05 - Rabou Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/05-rabou/ 500 ans de faits divers en Provence Mon, 07 Apr 2025 20:10:32 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png 05 - Rabou Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/05-rabou/ 32 32 La disparition de la famille Chabre (Rabou, 23 février 1915) https://www.geneprovence.com/disparition-de-famille-chabre-rabou-23-fevrier-1915/ https://www.geneprovence.com/disparition-de-famille-chabre-rabou-23-fevrier-1915/#respond Mon, 19 Dec 2022 17:08:08 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=18426 Dans la nuit du mardi 23 février 1915, une avalanche se déclencha sur le pic de Charance, sur les hauteurs de Gap (Hautes-Alpes), mais dans le sens opposé à la…

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Le village de Rabou. DR.
Le village de Rabou. DR.
Dans la nuit du mardi 23 février 1915, une avalanche se déclencha sur le pic de Charance, sur les hauteurs de Gap (Hautes-Alpes), mais dans le sens opposé à la ville. Sur les pentes de la montagne, se trouvait un grand nombre de hameaux, souvent constitués de trois ou quatre maisons éparpillées, appartenant à une commune dénommée Rabou.
La coulée parvint au hameau de la Caille où elle broya deux maisons qui appartenaient à Jean-Jacques Chabre, un fermier du coin, alors que tout le monde dormait.
Les trois occupants de l’habitation moururent. On retrouva au petit matin et assez rapidement le corps du père Chabre, 65 ans, puis, quelques heures plus tard, celui de son épouse, Léonie Boyer, 64 ans, et enfin celui de leur fille, Marie Léonie Chabre, 29 ans.
Outre ces pertes humaines, on évoquera la mort de nombreuses têtes de bétail.

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La coulée de neige avait changé l’apparence des lieux et il n’était plus possible de passer par la route. C’est à ski ou en raquettes qu’il fallait désormais se déplacer.
Ironie du sort : la famille Chabre avait un fils cadet, Pierre Jean Auguste, 28 ans, qui au moment du drame, était sur le front de la guerre, à Gérardmer, dans les Vosges. Il n’eut sans doute pas le temps d’apprendre la disparition de ses parents quand, deux jours plus tard, il fut fauché sur le champ de bataille.
Triste disparition d’une famille entière en l’espace de trois jours…
  • État civil de Rabou, année 1915, AD05 2 E 117/31
  • Le Petit Marseillais, 1er mars 2015, p. 4.

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Une chute dans le ravin (Rabou, 10 septembre 1893) https://www.geneprovence.com/chute-ravin-rabou-10-septembre-1893/ https://www.geneprovence.com/chute-ravin-rabou-10-septembre-1893/#respond Tue, 03 Sep 2019 14:07:35 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=17131 Originaire du petit village d’Aubessagne, dans le Champsaur (Hautes-Alpes), Joseph Chambon était un vieux berger installé dans les montagnes au nord de la commune de La Roche des Arnauds, et…

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Rabou une dizaine d'années après la mort de Chambon. DR.
Rabou une dizaine d’années après la mort de Chambon. DR.
Originaire du petit village d’Aubessagne, dans le Champsaur (Hautes-Alpes), Joseph Chambon était un vieux berger installé dans les montagnes au nord de la commune de La Roche des Arnauds, et même du petit village de Rabou, site reculé et isolé car très montagneux, situé sur le versant sud de la montagne de Chaudun. Âgé de 62 ans, au moment de notre histoire, il avait pris pour habitude de faire paître ses moutons dans les montagnes de Rabou, vivant non loin au lieu-dit de La Crotte*. Toujours accompagné de ses deux mulets, c’était un personnage bien connu des habitants de Rabou qui le voyaient débarquer de temps en temps dans le village pour y chercher des provisions.
Avant de repartir, il ne manquait pas de s’arrêter au café où, entre deux verres, il parlait avec quelque habitant avant de reprendre la route de sa montagne.
Ce jour de septembre 1893, c’est dans un état second, car très fortement alcoolisé, qu’il avait quitté le café et qu’on l’avait vu prendre le chemin, forcé de se faire traîner par son mulet qu’il tenait la queue, car l’animal n’avait pas besoin qu’on le guide, habitué qu’il était à faire la route. Personne ne s’était réellement inquiété, malgré la tombée de la nuit – il était 19 heures –, le voyant partir sur un sentier dangereux. Après tout, on était tellement accoutumé à ses allers et venues qu’il faisait partie du paysage des Raboutins**.
Passé le village, le chemin devient après quelques centaines de mètres un vilain sentier escarpé sur lequel il faut être vigilant car il est à flanc de montagne et ne présente qu’une végétation très éparse, répartie dans un paysage de cailloux et de rochers (et la dénivellation est raide !)
S’éclairant du mieux qu’il pouvait et ne possédant pas toutes ses capacités, Joseph Chambon, quelques mnutes après sa sortie de Rabou, fit un faux pas involontaire et ses pas chassèrent sur les cailloux instables. Sous l’effet de la surprise, il lâcha la queue du mulet mais ne parvint pas à trouver un endroit où s’accrocher, en raison de la topographie du lieu et de la nuit complètement tombée.
Et ce fut la chute ! Une dégringolade de cent mètres sur la pente instable, heurtant à tout moment pierres et rochers de ses membres, de son buste, mais aussi de sa tête. Dans la chute, il poussa un vif cri que l’écho porta au loin et qui alerta les habitants du voisinage.
Ceux-ci accoururent à la recherche du malheureux, espérant qu’il se tirerait de l’accident sans trop de dommage. Hélas, lorsqu’ils le retrouvèrent, cent mètres en-dessous du sentier des Bans***, l’homme gisait dans une mare de sang et il présentait de très graves fractures au visage. Ce fut donc dans un état désespéré qu’il fut porté jusqu’à Rabou où on l’hébergea dans la mairie. Il mourut quelques instants après.
  • D’après La Lanterne, 12 septembre 1893.
Notes
* La Crotte n’est plus habitée aujourd’hui. Tout juste y trouve-t-on encore les ruines d’une vieille chapelle, culminant à 1313 mètres d’altitude.
** Habitant de Rabou.
*** Appelé aujourd’hui « sentier des Bancs ».

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Meurtre à Rabou (Rabou, 18 août 1887) https://www.geneprovence.com/meurtre-a-rabou-rabou-18-aout-1887/ https://www.geneprovence.com/meurtre-a-rabou-rabou-18-aout-1887/#respond Mon, 27 Jun 2011 19:37:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=235 Texte de Marcel Sarrazin, 2011, webmaster du site Montmaur et ses hameaux. Le journal national La Croix dans son édition du 21 août 1887 signale [1] : « Un fratricide.

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Le journal national La Croix dans son édition du 21 août 1887 signale1 :

« Un fratricide.
Dans la nuit de jeudi, à Rabou, près de Gap, à la suite d’une violente discussion d’intérêts avec son frère, Orcier s’élança sur celui-ci et lui coupa la gorge avec un rasoir.
La victime put se traîner jusqu’à la chambre de sa mère, qui se trouvait à l’extrémité de la maison ; des soins lui furent aussitôt prodigués, mais le malheureux succomba quelques heures après.
L’assassin a été arrêté dans une grange où il s’était caché. »
rabou-vue-generaleLa victime est Joseph Alexandre Orcière, âgé de 24 ans, assassiné par son frère le 18 août 1887, et décédé à 5 heures du matin2. Il a trouvé refuge dans la chambre de sa mère, Marie Valentin, alors âgée de 52 ans. En 1886, il n’était pas recensé au village de Rabou, et devait donc habiter et travailler dans un autre village.
La dispute est banale. Elle porte sur l’héritage du père, Jacques Alexandre, meunier, décédé l’année précédente, le 1er juillet.
Le meurtrier semble être Vincent, âgé de 22 ans, qui lui est resté auprès de sa mère et de son jeune frère Séverin.
Après cette triste affaire la famille Orcière quittera le village de Rabou.

Notes

1 Site de la BNF : http://gallica.bnf.fr
2 Site des Archives départementales des Hautes-Alpes : http://www.archives05.fr

© Marcel Sarrazin, 2011, webmaster du site Montmaur et ses hameaux.
  • Photographie : DR.

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La cascade de la Pisse (Rabou) https://www.geneprovence.com/la-cascade-de-la-pisse-rabou/ https://www.geneprovence.com/la-cascade-de-la-pisse-rabou/#respond Wed, 23 Mar 2011 01:01:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=267 La cascade de la Pisse se situe sur le territoire de la commune de Rabou, à plus de 1.700 mètres d'altitude. Notez les tenues « sportives » que l'on revêtait dans les années 1910 pour randonner dans ces paysages de montagne. Photographie : coll. pers.

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La cascade de la Pisse se situe sur le territoire de la commune de Rabou, à plus de 1.700 mètres d’altitude. Notez les tenues « sportives » que l’on revêtait dans les années 1910 pour randonner dans ces paysages de montagne.

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Photographie : coll. pers. Jean Marie Desbois

 

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Être meunier autrefois dans les Hautes-Alpes https://www.geneprovence.com/etre-meunier-autrefois-dans-les-hautes-alpes/ https://www.geneprovence.com/etre-meunier-autrefois-dans-les-hautes-alpes/#respond Sat, 10 Feb 2007 08:51:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1085 Le contexte hydrologique Le site de Rabou est particulièrement abrupt et, à première vue, toute culture pourrait y sembler vouée à l'échec. Le village a pourtant à sa disposition un réseau hydrologique significatif.

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Le contexte hydrologique

Le site de Rabou est particulièrement abrupt et, à première vue, toute culture pourrait y sembler vouée à l’échec. Le village a pourtant à sa disposition un réseau hydrologique significatif.
L’élément primordial est le Petit Buëch qui prend sa source au nord du pic de Coste Folle (2044 m) et qui, après avoir traversé Chaudun, coule sous le pont romain de Rabou avant de filer vers la Roche des Arnauds.
Il faut aussi, et surtout, citer un affluent de ce cours d’eau et qui porte le nom (peu original convenons-en) de « la Rivière ». On l’enjambe pour atteindre le village de Rabou. En revanche, en amont de la Rivière se trouve un groupe de maison, que les habitants de Rabou nomment aussi la Rivière pour le situer. La Rivière prend sa source au pic de Gleize (2159 m). Tout au long de son parcours, la végétation y est abondante, presque luxuriante si on la compare à l’aridité des pentes pierreuses de la Montagne de Charance, seul horizon qui se présente au regard.
La présence d’un moulin n’a donc rien d’extraordinaire à Rabou. Il y avait à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, un quartier le Moulin dans ce village.
Ajoutons qu’en ce temps, le débit de la Rivière et du Petit Buëch était probablement plus élevé qu’aujourd’hui. Les hivers peu neigeux étaient pratiquement inexistants, alors qu’ils n’ont rien d’exceptionnel aujourd’hui.

