Vie quotidienne Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/vie-quotidienne/ 500 ans de faits divers en Provence Tue, 21 Oct 2025 09:52:19 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Vie quotidienne Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/vie-quotidienne/ 32 32 Les étrangers dans les Bouches-du-Rhône dans les années 1860 https://www.geneprovence.com/les-etrangers-dans-les-bouches-du-rhone-dans-les-annees-1860/ https://www.geneprovence.com/les-etrangers-dans-les-bouches-du-rhone-dans-les-annees-1860/#respond Tue, 21 Oct 2025 09:52:19 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26608 Les statistiques concernant le nombre d’étrangers dans les Bouches-du-Rhône étaient suffisamment rares au XIXe siècle pour que leur publication dans les années 1860 attire l’attention du chercheur. À la suite…

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Les statistiques concernant le nombre d’étrangers dans les Bouches-du-Rhône étaient suffisamment rares au XIXe siècle pour que leur publication dans les années 1860 attire l’attention du chercheur.
À la suite du travail de Joseph Mathieu, on apprit, quoique sans réelle surprise, que le département le plus peuplé de Provence comptait un des plus forts taux d’étrangers pour l’époque.
En voici le détail :

Alors qu’en 1868, les Bouches-du-Rhône comptaient 541957 habitants, on comptait dans leur nombre 43603 étrangers. Chiffre en forte augmentation par rapport à 1861 où les étrangers étaient 36399.
Il y avait donc eu entre ces deux dates une hausse de 7206 étrangers qui, pour la plupart, étaient venus s’établir à Marseille.
Les Italiens comptaient, sur ces 43603 étrangers, pour 35080, soit plus de 80% du nombre : 20600 personnes du sexe masculin, 14480 du sexe féminin.
Après eux venaient les Espagnols au nombre de 4552 (10,4 %), puis, dans une proportion bien plus faible, les Suisses (1912, soit 4,3%) et les Allemands (649, soit 1,5%).
Pour autant, le nombre des Italiens dans tout l’Empire avait considérablement diminué entre 1861 et 1868, passant de 76539 à 49389, alors que dans le même temps il s’était accru dans les Bouches-du-Rhône (de 23238 à 35080).
De même pour le nombre des Espagnols, passé dans les Bouches-du-Rhône de 8235 à 4552.

Quelles peuvent être les raisons de cette diminution ? Après réflexion, deux nous viennent à l’esprit :

L’impact de l’unification italienne

La cause la plus probable et la plus puissante réside dans le processus d’unification de l’Italie (Risorgimento) et ses répercussions sur la naturalisation et la nationalité. En 1860, par le Traité de Turin, la Savoie et le Comté de Nice sont rattachés à la France. En contrepartie, la France reconnaît l’unité italienne. De plus, afin de gérer les populations des territoires annexés (Savoie et Nice) et les nombreux Italiens déjà installés en Provence, la législation française a été assouplie. Une loi a permis une naturalisation rapide et simplifiée des résidents de longue date.
De nombreux Italiens et autres résidents étrangers qui vivaient en Provence depuis des années (et qui constituaient statistiquement une part importante des étrangers) ont pu obtenir la nationalité française en 1861, 1862 et 1863. Leur statut est passé d’« étranger » à « Français », provoquant une chute artificielle du décompte des étrangers.

Le facteur économique

Bien que moins spectaculaire que l’effet de la naturalisation, les conditions économiques peuvent également jouer un rôle dans l’émigration et l’immigration.
La période 1866-1868 est marquée par des difficultés économiques et une certaine stagnation du commerce maritime qui affecte la prospérité du port de Marseille. Un ralentissement de l’activité du port (qui était le principal moteur de l’immigration de main-d’œuvre non qualifiée, souvent étrangère) a pu réduire le flux de nouveaux arrivants et inciter certains travailleurs saisonniers ou temporaires à chercher du travail ailleurs.

Voir aussi l’article : L’immigration italienne en Provence au XIXe siècle.

  • Source : Le Petit Marseillais, 15 juin 1868, p. 4.

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Les maladies et les termes employés autrefois pour les désigner https://www.geneprovence.com/les-maladies-et-les-termes-employes-autrefois-pour-les-designer/ https://www.geneprovence.com/les-maladies-et-les-termes-employes-autrefois-pour-les-designer/#respond Mon, 20 Oct 2025 20:56:33 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26595 Dépouiller un acte de décès, une déclaration de maladie ou un testament dans vos recherches jusqu’au XVIIIe siècle (et même après) nous confronte souvent à un vocabulaire médical obscur. Ces…

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Dépouiller un acte de décès, une déclaration de maladie ou un testament dans vos recherches jusqu’au XVIIIe siècle (et même après) nous confronte souvent à un vocabulaire médical obscur. Ces termes ne désignent pas seulement des maux, ils sont les témoins de la médecine de l’époque, mêlant souvent superstition, observation clinique et théorie des humeurs.
Comprendre cette terminologie est essentiel pour décoder les vies de nos ancêtres provençaux. Voici un aperçu des principaux termes médicaux que vous croiserez, avec leur signification moderne.

Les affections courantes et générales

Terme ancien Signification et contexte au XVIIIe siècle Équivalent(s) moderne(s)
Catarrhe Inflammation des muqueuses (respiratoires ou digestives) provoquant une forte sécrétion (écoulement, mucosités). Souvent synonyme de rhume persistant ou de forte toux. Rhume sévère, bronchite, sinusite ou inflammation des voies aériennes supérieures.
Maladie de la Moisson Fièvres et dermatoses contractées pendant les travaux des champs en été, souvent dues à des morsures de petits acariens (rougets). Fièvres estivales, dermatite causée par des piqûres d’insectes ou d’acariens (comme la thrombidiose).
Phtisie Maladie d’épuisement caractérisée par la faiblesse et l’amaigrissement progressif. Le terme évoque le dépérissement du corps. Tuberculose pulmonaire (principalement).
Fièvre puerpérale Fièvre grave survenant après l’accouchement, souvent due à une infection. Infection post-partum (septicémie).
Hydropisie Gonflement généralisé du corps par accumulation de liquide, souvent abdominal ou dans les jambes. Œdème important, souvent causé par une insuffisance cardiaque ou rénale.
Cachexie État de maigreur extrême et de déchéance physique, synonyme de dépérissement. Dénutrition sévère, associée souvent à des cancers ou des maladies chroniques.
Apoplexie Perte soudaine et complète de conscience et de mouvement, souvent avec paralysie, considérée comme une rupture de l’équilibre des humeurs. Accident vasculaire cérébral (AVC).
Fièvre tierce / quarte Fièvres récurrentes se manifestant avec des cycles réguliers (tous les deux ou trois jours). Diverses formes de paludisme (malaria).

