84 - Lourmarin Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/84-lourmarin/ 500 ans de faits divers en Provence Sat, 13 Sep 2025 07:44:11 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png 84 - Lourmarin Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/84-lourmarin/ 32 32 Le baptême mouvementé d’une cloche (Lourmarin, 17 avril 1841) https://www.geneprovence.com/le-bapteme-mouvemente-dune-cloche-lourmarin-17-avril-1841/ https://www.geneprovence.com/le-bapteme-mouvemente-dune-cloche-lourmarin-17-avril-1841/#respond Thu, 11 Sep 2025 17:39:27 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26307 Samedi 17 avril 1841, à Lourmarin (Vaucluse), l’église célébrait le baptême de sa nouvelle cloche. Fille unique du clocher, comme le précisèrent les fidèles avec humour, elle reçut une bénédiction…

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Samedi 17 avril 1841, à Lourmarin (Vaucluse), l’église célébrait le baptême de sa nouvelle cloche. Fille unique du clocher, comme le précisèrent les fidèles avec humour, elle reçut une bénédiction solennelle sous les regards attentifs d’une assemblée nombreuse.
Le parrain, M. Gavaudan, s’avançait le premier. À ses côtés, Mme Ripert, marraine désignée, tenait une expression grave. Tous les deux paraissaient mesurer l’importance du moment. Le nouveau curé, M. Malachane, prononça une improvisation pleine de ferveur et de justesse. Le silence s’imposa aussitôt dans la nef.
Mais alors que l’on hissait la cloche vers son destin de pierre et de vent, un incident bouleversa l’harmonie. La corde céda brutalement, emportant dans sa chute l’espoir d’une montée sans heurt. Un frisson parcourut les fidèles. Tous levèrent les yeux vers le clocher inachevé, construit à la hâte quelques jours plus tôt. Le métal, libre, menaça l’assemblée d’une lourde sentence.
Heureusement, l’homme chargé de superviser la manœuvre réagit avec un sang-froid remarquable. Grâce à sa vivacité, l’accident fut évité. Une simple fraction de seconde sépara le désastre de l’apaisement. Les soupirs de soulagement remplacèrent les cris étouffés.
La cérémonie reprit alors. L’émotion, d’abord vive, laissa place à une joie tranquille. Le curé, soulagé, salua la présence du corps de musique venu accompagner la cérémonie. Il nota, non sans un sourire entendu, que la plupart des musiciens étaient de confession protestante.
À Lourmarin, cette journée resta gravée dans les mémoires. Non pas pour le fracas qu’on redouta, mais pour la manière dont le danger fut conjuré. La cloche, désormais suspendue à son clocher, put enfin faire entendre sa voix.
  • Source : Le Mercure aptésien, 18 avril 1841, p. 4.

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Une magnifique soirée à l’étang de la Bonde (La Motte-d’Aigues, 10 mai 1840) https://www.geneprovence.com/une-magnifique-soiree-a-letang-de-la-bonde-la-motte-daigues-10-mai-1840/ https://www.geneprovence.com/une-magnifique-soiree-a-letang-de-la-bonde-la-motte-daigues-10-mai-1840/#respond Mon, 07 Oct 2024 15:30:35 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=22546 Le 10 mai 1840, un événement musical d’exception anima le versant sud du Luberon. C’est au bord du somptueux étang de la Bonde, propriété de la duchesse de Caumont, que…

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Le 10 mai 1840, un événement musical d’exception anima le versant sud du Luberon. C’est au bord du somptueux étang de la Bonde, propriété de la duchesse de Caumont, que se réunirent les formations musicales de La Tour-d’Aigues, Cucuron, Lourmarin et La Motte-d’Aigues. Un concours était organisé, et un prix de 200 francs récompensait le vainqueur. Après une prestation magistrale, ce fut l’orchestre de La Tour-d’Aigues qui remporta les suffrages du public, démontrant une maîtrise technique et une harmonie remarquables.
Les festivités se poursuivirent par un bal champêtre où la jeunesse et l’élégance étaient de mise. Sur les pelouses, au milieu d’une foule en liesse, se croisaient des couples élégants. Parmi les cavaliers, on remarquait notamment le marquis de Forbin-Janson. La soirée s’acheva en beauté avec un feu d’artifice éclatant et un grand concert où résonnèrent les airs les plus célèbres de l’opéra, tels que ceux de La Muette de Portici.
Jamais les habitants de la région n’avaient assisté à un tel événement. Les voitures affluaient de toutes parts, et les cavaliers galopaient vers le lieu de la fête. Cette journée mémorable, qui témoignait du bon goût de la duchesse de Caumont, évoquait les grandes fêtes musicales du passé, comme celle de Saint-Symphorien qui avait marqué les esprits quelques années auparavant.
Fort du succès de cette journée, on se promettait de renouveler l’expérience le 1er septembre suivant.
  • Sources : Le Mercure aptésien, 31 mai 1840, p. 3.

