84 - Cabrières-d'Aigues Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/84-cabrieres-daigues/ 500 ans de faits divers en Provence Thu, 27 Mar 2025 17:56:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png 84 - Cabrières-d'Aigues Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/84-cabrieres-daigues/ 32 32 Sade en Provence (première partie) – Lou pistachié dou Louberoun https://www.geneprovence.com/sade-en-provence-premiere-partie-lou-pistachie-dou-louberoun/ https://www.geneprovence.com/sade-en-provence-premiere-partie-lou-pistachie-dou-louberoun/#respond Sat, 04 Oct 2014 07:06:42 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=14030 Deux cents ans après le massacre des Vaudois, le Divin Marquis, dans une violente diatribe, traita les parlementaires d’Aix-en-Provence de frénétiques et de tigres enragés, et leur jeta à la…

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Portrait du divin marquis par Charles-Amédée-Philippe Van Loo en 1760.
Portrait du divin marquis par Charles-Amédée-Philippe Van Loo en 1760.
Deux cents ans après le massacre des Vaudois, le Divin Marquis, dans une violente diatribe, traita les parlementaires d’Aix-en-Provence de frénétiques et de tigres enragés, et leur jeta à la figure :
« L’horreur publique qu’inspirèrent vos exécrations de Mérindol et de Cabrières n’est pas encore éteinte dans les cœurs. »
Toutefois, cet humaniste n’oubliera point, à son arrivée à Lacoste, de se faire rendre hommage par les deux consuls et les quatre délégués de son fief1. Contradiction aussi chez Sade quand, en pleine Révolution, il confessa :
« J’adore le Roi mais je déteste les anciens abus ; j’aime une infinité d’articles de la Constitution, d’autres me révoltent ; je ne veux point d’Assemblée Nationale mais deux Chambres comme en Angleterre »,
ce qui ne l’empêcha pas d’écrire dans La philosophie dans un boudoir son fameux manifeste, « Français encore un effort si vous voulez être républicain », dans lequel il affirma :
« Français, je vous le répète, l’Europe attend de vous d’être délivrée du sceptre et de l’encensoir. »
Tel était Donatien-Alphonse-François, le D.A.F. de la critique littéraire, qui préférait se faire appeler en Provence Louis-Aldonse-Donatien.

Du pistachié au loup-garou

Renée-Pélagie Cordier de Launay, marquise de Sade.
Renée-Pélagie Cordier de Launay, marquise de Sade.
Énigmatique Marquis de Sade dont la vie aurait pu être toute différente s’il avait épousé son prime amour de jeunesse, la délurée Laure de Lauris-Castellane, héritière d’une vieille famille du Luberon2. On le maria, contre son gré, le 17 mai 1763, à Renée-Pélagie Cordier de Launay, fille aînée du Président de Montreuil. Deux ans plus tard, lors de son premier long séjour à Lacoste, Moussu lou Marquès gagnera le sobriquet de pistachié – coureur de jupon – quand on apprendra que la jeune personne qui l’accompagnait n’était point son épouse bien-aimée mais une actrice de théâtre répondant au nom de la Beauvoisin.
Quatre ans après, on le vit revenir, avec cette fois toute sa petite famille : Renée, leurs trois jeunes enfants ainsi que la tante de ceux-ci, la chanoinesse Anne-Prospère. Le Marquis prolongea son séjour jusqu’en 1772, le temps pour lui de se ruiner en représentations théâtrales et de déclencher avec son valet Latour l’affaire de Marseille qui l’obligea à fuir en Italie… avec sa chanoinesse de belle-sœur.
Le scandale étouffé, lors de son troisième séjour à Lacoste, son épouse qui était passé sous sa dépendance érotique lui facilita quelques égarements domestiques. Pour ce faire, l’un et l’autre furent obligés d’aller recruter leur domesticité hors de la région car, comme l’avait constaté Sade lui-même, dans le Luberon et dans le pays d’Apt, il était connu maintenant comme le loup-garou.