Rôle de l’emplacement sur la qualité de la production

De fait, le débit des eaux jouent un rôle important dans le rendement du moulin, surtout dans le midi de la France, où le blé faisait une farine jaune. Dans son Manuel du meunier (1790), M. Bucquet explique que « les moulins d’une rotation un peu forte affleurent mieux le blé de cette espèce (le blé méridional, N.d.E.), dilatent mieux leur farine et en nettoient mieux le son que les moulins faibles. » Ces précautions dans le choix de l’emplacement d’un moulin permettent en effet d’obtenir une farine bien dilatée, un son doux et un gruau sec.

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« Le meunier », gravure de Martin Schongauer (1450 ?-1491). © BnF

Différentes sortes de moulins

Il existe environ trois types de moulins : le moulin à vent, le plus présent dans l’imaginaire romantique en raison de ses grandes ailes et de la quiétude qu’il suggère -représenté ci-dessus), le moulin à huile, qui produisait principalement de l’huile de noix, et le moulin de rivière, celui qui nous intéresse ici, construit à l’écart du village au bord de l’eau.

Le rôle du meunier

En ce temps-là, on demande au meunier d’avoir des compétences relativement poussées pour exercer son métier. En 1790, l’académie des Sciences pose au moins neuf conditions : « On commence à convenir qu’un meunier doit connoître : les qualités des différentes espèces de grain qu’on est dans l’usage de réduire en farine ; la manière de les nettoyer et de les étuver avant de les moudre ; la construction de toutes les pièces d’un moulin, leurs rapports entre elles, leur méchanisme, leurs effets dans les différentes espèces de moutures, pour pouvoir faire ou faire faire à propos & convenablement les constructions & réparations nécessaires ; le bon choix des meules qui convient pour la différente mouture de chaque espèce de grain séparément, & pour celle des bleds mélangés, des bleds humides, des bleds secs, & c. ; les différentes espèces de mouture ; les différens bluteaux à employer selon les différentes moutures, & les différens produits qu’on veut en tirer ; les mêlanges de farine les plus avantageux pour le peuple (et enfin) l’art de conserver les farines. »
Il faut bien comprendre que la technique du meunier nécessite un savoir-faire particulier. Grosso-modo, il s’agit de verser du grain dans une sorte de gros entonnoir en bois (la trémie). Le grain tombe ensuite dans un auget qui le dirige dans un trou où il est broyé par deux meules.
Ce sont bien sûr les paysans du village qui portent leur grain au meunier, une fois la moisson terminée. Le travail effectué, le meunier est alors astreint à une tournée quotidienne chez les gens. Dans ce cas, il garde de 8 à 10 % de la farine obtenue. Si c’est le client qui ramène sa farine, la commission du meunier n’est alors plus que du vingtième.

Une bien mauvaise réputation

On comprend alors pourquoi les meunier ont si mauvaise réputation. Il est facile de tricher sur la quantité de farine obtenue partir du grain qu’a apporté le cultivateur. Cela est bien triste à dire, mais il semble qu’aucun meunier n’échappait à cette réputation.
Ceci dit, la mauvaise réputation de nos meuniers n’était pas vraiment usurpée. Dans Meuniers et moulins du temps jadis, un meunier du Gers disait que « si un client méfiant s’obstinait à rester près de ses sacs, un dispositif ingénieux permettait à une certaine quantité de farine d’être recueillie clandestinement dans une caisse à double fond ».
Des quolibets devaient souvent suivre les meuniers, tel celui-ci, provenant d’un almanach : « Qu’est-ce qui prend chaque matin un voleur au col ? La chemise du meunier ! » Il se disait aussi que les meuniers n’avaient pas droit au paradis.

Un métier très difficile

Et pourtant, que de labeur pour exercer ce métier. Et tout d’abord dans les conditions de vie qui sont loin d’être idéales. Le moulin est généralement construit par la communauté des villageois, parfois par le seigneur, qui en loue alors l’usage à un meunier ; le bail est payé… en blé, bien sûr ; la moyenne étant d’environ 64 sommées de blé par an. De plus, l’entretien coûte très cher et le rendement n’est pas toujours assuré. Comment se fier aux caprices d’une rivière qui, en hiver, ressemble plus à un torrent impétueux qu’à un cours d’eau paisible et, en été, est fréquemment à sec plusieurs jours de suite ? Plusieurs communes ont dû cesser d’exploiter leur moulin en raison des charges qu’il imposait. Au XVe siècle, selon René Verdier, le moulin de Jonchères est responsable de 90% des dépenses de la châtellenie quand il n’intervient que pour 9,7% des recettes de froment. Chiffres à peine améliorés dans les siècles suivants.
Le meunier doit pour sa part accorder à son installation une attention permanente. La farine étant très inflammable, le risque d’incendie est quasi-permanent, surtout en été, période de chaleur et de grande activité. Une étincelle sur les meules peut suffire à déclencher un incendie. En hiver, il fallait veiller à ce que le torrent n’inonde pas la salle des meules, d’où un système de vannes mis au point pour tenter d’enrayer l’impétuosité des flots. Mais combien de moulins ont été purement et simplement emportés par le courant. Il valait mieux alors avoir de bonnes jambes et ne mettre son salut que dans la fuite.
Au nombre des dangers auxquels était soumis le meunier, le principal, car il est permanent, était le risque de voir ses doigts broyés entre les meules suite à une mauvaise manipulation. On dit d’ailleurs que des mains abîmées étaient la fierté de la corporation. Mais lorsque c’étaient des vêtements qui se coinçaient, il y avait là danger de mort bien réel. Et, au vu du bruit dans la pièce, il s’écoulait du temps avant de comprendre qu’un drame avait eu lieu.

Nous voyons bien, après ces quelques lignes, que le métier de meunier, quoique emprunt de noblesse (qu’y a-t-il de plus noble que de nourrir ses concitoyens ?), n’en demeurait pas moins fort ingrat. Avec le temps, les roues ont cessé de tourner, les moulins sont tombés dans l’oubli et la ruine. Aujourd’hui, on peut les retrouver, cachés ça et là, dans la végétation épaisse bordant un torrent impétueux ou encaissés dans le creux d’une vallée, là où la rivière est forte.
Il est loin, dans les Hautes-Alpes, le temps où le moulin était incontournable dans la vie des gens. À l’heure de l’automatisation et du vivre-facile, il est bon de s’en souvenir…
Jean Marie Desbois

Article publié dans « BUËCH MAG – Notre pays », n°365, août-septembre 2004

Bibliographie
  • « Manuel du meunier et du constructeur de moulins à eau et à grains », M. Bucquet, Académie des Sciences, Paris, 1790.
  • « Les moulins de la combe de Véroncle », ASPPIV/Alpes de Lumière, Avignon/Mane,1996.
  • « Des artisans au village – les artisans ruraux en Dauphiné sous l’Ancien Régime », 2 tomes, Alain Belmont, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 1998.
  • « Les métiers disparus », Régis Granier, éd. Sud Ouest, 1999

Le saviez-vous ?

  • Les anciens parlaient de moulinié pour désigner le meunier (fém. mouliniero)
  • On estime qu’au milieu du XVIIIe siècle (1730-1759), plus de 50% des villages des Hautes-Alpes possédaient un moulin. C’est une activité qui s’est considérablement développée à cette époque puisque, quelques années auparavant, moins de 45% en possédaient un.
  • Une enquête menée en 1809 recense pas moins de 1605 roues de moulins en Isère, dont 71% sont horizontales. La situation est sensiblement la même dans les Hautes-Alpes.

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Clément Michel (1883-1957), un prêtre, de Rabou à Madagascar https://www.geneprovence.com/clement-michel-1883-1957-un-pretre-de-rabou-a-madagascar/ https://www.geneprovence.com/clement-michel-1883-1957-un-pretre-de-rabou-a-madagascar/#respond Tue, 06 Feb 2007 18:02:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1104 Le texte qui suit est tiré d'une nécrologie publiée dans un journal malgache dont l'édition originale nous est malheureusement inconnue.

