histoire des contacts (commerce maritime, influences ligures ou italiennes) et des reliefs (plaines, montagnes).
Variantes graphiques et dialectales :
« Quan vei l’alauzeta mover… »
(Variante graphique d’un vers célèbre, montrant la fluctuation orthographique d’un scribe à l’autre.)
Ces variations sont normales et témoignent d’un continuum linguistique plutôt que d’un code figé.
Malgré ces différences, l’intercompréhension reste forte : un poème composé à Arles était intelligible à Digne, à Nice ou dans de nombreuses vallées alpines. La cartographie dialectologique aide aujourd’hui à identifier des traits régionaux et à situer approximativement l’origine d’un texte.

Un tournant historique : intégration politique et changement de statut

Le statut de la langue évolue avec l’histoire politique. L’intégration progressive du Midi au royaume de France et l’affirmation des institutions centrales modifient l’usage des langues. L’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) marque un tournant : le français est imposé dans les actes juridiques et administratifs du royaume. Cela accélère, sur le long terme, la substitution du français au latin et, indirectement, la marginalisation de l’occitan dans les usages écrits.
Néanmoins, dans les campagnes et dans de nombreuses villes, le provençal demeure la langue vivante des foyers et des relations sociales pendant des siècles. Pour l’étudiant moderne, cela veut dire que les documents postérieurs au XVIᵉ siècle peuvent présenter des mélanges linguistiques (latin, occitan, français ancien) qui aident à dater et à localiser un texte.

Comment commencer la lecture : une stratégie progressive

Pour aborder la lecture sans découragement, il est conseillé de suivre une progression douce : commencer par des textes courts et vernaculaires (chansons, proverbes, refrains), qui offrent un vocabulaire concret et répétitif ; poursuivre avec des poèmes de troubadours pour s’habituer à la richesse stylistique ; et enfin passer aux actes notariaux et aux chartes qui exigent la double compétence latin/occitan. Cette méthode permet d’acquérir d’abord le lexique, puis la syntaxe, et enfin les subtilités orthographiques et dialectales.

Conclusion : le contexte comme fondation d’une lecture éclairée

L’héritage romain, la naissance du provençal, la vie sociale, la poésie des troubadours, le régime bilingue latin/occitan, la diversité dialectale et les bouleversements politiques forment le socle indispensable de tout apprentissage de l’ancien provençal. Ce n’est qu’en maîtrisant ces repères que l’on peut aborder les textes anciens avec sens, nuance et respect.
Les exemples de vers, de phrases narratives ou de formulations notariales insérés dans ce module ne sont pas de simples ornements : ce sont des portes d’entrée tangibles dans la langue d’oc, des fragments que vous relirez, analyserez et utiliserez dans les modules suivants pour construire progressivement votre compétence de lecture.

Exemples en ancien provençal — pour commencer

« Can vei la lauzeta mover / de joi sas alas contra’l rai… »
(Bernart de Ventadorn — Quand je vois l’alouette agiter joyeusement ses ailes vers le soleil.)

« En aquela vila avia un cavaler proz e ben amatz de totz. »
(Phrase narrative illustrative — Dans ce village vivait un chevalier vaillant et aimé de tous.)

« Quan vei l’alauzeta mover… »
(Variante graphique possible d’un vers célèbre — montre la variabilité orthographique.)

« Fazo saber a totz que… »
(Formule notariale vernaculaire — Je fais savoir à tous que…)

Sources et lectures recommandées

Pour approfondir :
  • Bernart de Ventadorn — éditions critiques des textes de troubadours (ex. Roncaglia, 1964).
  • Jules Ronjat, Grammaire historique des parlers provençaux modernes, A. Picard, 1930–1941.
  • Pierre Bec, La Langue occitane, PUF, 1963.
  • William D. Paden, An Introduction to Old Occitan, MLA, 1998.
  • Martin Aurell, La Provence au Moyen Âge, Perrin, 2005.
  • « Ressources en ligne : manuscrits et éditions critiques » sur Gallica (BnF) et bases universitaires spécialisées.

Jean Marie Desbois

Module 2 : Alphabet, orthographe et prononciation >>

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Introduction à l’apprentissage de l’ancien provençal https://www.geneprovence.com/introduction-a-lapprentissage-de-lancien-provencal/ https://www.geneprovence.com/introduction-a-lapprentissage-de-lancien-provencal/#respond Tue, 02 Dec 2025 15:03:59 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26877 Avant toute chose, pensez à lire l’article : Quelle langue parlait-on en Provence au Moyen Âge ? Bienvenue dans l’univers de l’ancien provençal Si vous êtes passionné par l’histoire de…

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Avant toute chose, pensez à lire l’article : Quelle langue parlait-on en Provence au Moyen Âge ?