Un amoralisme de classe

Portrait imaginaire du XIXe siècle, par H. Biberstein.Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques.
Portrait imaginaire du XIXe siècle, par H. Biberstein.
Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques.
Ainsi ce fut du côté de Lyon que Renée recruta la Suissesse Anne-Marie Maillefort, dite Gothon Dufé, la belle Auvergnate Nanon Sablonnière, les cinq fillettes bonnes à tout faire, Carteron la Jeunesse, amant de cœur de Gothon, et André, un petit secrétaire de quinze ans dont le premier des charmes était d’être illettré. Donatien, de son côté, fit venir la Duplan, danseuse de la Comédie de Marseille, comme gouvernante et Rosette, fille de Montpellier, qui fut remplacée au bout de deux mois par son amie Adélaïde. Viendront encore de Montpellier, sélectionnés cette fois par le R. P. Durand, du couvent des Récollets, la fille Catherine Trillet cuisinière, la femme de chambre Cavanis, le secrétaire Rolland. Ce religieux recruteur leur avait affirmé :
« que la maison de M. de Sade était à l’instar d’un couvent pour la régularité et les mœurs3 ».
Les cantiques seuls laissaient à désirer puisque les partenaires du Marquis affirmeront plus tard qu’il officiait en poussant des cris très hauts et très effrayants et que le Divin petitement membré et burné n’avait rien d’un Priape. Car, on s’en doute, tous ses domestiques devaient le servir et il devait s’en servir…
L’amoralisme de classe de Sade ne l’empêcha point de se faire volontiers moraliste pour les autres. Il confia, par exemple, à Marie-Dorothée de Rousset, une amie d’enfance :
« L’adultère des femmes est sujet à des inconvénients si horribles, il a des suites si funestes et si fatales que je n’ai jamais pu le tolérer ».
Un de ses biographes, Henri Fauville, a noté que le Marquis pensait toujours « profiter de la quasi-immunité dont jouissent les personnes de son rang » et que « la liberté sexuelle est à ses yeux un droit dont sont exclues les classes inférieures4« . Voltairien en diable, « il estime que la morale et les dogmes chrétiens sont des balivernes mais des balivernes fort utiles pour tenir la piétaille à sa place5« .
Ce qui n’empêcha pas le Divin Marquis d’être arrêté, en 1777, sous les accusations de bougrerie (sodomie) et de défis sacrilèges. Même une société libertine grosse d’une révolution ne pouvait accepter le partisan « d’un égarement des sens qui suppose un brisement total de tous les freins, le plus souverain mépris de tous les préjugés, le renversement total de tout culte, la plus profonde horreur de toute espèce de morale6 ».