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Le texte qui suit est tiré d’une nécrologie publiée dans un journal malgache dont l’édition originale nous est malheureusement inconnue. Elle présente la vie d’un prêtre, Clément Michel, né à Rabou (Hautes-Alpes) en 1883, et qui décida de vouer sa vie à la religion et exerça sur l’île de Madagascar.
Pierre Michel à Madagascar. Photographie non datée. DR.
Pierre Michel à Madagascar. Photographie non datée. DR.
Le 14 mars dernier, à quatre heures du matin, mourait à Antsirabé le père Clément Michel, des Mis­sionnaires de la Salette.
Le père Michel était né à Rabou, petit village des Hautes-Alpes, dans le diocèse de Gap, le 19 sep­tembre 1883, de parents foncièrement chrétiens. Le 29 sep­tembre 1898, à l’âge de quinze ans, il était admis à l’École apostolique des Missionnaires de la Salette, à Corps (Isère). Il n’était alors qu’à quelque trente-cinq kilomètres de son village natal, mais, en 1901, la persécution religieuse ayant chassé les Missionnaires hors de France, le jeune Michel, pour rester fidèle à son idéal, n’hésita pas à suivre ses camarades et à s’exiler en Belgique, où l’École devait se reconstituer. C’est là, à Tournai, qu’il acheva ses humanités et entra ensuite au noviciat de la congrégation.
Ses premiers voeux émis le 1er septembre 1904, il se rendit à Rome pour y suivre les cours de philosophie et de théologie de l’université grégorienne. Il fut ordonné prêtre à Saint-Jean de Latran le 9­avril 1909, au cours de sa troisième année de théologie. Encore un an d’université et le jeune missionnaire sera à la disposition de ses supérieurs pour les travaux qu’ils voudront bien lui confier.
D’abord sous-maître des novices, puis professeur à l’École apostolique, le père songe très sérieusement, dès 1913, à s’offrir à ses supérieurs pour la mission de Madagascar.
« Bientôt, déclarait-il à un de ses confrères sur le point de s’embarquer pour la grande île, bientôt je vous retrouverai là-bas. »
À ce « bientôt », la Première Guerre mondiale devait donner un sens démesurément long. Avant de réaliser son rêve, le père aura à parcourir, sac au dos, les fronts de France et de Salonique, et ce n’est qu’en 1919 qu’il pourra débarquer sur cette terre malgache qu’il ne quittera plus jamais.
Un missionnaire européen à Madagascar. DR.
Un missionnaire européen à Madagascar. DR.
Après six mois d’initiation à la langue et au ministère malgache à Am­bo­hi­ma­sina, le père est successivement affecté aux postes de Bétafo, de Faratsiho, d’Antanifotsy, d’An­ka­zo­mi­rio­tra et d’Ambohibary, mais in­va­ria­ble­ment chargé du service des chré­tientés de la brousse. Partout, malgré ses manières un peu rudes, son dé­vouement gagne les coeurs. Le mi­nis­tère est enthousiasmant mais très dur. Aux soucis des âmes s’ajou­tent des soucis matériels de tous ordres. Le père Michel a été un grand cons­truc­teur. Les deux belles et grandes égli­ses de Faratsito et d’Antanifotsy sont en partie son œuvre, la première au coeur de l’Ankaratra, la seconde sur les bords de l’Onivré.
Ainsi, trente-trois ans durant, le père est à l’oeuvre et se dépense sans compter malgré une fièvre per­sis­tante rapportée du front de Sa­lo­ni­que, et malgré certaines infirmités que l’âge apporte presque toujours avec lui. Mais, en 1952, il doit revenir à Antsirabé pour se soigner un peu mieux, tout en rendant de précieux services jusqu’à ce qu’enfin il se voit contraint de garder le lit une année entière, la dernière de sa vie. Il n’a plus même la consolation de célébrer le Saint-Sacrifice. Tout ce qu’il peut faire, c’est de s’offrir lui-même, rongé qu’il est par un mal implacable.
Une année de souffrances physiques et morales, mais aussi une année de grâces ! Le missionnaire quelque peu irascible1 devient doux, aimable, sensible aux soins qui lui sont prodigués par son infirmier, aux attentions et aux visites de ses confrères. Son esprit de foi s’approfondit, sa piété devient même expansive. Dans les dernières semaines, il demande qu’on l’aide à porter sa croix jusqu’au bout avec le Sauveur. Il aime cette pensée que lui suggère un confrère :
« Quand on vieillit, tout s’en va, mais Dieu vient. »
Pour lui, depuis longtemps déjà, Dieu était venu et ne l’avait point quitté. Mais le père Michel n’avait que les yeux de la foi pour le reconnaître. Le moment est tout proche où le voile va tomber et où l’enfant verra son Père dans le face-à-face éternel. C’est en pleine connaissance que le malade reçoit l’extrême onction et la bénédiction apostolique de la main de son évêque, en pleine connaissance qu’il rend son âme à Dieu.
Le père avait soixante-treize ans d’âge, cinquante-deux ans de vie religieuse, quarante-huit ans de vie sacerdotale et trente-huit ans de vie missionnaire.

Note

1 Cette nouvelle allusion au caractère « quelque peu irascible » du père Michel semble bien euphémique et laisse sans nul doute poindre la personnalité d’un être très colérique, mais certainement très attachant aussi.

  • Photographie : Le père Michel. DR.

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Chaix-Michel (1888-1904) : l’épopée américaine https://www.geneprovence.com/chaix-michel-1888-1904-lepopee-americaine/ https://www.geneprovence.com/chaix-michel-1888-1904-lepopee-americaine/#comments Fri, 02 Feb 2007 20:27:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1136 L'article qui suit est le résultat d'une longue enquête qui a duré plus d'une année. Avant toute chose, merci infiniment à Steve Totheroh qui a patiemment et à plusieurs reprises visité de nombreux dépôts d'archives à Oakland, Alameda et San Francisco. Sans lui, les informations qui suivent dormiraient encore dans de vieux livres poussiéreux. L'histoire débute en 1888.

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L’article qui suit est le résultat d’une longue enquête qui a duré plus d’une année. Avant toute chose, merci infiniment à Steve Totheroh qui a patiemment et à plusieurs reprises visité de nombreux dépôts d’archives à Oakland, Alameda et San Francisco. Sans lui, les informations qui suivent dormiraient encore dans de vieux livres poussiéreux.

L’histoire débute en 1888. Sur l’acte de naissance de Pierre Auguste Michel, on lit que son père, Pierre Michel, de Rabou, est parti pour l’Amérique ! Celui-ci vivait jusqu’alors à Rabou (Hautes-Alpes), là d’où venaient tous ses ancêtres.
Difficile avec ces seuls renseignements de déterminer la cause de ce départ et encore moins de reconstituer l’histoire de son émigration sur le sol américain, d’en retrouver la trace, les lieux où il est passé.
Heureusement, les Archives conservent cette histoire et il suffit de les dépouiller pour avoir une explication. Il se trouve que Pierre Michel n’a pas été le seul de sa famille à émigrer aux États-Unis. Sa fille Marie Michel l’a suivi quelques années plus tard, accompagnée de son mari, Léon Chaix, et du frère de celui-ci, Auguste Fidèle Chaix. Aujourd’hui, après les recherches menées pour une bonne part grâce à l’internet, mais aussi par le dévouement amical de M. Steve Totheroh, nous sommes capables de reconstituer une partie conséquente de l’histoire de cette famille américaine qui émigra, nous le verrons, en Californie dès la fin du XIXe siècle.

Enfants des Alpes

Rabou (Hautes-Alpes). C’est de là que partirent les quatre aventuriers. © Jean Martie Desbois, 2001.
Rabou (Hautes-Alpes). C’est de là que partirent les quatre aventuriers. © Jean Martie Desbois, 2001.
Le samedi 28 août 1847, Joseph Urbain Michel (1823-1880) et Marianne Marin (1823-1895) donnent naissance à un garçon qu’ils prénomment Pierre. Celui-ci vit toute son enfance à La Rivière, un petit groupe de maisons situé à quelques centaines de mètres au nord de Rabou, petit village des Hautes-Alpes, et, sur les traces de son père, se destine au métier de cultivateur, fréquent dans la région. Le 16 février 1876, à Rabou, il épouse Marie Rosalie Victoire Marcellin-Gros, que tous prénomment simplement Rosalie.
Il a entendu parler, certainement, de plusieurs personnes de la région qui, il y a quelques années, sont parties pour les Etats-Unis dans l’espoir d’y faire fortune. Le premier Chaix à avoir posé les pieds sur le continent américain n’est pas facile à identifier. On sait par le recensement de 1880 qu’une Céline Chaix vivait à Saint-Charles (Louisiane) où elle était née en 1811. Or, ses deux parents étaient nés eux aussi, selon toute vraisemblance, en Louisiane. En Californie, par contre, l’implantation est plus récente. La plus ancienne naissance d’un Chaix dans cette région remonte à 1862 (il s’agit de Lizzie Chaix, dont le père était né au Mexique).
Le point de chute de nos Chaix est donc la Californie, alors connue pour sa « Ruée vers l’Or ». Citons aussi le couple Chaix-Berrard, marié le 23 mai 1882 à San Francisco et dont naîtra Émile le 7 juin 1883*. Un couple Chaix-Pauchon avait aussi émigré en Californie (Pauchon est un patronyme de Rabou).

L’Amérique !

En 1888, c’est décidé, Pierre tente sa chance. Il a alors près de quarante ans. Son père est décédé depuis huit ans, sa mère a 65 ans. Ils sont plusieurs à Rabou à se préparer à l’aventure. Mais il partira sans sa femme Rosalie. Pour quelle raison ? Difficile à dire. Le fait qu’elle soit enceinte l’a-t-elle fait reculer ? On peut en tout cas le penser. Le 12 septembre de cette année, elle donne naissance à un petit Pierre Auguste, qui ne verra jamais son père. Celui-ci est déjà en Amérique. Divers éléments permettent de reconstituer son itinéraire. Sa femme ne le rejoignit jamais en Californie. Nous pensions au départ que c’était parce qu’il avait dû mourir tôt. Mais, après de nouvelles découvertes, il apparaît qu’il était encore vivant le 18 avril 1910 (il figure alors sur le recensement). L’aventure n’a probablement pas tenté Rosalie, à moins que Pierre lui ait demandé de ne pas venir, ayant refait sa vie; supposition gratuite bien entendu.
La destination de Pierre, après son arrivée, est, elle, certaine. C’est l’Ouest sauvage, la Californie, et plus précisément la ville d’Alameda. Les archives de la ville attestent qu’en 1903 et 1904, Pierre était jardinier (gardener) à Alameda. Il vivait au 2122, San José Avenue.
Comme on l’a dit, Pierre figure sur les archives du recensement en 1910. On apprend de ce recensement qu’il vivait alors à Oakland, non loin d’Alameda, qu’il avait soixante ans (en réalité, il en avait alors 63) et qu’il ne possédait pas la nationalité américaine. Il semble qu’il parlait mal l’anglais, car on indique qu’il parlait seulement le français, il savait lire et écrire. En outre, si sa profession n’était pas indiquée, il bénéficiait d’un own income, c’est-à-dire qu’il travaillait à son compte, peut-être toujours comme jardinier.
Il existait à cette époque une autre communauté de Chaix en Californie à Napa, à environ trente kilomètres au nord-est de San Francisco, aujourd’hui connue pour son industrie viticole. De 1886 à 1901, au moins dix enfants portant le patronyme Chaix y virent le jour**. Cette notion de communauté est essentielle à la bonne compréhension du mode de vie des Champsaurins émigrés. Un esprit de solidarité, maintenu vivace au moins jusqu’à la Grande Guerre, prévalait parmi tous les membres. Louis-Lucien Borel, de la Plaine-de-Chabottes (Hautes-Alpes), émigré au début du XXe siècle, relate bien ce sentiment qui existait alors: « Ma décision de rester là-bas découlait surtout du fait qu’il existait une colonie champsaurine dans laquelle régnait un bel esprit d’entraide, de fraternité… Pas question de croc en jambe ou de souhaiter que son voisin ait moins de réussite que vous. […] Il faut dire que cette fraternité était imposée par les dangers de toutes sortes […]. Il y avait l’ours, le coyote, le crotale. Mais aussi les propriétaires peu scrupuleux qui avaient tendance à mordre dans les pâturages pour lesquels on payait une redevance à l’État… Il y avait aussi la sécheresse, la mévente du bétail. Dans ces conditions, l’union, c’était le meilleur remède. » (Le Western Champsaurin, chap. LXXXII, F. et M. Barès, Gap, 1981)