Les maux de cœur et l’angoisse

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Oppression de poitrine Sensation de serrement ou de gêne respiratoire et thoracique. Le terme a été formalisé en 1768 par William Heberden. Angine de poitrine (Angor), ou douleur thoracique d’origine diverse.
Palpitation Tressaillement cardiaque ressenti par le patient. Arythmie ou simple sensation de tachycardie.
Mal caduc Terme utilisé pour désigner une maladie soudaine et souvent associée à la perte de connaissance et aux convulsions. Épilepsie (le terme vient de l’idée que le malade tombe).

Les affections digestives et accidents

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Miserere (ou Passion iliaque) Terme souvent fatal désignant un arrêt des matières (vomissements de matières fécales) et des douleurs abdominales extrêmes. Occlusion intestinale ou iléus.
Descente de boyaux Protrusion (sortie) d’une partie de l’intestin à travers la paroi abdominale ou inguinale. Hernie (inguinale, ombilicale, etc.).
Flux de ventre Diarrhée sévère et persistante, très dangereuse pour les nourrissons. Gastro-entérite ou dysenterie (cause principale de la mortalité infantile).

L’enfance et les malades « jeunes »

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Claveau / Picote Maladie infantile aiguë très contagieuse provoquant des éruptions cutanées (pustules), souvent mortelle. Variole (ou petite vérole).
Dentition Désignait non seulement la poussée des dents, mais aussi les fièvres et convulsions qu’on lui attribuait à tort. Crises infantiles ou infections diverses associées à la poussée dentaire.

Blessures et séquelles

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Paralysie Terme conservé, mais désignant toute perte de mouvement. Souvent considérée comme la séquelle d’une apoplexie. Paralysie (hémiplégie, paraplégie, etc.).
Chute Décès ou infirmité survenant à la suite d’un accident, souvent sans plus de détails. Traumatisme physique accidentel.

Un témoignage historique

Il est crucial de se souvenir que l’état-civil, les registres paroissiaux et les archives médicales de l’époque consignaient ce que l’on observait (les symptômes), et non ce que la médecine moderne comprend (les causes pathologiques). Un ancêtre mort de la phtisie est très probablement décédé de la tuberculose. Une hydropisie témoigne d’une grave défaillance d’organe.
Loin d’être de simples mots, ces termes sont de précieuses clés pour interpréter l’état de santé, la mortalité et les conditions de vie en Provence à travers les siècles. Ils nous rappellent l’extraordinaire fragilité de l’existence de nos aïeux face à des maux que la science a, depuis, majoritairement vaincus.

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La chasse en Haute-Provence en 1489 https://www.geneprovence.com/la-chasse-en-haute-provence-en-1489/ https://www.geneprovence.com/la-chasse-en-haute-provence-en-1489/#respond Sun, 15 Jun 2025 05:30:49 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=25624 Il est fascinant de se plonger dans les archives pour découvrir comment la vie s’organisait il y a des siècles. Un document exceptionnel, un rôle en provençal de 1489 conservé dans…

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« Chasseur s’apprêtant à décocher un carreau d’arbalète sur un oiseau », Maître des heures de Pontbriand, 1490-1500, Bibliothèque Les Champ Libres, Rennes (Bretagne).
Il est fascinant de se plonger dans les archives pour découvrir comment la vie s’organisait il y a des siècles. Un document exceptionnel, un rôle en provençal de 1489 conservé dans les archives municipales de Sault, nous offre un aperçu captivant de la chasse et du commerce des produits cynégétiques dans nos montagnes de Haute-Provence, à la fin du XVe siècle. Ce précieux témoignage, résumé par Jean Barruol et publié dans le Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes en avril 1954, révèle un pan méconnu de notre histoire locale.

Un marché réglementé et des monnaies d’antan

En 1489, le marché de Sault était déjà bien organisé. Ceux qui venaient y vendre leurs marchandises, et notamment le fruit de leur chasse, devaient s’acquitter de droits bien précis. Les tarifs varient selon l’animal. Le cerf, par exemple, était taxé d’un « gros » (une monnaie de l’époque). Le sanglier, le renard et le « teysson » (blaireau) payaient chacun 2 « patacs » – une autre monnaie ancienne de la région. Le chamois coûtait 6 patacs, tandis que le chevreuil et la biche étaient à 4 patacs. Même les loups, qu’ils soient mâles (6 patacs), louves (4 patacs) ou loubatons (jeunes loups, 2 patacs), avaient leur tarif. Le loup cervier (lynx) était le moins taxé, à 8 deniers, montrant peut-être sa rareté ou une valeur moindre à la vente. Étonnamment, si lièvres et lapins sont mentionnés, on ne trouve aucune trace des perdreaux dans ce rôle.

La chasse : un droit avec des devoirs féodaux

Les règles de la chasse étaient également codifiées. Quiconque, qu’il soit étranger ou citoyen de Sault, souhaitant chasser le cerf, le chamois, le chevreuil ou la biche, en avait le droit. Mais cette liberté avait un prix : il fallait donner au seigneur « un quartier de chaque bête tuée ». Une manière pour la noblesse de l’époque de prélever sa part sur les ressources du territoire. L’organisation de la chasse était même institutionnalisée, puisque des « chasseurs de loups » étaient salariés à Sault, Aurel et Monieux dès 1510, signe de l’importance de la régulation de ces prédateurs.