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Dans la nuit du 19 avril 1840, un incident inquiétant se produisit sur la route d’Apt, dans le terroir de Lourmarin (Vaucluse), à la maison de campagne de M. Jean, occupée par ses fermiers. Un certain Gautier, âgé de 29 ans et originaire d’Eygalayes (Drôme), fit une apparition des plus troublantes. Présumé atteint d’aliénation mentale, cet individu s’était déjà présenté à la ferme la veille pour demander l’hospitalité. Devant le refus des fermiers, il feignit de se retirer, mais revint sournoisement quelques heures plus tard, s’introduisant furtivement dans l’étable.
C’est seulement le lendemain que l’inquiétude grandit parmi les habitants de la ferme. Alors que le fermier était absent, sa femme aperçut Gautier au moment où il tentait de s’infiltrer dans leur demeure, soulevant une trappe dans l’espoir de pénétrer dans l’une des chambres. Saisie de frayeur, elle appela au secours, redoutant le pire. La menace devint palpable lorsque l’intrus fut découvert armé d’une fourche en fer, une arme improvisée mais néanmoins dangereuse.
La brigade de Lourmarin fut rapidement appelée pour mettre fin à cette scène d’épouvante. Gautier fut appréhendé et conduit dans les prisons d’Apt, où les autorités, en raison de son comportement erratique, conclurent à son transfert immédiat vers Eygalayes. Sur ordre du sous-préfet, il fut escorté sous bonne garde par les gendarmes, pour éviter tout autre danger pour la communauté.
  • Sources : Le Mercure aptésien, 26 avril 1840, p. 3.

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La découverte d’un infanticide (Villelaure, 4 avril 1840) https://www.geneprovence.com/la-decouverte-dun-infanticide-villelaure-4-avril-1840/ https://www.geneprovence.com/la-decouverte-dun-infanticide-villelaure-4-avril-1840/#respond Tue, 03 Sep 2024 19:49:29 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=22056 Une fille de la commune de Villelaure (Vaucluse), Marie Ollivier, âgée de 25 ans, et prévenue d’un double crime d’infanticide, fut conduite en avril 1840, par la gendarmerie de Lourmarin,…

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Une fille de la commune de Villelaure (Vaucluse), Marie Ollivier, âgée de 25 ans, et prévenue d’un double crime d’infanticide, fut conduite en avril 1840, par la gendarmerie de Lourmarin, dans les prisons d’Apt, en vertu d’un mandat d’arrêt.
Cette malheureuse, interrogée par la justice qui fit une descente à son domicile, au quartier de la Vieille-Fontaine, à la demande du maire de Villelaure, avait d’abord nié sa grossesse et son accouchement. Mais elle finit par tout avouer, lorsque, après des perquisitions faites dans la maison où elle habitait avec son vieux père, Antoine Ollivier (70 ans) et après les examens médicaux des docteurs Arréat et Michel, de Cadenet, on découvrit un squelette d’enfant enfermé dans un vieux linge et placé dans un coffre, au grenier.
Poursuivant les recherches, on découvrit le cadavre d’un autre enfant, une fille, dans le même meuble et au même endroit, enveloppé comme le premier, mais pas encore à l’état de squelette.
D’après l’autopsie, cet enfant avait vécu et respiré et sa mort était le résultat d’une asphyxie par pression de la poitrine.
Selon les aveux mêmes de l’inculpée, l’existence du squelette remontait aux mois de juillet ou d’août 1837 mais, selon elle, « l’enfant était né avant terme et n’était pas viable ».
L’acte de décès rédigé après la découverte de l’enfant de sexe féminin indique : « Un enfant sans vie du sexe féminin qui vient d’être trouvé mort dans la maison d’Antoine Ollivier, situé en cette commune, au quartier de la Vieille-Fontaine. »
Aux dires de la mère, ce bébé était né le 4 avril, soit huit jours avant la découverte de son cadavre.
Sous l’escorte des gendarmes, Marie Ollivier traversa les communes de Villelaure, Cadenet et Lourmarin où les habitants se pressaient pour apercevoir la mère assassine et manifestaient leur indignation par des murmures. Mais aucun incident ne fut réellement constaté et ce fut sans obstacle que le convoi rejoignit les prisons d’Apt où l’on incarcéra la jeune femme.