Autres venues

Dans le même temps, d’autres à Rabou nourrissent le même projet d’émigration. Les lettres venues d’Amérique doivent être suffisamment encourageantes pour inciter d’autres Gapençais à tenter l’aventure. Lorsque Pierre est parti, le jeune Léon Louis Chaix a à peine 12 ans. Fils de Louis Philippe Chaix, orphelin de mère (Marie Philomène Céard est morte alors qu’il n’avait que 10 ans), il naît le 15 juillet 1876 et grandit dans le village de Montgardin. Il rencontre un jour la fille de Pierre Michel, Marie, bien plus jeune que lui, puisque née le 7 août 1885. Lorsque son père a quitté la France, elle a moins de 3 ans ! On l’imagine élevée dans le souvenir de ce père dont elle n’a probablement aucun souvenir. Lorsque Léon et Marie deviennent époux, ils se décident à partir pour Alameda…
Le rôle du couple Chaix-Bérard, établi à Alameda, a de toute évidence été prépondérant dans la venue de Pierre Michel en Californie. D’une manière ou d’une autre, il est certain que les deux familles étaient liées avant leur départ vers les Etats-Unis. Par M. Totheroh, on sait que deux soeurs, Mathilde Marie Scholastique Bérard et Marie Philomène Bérard, nées dans les Alpes vers 1860, étaient parties en Amérique où elles épousèrent deux frères français, nés aussi en France, Alexandre Chaix, le 23 mai 1882, à San Francisco, pour la première, et Virgile Chaix, sans doute peu avant, pour la seconde. Ils vécurent le reste de leur vie dans le comté d’Alameda (non loin de San Francisco). Alexandre mourut en 1906, dix-huit ans après l’arrivée de Pierre à Alameda.

C'est à bord de La Lorraine que Léon Louis Chaix embarque en 1904.
C’est à bord de La Lorraine que Léon Louis Chaix embarque en 1904.

Les époux ne partent pas ensemble. La raison, comme autrefois dans le cas de Pierre Michel, c’est que Marie est enceinte et qu’elle va donner naissance à une petite Yvonne. Peu de temps avant, une première fille était née dans la famille, portant le prénom de Marcelle. C’est Léon qui, le premier, embarque au port du Havre. Après un voyage en train (le chemin de fer a atteint les Alpes en 1884), il arrive dans le nord de la France où il embarque sur le Lorraine, le 13 août 1904. C’est un paquebot construit par la Compagnie Générale Transatlantique en 1899. 11146 tonnes brutes, vapeur triple des moteurs d’expansion, vitesse de service 21 nœuds. 1114 passagers (446 première classe, 116 deuxième classe, 552 troisième classe). Ce paquebot servit de croiseur marchand armé lors de la Grande Guerre et reprit la liaison Le Havre-New York en 1919. La liste des passagers laisse voir une grande majorité d’Italiens avec lesquels Léon fera le voyage. Il a douze dollars en poche et s’est payé lui-même le voyage.
Le 20 août 1904, un temps chaud l’accueille à New York. L’arrivée des immigrants, depuis 1892, se fait à Ellis Island (New York)***. On estime qu’en une quarantaine d’années, 17 millions de personnes sont passées par ce port. Il est probable que Léon ait alors pris la direction de la Californie. Il arrive à Alameda, chez Pierre Michel, reste peut-être quelques semaines chez lui, mais trouve rapidement une demeure à Oakland, la cité voisine (524, Seventh Street).
Cinq mois plus tard, le 21 janvier 1905, sa femme, Marie, embarque à bord du Champagne. Le 30 janvier 1905, elle arrive à Ellis Island. Elle fait le voyage avec François Chevalier, un horticulteur Gapençais, de cinq ans son aîné, qui, une fois arrivé, prendra la direction de Los Angeles. Elle a vingt dollars en poche, c’est son mari qui lui a payé son voyage. Ses deux filles, Marcelle et Yvonne, qui sont encore des bébés, sont restées au pays, probablement confiées aux soins de leur grand-mère, Rosalie, qui sait maintenant qu’elle ne rejoindra pas son mari Pierre. Léon vient l’y attendre et tous deux partent vers l’Ouest.
Les archives d’Oakland relatent dès lors très précisément leur niveau de vie. Dès 1905, Léon travaille dans une blanchisserie d’Oakland, avec un certain J. D. Palu, probablement le propriétaire de l’établissement. Cette activité dans la blanchisserie va désormais impliquer toute la famille et être le garant de leur réussite en Amérique. En 1906, Marie travaille pour Z. Delmas. Qui est-ce? Impossible à dire. Est-ce aussi le responsable d’une entreprise de blanchisserie ?
Dès 1907 néanmoins, Léon et Marie travaillent comme laundry worker (travailleurs de blanchisserie) et non plus comme employee (employés). Tout porte à croire qu’ils viennent de fonder une compagnie de blanchisserie. Son nom? La Lace French Laundry. Pas de doute, la réussite vient de frapper à leur porte. On remarquera toutefois que la maison qu’ils habitent sur Fifth Street, à Oakland, est une location. Les années qui suivent seront consacrées au travail, les enfants viendront plus tard.
Pour quelle raison les Chaix ont-ils été poussés à travailler dans une blanchisserie ? Il semble que de nombreux Français, et particulièrement des Champsaurins, ont travaillé dans cette industrie, ce qui tend à tordre le cou à l’idée qui veut que ce secteur était réservé à l’immigration chinoise.
Cette spécialisation française remonte au moins à 1882, plus de vingt ans avant l’arrivée de nos Chaix. A cette date, des gens ordinaires de Saint-Bonnet travaillaient dans des blanchisseries d’Oakland et de San Francisco (« Frisco » comme on disait) pour 100 francs par mois. Précisons que ce salaire est alors quatre fois supérieur ç un salaire moyen perçu en France! Mais les conditions de travail y sont très durs: « Je vous écris la nuit », raconte un jeune de Saint-Bonnet à sa famille restée au pays. « Le dimanche, nous n’avons pas plus de temps que la semaine dans les blanchisseries (…) ; malgré tout, je ne suis pas mécontent. » (« L’Émigration des… », cf. Bibliographie).
De toute évidence, la Lace French Laundry prospère et doit faire appel à de nouveaux bras. Dans un courrier, Léon informe son frère Auguste, resté à Montgardin, qu’un travail l’attend à Oakland.

Nouvelle arrivée

Auguste n’hésite pas longtemps. Il est célibataire, a 28 ans, vit à Montgardin de son travail de cultivateur. L’aventure l’appelle à son tour. Il prend à ses frais le Bretagne le 28 février et débarque à New York le 5 mars 1907 avec 50 dollars en poche. Son voyage nous permet de mieux le visualiser: cheveux châtains (light brown), yeux marrons (brown), 1,60 mètres (5 feet 3 inches). Aussitôt il rejoint son frère et sa belle-soeur à Oakland et travaille avec eux. Le nom de la compagnie va changer. Elle devient le Palace Laundry. Les deux frères sont visiblement associés. Marie cesse son travail et va se consacrer à ses nouveaux enfants. Il n’est pas possible de déterminer si Auguste s’est marié et a eu des enfants. On perd sa trace après 1910. De toute évidence, pourtant, il passera sa vie en Californie et décèdera le 30 octobre 1958 à San Francisco. En tant que travailleur, il bénéficiait de la Sécurité Sociale et possédait le numéro 552-09-4880. Léon et Marie Chaix, eux, déménagent souvent: en 1910, ils vivent au 805, Franklin Street; l’année suivante, nous les retrouvons au 835 (ou au 859), 29th Street. En 1915, ils habitent au 2739, San Pablo Avenue (renseignements fournis par Steven Lavoie, de l’association Oakland Heritage Alliance). Dans cet intervalle, ils donnent naissance en quelques années à onze autres enfants (sept garçons et quatre filles) (les prénoms des enfants probablement toujours vivants ont été réduits à leurs initiales) :

  • Louis Chaix, né le 22 avril 1908 ou 1909 à Alameda, décédé le 17 novembre 1974 à Alameda. Le choix du prénom de ce premier-né n’est sans doute pas innocent. Il rappelle le grand-père, resté au pays.
  • Rose Chaix, naissance et décès inconnus. Avait 10 ans en 1920.
  • Jeanne Chaix, naissance et décès inconnus. Avait 8 ans en 1920.
  • Raymond A. Chaix, né le 2 ou le 3 juin 1914 à Alameda, décédé le 18 mai 1961 à Alameda.
  • Roger C. (ou E.) Chaix, né le 26 juin 1916 à Alameda, décédé le 7 mai 1991 à San Francisco.
  • Claire Chaix, née le 18 décembre 1917 à Alameda, décédée le 9 avril 1984 à Alameda.
  • C. M. Chaix, née le 30 septembre 1919. Probablement toujours vivante.
  • George Adrian Chaix, né le 21 avril 1922 à Alameda, décédé le 13 octobre 1993 à Alameda.
  • Paul Edward Chaix, né le 17 avril 1923 à Alameda, décédé le 8 novembre 1990 à Alameda.
  • Ernest August Chaix, né le 2 juillet 1925 à Alameda, décédé le 23 novembre 1994 à Fresno (Californie).
  • M. A. Chaix, né le 1er avril 1927 à Alameda. Probablement toujours vivant.
En 1920, tous ces enfants savaient lire et écrire, à l’exception de Jeanne, Raymond, Roger, Claire et C. M. Tous parlaient anglais à l’exception évidement des enfants en bas âge. Louis, Rose et Jeanne étaient scolarisés. Pour l’anecdote, la plupart des garçons, lors de la Seconde Guerre Mondiale, combattirent sur le sol français et se rendirent dans les Hautes-Alpes pour y saluer la famille.
En 1917 et 1920, Léon et Marie quittaient Oakland, tout en y travaillant toujours, pour la ville voisine d’Alameda (à l’adresse de Pacific Avenue), toujours comme locataires. Le 19 janvier 1915, leurs deux premières filles, Marcelle et Yvonne, restées en France, arrivèrent à Ellis Island par le Touraine, puis à Oakland; elles avaient environ onze ans à l’époque. On peut supposer que d’autres émigrants venant de Rabou les accompagnaient.
Marcelle, 16 ans en 1920, aidait son père à la blanchisserie.
En 1922, la famille vivait au 2061, Encinal Avenue, dans le centre d’Alameda.