La faune d’autrefois et sa disparition progressive

Le document de 1489 offre également un aperçu de la faune présente dans nos montagnes. Outre les animaux chassés, il mentionne le « chat fer » (chat sauvage), la martre, la fouine et la loutre, indiquant un commerce florissant de leurs peaux ou cuirs, aux côtés de ceux de sangliers, loups, cerfs, chamois et même de vautours.
Parmi les oiseaux, désignés en provençal comme « lis ouçeu », on trouvait le héron, le cygne, la grue, l’oie, le faisan, la « bécha » (peut-être une bécasse), le « boysset » et la « forcolla ». Il est intéressant de noter que la dinde n’avait pas encore fait son apparition dans nos régions, n’étant pas encore arrivée du Mexique à cette date ! Quant aux « ouçeu de rapina » (oiseaux de proie), l’aigle, l’aiglon, le sacre (un type de faucon), le faucon, l’autour, l’épervier, le vautour et « l’esmerilhon » (le faucon émerillon) peuplaient nos cieux.
Le temps a toutefois eu raison de certaines espèces dans nos montagnes. Le texte nous apprend que le dernier cerf « officiellement » tué dans le pays le fut à Rustrel, en 1641. Mais la nature sauvage persistait, puisque des ours étaient encore signalés à Redortiers en 1680.

Un instantané de la vie quotidienne médiévale

Au-delà de la chasse, cet acte de 1489 révèle d’autres aspects de la vie en Haute-Provence. On y vendait couramment des armes, telles que des arbalètes, des arcs, des bombardes, des garrots et des lances – preuve que nos ancêtres n’étaient pas des « reîtres » (soldats mercenaires souvent violents), mais que ces outils étaient partie intégrante de la vie courante. Plus surprenant encore, le même acte fait état de la vente de « livres écrits en latin, en roman ou en hébreu » en 1489 ! Et les peintres gagnaient une « mealha » (une petite somme) pour chaque « ymage » vendue.
Ce document des archives de Sault, dont l’analyse nous a été transmise par Jean Barruol, est une véritable fenêtre sur le quotidien et les mœurs de nos ancêtres provençaux à la fin du Moyen Âge, montrant une société à la fois rude et organisée, où la nature était au cœur des échanges et de la subsistance.

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Au chevet du mourant provençal : Rituels, espoirs et angoisses des derniers sacrements (XVIIIe-XIXe siècles) https://www.geneprovence.com/au-chevet-du-mourant-provencal-rituels-espoirs-et-angoisses-des-derniers-sacrements-xviiie-xixe-siecles/ https://www.geneprovence.com/au-chevet-du-mourant-provencal-rituels-espoirs-et-angoisses-des-derniers-sacrements-xviiie-xixe-siecles/#respond Tue, 10 Jun 2025 18:45:55 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=25576 Dans les sociétés profondément chrétiennes des XVIIIe et XIXe siècles en Provence, la mort n’était pas seulement un événement biologique, mais un passage rituel essentiel, encadré par des sacrements spécifiques.…

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Dans les sociétés profondément chrétiennes des XVIIIe et XIXe siècles en Provence, la mort n’était pas seulement un événement biologique, mais un passage rituel essentiel, encadré par des sacrements spécifiques. Ces rituels accompagnaient le mourant vers l’au-delà, assurant son salut et offrant un réconfort à la famille. L’administration ou la non-administration de ces sacrements avait des implications spirituelles, sociales et parfois même civiles considérables.

Les sacrements des défunts ou « sacrements de l’agonie »

À l’approche de la mort, l’Église catholique administrait un ensemble de sacrements destinés à préparer le fidèle à la rencontre divine. En Provence, comme ailleurs, leur importance était primordiale pour les croyants.
  • Le sacrement de pénitence (ou confession) : C’était souvent le premier et le plus urgent. Le mourant confessait ses péchés à un prêtre pour obtenir l’absolution. Cette réconciliation avec Dieu était jugée indispensable pour purifier l’âme avant son jugement. Pour de nombreux Provençaux, c’était l’occasion de décharger leur conscience des fautes commises tout au long de leur vie.
  • Le saint-viatique (l’eucharistie) : Il s’agit de la communion des mourants. Le corps du Christ était administré sous forme d’hostie consacrée. Le terme « viatique » signifie « provisions pour la route », symbolisant le soutien spirituel pour le dernier voyage de l’âme. La réception du Viatique était un signe de piété profonde et de foi, et un moment d’intense dévotion, souvent accompagné d’une petite procession du prêtre portant le Saint-Sacrement jusqu’au domicile du moribond.
  • L’extrême-onction (aujourd’hui sacrement des malades) : C’était le dernier sacrement, administré par l’onction d’huile sainte sur les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, les mains et les pieds du mourant, accompagnée de prières pour le pardon des péchés. Ce sacrement visait à apaiser le malade, lui apporter la force de supporter l’épreuve et de se préparer à la mort, et, selon la foi, à la purification de l’âme et parfois même à un rétablissement physique si telle était la volonté divine.

L’administration de ces sacrements était un acte solennel, témoin de la prégnance de la religion dans la vie quotidienne. Les familles, souvent très nombreuses et pieuses en Provence, veillaient avec ferveur à ce que le mourant reçoive ces ultimes grâces.

Les cas d’impossibilité d’administration et leurs conséquences

Malgré cette importance capitale, il arrivait que ces sacrements ne puissent être administrés, avec des conséquences souvent dramatiques pour l’âme du défunt et la paix de sa famille.
  • Mort subite ou accidentelle : C’était le cas le plus fréquent. Un accident, une crise cardiaque, un coup de foudre, ou tout autre événement imprévu pouvait emporter une personne sans que le temps ne permette l’arrivée d’un prêtre.
    • Conséquences : L’absence des sacrements pour une mort subite, bien que regrettable, n’était pas toujours vue comme catastrophique si la personne était réputée pieuse. On présumait alors qu’elle n’avait pas eu le temps de se préparer. Cependant, la peur du Purgatoire, voire de l’Enfer, pour une âme non purifiée était très présente.
  • Obstruction physique ou logistique
    • Isolement géographique : Dans les hameaux reculés des Alpes-de-Haute-Provence ou du Haut-Var, l’accès au prêtre pouvait être long et difficile, surtout par mauvais temps ou en pleine nuit. Le prêtre pouvait arriver trop tard.
    • Maladie contagieuse : En cas de peste ou de maladies très contagieuses (comme le choléra qui sévit au XIXe siècle), les prêtres, par précaution ou par interdiction des autorités sanitaires, pouvaient refuser ou être empêchés d’approcher le malade. Cela était une source d’angoisse immense pour la famille et le mourant.
      • Conséquences : Ces situations étaient très douloureuses. La famille ressentait un sentiment d’abandon et d’impuissance face au salut de l’âme de leur proche. La prière intense et les messes pour les défunts devenaient encore plus essentielles pour tenter de compenser cette absence sacramentelle.