Bienvenue dans l’univers de l’ancien provençal

Si vous êtes passionné par l’histoire de la Provence, sa littérature médiévale ou vos propres racines familiales, cette série est faite pour vous. L’objectif de ce parcours est simple mais ambitieux : vous donner toutes les clés pour lire et comprendre un texte en ancien provençal, qu’il s’agisse d’un poème de troubadour, d’un acte notarié ancien ou d’une chanson populaire.
Le provençal ancien, ou langue d’oc, n’est pas une langue morte. À travers elle, c’est tout un monde qui nous est restitué : les marchés, les foires, les ateliers, les fêtes, les échanges entre voisins, et même les émotions de nos ancêtres. Apprendre à lire cette langue, c’est pouvoir plonger au cœur de la vie quotidienne médiévale et découvrir des textes qui racontent la Provence telle qu’elle était vécue, ressentie et racontée par ceux qui l’habitaient.

Pourquoi suivre cette série ?

  • Comprendre les textes originaux : Les écrits des troubadours, des notaires ou des chroniqueurs médiévaux sont riches en vocabulaire, en tournures grammaticales et en références culturelles. Ce parcours vous permettra de déchiffrer ces documents avec assurance.
  • Découvrir la culture provençale : La langue est un reflet direct de la société. Vous y retrouverez des pratiques, des métiers, des fêtes et des relations humaines disparues, mais qui ont façonné nos villages et nos villes.
  • Se reconnecter avec le passé familial et local : Pour ceux qui explorent leur généalogie, savoir lire l’ancien provençal ouvre l’accès à des registres paroissiaux, des inventaires, des testaments et des contrats qui racontent des histoires oubliées.

Table des matières : les modules à venir

  • Module 1 : Contexte historique et culturel
  • Module 2 : Alphabet, orthographe et prononciation
  • Module 3 : Grammaire de base
  • Module 4 : Verbes et conjugaison avancée
  • Module 5 : Lexique thématique
  • Module 6 : Variantes régionales et évolution
  • Module 7 : Lecture guidée de textes authentiques
  • Module 8 : Stratégies de lecture autonome
  • Module 9 : Exercices avancés et consolidation

Comment cette série est structurée

Cette série est progressive. Chaque module vous apportera une nouvelle compétence : de la prononciation et du vocabulaire de base, jusqu’à la lecture complète de textes authentiques. Vous commencerez par comprendre le contexte historique et culturel, puis vous apprendrez à lire et à analyser les textes, à identifier les mots, les tournures grammaticales, les abréviations, et enfin à traduire et interpréter de façon autonome.
Au fil des modules, vous serez guidé pas à pas, avec des exemples concrets, exercices pratiques et notes explicatives, pour que la lecture de l’ancien provençal devienne une expérience vivante et accessible.

Un voyage dans le temps à portée de lecture

En suivant cette série, vous ne vous contenterez pas d’apprendre des mots ou des règles grammaticales : vous plongerez dans l’esprit de la Provence médiévale, découvrirez la finesse des poèmes des troubadours, la précision des actes notariés et la richesse des expressions quotidiennes. Ce voyage linguistique est une véritable clé pour ouvrir les portes du passé, avec tous ses sons, ses images et ses émotions.
Préparez-vous à ouvrir un dialogue avec nos ancêtres, à comprendre leurs textes tels qu’ils les écrivaient et les vivaient, et à redonner vie à une langue qui a façonné la culture provençale pendant des siècles.

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Lorsque l’on se représente la Provence médiévale, on voit les murailles d’Aix, les foires animées de Tarascon, les ruelles étroites de Sisteron, les marchés d’Arles ou les ports de Toulon où retentissent les cris des marchands. Mais la langue qui tisse ces scènes du quotidien est essentielle pour comprendre la vie d’alors.
Les Provençaux du Moyen Âge parlaient l’occitan, dans sa variante provençale, tandis que le latin demeurait la langue de l’Église, du droit et des institutions savantes.
Cette coexistence linguistique, attestée dans les manuscrits comme dans les chartes, façonne toute la culture provençale médiévale.

Le lent passage du latin populaire au provençal

Après la romanisation, la population utilise un latin vulgaire, parlé de façon plus souple que le latin classique. Les études de Jules Ronjat (Grammaire historique des parlers provençaux modernes, 1930–1941) et de Pierre Bec (La Langue occitane, 1963) montrent comment, à partir du Ve siècle, les sons évoluent : les consonnes se simplifient, certaines voyelles se diphtonguent, et les finales disparaissent peu à peu.
Cette transformation suit un mouvement commun à l’ensemble du domaine roman, mais possède une cohérence particulière en Provence. Dès le Xe siècle, les gloses marginales dans les manuscrits (signalées par Anglade, Grammaire de l’ancien provençal, 1921) témoignent d’un parler distinct du latin écrit.

Évolution attestée du latin vulgaire au provençal
Latin populaire Forme attestée en ancien occitan Sens Source
caballus cavall cheval Ronjat, 1930
clarus clar clair Bec, 1963
mensa mesa table Paden, 1998
auriculam aurelha oreille Bec, 1963
Ces évolutions montrent une langue largement stabilisée dès le XIᵉ siècle.