L’influence pernicieuse de l’abbé

La chanoinesse Anne-Prospère Cordier de Launay, maîtresse du divin marquis et de son oncle, l’abbé de Sade.
La chanoinesse Anne-Prospère Cordier de Launay, maîtresse du divin marquis et de son oncle, l’abbé de Sade.
On pense généralement que ce fut l’abbé Jacques de Sade qui corrompit le jeune Donatien. L’abbé, cadet de la famille, avait d’abord été prévôt des chanoines de L’Isle-sur-la-Sorgue, puis vicaire général des diocèses de Toulouse et de Narbonne avant d’obtenir la commande de l’abbaye cistercienne d’Ébreuil, dans le Bourbonnais.
Il avait été chargé de l’éducation de son neveu jusqu’à l’âge de dix ans et Fauville n’hésite pas à le traiter de sybarite. À fort juste raison, puisque dès 1765 Sade ne se priva pas d’indiquer à ses tantes religieuses qui le tançaient sur sa conduite, que leur frère « tout prêtre qu’il est a toujours un couple de gueuses chez lui… Est-ce un sérail que son château ? Non, c’est mieux, c’est un bordel ».
L’abbé n’hésita pas à aller puiser dans celui de son voisin de neveu ! Lors du second séjour de Donatien à Lacoste, le bon prêtre s’entendit fort bien avec la chanoinesse. Il la combla de cadeaux et Anne-Prospère, qui ne pouvait aller le remercier comme il le désirait, lui écrivit :
« La petite nièce est bien fâchée de ne pouvoir aller vous lutiner ».
Par contre, il ne supporta jamais Renée Pélagie qu’il accablait de reproches et de remontrances. Dans sa correspondance il la plaignait, disait-il, « d’être gouvernée par un fol qui avait mis le grappin sur elle », ensuite il l’accusa d’être « la directrice des plaisirs de son mari » puis « la complice des dernières débauches de son époux » ou bien encore d’être « pleine de complaisance pour les fantaisies du Marquis ».
On subodore la jalousie du maître s’étant vu dépasser par son élève ! Peut-être pas totalement car, en 1775 l’abbé, qui s’était à nouveau immiscé dans les affaires du couple, se fit répondre sèchement par Renée – sous la dictée de Donatien – qu’il n’avait pas de leçon de conduite à leur donner, surtout
« lorsque l’année passée la Provence retentissait d’une fille que vous receliez dans votre château de Saumanes… lorsque récemment encore deux lyonnaises sont venues me trouver pour se plaindre à moi de forts mauvais traitements reçus, disaient-elles, au château de Saumanes, puis…7 ».
Les 69 ans de l’abbé restaient encore très verts.
Peut-on s’étonner dans ces conditions que Jacques de Sade se fît l’allié de la belle-mère de Donatien, la Présidente de Montreuil, dont le seul souci était de faire interner son gendre8 ? Aussi à l’annonce de l’arrestation de son neveu l’abbé regretta uniquement « d’avoir eu un excès de complaisance pour des gens [D.A.F. et Renée] qui n’en méritaient aucun de ma part et avec qui je ne veux avoir aucun commerce », et il put conclure : « Me voilà tranquille à présent et je crois que tout le monde sera content ». Quelques mois plus tard, content et tranquille, il rendait son dernier soupir dans les bras d’une dame espagnole et de sa fille.
© Michel Reyne

Notes

1 Cette attitude fut une constante chez le Marquis puisque à la mort de son oncle l’abbé, bien que traqué par la police, il écrivit : « Les pieds me démangent d’aller faire acte de maître à Saumanes ». À Apt, il voulût recevoir les honneurs identiques à ceux d’un vice-légat, outrés les consuls annulèrent la réception officielle.
2 Mais le père, syndic de la noblesse du Comtat Venaissin et seigneur de Vacqueyras, s’opposa à ce mariage. Les deux familles se connaissaient portant bien, puisque dès 1701, un Joseph-Mathias de Lauris-Castellane avait déjà été syndic de la noblesse, suivi, en 1704, un Gaspard-François de Sade. Obligé de rompre Donatien, furieux, écrivit à Laure : « Il n’y aura pas d’horreurs où je me portasse ». Il tint parole…
3 Le château de Lacoste recevait ses rares convives à dîner de « bonne heure » …vers trois heures de l’après-midi. Après quoi « Madame avec ses femmes s’occupent dans une chambre voisine jusqu’à l’heure du coucher [et] à l’entrée de la nuit le château se trouve irrémédiablement fermé, feux éteints » avertissait Sade en concluant, par un argument pour lui décisif : « plus de cuisine et souvent plus de provisions ».
4 Henri Fauville : La Coste – Sade en Provence, Édisud 1984.
5 Son notaire et homme d’affaires Maître Gaufridy d’Apt devait faire parti de cette catégorie puisque Sade concluait les lettres qu’il lui adressait par cette formule : « Je vous embrasse, mon cher avocat, et prie Dieu qu’il vous ait (et moi aussi) en sa sainte et précieuse garde ».
6 Aphorisme de D.A.F. cité par Gilbert Lély (Œuvres complètes du Marquis de Sade, Gallimard 1973).
7 … puis les Sade font état d’un autre scandale, si grave pour l’abbé, que celui-ci a caviardé le paragraphe sur la lettre, nous apprend Henri Fauville.
8 Elle suborna aussi le notaire Gaspard Gaufridy et son fils Charles.