  • Refus du mourant ou de la famille :
    Bien que rare dans cette société religieuse, il existait des cas de « mauvaise mort » où le mourant, par athéisme, indifférence, ou rancœur envers l’Église, refusait les sacrements. De même, certaines familles (protestantes dans des zones de minorité, ou « libres-penseurs » au XIXe siècle) pouvaient s’y opposer.
    • Conséquences : Un refus entraînait des conséquences graves. Le défunt était souvent considéré comme un « impie ». Son corps pouvait être refusé dans le cimetière paroissial (ou placé dans une section non consacrée) et sa sépulture privée de cérémonie religieuse. La réputation de la famille pouvait en être durablement affectée, la communauté s’isolant des « pécheurs » ou des « incroyants ». C’était une véritable exclusion sociale.
  • Excommunication ou péché grave non confessé :
    Si le mourant était excommunié, ou s’il mourait dans un état de péché grave et sans s’être confessé (par exemple, un suicide, un brigand notoire non repenti), l’Église pouvait refuser les derniers sacrements et la sépulture religieuse.
    • Conséquences : Identiques au refus volontaire, avec l’opprobre jeté sur la mémoire du défunt et l’inquiétude de sa damnation éternelle.

En conclusion, la mort aux XVIIIe et XIXe siècles en Provence était un événement social et religieux codifié par des rituels sacramentels profonds. L’extrême-onction, la pénitence et le viatique étaient les piliers de cette transition. Leur absence, qu’elle soit due à la subite de la mort, à des contraintes logistiques ou à un refus volontaire, entraînait des angoisses existentielles et des répercussions sociales marquantes, témoignant de l’emprise quasi totale de l’Église sur la vie, et la mort, de nos ancêtres provençaux.

Sources

  • Registres paroissiaux et d’état civil : Mentions marginales des sacrements reçus ou non.
  • Registres de sépultures : Indiquent parfois les circonstances de la mort et l’administration des sacrements.
  • Archives diocésaines et presbytérales : Directives épiscopales, manuels de prêtres, comptes-rendus de visites pastorales.
  • Archives notariales : Testaments mentionnant la volonté de recevoir les sacrements.
  • Manuels de catéchisme et de théologie morale de l’époque : Détaillent la doctrine des sacrements.
  • Historiographie de la mort et des pratiques religieuses en France et en Provence (XVIIIeXIXe siècles) : Travaux de Philippe Ariès (Attitudes devant la vie et devant la mort du XVIIe au XIXe siècle, quelques aspects de leurs variations, Paris, INED, 1949), Michel Vovelle (La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983 ; réed. 2001.), Jean-Pierre Gutton (La sociabilité villageoise dans l’ancienne France : solidarités et voisinages du XVIe au XVIIIe siècle, Hachette, 1979), etc.

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Loups et hommes en Provence : démêler mythes et réalités historiques https://www.geneprovence.com/loups-et-hommes-en-provence-demeler-mythes-et-realites-historiques/ https://www.geneprovence.com/loups-et-hommes-en-provence-demeler-mythes-et-realites-historiques/#respond Tue, 10 Jun 2025 12:43:30 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=25558 En Provence, comme dans de nombreuses régions de France, le loup (canis lupus) fait partie de notre histoire, de nos paysages, et de nos faits divers. En tant que passionnés…

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En Provence, comme dans de nombreuses régions de France, le loup (canis lupus) fait partie de notre histoire, de nos paysages, et de nos faits divers. En tant que passionnés par les récits historiques de notre belle région, nous avons souvent croisé, dans les archives, des mentions d’événements impliquant ces canidés. Pourtant, une idée reçue persiste : le loup n’attaque pas l’homme. Une affirmation souvent teintée de bons sentiments, d’une volonté louable de réhabiliter une espèce longtemps diabolisée. Mais en tant qu’historiens, notre rôle est d’accepter la réalité des faits, même si elle est complexe.

La rareté des attaques : un point de départ essentiel

Avant toute chose, il est crucial de le répéter : aujourd’hui, les attaques de loups sur l’homme sont exceptionnellement rares, en particulier en Europe de l’Ouest. Le loup sauvage moderne, celui qui recolonise nos territoires, est par nature très craintif de l’être humain. Des siècles de persécution l’ont poussé à fuir tout contact. Cette peur est inscrite dans ses gènes et dans son comportement. Il n’y a donc aucune raison de sombrer dans une peur irrationnelle face à sa présence.

Le poids des faits historiques : au-delà des « racontars »

Cependant, affirmer que les loups n’ont jamais attaqué l’homme dans le passé relève de la méconnaissance historique. Nos propres recherches pour ce blog, sur les faits divers provençaux, nous ont confrontés à des archives qui témoignent d’une réalité plus nuancée.
Des travaux de recherche rigoureux, menés par des spécialistes comme John D. C. Linnell, et en France, par l’historien Jean-Marc Moriceau, ont compilé des centaines de cas d’attaques de loups sur l’homme à travers l’Europe et l’Amérique du Nord sur plusieurs siècles. Ces études ne sont pas des « racontars » mais des recensements basés sur des documents historiques vérifiés : registres paroissiaux, rapports de police, chroniques locales. Elles démontrent que, si ce fut toujours exceptionnel proportionnellement à l’immense population de loups, des attaques se sont bel et bien produites.
Les recherches approfondies de Jean-Marc Moriceau, notamment dans son ouvrage « Histoire du loup, de la bête du Gévaudan à la bête urbaine », s’appuient sur des milliers d’archives françaises, confirmant l’existence d’une cohabitation parfois tragique entre l’homme et le loup dans les siècles passés. Ses données, fruit d’un travail méticuleux, apportent un éclairage essentiel sur cette facette de notre histoire rurale et l’impact de la présence du loup sur les populations d’antan.