Une rupture

Un événement important mérite d’être signalé. Le recensement de 1930 donne à Léon l’adresse du 2525, Lincoln Avenue, à Alameda. Or, Marie vit toujours au 2061, Encinal Avenue, sous le nom de « Mrs. Marie Chaix ». En 1933, on apprend que Léon vit toujours à Lincoln Avenue, avec une femme prénommée Nell. Certes, on peut croire que Léon et Nell s’étaient mariés, vu la façon dont leur nom sont associés sur le recensement, mais il est plus probable d’envisager un concubinage. Toujours est-il que Léon travaille toujours à sa blanchisserie avec plusieurs de ses enfants. Comment ceux-ci vivent-ils cette situation nouvelle au jour le jour? Cette séparation dura jusqu’à 1937 au moins. Les archives de 1941 indiquent que Léon était retourné vivre avec Marie sur Encinal Avenue.
Ce rapprochement ne dura probablement pas bien longtemps. En 1947, le premier annuaire téléphonique indiquait « Mrs Marie Chaix, 2061 Encinal, Alameda ». De toute évidence, Léon n’était plus là. Était-il retourné avec Nell? Ou bien était-il parti plus loin, à Napa, par exemple?
Pourquoi Napa? Outre le fait qu’une importante communauté française, et notamment de Chaix, y était basée (comme nous l’avons vu à la page précédente) il se trouve que Léon Louis Chaix mourut à Napa en 1955.
En 1960, Marie vivait toujours à Alameda.

Naissance d’une famille américaine

Le français a cessé d’être parlé dans la famille Chaix et, aujourd’hui, les prénoms sont complètement américains, à l’inverse des efforts du couple Chaix-Michel pour donner des prénoms français à leurs enfants. Leur patronyme reste pourtant français et leur rappellera leurs origines gapençaises.
Le 30 janvier 1955, Léon Louis Chaix, le Montgardinois, décédait à Napa (Californie), à plus de 78 ans, et sa femme, Marie, fille de Pierre Michel, née dans les Hautes-Alpes à Rabou, s’éteignait le 7 janvier 1967 à Alameda, à l’âge de 81 ans. Une page d’histoire se tournait…

Voir aussi

Voici quelques traces de l’implantation des Chaix en Californie:
Le commerce d’Émile Chaix à Santa Clarita, au début du XXe siècle.
La Chaix Company d’Oakland.

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Quelques livres à lire concernant l’émigration des Champsaurins en Amérique:
« L’Émigration des Champsaurins en Amérique, 1850-1914 », Jean-Pierre Eyraud, Marie Hugues, éd. Connaissance du Champsaur, Gap, 1987.
« Le Western champsaurin », F. et M. Barès, plusieurs tomes, Gap.
Remerciements à M. Steve Totheroh de Californie, descendant de Chaix des Hautes-Alpes, concernant sa disponibilité et ses recherches dans les recensements américains.

Notes

* Décédé le 26 septembre 1945 à Alameda, Californie. Émile Chaix a d’ailleurs développé une entreprise aux États-Unis. Une image d’archive représente cet établissement, à Santa Clarita. Cliquez ici.
** Dix naissances d’enfants Chaix à Napa entre 1886 et 1901 : Elizabeth Madeline (Magdeleine ?) en 1886, Jean Antoni (Antoine ?) en 1887, Adolphe Francis en 1888, Victor Edward (Edouard ?) en 1891, Léon Georges le 14 janvier 1893 (Léon Georges décède le 5 février 1949 à San Francisco), Adèle Louise en 1894, Antoni (Antoine ?) Alfred en 1896, Eugène Louis le 21 septembre 1899 (Eugène Louis décède le 25 octobre 1972 à San Mateo, Californie), Jean en 1899 et Marie Terresa en 1901.
*** Entre 1900 et 1924, dix-huit personnes portant le nom Chaix et originaires de la région de Gap débarquèrent à Ellis Island, candidats à l’immigration.

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Réponses des communautés ou Rabou en 1789 https://www.geneprovence.com/reponses-des-communautes-ou-rabou-en-1789/ https://www.geneprovence.com/reponses-des-communautes-ou-rabou-en-1789/#respond Sun, 21 Jan 2007 13:12:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1183 Le texte qui suit est la reproduction intégrale des "Réponses des communautés", rédigé en 1789. Il s'agit des réponses à des questions précises posées par les membres de la Commission intermédiaire des États de la province qui souhaitent mieux cerner la réalité économique de ces villages, alors que s'annonce la Révolution.

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rabou-vue-generaleLe texte qui suit est la reproduction intégrale des « Réponses des communautés », rédigé en 1789. Il s’agit des réponses à des questions précises posées par les membres de la Commission intermédiaire des États de la province qui souhaitent mieux cerner la réalité économique de ces villages, alors que s’annonce la Révolution. Les réponses qui donnent l’état de ce village, rédigées par les consuls Orcière et Marcellin-Gros, laissent apparaître un village isolé qui a toutes les peines du monde à survivre mais qui, pourtant, ne semble pas se plaindre outre mesure de son sort. Il témoigne de la réalité sociale et économique d’une époque difficile. Orcière et Marcellin-Gros portent un regard réaliste, jamais fataliste, sur leur village, sans oser toutefois se porter dans l’avenir.
Le mémoire est publié tel que rédigé en 1789, bien qu’aucune date précise ne puisse être avancée. En revanche, les notes sont de l’Abbé Paul Guillaume, reproduisant et commentant ces textes en 1908.

Messieurs,
En réponse à l’honneur de la vôtre en date du 28 février dernier, nous vous dirons que les comptes ont été rendus, et le dernier l’a été au mois de janvier passé.

1. Quelle est l’étendue par aperçu du territoire, et quelles sont les différentes paroisses, villages ou hameaux qui la composent ?
Le territoire de Rabou cultivé, montueux et puissant, peut contenir environ cent charges. Il n’y a point de village, mais seulement quatre hameaux1 ; le plus fort est composé de onze habitants éloignés les uns des autres.
2. Quelle est la population de la communauté ?
Il peut y avoir quatre cents personnes, grandes ou petites.
3. Quels sont les médecins ou chirurgiens sur les lieux ou aux environs ?
4. Y-a-t-il sur les lieux ou à la proximité des accoucheuses instruites ?
Il n’y a aucune accoucheuse dans le lieu, excepté à Gap, qui est distant de deux lieues.
5. La communauté a-t-elle été fréquemment attaquée par des malades épidémiques et pratique-t-on l’inoculation de la petite vérole ?
La communauté n’a pas été attaquée depuis quelques années de maladie épidémique et l’on n’y pratique point l’inoculation.
6. Quelle est la manière de bâtir et de couvrir les maisons ?
Les murs des bâtiments sont à chaux et sable; les rez-de-chaussée forment l’habitation des gens et des bêtes. Les toits sont couverts en paille.
Il n’y a aucune carrière d’ardoises ni de petites lauses, ni fabriques de tuiles ; il y en a une au lieu de la Roche-des-Arnauds, éloignée d’une grande lieue, mauvais chemin, on n’en connaît pas le prix, attendu que la communauté n’en a jamais usé.
7. Quelle est en général la nature du sol ?
Le sol est montueux et penchants en trois [mains] ; l’une est cultivée de blé seigle, l’autre de grains transaux et l’autre en chaume.
8. Quels sont les différents genres de récoltes qui se perçoivent et les arbres fruitiers qui prospèrent ?
9. Quels est le rapport année commune, entre les grains et comestibles et la consommation des habitants et quelle est leur nourriture ordinaire ?
10. D’où tire t-on les grains dans les années de disettes ?
La récolte ne consiste qu’en blé, seigle et grains transaux.
Il n’y a aucun arbre produisant fruits, de quelque espèce que ce soit.
Le produit est du quatre, année commune.
Il ne se perçoit dans la communauté, lors d’une bonne récolte, que ce qui est nécessaire pour la consommation des habitants et, lorsqu’il survient quelque grêle ou gelée, il faut avoir recours aux communautés voisines.
11. Quelles sont les productions surabondantes, les marchés où elles se vendent, et les moyens d’exportations, et les foires sur les lieux ?
Il n’y a aucune production surabondante, si ce n’est que l’on vend environ quatre-vingts charges d’avoine, qui servent pour acheter le blé qui manque, et on les porte à Gap. Il n’y a aucune foire, si ce n’est à Gap et à Veynes.
12. Quel est l’état des bois et forêts et quelle est leur proportion avec les besoins ?
Il y a quelques bois et autres futaies et broussailles, seulement suffisants pour le nécessaire des habitants.
Il y a un bois de haute futaie considérable, qui appartient et se trouve possédé par MM. du Chapitre de Gap, seigneurs de Rabou.
13. La communauté a-t-elle des communes [c’est-à-dire : des biens communaux], de quelle espèce sont-elles, quelles est la minute du sol et quels sont les moyens de les rendre plus utiles ?
La communauté a quelques terres communes qui servent pour parquer le menu bétail, mais leur position ne permet pas de pouvoir les mettre en valeur.
14. Quelles sont les rivières qui traversent la communauté, la qualité du terrain, et celle des eaux ?
Il n’y [a] aucune rivière, mais beaucoup de torrents qui emportent les terres cultivées, sans pouvoir y remédier, attendu la situation du local.
Les eaux de ces torrents, qui ne se forment que par la fonte des neiges ou l’abondance des pluies, ne servent que pour arroser le bas du terrain; mais à force de travail, elles pourraient arroser une plus grande contenance de terrain qu’elles ne font.
15. Quelle est la quantité de gros et menu bétail de tout espèce ? Quels seraient les moyens d’augmenter le nombre des élèves et d’améliorer les espèces ?
Le gros bétail consiste en environ quarante bêtes à cornes, soit boeufs ou vaches, en cinq ou six petits mulets et quarante bourriques. Il y a environ cinq cent quarante bêtes, moutons ou brebis, et très souvent on est obligé d’en faire hiverner une partie hors la communauté, surtout lorsque la neige abonde.
16. Y-a-t-il dans la communauté ou à portée des artistes vétérinaires ou des maréchaux experts qui jouissent d’une réputation acquise et justifiée par des succès ?
Il n’y a aucun artiste vétérinaire ni maréchal expert, excepté dans Gap.
17. Quels sont les objets d’industrie ou de commerce des habitants, les moyens d’amélioration dont ils seraient susceptibles et les établissements en ce genre qu’on croirait utiles à la communauté et au canton ?
Il n’y a aucune industrie ni commerce dans la communauté, ni dans le cas d’en établir.
18. Quel est le régime municipal ?
La forme de l’administration est l’ancienne.
19. La communauté a-t-elle des revenus ?
La communauté n’a aucun revenu, de quelque espèce que ce soit.
20. Quelles sont les charges locales ou dépenses ordinaires de la communauté, les dettes de la communauté ou les charges extraordinaires auxquelles elle peut être tenue ?
Les charges locales ou dépenses, année commune, arrivent à environ douze cent cinquante livres2, y compris trois cent nonante livres pour l’abonnement du droit de dîme et sept cents livres pour la congrue du curé3 et vingt-six livres neuf sols pour pension due aux Dominicains de Gap.
21. Les comptes des collecteurs et receveurs ont-ils été rendus chaque année, quels sont ceux qui ne l’ont pas été et les raisons qui en ont empêché ?
Les comptes des collecteurs ont été rendus annuellement.
22. Quelles sont les propriétés ou revenus des pauvres en y comprenant le vingt-quatrième ? De quelle manière sont-ils administrés et seraient-ils susceptibles d’améliorations ?
Les revenus des pauvres ne consistent qu’en huit émines de blé seigle.
23. Y a-t-il des fondations pour les hôpitaux ou pour l’éducation publique et de quelle manière sont-elles administrées ?
Il n’y a aucune fondation pour hôpitaux ni pour l’éducation des enfants.
24. A quelles époque le dernier parcellaire a-t-il été fait, et dans quel état se trouve-t-il, ainsi que les coursiers ? Les papiers et titres de la communauté sont-ils conservés, et quelles sont les précautions prises pour leur garde ?
Il n’y a aucune date au cadastre, qui n’en est pas un, mais seulement un mémoire hors d’état4.