Une langue parlée qui structure la vie sociale

Dans les villes comme dans les campagnes, le provençal règne dans les interactions humaines.
Il est utilisé par les artisans dans leurs ateliers, par les marchands dans les foires, par les familles autour du feu, par les bergers dans les Alpes comme par les pêcheurs sur la côte. Les coutumes locales et les contrats oraux – souvent des accords fonciers ou des échanges agricoles – se transmettent en langue d’oc.
William D. Paden (An Introduction to Old Occitan, 1998) montre que cette langue possède une syntaxe régulière, une conjugaison complète et un vocabulaire capable de nuances sociales : bénédictions, insultes, formules d’accueil, proximités et distances hiérarchiques.

Cette dimension sociale est essentielle : la langue d’oc n’est pas seulement un outil linguistique, mais un marqueur d’identité. Comme l’a souligné Martin Aurell (La Provence au Moyen Âge, 2005), elle structure les solidarités, les lignages, les tensions entre villages, et jusqu’aux rites religieux populaires.

Les troubadours : la puissance littéraire de la langue

Dès le XIᵉ siècle, la Provence devient l’un des centres majeurs de la poésie courtoise. Les troubadours élaborent un art poétique d’une grande précision.
Les analyses de Paul Zumthor (La Poésie et la Voix dans la civilisation médiévale, 1987) montrent comment la langue d’oc est taillée pour la poésie : richesse vocalique, souplesse syntactique, capacité à exprimer nuances affectives et morales.
Les vidas, recueillies et traduites par Margarita Egan (1984), révèlent des artistes respectés aux parcours parfois internationaux : certains Provençaux se produisent à Gênes, Barcelone, Toulouse, ou dans les cours germaniques.

Diffusion géographique attestée des troubadours
Région Exemples de troubadours attestés Source
Provence Raimbaut d’Orange, Folquet de Marseille Bec, 1963
Languedoc Guilhem de Peitieus, Arnaut Daniel Zumthor, 1987
Italie du Nord Présence et influence des troubadours dans les cours Egan, 1984
Catalogne / Aragon Influence sur les trobaires catalans Paden, 1998
Cette diffusion montre que la langue d’oc était comprise et admirée sur un territoire immense.

Le rôle toujours central du latin

Malgré la vitalité du provençal, le latin demeure indispensable. Il est la langue de l’Église, des prieurés, des universités naissantes, des chartes et des actes notariés.
Les travaux d’Aurell (2005) et de Cerquiglini (La Naissance du français, 1999) rappellent qu’un clerc provençal passe quotidiennement du latin écrit à l’occitan parlé.
Même dans les villages reculés, les actes funéraires, les contrats de mariage, les donations ou les règlements se font en latin, souvent avec quelques intrusions occitanes dans les noms de lieux ou de personnes.

Une Provence multilingue : nuances et variantes

Le provençal n’est pas uniforme. Les travaux dialectologiques, notamment ceux de Ronjat et Bec, distinguent plusieurs zones : rhodanienne, maritime, centrale, gavote, niçoise.

Traits distinctifs régionaux attestés
Zone Trait linguistique notable Source
Rhodanien Vocalisme plus ouvert Ronjat, 1930
Maritime Influence lexicale liée au trafic méditerranéen Aurell, 2005
Gavot (Alpes) Conservation de certaines consonnes finales Bec, 1963
Niçois Emprunts précoces à l’italien / ligurien Köhler, 1980


Malgré ces variations, l’intercompréhension reste forte : un poème composé à Orange pouvait être compris jusqu’à Nice ou Sisteron.

L’ascension du français : un bouleversement lent

À partir du XIVᵉ siècle, le français commence à pénétrer en Provence par l’administration royale et les élites urbaines. Ce mouvement se renforce au XVIᵉ siècle avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539).
Philippe Martel (2013) montre que la langue d’oc reste pourtant très vivace dans les pratiques quotidiennes jusqu’au XIXᵉ siècle dans certaines vallées alpines, malgré la perte de prestige institutionnel.
Les notaires provençaux adoptent progressivement le français dans les actes, mais les formules orales restent en occitan. Même au XVIIᵉ siècle, certaines paroisses gardent des traces d’occitan dans les registres lorsqu’un curé peu lettré y insère des notes personnelles.

La Provence : une identité façonnée par deux langues

La Provence médiévale vit dans un équilibre linguistique complexe mais extraordinairement riche :
– le provençal, langue du peuple, de la poésie et de la vie concrète ;
– le latin, langue savante, institutionnelle et spirituelle.
Cette dualité ne divise pas : elle nourrit une culture puissante, où l’expression populaire et la pensée savante dialoguent constamment.
C’est ce dialogue qui donne à la Provence médiévale sa densité humaine et culturelle si particulière.