Comprendre les causes historiques des attaques

Ces études ne se contentent pas de recenser ; elles analysent les circonstances de ces attaques :
  • La rage : Historiquement, la rage était la principale cause des attaques de loups, souvent responsables de nombreux cas dans certaines régions. Un animal enragé perd toute prudence et peut attaquer indistinctement.
  • La prédation : Plus rares et souvent limitées à des contextes extrêmes (hivers rigoureux, famines, surpopulation des loups et raréfaction des proies naturelles), des attaques prédatrices sur l’homme ont été documentées. Elles visaient généralement des individus isolés, vulnérables (enfants, personnes âgées).
  • La défense : Comme tout animal sauvage, un loup blessé, acculé, ou protégeant ses petits, peut se montrer agressif.
Ces éléments ne sont pas là pour discréditer le loup. Au contraire, comprendre les conditions qui menaient à ces interactions négatives renforce notre compréhension de l’espèce. Le loup n’est pas un monstre sanguinaire, mais un grand prédateur dont le comportement, dans des circonstances extrêmes, pouvait inclure une interaction violente avec l’homme.

Le devoir d’accepter la réalité historique

Nous comprenons parfaitement les bons sentiments qui animent ceux qui défendent l’image du loup. Le loup est un maillon essentiel de l’écosystème, et sa réintroduction est un signe de bonne santé pour la biodiversité. Nous n’avons absolument aucun intérêt à le diaboliser ou à le discréditer.
Cependant, la science et l’histoire ne prospèrent que dans l’acceptation des faits. Nier la réalité historique des attaques de loups, aussi rares et spécifiques furent-elles, ne rend service ni à l’espèce, ni à la compréhension que l’on en a. Au lieu de cela, cela affaiblit le discours et le rend vulnérable face à d’éventuels arguments populistes.
En Provence, nos ancêtres ont cohabité avec le loup dans des conditions bien différentes des nôtres. Leurs récits, inscrits dans les archives, ne sont pas des fables mais des témoignages d’une époque où la frontière entre le monde sauvage et le monde humain était bien plus ténue. Accepter cette réalité historique, c’est aussi mieux comprendre les enjeux de la cohabitation contemporaine et continuer à œuvrer pour un retour serein et éclairé du loup dans nos paysages.

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L’origine de « Vai cag’Endoumé », dicton marseillais du XIXe siècle https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/ https://www.geneprovence.com/lorigine-de-vai-cagendoume-dicton-marseillais-du-xixe-siecle/#respond Mon, 24 Feb 2025 05:30:28 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=24552 Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les…

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Sous l’Ancien Régime, pour être agréé patron de barque à Marseille, il fallait faire preuve de capacité et d’honnête fortune devant la très insigne confrérie des gens de mer. Les Prieurs ou syndics de cette œuvre avaient imaginé un excellent moyen pour faire cette double enquête par un seul et unique examen.
La session s’ouvrait le dimanche après Noël, à midi, en plein air, sur le quai Saint-Jean.
Le syndic-maje traçait d’abord au charbon, sur le pavé, une espèce de marelle (rappelons que marelle vient du latin mar, « la mer ») qu’il prétendait être la carte muette du littoral depuis Gibraltar jusqu’à Constantinople. Cela fait, le candidat était introduit dans la mer, tandis que les examinateurs restaient à terre.
L’épreuve était toujours le récit animé d’un court voyage dont le port était le point de départ. Dans sa narration le postulant employait le plus possible de mots techniques et marchait le long de la soi-disant côte, en signalant tous les caps, golfes, baies, calanques, etc. devant lesquels il passait, en prenant grand soin de les marquer sur la carte par une pièce de monnaie proportionnée à l’importance des lieux.
Le voyage terminé, les Prieurs n’avaient plus, pour s’assurer du mérite du candidat, qu’à compter la recette, qui était d’autant plus forte qu’il connaissait mieux la côte et qu’il était plus généreux.
Tant pis pour les ignorants et les avares !
Le 28 décembre 1693, Pierre Estubly se présenta devant le redoutable tribunal. Il n’était pas très bon navigateur et ne savait pas un mot de ce métier, mais il tenait dans sa main un petit saquet qui rendit un son très réjouissant quand le candidat sauta dans la mer.
Le misérable avait espéré corrompre les juges mais il fut bien déçu, car à peine le syndic eut-il avisé la quantité de marques qu’Estubly avait à sa disposition, qu’il s’écria :
« Vaï ei dardanellos, et revendras ! » (Va aux Dardadanelles et tu reviens !)
Jamais on n’avait ordonné une si rude épreuve.
Le jeune homme part, il va tout droit déjeuner en Sicile, de là il part boire un coup dans l’Archipel et il dîne un moment après à Constantinople.
Il n’avait déboursé que quatre astériques.
Les Prieurs avaient l’air de se dire : « Se moque-t-il de nous ? »
Restait le retour.
Il fut aussi émouvant que l’aller, à cela près que le voyageur ne passa que par les points déjà visités et qu’il jugea inutile de remarquer. Il approchait de Marseille, quand l’un des prieurs, n’y tenant plus, lui cria :
« Et Morgiou!
— Vouei ! répondit Estubly, soupi à Morgiou !
— Soupés à Morgiou ! riposta le syndic, exaspéré, et ben ! aro, vai carg’Endoumé !
En même temps tous les Prieurs tournèrent le dos au candidat tout confus, et l’auditoire partit d’un éclat de rire dont l’écho archéologique devait encore s’entendre au XIXe siècle.
Seulement les malicieux Marseillais, trouvant qu’après un souper à Morgiou, il n’y avait guère opportunité d’aller charger à Endoume, ont quelque peu modifié le dernier mot des Prieurs et en ont fait le proverbe tel qu’on l’entendait prononcer jusque dans les années 1860. Il n’y avait qu’un r à supprimer dans le mot carga et ils n’hésitèrent pas à commettre cette mutilation.
  • Source : Le Petit Marseillais, 22 mai 1868, p. 3, 4.

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Les diligences au XIXe siècle : Un voyage semé d’embûches https://www.geneprovence.com/les-diligences-au-xixe-siecle-un-voyage-seme-dembuches/ https://www.geneprovence.com/les-diligences-au-xixe-siecle-un-voyage-seme-dembuches/#respond Thu, 31 Oct 2024 05:30:24 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=23002 Du début au milieu du XIXe siècle, de nombreux aspects de la vie avaient évolué, mais pas les voyages. Alors que le progrès avait touché beaucoup de domaines, il avait…

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Du début au milieu du XIXe siècle, de nombreux aspects de la vie avaient évolué, mais pas les voyages. Alors que le progrès avait touché beaucoup de domaines, il avait laissé de côté les diligences et leurs passagers. Les voyageurs continuaient de s’installer dans des véhicules inconfortables, coincés dans une routine épuisante.
Depuis 1814, peu de choses avaient changé. Bien que des innovations comme les omnibus et les bateaux à vapeur aient vu le jour dans les villes, les diligences restaient figées dans leur état d’origine. En réalité, le seul changement visible était la couleur de la peinture : autrefois vertes ou grises, elles étaient désormais jaunes.