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Un loup tué à Pertuis (Pertuis, 28 mars 1709) https://www.geneprovence.com/un-loup-tue-a-pertuis-pertuis-28-mars-1709/ https://www.geneprovence.com/un-loup-tue-a-pertuis-pertuis-28-mars-1709/#respond Thu, 01 Mar 2007 18:23:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1044 Monsieur le trésorier de la viguerie de cette ville d'Aix, Boniface Alpheran, paye des deniers de vostre recepte à Michel Nicolas, ménagié du lieu de Cabrières-d'Aigues, la somme de huit livres, pour avoir tué un gros loup au terroir de Pertuis, ainsi qu'il nous a apparu par la certifficat des consuls du lieu, ainsi que la viguerie est en coustume

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loup-FredericRemington-Moo« Monsieur le trésorier de la viguerie de cette ville d’Aix, Boniface Alpheran, paye des deniers de votre recette à Michel Nicolas, ménager du lieu de Cabrières-d’Aigues, la somme de huit livres, pour avoir tué un gros loup au terroir de Pertuis, ainsi qu’il nous a apparu par la certifficat des consuls du lieu, ainsi que la viguerie est en coutume de donner et nous ayant apparu qu’il a été marqué et rapportant ledit certifficat présant mandat et acquis au bas lesdites huit livres seront passées en la dépense de vos comptes.
À Aix, ce dix-huite avril mil sept cent neuf. »
Seguiran, assesseur d’Aix, chef de viguerie

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V. La ville comtale d’Aix-en-Provence https://www.geneprovence.com/v-la-ville-comtale-daix-en-provence/ https://www.geneprovence.com/v-la-ville-comtale-daix-en-provence/#respond Sun, 29 Jan 2006 14:25:00 +0000 http://s430202914.onlinehome.fr/geneprovence/?p=1408 Page 1 / Page 2 / Page 3 / Page 4 / Page 5 La place Saint-Honoré n’existait pas avant 1713. C’était alors une rue étroite dans le prolongement de la rue des Grands-Carmes (rue Fabrot) jusqu’à l’actuelle rue des Bagniers (à quelques mètres près).

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La place Saint-Honoré n’existait pas avant 1713. C’était alors une rue étroite dans le prolongement de la rue des Grands-Carmes (rue Fabrot) jusqu’à l’actuelle rue des Bagniers (à quelques mètres près). Elle doit son nom à Pierre Honoré, assesseur d’Aix et avocat, dont le projet d’élargir cette rue étroite fut approuvé par le Conseil de ville et donna naissance à cette petite place. Donner alors le nom d’un laïc à une rue ou à une place était jugé inconvenant. Le problème de conscience fut évité et la place fut officiellement dénommée place Saint-Honoré.

La "fontaine Cézanne", rue des Bagniers © Jean Marie Desbois, 2006
La « fontaine Cézanne », rue des Bagniers. © Jean Marie Desbois, 2006