Sources académiques utilisées

  • Ronjat, Jules. Grammaire historique des parlers provençaux modernes. A. Picard, 1930–1941.
  • Paden, William D. An Introduction to Old Occitan. MLA, 1998.
  • Egan, Margarita. The Vidas of the Troubadours. Garland Publishing, 1984.
  • Bec, Pierre. La Langue occitane. Presses Universitaires de France, 1963.
  • Aurell, Martin. La Provence au Moyen Âge. Perrin, 2005.
  • Martel, Philippe. “L’occitan”, in Histoire sociale des langues de France, Presses Universitaires de Rennes, 2013.
  • Zumthor, Paul. La Poésie et la voix dans la civilisation médiévale. Seuil, 1987.
  • Cerquiglini, Bernard. La naissance du français. PUF, 1999.
  • Anglade, Joseph. Grammaire de l’ancien provençal. Klincksieck, 1921.
  • Köhler, Erich. Études sur la littérature occitane médiévale. 1980.

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L’origine de « Vai cag’Endoumé », dicton marseillais du XIXe siècle https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/ https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/#respond Mon, 24 Feb 2025 05:30:28 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=24552 Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les…

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Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les Prieurs ou syndics de cette œuvre avaient imaginé un excellent moyen pour faire cette double enquête par un seul et unique examen.
La session s’ouvrait le dimanche après Noël, à midi, en plein air, sur le quai Saint-Jean.
Le syndic-maje traçait d’abord au charbon, sur le pavé, une espèce de marelle (rappelons que marelle vient du latin mar, « la mer ») qu’il prétendait être la carte muette du littoral depuis Gibraltar jusqu’à Constantinople. Cela fait, le candidat était introduit dans la mer, tandis que les examinateurs restaient à terre.
L’épreuve était toujours le récit animé d’un court voyage dont le port était le point de départ. Dans sa narration le postulant employait le plus possible de mots techniques et marchait le long de la soi-disant côte, en signalant tous les caps, golfes, baies, calanques, etc. devant lesquels il passait, en prenant grand soin de les marquer sur la carte par une pièce de monnaie proportionnée à l’importance des lieux.
Le voyage terminé, les Prieurs n’avaient plus, pour s’assurer du mérite du candidat, qu’à compter la recette, qui était d’autant plus forte qu’il connaissait mieux la côte et qu’il était plus généreux.
Tant pis pour les ignorants et les avares !
Le 28 décembre 1693, Pierre Estubly se présenta devant le redoutable tribunal. Il n’était pas très bon navigateur et ne savait pas un mot de ce métier, mais il tenait dans sa main un petit saquet qui rendit un son très réjouissant quand le candidat sauta dans la mer.
Le misérable avait espéré corrompre les juges mais il fut bien déçu, car à peine le syndic eut-il avisé la quantité de marques qu’Estubly avait à sa disposition, qu’il s’écria :
« Vaï ei dardanellos, et revendras ! » (Va aux Dardadanelles et tu reviens !)
Jamais on n’avait ordonné une si rude épreuve.
Le jeune homme part, il va tout droit déjeuner en Sicile, de là il part boire un coup dans l’Archipel et il dîne un moment après à Constantinople.
Il n’avait déboursé que quatre astériques.
Les Prieurs avaient l’air de se dire : « Se moque-t-il de nous ? »
Restait le retour.
Il fut aussi émouvant que l’aller, à cela près que le voyageur ne passa que par les points déjà visités et qu’il jugea inutile de remarquer. Il approchait de Marseille, quand l’un des prieurs, n’y tenant plus, lui cria :
« Et Morgiou!
— Vouei ! répondit Estubly, soupi à Morgiou !
— Soupés à Morgiou ! riposta le syndic, exaspéré, et ben ! aro, vai carg’Endoumé !
En même temps tous les Prieurs tournèrent le dos au candidat tout confus, et l’auditoire partit d’un éclat de rire dont l’écho archéologique devait encore s’entendre au XIXe siècle.
Seulement les malicieux Marseillais, trouvant qu’après un souper à Morgiou, il n’y avait guère opportunité d’aller charger à Endoume, ont quelque peu modifié le dernier mot des Prieurs et en ont fait le proverbe tel qu’on l’entendait prononcer jusque dans les années 1860. Il n’y avait qu’un r à supprimer dans le mot carga et ils n’hésitèrent pas à commettre cette mutilation.
  • Source : Le Petit Marseillais, 22 mai 1868, p. 3, 4.

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Prosper Estieu et son poème à Virginie P. https://www.geneprovence.com/prosper-estieu-et-son-poeme-a-virginie-p/ https://www.geneprovence.com/prosper-estieu-et-son-poeme-a-virginie-p/#respond Sun, 06 Oct 2024 17:45:45 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=22619 Prosper Estieu n’est pas directement lié à la Provence, mais il a été un acteur important du mouvement félibréen, qui a été fondé en Provence par Frédéric Mistral et d’autres…

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Prosper Estieu n’est pas directement lié à la Provence, mais il a été un acteur important du mouvement félibréen, qui a été fondé en Provence par Frédéric Mistral et d’autres poètes provençaux. Le Félibrige est une association littéraire et culturelle dédiée à la défense et à la promotion de la langue et de la culture occitanes, incluant la Provence.