  • Sources : Le Mercure aptésien, 19 avril 1840, p. 3.
  • Registre d’état-civil de la commune de Villelaure, Archives départementales de Vaucluse.

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Tué et jeté dans la Durance (Lauris, 3 mars 1840) https://www.geneprovence.com/tue-et-jete-dans-la-durance-lauris-3-mars-1840/ https://www.geneprovence.com/tue-et-jete-dans-la-durance-lauris-3-mars-1840/#respond Wed, 17 Jul 2024 18:27:15 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=21497 Le 4 mars 1840, des mariniers qui descendaient la Durance sur un radeau trouvèrent le cadavre d’un homme échoué sur un îlot, sur la rive droite de la rivière, dans…

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Reconstitution du village de Lauris vers 1910. La plaine de la Durance. © GénéProvence, 2025.
Le 4 mars 1840, des mariniers qui descendaient la Durance sur un radeau trouvèrent le cadavre d’un homme échoué sur un îlot, sur la rive droite de la rivière, dans le territoire de la commune de Lauris (Vaucluse), presque en face de la bastide de François Roubert, un propriétaire agriculteur du quartier du Plan.
Dans un premier temps, on se trouvait bien en peine d’identifier l’homme. On pouvait seulement dire qu’il paraissait âgé de 35 ans, qu’il s’agissait d’un homme d’une taille très précise (1m572), autrement dit qu’il s’agissait d’un homme relativement petit. Il avait le visage ovale, le front dégarni, une grande bouche, des yeux bleus, un nez épaté, un menton rond, le teint blond, les cheveux, la barbe et les sourcils châtains.
Il portait une veste en cadis vert usé, des pantalons bruns, une chemise de coton, une blouse bleue et des souliers de cuir blanc.
Si l’on jugea bon de prévenir la brigade de gendarmerie de Lourmarin, représentée par le lieutenant Latil, le juge de paix de Cadenet, le docteur Arréat et le commissaire de police de Lauris, c’est parce que le cadavre ne présentait pas réellement les caractéristiques d’un noyé. Il est vrai que des noyés le long de la Durance, les archives en mentionnent quantité, mais là, il y avait quelques détails inquiétants.
L’homme présentait en effet trois blessures au visage et plusieurs contusions. Mais surtout, on lui avait passé une corde autour du cou. Et le docteur Arréat de confirmer que cet homme n’était pas mort de noyade mais de strangulation. A priori donc quelque chose qui pouvait s’apparenter à un crime. Le docteur établit aussi que le cadavre était dans l’eau depuis 24 heures et que l’homme avait donc dû mourir le 3 mars.
On parvint également à identifier le cadavre, semble-t-il pas à lui donner un nom, mais du moins à préciser que l’individu était un Piémontais qui travaillait au canal de Marseille, sur la commune de La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône). On pensait qu’il avait été la victime d’une bagarre entre ouvriers du canal et que, tué à La Roque, son corps avait été jeté à l’eau et avait voyagé jusqu’à la commune voisine de Lauris.
  • Source : Le Mercure aptésien, 15 mars 1840, p. 2.
  • Registre d’état civil de la commune de Lauris, Archives départementales de Vaucluse.