Au nord de la place commence la rue des Bagniers, dont une indication provençale indique qu’il s’agissait de la rue des Bagniers Rediers, autrement des derniers bagniers. Pourquoi cette dénomination ? Une rue voisine non identifiée que Roux-Alphéran nomme la rue des Chaudronniers portait autrefois le nom de rue des Bagniers, du fait des bains romains qu’elle abritait. Lorsqu’elle a pris le nom de rue des Chaudronniers, le terme « rue des Bagniers » s’est alors appliqué à la rue des Derniers-Bagniers.
Au bout de la rue, en 1685, une fontaine d’eau fut érigée, provenant des anciens bains dont nous parlions. Il s’agit de l’actuelle fontaine moussue qui fait le plaisir des touristes en balade sur le cours Mirabeau, puisque c’est là qu’elle a été déplacée. A sa place a été installée une fontaine d’eau froide qui est appelée de nos jours d’un nom non officiel, la « fontaine Cézanne » puisque un médaillon représentant le visage du peintre aixois en orne le sommet.
La maison qui fait l’angle avec la rue Marius-Reinaud était particulièrement renommée au haut Moyen Âge puisqu’on raconte qu’en 428 le célèbre évêque d’Arles, saint Honorat, y ressuscita le fils d’un de ses amis, du nom d’Alphant. Une statue du saint fut érigée sur la maison d’angle et renouvelée d’âge en âge. Elle ne résista malheureusement pas à l’époque de la Terreur et fut abattue en 1793.
Cette maison appartint pendant plus de deux siècles à la famille d’Olivari. Cette famille issue de la noblesse aixoise donna à sa ville trois conseillers au Parlement, dont l’un d’eux, Jean-Pierre d’Olivari (1544-1633) était l’ami du grand Peiresc1. Dans la rue des Bagniers vivait un orfèvre dont le fils, Charles Pavillon2, né le 26 mars 1729, fut peintre et directeur de l’Académie royale de peinture d’Édimbourg jusqu’à sa mort, le 14 juin 1772. Son fils, Pierre Pavillon, devint un sculpteur renommé.
Ce quartier possède de nombreuses rues dont le nom évoquait une multitude de professions, preuve que les corporations d’artisans avaient jadis tendance à se regrouper dans la même rue : carriero deis Capeliès (rue des Chapeliers, qui existe toujours3), de la Soounarié (de la Boucherie), de la Sabatarié (de la Savaterie, c’est-à-dire des Cordonniers, sur laquelle nous reviendrons plus loin), de la Triparié (de la Triperie), de la Frucharié (de la Fruiterie4), de la Tricharié (de la Tricherie5), etc.

Hubert Garde, baron de Vins, fils de Gaspard Garde, vit sans doute le jour au château de Vins. Il devint cornette du duc d’Anjou, le futur roi de France Henri III. En 1574, lors du siège de la Rochelle, alors qu’un mousquetaire tenait en joue le duc, Garde, n’étant que son courage, s’interposa et reçut le coup de feu, auquel il survécut.
Ses nombreux actes de courage lui valurent une popularité immense en Provence, et particulièrement à Aix, où il était vénéré quasi-religieusement. Hubert de Vins participa activement à la Ligue, contre Henri III, qui ne l’avait pas distingué pour son acte de bravoure lors du siège de la Rochelle. Lors du siège de la ville de Grasse, le 20 novembre 1589, Garde reçut un coup d’arquebuse qui le tua7. La ville d’Aix fut consternée en apprenant la nouvelle. Le fougueux chanoine Matal, partisan de la Ligue, prononça son oraison funèbre dans la cathédrale Saint-Sauveur, en profitant pour invectiver Henri de Bourbon, le fils d’Henri III, récemment décédé, appelé à régner. La province fit élever à Saint-Sauveur un mausolée en son honneur. L’édifice fut détruit après la Révolution (1793).

Revenons au bas de la rue des Bagniers, dans la rue Marius-Reinaud. Cette rue était, jusqu’au XIXe siècle, la rue des Gantiers. Ce nom lui vient de ce que plusieurs membres de cette corporation y étaient établis au XVIIe siècle. Pendant longtemps, avant cette époque, elle était appelée la rue des Salins, parce qu’on y trouvait les greniers à sel des comtes de Provence de la première et la seconde maison d’Anjou. Cette rue tend, en direction de l’est, jusqu’à la place où se trouve l’actuel palais de Justice, bâti sur l’emplacement de l’ancien palais comtal. Dans cette partie de la rue vécurent les trois comtes de Tende, gouverneurs et sénéchaux de Provence de 1515 à 1572 : René, frère naturel de la duchesse d’Angoulême, mort à la bataille de Pavie, Claude, son fils, et Honoré, son petit-fils. Cet Honoré eut le courage de refuser l’organisation du massacre de la Saint-Barthélemy en Provence. Il mourut empoisonné.
La rue des Salins a de tout temps été habitée par la noblesse aixoise. On y retrouve plusieurs gouverneurs de Provence, tels qu’H