Estieu, bien que principalement actif dans le Languedoc et le Lauragais, a contribué à la diffusion des idées félibréennes et à la réforme de la graphie occitane, influençant ainsi l’ensemble de la région occitane, y compris la Provence. Son travail a aidé à renforcer les liens culturels et linguistiques entre les différentes régions occitanes.

Biographie

Prosper Estieu (7 juillet 1860 – 11 décembre 1939) était un poète et instituteur français, né à Fendeille dans l’Aude et décédé à Pamiers dans l’Ariège1.
Il est surtout connu pour son rôle dans le mouvement félibréen, une association dédiée à la promotion de la langue et de la culture occitanes, fondée en Provence par Frédéric Mistral2. Estieu a fondé plusieurs écoles félibréennes, dont l’Escola Audenco à Carcassonne en 18923.
Avec Antonin Perbosc, il a entrepris une réforme graphique de l’occitan, qui a jeté les bases de la graphie classique utilisée aujourd’hui4.
Ses œuvres poétiques incluent des recueils tels que « Lou Terradou » (1895) et « Flors d’Occitania » (1906)5.
En 1900, il a été élu Majoral du Félibrige, reconnaissant ainsi son immense contribution à la culture occitane6.

À Virginie P.

Le 1er août 1880, l’hebdomadaire arlésien L’Homme de bronze publie, dans son 42e numéro (1re année), page 3, un sonnet écrit l’année précédente par Prosper Estieu. Le poème est intitulé “À Virginie P.” mais, dans sa version moderne, nous l’appellerons plus sobrement “Virginie”.
Nous avons donc le plaisir de vous présenter cette nouvelle chanson qui rend hommage à Prosper Estieu. Les paroles de cette chanson sont tirées de ce sonnet, mais la musique est résolument moderne. Nous l’avons imaginée avec des accents latino. Ce mélange unique vise à faire découvrir ou redécouvrir cet auteur aux jeunes générations.
En modernisant la musique, nous espérons rendre les œuvres d’Estieu plus accessibles et attrayantes pour les jeunes, tout en respectant l’essence de ses écrits. Cette initiative est une invitation à plonger dans la richesse de la poésie occitane et à apprécier la beauté intemporelle des sonnets de Prosper Estieu.

Aux générations plus anciennes

Nous comprenons que l’association de paroles aussi vénérables avec une musique contemporaine puisse surprendre. Cependant, notre intention est de redonner vie à l’œuvre de cet auteur remarquable et d’inciter les jeunes à découvrir ses magnifiques sonnets.
Nous espérons que vous accueillerez cette initiative avec bienveillance et que vous partagerez notre enthousiasme pour faire connaître Prosper Estieu à une nouvelle génération de lecteurs.

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[Provençal] Miramas… dès minuto d’arrèst ! Miramas… dix minutes d’arrêt ! https://www.geneprovence.com/provencal-miramas-10-minuto-darrest-miramas-10-minutes-darret/ https://www.geneprovence.com/provencal-miramas-10-minuto-darrest-miramas-10-minutes-darret/#respond Mon, 22 Feb 2016 20:22:35 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=15766 Écoutez la lecture de cet enregistrement en cliquant sur la flèche orange ci-dessous : A MIRAMAS, VILO DE TRIN, de segur, i’a d’istòri de trin. Dudule, que restavo à Miramas,…

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A MIRAMAS, VILO DE TRIN, de segur, i’a d’istòri de trin.
Dudule, que restavo à Miramas, èro emplega dóu camin de ferre ; èro countourroulaire de trepadou à Miramas tambèn. Pichot, courtet de cambo, cargant sus lou davans, uno pelesoun bèn istalado qu’escoundié souto uno casqueto de countourroulaire que quitavo jamai, lou nas e la caro roujas e enfin uno tras que pichoto moustacho – quàuqui pèu en carrat souto lou nas –, èro un emplega moudèle qu’aurié pas fa tort d’un liard à si vesin, pas mai qu’à la coumpagnié que l’emplegavo. Un sòu èro un sòu, quand lou dévié, e quand ié devien, foucho ! l’óublidavo pas.
Es ansin que dins lou tèms, l’ounnibus Marsiho-Avignoun fasié lis ouratòri pèr ié prendre li viajaire. Mai, bord que i’avié un mai, noun se ié poudian davala qu’à parti de Seloun-de-Crau.
Adounc quand lou trin intravo en garo, Dudule s’aprouchavo, siblavo – triiit – avans que d’anouncia d’uno voues trounadisso i vouiajaire esperant sus lou trepadou de la garo :
— Miramas… dès minuto d’arrèst !