Notes
1. Bertaud, La Chaup, Lavis, Le Serre et, de plus, Les Prés, La Rivière.
2. Exactement pour 1789, 124 l. 9 s. (Ordonnance du 29 novembre 1788): entretien des ponts et passerelles, 15 l.; gages du garde-champêtre, 24; id. du sonneur, 12; abonnement de la dîme, 390; portion congrue du curé, 700; pension due aux Dominicains de Gap, 26 l. 9, luminaire de l’église, 50; blanchissage du linge de l’église, 9 l., etc.
– En 1790, le total est de 1226 l., 9 s. et en 1791, de 455 l. 9 seulement, les charges ecclésiastiques ayant disparu. Le maître d’école figure dans ce dernier total pour 50 l. et le garde-fruits, également pour 50 (C107, f° 81).
3. Pierre Ricard, ancien curé de Saint-Maurice-en-Valgaudemar, curé de Rabou le 25 juin 1776 (B107), encore en exercice le 1er janvier 1794 (L829-1), ex-curé le 1er octobre 1795 (L178).
4. Sur la situation des archives de Rabou en 1890, voir « Procès-verbaux du Conseil général des Hautes-Alpes », août 1891, p. 142.

Conclusion :
La communauté a un procès par devant la Cour avec MM. du Chapitre1, qui dure depuis longtemps et qui ruine la communauté, attendu que le Chapitre, par le moyen d’un garde qu’ils ont, s’agrandit dans les fonds communs, dont partie des habitants jouissaient depuis plus de trente ou quarante ans. Ce procès avait été remis à MM. les avocats qui avaient été nommés pour l’examen des affaires des communautés2, et on désirait ardemment qu’il pût se décider, pour que la communauté sût, une fois pour toutes, à quoi s’en tenir. MM. du Chapitre ne payent ni tailles ni vingtièmes, ni cas de droit, pour raison du bois précieux et terres qu’ils prétendent en dépendre. La communauté ne serait-elle pas fondée de les y soumettre?
La communauté ne connaît pas l’époque où elle a été comprise dans le péréquaire général, pour demi-feu taillable, ni aucun acte et, malgré les recherches qu’elle a faites et fait faire, il ne lui a pas été possible de rien découvrir.
Pour arriver au village, il y a le torrent du Buëch, et il y avait un pont qui s’est écroulé, en sorte que, dans le temps des fontes des neiges et de l’abondance des pluies, les habitants ne peuvent pas traverser ce torrent sans s’exposer à être noyés.
Voila, Messieurs, tout ce que nous pouvons vous dire en suite de votre lettre, de relatif à notre communauté; s’il y avait quelques autres articles sur quoi nous puissions répondre, nous le ferons.
Nous avons l’honneur d’être très respectueusement, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Signé : Orcière, consul, J.-P. Marcellin-Gros, consul.

Notes

1. Le Chapitre de Gap, seigneur de Rabou et de Chaudun, au moins dès le XIIe siècle, et qui, par suite, eut de nombreux rapports d’affaires et divers procès avec la communauté de Rabou. (Voir sur ce dernier sujet les documents analysés dans l' »Invent. des Arch. des Hautes-Alpes », série G, t. V, 1904, p. 159-182; cf. le diplôme de Frédéric Barberousse du 29 septembre 1184, « Gallia Christ. novis. », I, n° XVII.)
2. « Une commission d’avocats » fut instituée à Grenoble, par l’intendant Caze de la Bove, le 25 mai 1785 pour « discuter gratuitement chaque procès, et guider les communautés dans les démarches et poursuites qu’elles auront à faire. » (Arch. de Guillestre, CC, 157)

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Souvenirs d’enfance https://www.geneprovence.com/souvenirs-denfance/ https://www.geneprovence.com/souvenirs-denfance/#comments Sat, 13 Jan 2007 05:56:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1219 par Berthe Fernande Chaix (Jarjayes, 1906-Éguilles, 1991) Le texte qui suit est tiré d'un cahier rédigé il y a une vingtaine d'années par Berthe Fernande Chaix, ma grand-mère, cinq ans environ avant sa mort. Elle y relate son enfance dans un petit village des Hautes-Alpes.

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par Berthe Fernande Chaix
(Jarjayes, 1906-Éguilles, 1991)

Le texte qui suit est tiré d’un cahier rédigé il y a une vingtaine d’années par Berthe Fernande Chaix, ma grand-mère, cinq ans environ avant sa mort. Elle y relate son enfance dans un petit village des Hautes-Alpes.

La grand-mère de Rabou

chaix02webElle habitait une maison campagnarde et rustique perchée sur une colline escarpée. Un torrent éternellement bruyant coulait sous le balcon. La nuit, il berçait le sommeil des habitants et les rafraîchissait pendant les chaudes journées d’été. Le samedi, la grand-mère (1), un grand panier sous chaque bras, partait pour Gap, la « grande ville », douze kilomètres à pied. Courageuse, la grand-mère qui marchait à grands pas pour installer ses paniers d’œufs sur la petite place du marché. Le montant de la vente n’était pas important mais il permettait de rapporter à la maison le kilogramme de sucre et le quart de café nécessaires pour la semaine suivante. Tout ce trajet, douze kilomètres, à pied et à grands pas, avec parfois une voisine qui la rattrapait en chemin. Elle n’oubliait pas, la coquette grand-mère, d’aller chez la repasseuse de Gap chercher la « coiffe » blanche, bien repassée avec l’amidon, qui l’entourait de belles ondulations bien coquettes et un beau nœud-papillon bien raide fixait l’ensemble de la coiffure.

Pour la fête de Noël, bonne grand-mère délaissait Rabou pour venir passer les fêtes avec sa fille, son gendre et ses dix petits enfants, pour qui elle cachait des papillotes au fond de son panier et, le matin de Noël, c’était la fête. Le père Noël, que personne n’avait vu, était passé sur le toit de la maison et avait laissé tomber des papillotes colorées dans chacun des souliers placés bien en rang sous le chemin de la cuisine.
La nombreuse famille habitait un hameau qui s’appelait « La Roche »(2). Les enfants devaient parcourir quatre kilomètres à pied matin et soir pour aller à l’école. Ils étaient gais, les voyages de cette jeunesse : la bataille des cartables, celle des boules de neige, le portrait de chacun d’eux qui s’étale bras et jambes écartés sur la couche de neige immaculée.
La fête de Noël terminée, bonne grand-mère regagnait son perchoir de Rabou où elle attendait toujours des nouvelles de son mari, de son fils et de ses deux filles qui étaient parties en Amérique, promettant de revenir bientôt avec une petite fortune. Mais les années passaient, une lettre et des promesses de temps en temps, de plus en plus rares. Les années passaient et beaucoup de grands-mères ne voyaient jamais revenir les émigrés. Et la vie passait !
La famille nombreuse invitait aussi la grand-mère de Rabou pour faire les vendanges. Tous les enfants et amis, un grand seau à la main, le remplissaient de beaux raisins blancs ou noirs, brillant de rosée, et le versaient dans les bennes : de grands seaux en bois qu’on fixait sur le dos des mulets, car la vigne se plante sur les pentes abruptes des collines bien exposées au soleil. Tout le monde picorait les grains brillants et terminait vite un voyage pour en recommencer un autre.
À la fin, on faisait la fête des vendanges et tous les enfants se barbouillaient le visage de raisins blancs ou noirs. C’étaient de bons travailleurs, nos enfants de cultivateurs qui, au retour d
e l’école, allaient garder les troupeaux de moutons, de vaches, jusqu’à la nuit, ou bien ils chargeaient les foins avec des fourches sur de grandes charrettes. Et tous ces jeunes travailleurs recommençaient chaque soir une charge nouvelle. La ferme ressemblait à une fourmilière. Le troupeau de moutons et celui des vaches était surveillé par un des enfants. Tous travaillent avec zèle. Aussi, la ferme prospère chaque année un peu plus et tout cela avec courage et bonne humeur.