Un confort rudimentaire et des repas précipités

Non seulement il n’y avait pas eu d’amélioration, mais on allait même jusqu’à regretter le « bon vieux temps ». Les diligences des années 1840 pouvaient transporter jusqu’à quatre étages de passagers. Trois voyageurs dans le coupé, six à l’intérieur, quatre dans la rotonde, et un nombre indéterminé sur l’impériale. Une telle charge ferait pâlir de petits villages moins peuplés qu’une seule diligence.
The Reunion coaches « The Comet & Meteor » running between Cannes and Nice…, affiche de Charles Detaille (1890). © Bibl. nat. de France.
Ces passagers étaient entassés comme des paquets vivants. Ils se battaient pour un peu de confort, bougeant jambes et épaules tout en gérant manteaux, châles et animaux. Le bruit des roues, du cuir et du ferraillage était incessant, créant un vacarme assourdissant.
Six heures après le départ, un voyageur osait demander timidement s’il était bientôt l’heure de déjeuner. La réponse du conducteur claquait : « Dans deux heures. » Lorsqu’enfin le repas était servi, c’était une étrange soupe suivie d’un rôti noyé de jus. À peine les assiettes du dessert avaient-elles touché la table que le conducteur hurlait : « En route, messieurs ! Les chemins sont mauvais, nous avons déjà une heure de retard ! »
Les convives se levaient rapidement, avalant ce qu’ils pouvaient et montaient à la hâte dans la diligence, un biscuit à la main.

Fatigue, faim et un bouillon décevant

À deux heures du matin, un autre arrêt s’imposait. « Ah, enfin l’heure du souper », lançait un commis-voyageur. Une dame demandait, épuisée : « C’est bien ici qu’on soupe ? ». Le conducteur, sans détour, répondait : « On prend juste un bouillon. » Consternation !
Après avoir pris un bouillon, plus proche d’un bol d’eau chaude colorée, tout le monde repartait. Il était trois heures, et l’épuisement gagnait les passagers. Ils s’endormaient à peine quelques minutes, rêvant qu’ils dînaient vraiment. Comme dit le proverbe : « Qui dort, dîne. »
Mais le repos était bref. Les passagers s’entrechoquaient comme des boules de billard, se réveillant de temps en temps. L’aube tardait à arriver, et les voix fatiguées demandaient : « Quelle heure est-il maintenant ? » Une montre détraquée sonnait inlassablement, ajoutant à la confusion générale.
Chacun faisait le bilan de son état. « Je ne sens plus mes pieds. » « J’ai mal à la tête. » « Mes bras sont cassés. » Et ainsi de suite.
Au petit matin, le jour éclairait les visages fatigués. Les passagers ressemblaient à des momies, leurs corps épuisés par la nuit de voyage.
Et cela, sans compter les nourrices avec leurs bébés, les marchands de porcs qui empestaient, les bavards et les enfants malades. Sans oublier les risques de renversement dans des endroits comme la Combe de Lourmarin, et les imprévus que même l’administration ne pouvait anticiper.
  • Sources : D’après Le Mercure aptésien, 14 juin 1840, p. 1, 2.
  • Image de couverture : La Diligence, estampe de Camille Roqueplan (1803-1855), années 1830. Bibliothèque nationale de France.

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Les masques de l’ancienne Provence https://www.geneprovence.com/les-masques-de-lancienne-provence/ https://www.geneprovence.com/les-masques-de-lancienne-provence/#respond Wed, 16 Mar 2016 00:25:42 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=15812 Quel habitant de Provence n’a jamais entendu parler des masques, lei masquos, comme on les appelait en provençal. Plus personne n’y croit encore et pourtant la croyance en leur existence…

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sorciereQuel habitant de Provence n’a jamais entendu parler des masques, lei masquos, comme on les appelait en provençal. Plus personne n’y croit encore et pourtant la croyance en leur existence était tenace autrefois et même jusqu’au XXe siècle.
On croyait d’un côté à l’Évangile et de l’autre aux masquos, et personne n’y trouvait rien à redire.
Attention ! Il ne fallait pas dire du mal d’elles. Elles étaient fort puissantes et pouvaient se venger des humains, donner des maladies et même la mort.
Mais qu’est-ce qu’une masquo ?

Qu’ès acó la masquo ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la masquo n’est pas obligatoirement une femme. Ce peut être un homme. Les masquos se différencient toutefois des humains en ce qu’elles ont le pouvoir de jeter des sorts.
Attention ! Il ne fallait pas dire du mal d’elles. Elles étaient fort puissantes et pouvaient se venger des humains, donner des maladies et même la mort.
Si vous êtes emmasqué, c’en est fait de vous ! Les fièvres vous arrivent, avec les maladies malignes et les insomnies et que sais-je encore ! Et ne croyez pas que vous résoudrez votre problème en allant trouver l’officier de santé ou le médecin. Leur art est inopérant face à celui qui vous a emmasqué.

Que faire alors ?