train-gare-miramas

E tout se debanavo coum’acò quouro lou jour venguè que Dudule avisè un contro-venènt davalant dóu trin. Escoutant que soun sèn civi e proufessiounau, l’apoustroufè d’un biais autouritàri qu’anè emé sa cargo :
— Ho ! hé ! Sabès pas qu’es enebi de davala à Miramas sus aquesto ligno ! Fau espera Seloun.
— Mai… Mai…
— I’a ges de mai que tengon. Vous vòu apprendre la lèi, iéu. Vous vòu douna un papié.
— Mai… sabes que rèste à Miramas.
— Es pas uno resoun. La lèi es la lèi. Lou cop que vèn, vous n’en rapelaras.
— Mai… Mai…
— Res es censa ignoura la lèi, faguè d’uno bello asseguranço.
E sèns mai d’argument, Dudule dreissè un verbau à soun degut à la viajarello mal-avisado qu’avié lou fege de trepassa lou reglamen. La femo alor sachè pu que dire, èro aplantado aqui carculant se ié falié crida, ploura, remounta dins lou trin o dire de merci. Fin finalo Dudule reprenguè soun siblet – triiit – e anounciè :
— Fermaduro di porto !
Lou trin partiguè. La femo s’enanè elo tambèn. Èro peginado, pleno de vergougno, de ràbi, de charpin… un pau de tout acò bord que… èro sa femo !

L’istòri es pas ligado au tèms passat car quouro la countère à-n-un ami, i’a quàuqui tèms d’acò, apoundeguè d’aigo au moulin, me disènt, à son tour, que soun bèu-fraire, agènt de pouliço municipalo, verbalisè d’aploumb, éu tambèn, la veituro mau-garado… de sa femo !

Martino Bautista

*

À MIRAMAS, VILLE DE TRAINS, c’est sûr, il y a des histoires de trains.
Dudule, qui habitait à Miramas, était employé au chemin de fer ; il était aussi contrôleur de quai à Miramas. Petit, court de jambe, bedonnant, une calvitie bien installée qu’il cachait sous une casquette de contrôleur qu’il ne quittait jamais, le nez et la face rougeauds et enfin une très petite moustache – quelques poils en carré sous le nez –, c’était un employé modèle qui n’aurait pas fait de tort à ses voisins, pas plus qu’à la compagnie qui l’employait. Un sou était un sou, quand on le devait, et quand on lui devait, pardi ! il ne l’oubliait pas.
C’est ainsi qu’à l’époque, l’omnibus Marseille-Avignon s’arrêtait dans toutes les gares pour y prendre les voyageurs. Mais, car il y avait un mais, on ne pouvait en descendre qu’à partir de la gare de Salon-de-Provence.
Donc quand le train entrait en gare, Dudule s’approchait, sifflait – triiit – avant d’annoncer d’une voix tonitruante aux voyageurs attendant sur le quai de la gare :
— Miramas… 10 minutes d’arrêt !

train-gare-miramas

Et tout se passait comme cela quand le jour vint où Dudule remarqua un contrevenant descendant du train. N’écoutant que son sens civique et professionnel, il l’apostropha d’un ton autoritaire convenant à sa charge :
— Ho ! hé ! Vous ne savez pas qu’il est interdit de descendre à Miramas sur cette ligne ! Il faut attendre Salon.
— Mais… Mais…
— Il n’y a pas de mais qui tiennent. Je vais vous apprendre la loi, moi. Je vais vous dresser un papier.
— Mais… tu sais que j’habite à Miramas.
— Ce n’est pas une raison. La loi, c’est la loi. La prochaine fois, vous vous en rappellerez.
— Mais… Mais…
— Nul n’est censé ignorer la loi, fit-il d’un air plein d’assurance.
Et sans plus d’argument, Dudule dressa un procès verbal à la voyageuse malavisée qui avait eu l’audace de transgresser le règlement. La femme, alors, ne sut que dire, elle restait là sans bouger, ne sachant s’il lui fallait crier, pleurer, remonter dans le train ou dire merci. Finalement Dudule reprit son sifflet – triiit – et annonça :
— Fermeture des portes !
Le train partit. La femme s’en alla elle aussi. Elle était dépitée, pleine de honte, de rage et de chagrin, un peu de tout cela car… c’était sa femme !

L’histoire n’est pas liée à l’époque car lorsque je la racontais à un ami, il y a quelques temps de cela, il ajouta de l’eau au moulin en me contant, à son tour, que son beau-frère, agent de police municipale, verbalisa, sans hésiter, lui aussi, la voiture mal garée… de sa femme !

Martine Bautista
  • Photographie : Arch. personnelles de l’auteur.