Après le certificat d’études

chaix08Il faut quitter la petite école de Jarjayes où l’on a tant de souvenirs joyeux pour entrer en pension à Gap, dans un grand établissement départemental qu’on appelait modestement « l’École Supérieure ». La petite campagnarde se sent gênée devant toutes les questions que lui posent les anciennes, celles qui en sont à leur deuxième année d’École supérieure, qui la regardent de haut. Peu à peu, on s’adapte, on sympathise, on fait partie d’une grande, très grande classe, on joue dans une grande cour, on travaille avec un professeur, on dort dans un grand dortoir, on mange dans un immense réfectoire. Quel changement ! Hélas, ce qui manque le plus : on voit très rarement les parents et les larmes coulent quand, parfois, le samedi, on les voit quelques instants au « parloir ». Alors, pour se donner du courage, on compte le nombre de jours qui nous séparent encore des prochaines vacances où l’on retrouvera la maison, les parents, tous les animaux de la ferme, les voisins, les amis. Que de choses à se raconter et que d’émotion !
Les années passent. Voici arrivé le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs. On vit dans l’inquiétude. Les élus se réjouissent et commencent dans la joie leurs trois dernières années d’études dans ce grand bâtiment qui domine la ville de Gap. Et vive la liberté ! pour ces jeunes gens, garçons et filles, que l’on va, à la rentrée d’octobre, répandre sur le département selon les besoins de l’enseignement scolaire. Ces jeunes gens sont nommés, parsemés sur tout le département. Ils débutent en général dans les écoles les moins importantes, les plus éloignées, dispersées dans les hautes vallées, dans la montagne. Mais ils sont pleins de zèle ; une nouvelle vie commence avec des responsabilités dont ils sont bien conscients. Vive la vie nouvelle !

Joies et déceptions

chaix07La jeune débutante quitte, à la fin des grandes vacances, la grande ferme de ses parents. Elle est nommée dans une école de la commune d’Embrun. C’est le grand enthousiasme, la classe marche très bien, si bien que les parents font une pétition auprès du maire d’Embrun pour demander à M. l’Inspecteur la nomination définitive de la jeune institutrice. Hélas ! c’est impossible, ce n’est pas un poste de début, mais de fin de carrière qui a été sollicité par deux institutrices de première classe. C’est pour les départager que l’administration avait adopté ce procédé.
C’est ainsi que notre jeune débutante déçue – oh combien désolée ! – se retrouve le 1er janvier avec son déménagement rudimentaire sur la route enneigée qui la conduit dans un hameau de la vallée de la Guisane (3). L’école entourée des quelques maisons perchées sur une colline sont blotties sous une épaisse couche de neige. Le chemin, hélas, n’est pas praticable. La grande route seule comporte un passage pour les véhicules. Le conducteur du petit déménagement monte seul le chemin enneigé et va demander dans le hameau un mulet et un traîneau. Les habitants s’empressent de secourir la nouvelle arrivée, leur institutrice, et l’accueillent avec chaleur :
chaix06« Demoiselle, entrez, entrez ! Venez boire une tasse de café, cela vous réchauffera ! »
Elle veut bien entrer et remercier, mais où ? Dans une étable bien chaude avec un poêle, une table, des chaises, quelques meubles rudimentaires et un mulet, un veau couché sous la table, quelques moutons.
« Demoiselle, buvez vite votre café bien chaud. »
Elle hésite, perplexe, car elle a vu des gouttes noires tomber du plafond sur la table. Héroïque, elle avale le breuvage et prend possession de l’école et de son appartement, une seule et unique pièce pour elle, une salle de classe et une troisième pièce qui sert de salle de récréation les jours de mauvais temps. Cinq ou six élèves, tel est l’effectif. Pas encourageant, un si petit nombre d’élèves ! Mais on fait connaissance rapidement, on s’estime mutuellement, les élèves s’intéressent à leur nouvelle-arrivée qui leur inspire de l’intérêt.
La récréation est une vraie partie de plaisir. Devant l’école, un grand champ descend en forte pente jusqu’à la route, au fond de la vallée. Les élèves rangent leur luge, une simple planche, la plupart du temps, au sommet du champ, en ligne droite. La maîtresse, elle, descend la première avec des skis afin de guider, de conseiller les élèves.
Quel spectacle amusant ! Après quelques instants de glissade, les enfants perdent leur planche et continuent la descente sur les fesses, parmi les rires et les cris perçants. Quel remue-ménage !
Les enfants trouvent toujours trop courte leur récréation. « Encore ! Encore ! »

Adieu les Alpes !

fernande-chaix-1Le temps passe. Notre « héroïne » a fondé un foyer (4). Elle a suivi son mari dans l’Isère, puis dans la Seine. Ce sont chaque fois des découvertes nouvelles. Où sont les classes à petit nombre d’élèves ? Voilà les effectifs importants de jeunes Parisiens ; quatre-vingt-huit élèves. Il a fallu les placer trois par tables de deux pour loger tout ce monde, heureusement bien docile. Pas effrayée du tout, Mme l’Inspectrice qui encourage la jeune maîtresse :
«Il y aura toujours deux ou trois absents et vous les tenez très bien. Continuez ainsi.»
Ces grandes classes sont si nombreuses que la directrice recommande d’être rapides, silencieuses et très disciplinées, que la totalité des élèves soient prêtes à partir en rangs serrés au premier coup de cloche. Immédiatement, la rue est envahie par toute cette jeunesse qui se bouscule, pousse des cris de joie, s’interpelle à grands cris. Elle se défoule de la contrainte, de l’obéissance, du silence supportés pendant les longues heures de classe.

La guerre !

marcel-arduinCe nom effrayant éclate sur toute la ville. Des affiches recouvrent les murs, des appels s’adressent à tous les citoyens, les uns aux civils, les autres aux militaires. Des groupes se bousculent pour avoir le plus vite possible le plus grand nombre de renseignements.
Des cloches sonnent, des sirènes hurlent. Des militaires montent la garde devant tous les monuments. Des drapeaux flottent partout. D’autres militaires défilent dans les rues. Des journaux sont vendus à la criée et l’inquiétude se lit sur tous les visages. La mobilisation générale est décrétée. Les habitants écoutent, curieux, les informations données par la radio et la télévision. Les commentaires sont nombreux, les discours patriotiques exaltent les auditeurs. Quelle soif de savoir ! Quelle attente angoissée !
Les écoles sont fermées deux ou trois jours, puis elles rouvrent leurs portes avec des instructions nouvelles pour garantir le plus possible la sécurité de nos élèves. Ceux-ci, tout fiers et pleins d’assurance, sont prêts à obéir à tous les conseils, à tous les ordres. On les dirait impatients de suivre les nouveaux règlements. Chaque jour, une ou plusieurs alertes. Les sirènes retentissent lugubrement, les maîtres donnent des ordres, recommandent le calme, rassurent les enfants. Ceux-ci, joyeux, se précipitent sur le masque à gaz qui leur a été distribué et, guidés par leur maître, se dirigent vers les abris. La nervosité agite tout ce petit monde qui entend des bruits d’avion, quelques tirs de la DCA. qui se rapprochent, puis s’éloignent tour à tour. Les espaces de silence sont tout aussi inquiétants. Enfin retentit la sirène qui annonce la fin de l’alerte et rassure aussi les enfants et tous ceux qui étaient venus les rejoindre dans l’abri. D’intrépides élèves crient leur déception :
«Oh ! Ils n’ont pas envoyé les gaz, on n’a pas pu mettre les masques !» qu’on leur avait distribués. «Ce sera pour demain», dit un acharné. Peu à peu, difficilement, les Parisiens s’habituent à cette tension constante.
Deux préoccupations prééminentes : l’insécurité constante et au deuxième rang, le manque de ravitaillement. Devant tous les commerçants, les files d’attentes, les « queues », se prolongent en longues rangées serrées sur les trottoirs. Les gens discutent, font des pronostics, avancent à pas d’escargots, évaluent leur chance et la voient diminuer avec le temps qui passe. Tout à coup, la porte du magasin se ferme, un grand écriteau annonce : «PLUS RIEN À VENDRE». Ah ! la mauvaise surprise ! la déception ! la colère ! Et puis, il le faut bien : la résignation : demain peut-être ! On viendra plus tôt. Aussitôt distribués, les tickets de rationnement sont utilisés. Les Parisiens sont de plus en plus ingénieux. Chaque fois que c’est possible, ils partent très tôt le matin sur leur vélo en direction de la Normandie et, tout heureux, rapportent le soir de quoi améliorer le menu de la famille, tout heureuse de la bonne surprise. Mais c’est un exploit réservé aux intrépides. D’autres se précipitent tôt le matin sur les étalages des marchés pour ne trouver que quelques restes de légumes plus ou moins fanés. De courageux clients, à la sortie des séances de cinéma, vont prendre place en file indienne devant les étalages du lendemain matin, passant le reste de la nuit à attendre les arrivages.
fernande-et-marcelQue de courage pour tenter de nourrir sa famille un peu plus correctement ! Combien de femmes sont seules pour assumer cette lourde charge puisque tous les militaires ont été faits prisonniers et emmenés en Allemagne (5) ! Par contre, les soldats allemands circulent à volonté dans nos rues, librement, ou défilent au pas cadencé, musique et drapeaux en tête, et les Français se sentent prisonniers chez eux. Pour retrouver un peu de courage quand arrive le soir, les volets bien fermés, les rideaux tirés, ils se blottissent autour du poste de radio mis en sourdine et écoutent avec émotion «Ici Londres, les Français parlent aux Français». Malgré le danger encouru, nul ne saurait se passer de cette émission qui nous rend courage et espoir pour passer une nouvelle journée, une nouvelle année… Plusieurs années…
Et enfin… la Victoire !
Qui peut dire la joie, l’enthousiasme, le délire qui s’empare de la capitale. «Les Boches s’en vont !! Vive la France ! Vivent les Alliés !» Les Américains, nos grands alliés, nos grands amis, viennent nous délivrer. Ils ont débarqué en Normandie où la bataille est sanglante. Ils redoublent d’efforts, ils approchent de Paris. Les premiers éléments de l’avant-garde d’abord entrent dans la ville, lancent à l’attaque des chars puissants. L’ennemi désemparé bat en retraite. Pour les Français, enfin, c’est la joie, c’est le délire, les drapeaux français et américains flottent partout. Un char s’arrête dans notre rue. Tous les habitants le prennent d’assaut. On applaudit, on acclame, on s’embrasse, on offre des boissons, mais nos amis refusent. Ce sont des fruits, des tomates, qu’ils aperçoivent dans un jardin, qu’ils réclament, eux qui n’ont vécu que de conserves depuis si longtemps. Au milieu de toute cette joie, de ces cris d’allégresse, on remarque un soldat américain si ému qu’il ne peut cacher sa tristesse et sa colère qui éclate. Un de ses camarades qui parle français nous explique :
« Il ne faut pas lui en vouloir, il vient d’apprendre que son frère vient d’être tué», et il traduit les paroles qu’ajoute l’Américain : «Une autre fois, ne laissez plus rentrer les Allemands chez vous. On en a marre de se faire tuer pour vous. » Tout l’entourage est ému à la pensée de tous nos amis d’Outre-Atlantique qui, lors de ces deux dernières guerres, sont tombés sur le champ de bataille pour sauver et nous rendre notre liberté. N’oublions jamais leur sacrifice.
Des rumeurs se répandent dans toute la ville : « Notre libérateur français tant attendu, celui qui pendant quatre ans a porté tous nos espoirs, oui, il va paraître devant nous, le représentant de la France, le général De Gaulle ». La foule arrive de toute part dans l’enthousiasme, les drapeaux flottent partout, la musique retentit. On aperçoit de loin sa haute stature à la tête d’un immense défilé qu’entoure une foule exubérante. La joie est à son comble. Tout à coup, des coups de feu inattendus retentissent çà et là, mais le général impassible continue sa marche vers la cathédrale où sera chanté un Te Deum de victoire et de reconnaissance.
Les derniers tireurs ennemis sont cachés jusque dans le clocher de la cathédrale d’où partent encore des tirs. A l’extérieur aussi les derniers tireurs ennemis essaient de troubler la foule, toujours enthousiaste. Leur espoir incompréhensible reste vain. L’ennemi est vaincu. Paris est libéré dans un enthousiasme indescriptible tandis que, çà et là dans la ville et dans la banlieue, des chars allemands isolés tentent encore de fuir, mais en vain. La victoire est irréversible.