Sachez d’abord que dans le monde des masquos, il y a deux types de gens : les emmasquaïrés et les démasquaïrés. Vous êtes emmasqué ? Allez voir le démasquaïré. Il conjure les mauvais sorts. Alors vous courez chez lui :
« Monsieur ou madame, voici dans quel cas je me trouve. J’ai un fils, âgé de deux mois, qui ne veut plus téter, ou qui a des fièvres, ou qui pleure tout le jour, etc. »
Ou alors, vous lui dites :
« Ma jument refuse de manger, ma femme a des insomnies la nuit à la même heure, ma sœur a attrapé un rhumatisme dont les médecins ne peuvent la débarrasser, mon frère est menacé de devenir fou, moi-même je n’ai pas le cerveau très solide, etc., etc. »
Alors forcément, le démasquaïré prend un air grave et se gratte la tête. Mais parfois, il vous dira :
« Vous poudi pas démasqua. Aquéou qué vous a emmasqua a maï dé poudé qué iou. Sérò un’ aoutré, vous démasquariou… D’aquéou, pouadi pas… A troou dé poudé. (Je ne peux pas vous démasquer. Celui qui vous a emmasqué a plus de pouvoir que moi. Ce serait un autre, je vous démasquerais… De lui, je peux pas… Il a trop de pouvoir.) »
Par contre, s’il pense être à la hauteur, il vous dira :
« Faites exactement ce que je vous dis. Allez à la boucherie, achetez un léou (du mou). Prenez ce mou, mettez-le dans une marmite, avec des aiguilles et à minuit faites bouillir le tout. Les piqûres des aiguilles dans le mou sont autant de piqûres dans le cœur de l’emmasquaïré. Tant d’aguillos, tant dé pougniduros. »
Vous imaginez ces coups d’aiguilles dans le cœur d’un emmasquaïré ? Il faut être solide pour être un emmasquaïré.
L’autre continue :
« Quand il y aura quelque temps que ce mélange sera en train de bouillir, on frappera à votre porte… N’ouvrez pas. C’est l’emmasquaïré qui viendra vous supplier de cesser votre douloureux châtiment : “Mi fés plus souffri…” Mais vous, avivez votre feu, redoublez de soin, faites bouillir plus que jamais… Point de pitié… »
Jusqu’à ce que l’emmasquaïré consente à vous débarrasser du sort qu’il vous a jeté, ce qu’il fera neuf fois sur dix. Vous pensez bien ! Avec des coups d’aiguilles dans le cœur ! Pas le choix !

Et donc le soir…

Vous faites chez vous l’opération recommandée. Et à minuit et demi, on tape à la porte. Pan ! Pan ! C’est l’emmasquaïré… Vous l’imaginez à votre porte, cette vieille qui branle sa tête ridée et son menton pointu ? Imaginez si vous lui ouvriez la porte !… Malheureux, ne lui ouvrez pas la porte, jamais… Et continuez à faire bouillir…
Des fois, vous entendrez le démasquaïré vous envoyez à minuit dans le champ pour cueillir des herbes. Comme vous savez bien le faire maintenant, vous les ferez bouillir avec les aiguilles. En plus, il vous donne des signes cabalistiques à tracer sur le sol à moins que, ne pouvant vous aider, il ne vous envoie à un autre démasquaïré. Quelle histoire !

Comment ne pas être emmasqué ?

Désolé, je n’en sais rien. Remarquez, si ça peut vous consoler, tout le monde est exposé aux masquos, même le président de la République.
La seule bonne idée est donc de trouver un bon démasquaïré. Pas d’autres solutions.
Il y en a forcément dans votre village, des emmasquaïrés aussi, remarquez, des redoutables, des qu’on connaît, des qu’on craint…
L’autre jour, il y a un garçon qui se moquait des emmasquaïrés. Il en a rencontré un et lui a dit en rigolant :
« Emmasqua-mi én paou ! (Emmasquez-moi un peu) »
Pauvre enfant imprudent, je ne voudrais pas être à sa place. S’il savait à quoi il s’expose. Dites-lui bien :
« Du mou et des épingles… Fais bouillir… Et surtout… surtout, n’ouvre pas… »
  • Le texte de la masquo est inspiré d’un article publié dans le journal Le Courrier du Var en 1882.

couv-crime-de-la-robine2-thumbConnaissez-vous l’histoire de François Buès, de la Robine-sur-Galabre (Haute-Provence) ?
Il vécut quelques années avant la Révolution. On disait qu’il était sorcier et qu’il avait la faculté de « nouer des aiguillettes », c’est-à-dire de rendre les hommes stériles. Son histoire, réelle et basée sur les témoignages recueillies dans les Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence par Pierre Bianco, ont permis l’écriture du livre Le Crime de la Robine, publié chez GénéProvence en 2016.
Pour vous le procurer, cliquez sur l’image ci-contre.

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Écrasées dans l’éboulement de la baume (Saint-Chamas, 12 octobre 1768) https://www.geneprovence.com/ecrasees-dans-leboulement-de-la-baume-saint-chamas-12-octobre-1768/ https://www.geneprovence.com/ecrasees-dans-leboulement-de-la-baume-saint-chamas-12-octobre-1768/#respond Sat, 13 Feb 2016 11:34:11 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=15756 Au village de Saint-Chamas (13), les habitants ont creusé dans la colline de safre des grottes pour servir d’entrepôts aux marchandises transitant par ce petit port sur l’étang de Berre.…

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Au village de Saint-Chamas (13), les habitants ont creusé dans la colline de safre des grottes pour servir d’entrepôts aux marchandises transitant par ce petit port sur l’étang de Berre. En provençal, les grottes sont appelées « baumes ».
Malheureusement ces baumes sont fragiles et Saint-Chamas connait de nombreux écroulements. En 1768, un éboulement provoque la mort de trois jeunes filles. Ce sont les corps de deux petites filles qui sont retirées des gravats :
Vue des baumes de la colline du Baou à Saint-Chamas (13). Coll. privée Sébastien Avy.
Vue des baumes de la colline du Baou à Saint-Chamas (13). Coll. privée Sébastien Avy.

Mort de Catherine et Marie Auberte

« L’an mil sept cent soixante huit et le douze octobre ont été ensevelies dans le cimetière par ordonnance de Mr le Juge de cette ville, Catherine et Marie Anne Aubert, soeurs, fille de Pierre Aubert travailleur et d’Anne Faci. Catherine étant âgée d’environ neuf ans et Marie Anne âgée de cinq ans et trois mois ayant été écrasée par l’écroulement de la baume dite Baume Avoure. Présent Balthazar Gide fossoyeur illiteré et Toussaint Isnard qui a signé. »

Puis les travaux de déblaiement se poursuivent, et une semaine plus tard, un nouveau corps est sorti de la grotte :

Mort de Françoise Cavailhon

« L’an mil sept cent soixante huit et le vingtième octobre a été enseveli dans le cimetière par ordonnance de Mr le Juge le corps de Françoise Cavailhon, âgé de vingt ans et un mois, fille légitime de Jacques, ménager, et de Françoise Ferrier, ayant été trouvé écrasé par l’écroulement de la baume dite Baume Avoure. Présents Balthazar Gide fossoyeur illitéré et Toussaint Isnard qui a signé. »

  • Source : registres paroissiaux de Saint-Chamas, AD13, 202 E 258. Les textes ont été modernisé et ponctué pour une meilleure compréhension.