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[Provençal] Conto-nous lou Belèn | Raconte-nous la crèche ! https://www.geneprovence.com/provencal-conto-nous-lou-belen-raconte-nous-la-creche-2/ https://www.geneprovence.com/provencal-conto-nous-lou-belen-raconte-nous-la-creche-2/#respond Wed, 23 Dec 2015 10:24:36 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=15686 Écoutez la lecture de cet enregistrement avec la participation de la chorale liturgique provençale de l’église de Miramas en cliquant sur la flèche orange ci-dessous : « PAPET ! PAPET !…

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« PAPET ! PAPET ! conto-nous lou Belèn ? digo-nous papet ? »
Alor moun grand nous menavo, ma sorre Janino e iéu, vers la salo à manja. I’anavian que pèr li jour de fèsto o bèn quand recebian. Dins lou silènci d’aquéu membre fre e sourne, soul lou reloge cafissié l’èr de soun tifo-tafo. Èro aqui, sus lou veisselié, entre li dos coulono ciselado qu’estigançavian noste belèn. Quàuqui rusco pèr la Santo Baumo, de mousso, de brancun e de mato de ferigoulo e roumanin. Moun papet istalavo ma sorre sus uno cadiero bord qu’èro trop pichouneto pèr vèire e iéu, lou nas pega sus lou rebord dóu moble me semblavo que li santoun vivien e èron mai grand qu’au verai. Alor noste grand nous chalavo emé si raconte :

creche-noel

« Papet, li pastre perqué parton ?
— L’Ange de Diéu lis a esviha pèr ié dire que lou pichot Jèsu èro na. Es éli que lou van anouncia en tóuti. Ausès pas canta ? »
« Glooooria ! Gloria in excelsis Deo ! »
« E li fedo… se van escapa !
— Que nàni ! Soun lis ange que li gardaren. Escoutas ! Li pastre revihon lou vilage e subretout li vièi : “Sian vengu tóutis ensèn, pèr reviha Roustido. Sian vengu tóutis ensèn anan à Betelèn…”
— Digo-nous, papet, i’a tres vièi aqui.
— E o, es Roustido. A ausi li pastre e a vengu querre Margarido e Jourdan. Au lume de soun fanau, fan tira tambèn : « au Fiéu de Diéu que nous es na, presentaren nòstis óumage. Au Fiéu de Diéu que nous es na, saran tout aro prousterna… »
Escoutavian religiousamen noste papet que sabié de cor tóuti li cant de la Pastouralo. Mai davans nòstis iue escarcaia, i’avié tant de bèlli causo que nous venié tant e tant de questioun.
— Oh ! de qu’es aquesto peirasso sus la bricolo, papet ?
— Es l’amoulaire. Amolo li cisèu, li coutèu… sur la pèiro. »
E iéu, vesiéu la pèiro belugueja mentre que l’amoulaire cridavo : Cisèu ! Coutèu !…
— Oh ! i’a un tambourinaire !
— Bèn segur ! rampelo tóuti. Sa musico nous jogo de Nouvè.
— E éu, papet. Perqué lèvo li bras ?
— Ah ! Éu ! es lou ravi. Es sèmpre countènt car uno fado i’a douna lou poudé de s’esmeraviha : es pas bèu lou pichot Jèsu ?
— Oh vo papet ! faguerian.
— E éu, papet ? es atrenca bijarramen. Qu es ?
— Ai ! Ai ! éu… es lou bóumian. Es aqui pèr rauba lou pichoun. »
A-n-aquéli mot, mandavian de bram d’esfrai : aaaah ! Alor moun grand nous prenié à la brasseto pèr nous rassegura e nous venié :
« Mai vous n’en fagués pas mi poulideto, Diéu li sauvara, lou bèn gagno toujour. »
Alor se sentian mies.
« E regardas tout aquéli pourtaire de presènt. Fan l’óufrèndo de ço qu’an de meiour au siéu : de pan, d’aiet, d’ióu, de coucourdo, de farino, de pèis, d’auco e galino e que sabe iéu… la Santo Vierge Marìo e Jóusè soun bèn countènt bord qu’avien pu ges de viéure.
— Oh ! mai i’a aussi l’ase e lou biòu !
— Vo. Rescaufon de soun boufe lou Nistoun.
— Subretout, papet, qu’es ajassa sus de paio !
— Oh ! Aqui ! subre l’estable ! i’a un ange de gròssi gauto !
— E vo. De longo boufo dins la troumpeto.
— Papet, nous dises que lou pichot Jèsu es na e pamens lou vèse pas dins soun brès… que ?
— Mi bèlli pichoto, vendra dins lis oustau que lis enfant sage an alesti la crècho pèr l’aculi. Pèr lou moumen, zóu, anen à la messo de miejo-niue que la famiho nous espèro. »
Bèn d’annado an passa desempièi e davans Diéu siegue, ma maire a parti dins lou sant paradis, mai dins lou silènci de la niue, m’arribe encaro de l’entèndre me counta aquelo epoco urouso que touto pichoto soun grand, papet Frederi, passavo de tèms e de tèms à canta. Uno cansoun lou pertoucavo mai que mai : “les roses blanches. ” Arribavo jamai à la fin… sis iue beluguejavon e se boutavo à ploura.
Martino Bautista