enri d’Angoulême, grand prieur de France, mort à son domicile en 1586, le cardinal de Vendôme, qui y mourut aussi en 1669. Mme de Sévigné, lors de son séjour à Aix lors de l’hiver 1672-1673, séjourna chez sa fille, l’épouse du comte de Grignan, qui avait sa demeure dans cette rue précisément.
Tout à côté, se trouve une maison qui a appartenu à la famille Garde, seigneurs de Saint-Marc6, puis barons de Vins. C’est Sisteron Garde, notaire et premier syndic d’Aix, ancêtre de cette famille, qui en avait fait l’acquisition avant 1350. Elle est restée la propriété de la famille jusqu’en 1513. Le dernier Garde né dans cette maison fut Gaspard Garde, conseiller au Parlement en 1543 et président à mortier en 1559. Il fut l’époux de la sœur de Jean de Pontevès, grand sénéchal de Provence. Par mariage, Delphine Garde, donna la terre de Saint-Marc à la famille de Puget. La maison familiale rue des Salins passa aussi à cette famille. Antoine Puget, né dans ce bâtiment en 1530, fut officier du génie et passait pour un des meilleurs de son temps. Il mourut à Saint-Maximin à l’âge admirable de quatre-vingt-quinze ans (1625). Ses Mémoires se trouvent à la Bibliothèque nationale et relatent les événements que connut la Provence entre 1561 et 1598.

La rue Boueno Carriero de nos jours. © Jean Marie Desbois, 2006.
La rue Boueno Carriero de nos jours. © Jean Marie Desbois, 2006.

La rue Bouèno Carrièro était plus longue qu’aujourd’hui. Lorsqu’on construisit le palais de Justice, après la Révolution, il fallut faire de la place et l’on décida d’abattre une bonne partie de cette voie. C’était autrefois la rue du Four du Temple, parce que les Templiers y avaient construit un four. Mais peu à peu, la rue devint un lieu de débauche en raison d’un établissement qui y fut établi au XVe siècle et les individus qui le fréquentaient en vinrent à nommer l’endroit Bouèno Carrièro, la « bonne rue », par esprit de plaisanterie. Le nom a survécu au temps et est toujours celui de la rue. On appelait aussi la rue Carrièro deis Peitraoux (« rue des Poitrines »), car les prostituées s’y montraient publiquement la poitrine nue, chose interdite dans les autres endroits de la ville. On rencontre aussi, pour désigner la rue, le nom de rue du Bordel et rue de la Lupanarié (« Lupanarium »).
Il n’empêche que, malgré l’environnement peu recommandable, d’honorables familles y vivaient. Bernard de Badet, conseiller au parlement, y vivait en 1545. Il fut l’un des commissaires députés pour l’exécution de l’arrêt contre les Vaudois de Cabrières et de Mérindol. En 1337, Boniface de Fara, professeur de droit, y avait sa demeure.

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Notes

1. On trouve dans la correspondance de Peiresc des lettres signées Jean-Pierre d’Olivari.
2. Charles Pavillon était le petit-fils de Balthazar Pavillon, orfèvre et graveur, mort à Aix en août 1729.
3. Dans cette rue s’installèrent les religieux grands-trinitaires en 1727. Mais ils y demeurèrent peu de temps, les maigres aumônes ne pouvant assurer la durabilité de l’établissement.
4. La rue de la Frucharié était une partie de l’actuelle place Richelme où, déjà, se tenait un marché de fruits.
5. Il faut voir dans ce nom un jeu de mots utilisé par analogie avec le nom précédent de Frucharié. Il désignait la seconde partie de la place Richelme, où l’on vendait le poisson, bien connue alors pour les vendeurs qui trompaient le client sur le poids.
6. Le nom « Garde » se retrouve dans l’appellation moderne de Saint-Marc-Jaumegarde. Jaumegarde est la forme provençale de Jacques Garde, petit-fils de Sisteron Garde, qui était le seigneur de Saint-Marc. Voir l’article « Pourquoi Saint-Marc s’appelle Jaumegarde ».
7. Vous pourrez lire le récit de la mort d’Hubert Garde de Vins, rapportée par un témoin oculaire, en cliquant ici.

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