Le récit s’achève ici, à notre grand regret. Ces quelques lignes furent écrites vers 1986 à Reillanne (Alpes-de-Haute-Provence). Fernande décéda à Éguilles (Bouches-du-Rhône) le dimanche 8 décembre 1991, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

lettre-marcel-arduinPour finir, arrêtons-nous sur cette courte lettre, retrouvée récemment dans les archives de la famille. Il s’agit d’un mot écrit par Marcel Arduin à l’attention de Fernande (qu’il surnomme affectueusement « Nande »). On ne peut s’empêcher d’être ému en la lisant, car l’on y ressent l’angoisse du militaire partant pour la guerre, sans la garantie de revenir jamais. C’était en 1940, un vendredi matin…


« Ce vendredi matin 5h
Chérie,
Me voilà prêt à partir, toutes mes affaires sont prêtes… Un dernier lien qui me retient encore ici va se briser.
Je t’aime Nande et partout ma pensée sera avec toi.
Avant de quitter notre petit nid je veux te dire encore que la dernière pensée que j’y aurai eu aura été pour toi et pour mes petits anges.
À bientôt ma Nande.
Cette carte te dira combien j’ai déposé ici de baisers.
Je t’aime

Marcel »

Notes

  • 1. Cette grand-mère se nomme Marie Rosalie Victoire Marcellin-Gros. Pour plus de détails sur elle, voir la généalogie ci-dessous.
  • 2. Ce hameau dépend de la commune de Jarjayes, au sud du département des Hautes-Alpes.
  • 3. Le hameau en question est le Serre-Barbin. Il dépend de la commune du Monêtier-les-Bains, au nord du département des Hautes-Alpes.
  • 4. Le 7 septembre 1929, à la mairie de Jarjayes (Hautes-Alpes), Fernande épouse Marcel Fortuné Arduin, maréchal des Logis au deuxième régiment d’artillerie de Grenoble, né le 27 octobre 1908 au Monêtier-les-Bains (Hautes-Alpes). Le père de Marcel mourut en 1914 sur un champ de bataille à Seicheprey, dans l’Est de la France. Marcel est décédé à Éguilles (Bouches-du-Rhône) le dimanche 24 avril 1994.
  • 5. Fernande n’évoque pas le fait que son mari lui-même a fait partie de ces prisonniers. Il reste de cette époque éprouvante quelques photographies prises en détention et deux mots très émouvants écrits par le militaire loin des siens.

Les ancêtres de Fernande Chaix

1. Berthe Fernande CHAIX (Jarjayes-05, 1906 – Éguilles-13, 1991)
2. Pierre Adolphe CHAIX (Montgardin-05, 1869 – Jarjayes-05, 1942)
3. Marie Clotilde Léonie MICHEL (Rabou-05, 1881 – Jarjayes-05, 1951)
4. Louis Philippe CHAIX (Prunières-05, 1832 – Montgardin-05, 1915)
5. Marie Philomène CÉARD (Montgardin-05, 1842 – id., 1886)
6. Pierre MICHEL (Rabou-05, 1847 – San Francisco (?), ap. 1910)
7. Marie Rosalie Victoire MARCELLIN-GROS (Rabou-05, 1855 – id. 1933)
8. Jean Joseph CHAIX (Montgardin-05, 1786 – id. 1854)
9. Catherine ISNARD (Chorges-05, 1800 – Montgardin-05, 1876)
10. Jean Joseph CÉARD (Montgardin-05, 1808 – id., 1873)
11. Antoinette RICHAUD (?, c. 1804 – Montgardin-05, 1864)
12. Joseph Urbain MICHEL (Rabou-05, 1823 – id. 1880)
13. Marianne MARIN (Rabou-05, 1823 – id. 1895)
14. Jean Pierre MARCELLIN-GROS (Rabou-05, 1821 – id., 1892)
15. Rosalie Catherine PELLEGRIN (La Freissinouse-05, 1826 – Rabou-05, 1857)

Photographies

  1. La famille Chaix. Fernande se trouve à droite à l’arrière-plan.
  2. Scène de moisson à Jarjayes vers 1920. Fernande est tout à gauche et sa mère est à côté d’elle. Son père est le quatrième en partant de la gauche.
  3. Le tableau noir sur lequel Fernande enseignait à ses élèves. Il est aujourd’hui au rebut, entreposé dans l’ancien four communal.
  4. La petite école du Serre-Barbin et le grand champ sur lequel Fernande skiait avec ses élèves. A droite, la vue que l’on a depuis l’école.
  5. Le mariage avec Marcel Arduin à Jarjayes (05) le samedi 7 septembre 1929.
  6. Marcel Fortuné Arduin, l’époux de Fernande, fut prisonnier plusieurs années durant la Guerre. Cette photographie fut prise durant sa détention, vers 1943.
  7. Fernande et son mari, vers 1932. L’enfant au centre est leur première fille, Monique, née en 1930.
  8. Lettre de Marcel à Fernande.

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Une noyée dans la rivière (Rabou, 8 avril 1787) https://www.geneprovence.com/une-noyee-dans-la-riviere-rabou-8-avril-1787/ https://www.geneprovence.com/une-noyee-dans-la-riviere-rabou-8-avril-1787/#respond Sat, 23 Dec 2006 14:42:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1365 Ce jour d’huy huit avril mille sept cents quatre vingts sept, nous Etienne Blanc, notaire royal de la ville de Gap, chatellain du lieu de Rabou, sur la réquisition verballe à nous faite par Jean Marcellin, procureur d’ofice dudit lieu y habitant, Nous nous sommes transporté audit lieu de Rabou sur les quatre heures de ce jour, assisté dudit Marcellin,

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rabou-cascade-de-la-pisse« Ce jour d’huy huit avril mille sept cents quatre vingts sept, nous Etienne Blanc, notaire royal de la ville de Gap, chatellain du lieu de Rabou, sur la réquisition verballe à nous faite par Jean Marcellin, procureur d’ofice dudit lieu y habitant,
Nous nous sommes transporté audit lieu de Rabou sur les quatre heures de ce jour, assisté dudit Marcellin, du greffier de chatellain, de Jean Antoine Marin, consul, Jean Etienne Pauchon Bourges, Jacques Marin, et Pierre Gay, principaux habitans dudit lieu, et au cartier apellé la Caille,
Où nous avons trouvé un cadavre qui ce trouvait dans le ruisseau apellé la Combe, ayant la face tournée vers le ciel, qui a esté reconnu être celluy de Marguerite Pauchon Saigne, femme de Barthélemy Pauchon Saigne, malade depuis plusieurs jours et attainte d’une frénésie violente, ayant donné quelques marques de démance,
Laquelle a été trouvée ce jour d’huy sur les sept heures de ce matin dans ledit ruisseau, noyée, dou elle a été tirée morte en notre présance et à l’aide de plusieurs personnes, vêtue de ces vieux haillions, et ayant conjointement avec les sus nommés vérifié et examiné ledit cadavre, il ne lui a été trouvé aucun playe ny contusion,
Laditte Marguerite Pauchon Saigne ayant été estoufé par l’eau paroissant agée d’environ quarante huit ans et comme il est de la connoissance des sieurs consul et principaux habitans sus nommés que ladite Pauchon Saigne professoit la religion catholique et apostolique et romaine, nous avons ordonné quelle sera ensevelye avec les cérémonies de l’Eglise aux formes ordinaires et avons signé avec le procureur d’office, le greffier, le consul et les trois susdits principaux habitants. »
[Signatures]
  • Sources : Archives départementales des Hautes-Alpes, B 783.

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