*

PÉPÉ ! PÉPÉ ! Tu nous racontes la crèche ? Dis, pépé ? »
Alors mon grand-père nous entraînait, ma sœur Jeannine et moi, dans la salle-à-manger. Nous n’y allions que pour les jours de fête ou bien quand on recevait. Dans le silence de cette pièce froide et sombre, seule la pendule remplissait l’air de son tic-tac. C’était ici, sur le vaisselier, entre les deux colonnes sculptées que nous installions notre crèche. Quelques écorces pour faire la sainte grotte, de la mousse, des branchages et des touffes de thym et de romarin. Mon pépé installait ma sœur sur une chaise car elle était trop petite pour voir et moi, mon nez collé sur le rebord du meuble, il me semblait que les santons vivaient et étaient beaucoup plus grands que la réalité. Alors notre grand-père nous charmait avec ses histoires :

creche-noel

« Pépé, les bergers, pourquoi ils partent ?
— L’Ange de Dieu les a réveillés pour leur dire que le petit Jésus était né. C’est eux qui vont l’annoncer à tous. Vous n’entendez pas chanter ? »
« Glooooria ! Gloria in excelsis Deo ! »
« Et les moutons… ils vont s’échapper !
— Mais non ! Ce sont les anges qui les garderont. Écoutez ! Les bergers réveillent le village et surtout les vieux. “Sian vengu tóutis ensèn, pèr reviha Roustido. Sian vengu tóutis ensèn anan à Betelèn…”
— Dis pépé, il y a trois vieux ici.
— Oui, c’est Marguerite et Jourdan avec Roustide. Il a entendu les bergers et les a réveillés. À la lumière de leur lanterne, ils se mettent en route aussi : « Au Fiéu de Diéu que nous es na, presentaren nòstis óumage. Au Fiéu de Diéu que nous es na, saran tout aro prousterna… »
Nous écoutions religieusement notre pépé qui savait par cœur tous les chants de la Pastorale. Mais devant nos yeux écarquillés, il y avait tant de belles choses qu’il nous venait tant de questions.
« Oh ! c’est quoi cette grosse pierre sur le charriot, pépé ?
— C’est le rémouleur. Il aiguise les ciseaux, les couteaux… sur la pierre. »
Et moi, je voyais les étincelles partir de la pierre tandis que le rémouleur criait : « Ciseaux ! Couteaux !… »
« Oh ! il y a un tambourinaire !
— Bien sûr ! il bat le rappel. Sa musique nous joue des Noël.
— Et lui, pépé, pourquoi il a les bras en l’air ?
— Ah ! ça ! c’est le ravi. Il est toujours content car une fée lui a donné le pouvoir de s’émerveiller. Il est pas beau, le petit Jésus ?
— Oh oui, pépé ! faisions-nous.
— Et lui, pépé ? il est habillé bizarrement. Qui c’est ?
— Ah ! lui… c’est le boumian. Il est venu pour enlever le petit Jésus. »
À ces mots, nous poussions des cris d’effroi : aaaah ! Alors mon grand-père nous serrait dans ses bras pour nous rassurer et il nous disait :
« Mais ne vous en faites pas mes mignonnes, Dieu les sauvera, le bien gagne toujours – Nous étions alors soulagées.
— Et regardez tous ces porteurs de cadeaux. Ils font l’offrande de ce qu’ils ont de meilleurs chez eux : du pain, de l’ail, des courges, de la farine, des poissons, des oies et poules et que sais-je encore… la Sainte Vierge Marie et Joseph sont bien contents car ils n’avaient plus rien à manger.
— Oh ! mais il y a aussi l’âne et le bœuf !
— Oui ils réchauffent de leur souffle le petit.
— Surtout, pépé, qu’il est installé sur de la paille !
— Oh ! là ! au-dessus de l’étable ! il y an un ange avec de grosses joues !
— Oui. C’est à force de souffler dans la trompette.
— Pépé, tu nous dis que le petit Jésus est né et pourtant il n’est pas dans la crèche… pourquoi ?
— Mes belles petites, il viendra dans les maisons où les enfants sages ont préparé la crèche pour l’accueillir. Pour le moment, allons à la messe de minuit que la famille nous attend. »
Bien des années ont passé depuis, et Dieu m’en est témoin, ma mère est partie dans le saint paradis mais dans le silence de la nuit, il m’arrive encore de l’entendre me raconter cette époque heureuse que toute petite, son grand-père, pépé Frédéric, passait de longs temps à chanter. Une chanson le touchait plus que toutes : Les Roses blanches. Il n’arrivait jamais à la fin… Ses yeux brillaient et il se mettait à pleurer.

Martine Bautista

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