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Écoutez la lecture en cliquant sur la flèche orange ci-dessous :

Revoil, "Il faut que Monsieur le Baron ait eu fièrement peur !!!", estampe, Bibl. nat. de France, 1830.
Revoil, « Il faut que Monsieur le Baron ait eu fièrement peur !!! », estampe, Bibl. nat. de France, 1830.
QUOURO NASQUÈ Miramas-garo, qu’èro meme pancaro Miramas mai Counstantino, li saberu d’aquéu tèms avien previst qu’emé lou loujamen dis óubrié qu’arribarien pèr travaia au camin de ferre, un tros de terro ié sarié apoundu pèr ameioura l’ourdinàri e pèr evita de s’enfeta : coume èron bèn souvènt de pacan, avien l’abitudo de travaia de longo. Li fanguihau èron pancaro necessàri nimai e meme inutile. Car li qu’avien la chabènço de poussedi un tros de terro, leissavon rèn s’escavarta. Tout se reciéuclavo. Mi rèire fasien coume acò, éli tambèn e meiouravon soun orto emé lou proudu de soun quèli, d’un biais ecoulougi davans l’ouro !
Quouro ma rèire-grand jardinejavo e qu’uno pissagno la prenié, se boutavo à sibla e tout en regardant en l’èr… Escartavo simplamen li cambo afin de se souleja ! Meravihous coutihoun fendu d’aquéu tèms. Pèr contro, li que noun poudien reciéucla d’esperéli, fisavon soun quèli à l’óubliganço d’un agènt-menaire de « tourpiho », lou paire Marsiho que couneissié ansin tóuti li secrèt intime de la pratico : lou qu’avié agu la cagagno ; la que venié d’enfanta ; li que manjavon de caulet o d’espinarc…. Fasié la virado emé soun ase que tiravo l’atalage e cargavo ges de gant pèr maneja tóuti aquéli quèli. Quouro venié l’ouro de crousteja, s’assetavo d’aiso sus la banqueto de la tourpiho e manjavo soun tros de pan em’un taioun de saucissot.

Un jour, quàuqui cambarado de couscricioun, es à dire li qu’avien fa li tres jour que decidavon s’èron lèst pèr l’armado, après la bevendarié que seguissié lou counsèu de revisioun, faguèron Miquèu l’ardit. Faguèron coulèito de tóuti li quèli qu’esperavon soun prouprietàri sus lou lindau de la porto e li descarguèron à bourro-bourro sus la plaço Jourdan !
Soulamen, fau saupre qu’à Miramas, i’avié que dous poun de vèndo d’aquéu famous quèli : adounc, i’avié soulamen dous moudèle diferènt ! Li mai finocho recaupeguèron un quèli nòu o tout coume ; d’enterin que lis autre se retroubèron em’ uno vièio besougno.
Quouro countère moun istòri à-n-uno de mis amigo, apoundeguè d’aigo au moulin en acabant lou raconte ansin : « Ma vesino Marìo avié lèu-lèu sourti pèr recoubra soun bèn faguènt : “Veirés… veirés. La radurrai ! La recouneirai ! ié manco un tros d’esmaut just à l’orle !” »

Ansi dounc li pàti priva an apriva lou ramassadou de soun travai e lou founs tradicounau n’a pres un cop !

Martino Bautista

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Revoil, "Il faut que Monsieur le Baron ait eu fièrement peur !!!", estampe, Bibl. nat. de France, 1830.
Revoil, « Il faut que Monsieur le Baron ait eu fièrement peur !!! », estampe, Bibl. nat. de France, 1830.
LORSQU’EST NÉE Miramas-gare, qui n’était pas encore Miramas mais Constantine, les penseurs ont prévu qu’avec l’octroi d’un logement aux ouvriers, qui arrivaient pour travailler au chemin de fer, un petit lopin de terre leur serait donné, pour améliorer l’ordinaire et pour éviter à toutes ces familles venues de la terre de s’ennuyer. Les égouts collectifs n’étaient pas encore nécessaires et même inutiles ! Car ceux qui avaient la chance d’avoir leur lopin de terre, ne laissaient rien perdre. Ils recyclaient tout. Mes arrière-grands-parents ne s’en sont pas privés et amendaient leur jardin d’une manière écologique avant l’heure !
Lorsque mon arrière-grand-mère jardinait et qu’une envie pressente la tenaillait, elle se mettait à siffler, tout en regardant en l’air et… écartait simplement les jambes pour se soulager ! Merveilleux jupons fendus de l’époque ! Par contre, ceux qui ne pouvaient recycler eux-mêmes, confiaient leur pot de chambre aux bons soins d’un préposé conducteur de « torpille », le père Marseille qui connaissait ainsi tous les secrets intimes de ses clients : celui qui avait été dérangé, celle qui avait accouché, ceux qui avaient mangé du chou, des épinards… Il faisait la tournée avec son âne qui tirait l’attelage et ne portait pas de gants pour manier tous ces pots de chambre. Quand arrivait l’heure de manger un morceau, il s’asseyait à son aise sur la banquette de la torpille et avalait son bout de pain avec une tranche de saucisson.

Un jour quelques copains de conscription – c’est-à-dire ceux qui avaient passé les trois jours qui décidaient s’ils étaient aptes à partir ou non à l’armée, après la beuverie qui suivait le conseil de révision – firent les malins. Ils collectèrent alors toutes les tinettes qui attendaient leur propriétaire sur le pas des portes et les déchargèrent en vrac sur la place Jourdan !
Seulement, il faut savoir qu’il n’y avait à Miramas que deux points de vente de ces fameux pots de chambre : aussi n’y avait-il que deux modèles différents ! Les plus futés récupérèrent des tinettes « neuves » ou tout comme, tandis que les autres se retrouvaient avec de vieux machins.
Quand j’ai raconté mon histoire à une amie, elle a ajouté de l’eau au moulin en terminant le récit ainsi : « Ma voisine Marie était sortie dare-dare pour récupérer son bien, en affirmant : “Vous verrez ! Vous verrez ! Je le ramènerai ! Je le reconnaîtrai ! Elle a un morceau d’émail qui manque juste au bord !” »

Ainsi donc, les aisances privées ont privé le ramasseur de son travail et le folklore urbain en a pris un coup !

Martine Bautista

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