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Mort dans son grenier à foin (Lourmarin, 21 novembre 1694) https://www.geneprovence.com/mort-grenier-a-foin-lourmarin-21-novembre-1694/ https://www.geneprovence.com/mort-grenier-a-foin-lourmarin-21-novembre-1694/#respond Sat, 09 Sep 2017 08:39:59 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=16378 « Estienne Val habitant a Pievert* est décédé à ce qu on croit depuis dimanche 21 novembre 1694 pour l’avoir trouvé mort le 23 dudit mois dans son grenier à foin…

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« Estienne Val habitant a Pievert* est décédé à ce qu on croit depuis dimanche 21 novembre 1694 pour l’avoir trouvé mort le 23 dudit mois dans son grenier à foin de sa grange et a été enseveli a Lauris le 25 dudit mois, le jeudi suivant. »
Lourmarin

* Sans doute Puyvert.
  • Source : Registre paroissial de Lourmarin
  • Merci à Daniel tertian et Josie Bolander
  • Photographie : Lourmarin. DR

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Jean Roy, un vaudois du Luberon en Afrique du Sud https://www.geneprovence.com/jean-roy-un-vaudois-du-luberon-en-afrique-du-sud/ https://www.geneprovence.com/jean-roy-un-vaudois-du-luberon-en-afrique-du-sud/#respond Mon, 24 Nov 2014 17:51:40 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=14310 Jean Roy, originaire de Lourmarin, est l’un des trente-sept huguenots du Luberon qui s’exilèrent en Afrique du Sud après la révocation de l’édit de Nantes, à Fontainebleau, par Louis XIV.…

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Domaine de L'Ormarins, au pied des montagnes Groot Drakenstein à Franschhoek. Gravure de Ricardo Uztarroz (XVIIIe siècle).
Domaine de L’Ormarins, au pied des montagnes
Groot Drakenstein à Franschhoek.
Gravure de Ricardo Uztarroz (XVIIIe siècle).
Jean Roy, originaire de Lourmarin, est l’un des trente-sept huguenots du Luberon qui s’exilèrent en Afrique du Sud après la révocation de l’édit de Nantes, à Fontainebleau, par Louis XIV. Installé dans la région de Franschhoek, près de Stellenbosch, il y fonda le « domaine viticole de l’Ormarins » qu’il nomma ainsi en souvenir de son village natal. Si le nom de Roy s’éteignit rapidement, son domaine perdure toujours sous le nom de « L’Ormarins Wine Estate » et il est devenu le fleuron du groupe Anton Rupert, un empire qui est le numéro deux mondial du luxe derrière LVMH.

Abrogation de l’édit de Nantes en Provence

Jean Roy, dont le nom était plus probablement Jean Rey, était un vigneron d’origine vaudoise, installé à Lourmarin dans le Luberon.
Pour rappel, c’est en 1532 que les Vaudois du Luberon décidèrent de rejoindre le mouvement réformateur lors du Synode de Chanforan. Si l’Édit de Nantes fut finalement mis en œuvre en Provence, ce ne fut pas sans résistance de la part du Parlement d’Aix qui se voyait dépouillé de ses pouvoirs de justice sur les protestants provençaux, ceux-ci pouvant faire appel de tous les procès à la Chambre de l’Édit de Grenoble.
En 1661, François Bochart de Champigny, un catholique, et Charles d’Arbalestrier, un protestant, furent nommés commissaires pour veiller aux contraventions faite à l’Édit de Nantes en Provence. Le 4 mai 1663, ils confirmèrent le maintien des quatre temples principaux mais décidèrent l’interdiction de tous les autres. En dépit de ces décisions, le protestantisme provençal résista jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes. La population huguenote demeurait très réduite en Provence, sauf à Lourmarin et La Roque-d’Anthéron, où elle était majoritaire. L’estimation des pratiquants de la religion réformée, en Provence, tourne alors autour de 8 000 personnes dans cette seconde moitié du XVIIe siècle.
Trois ans après la révocation de l’édit de Nantes, Jean Roy et son frère Jacques décidèrent de fuir la France, en 1688. Ils se rendirent à Rotterdam pour s’embarquer vers l’Afrique du Sud. Le Luberon fournit près d’un quart de l’effectif à lui seul. On sait que deux autres des 178 premiers huguenots français en partance pour l’Afrique du Sud venaient de Lourmarin, il s’agit de deux femmes nommées Jeanne Cordier et Jeanne Mille. Pierre Joubert faisait partie des dix originaires de La Motte-d’Aigues. Cinq autres venaient de Cabrières-d’Aigues, quatre de Lacoste, deux de la Roque-d’Anthéron, un de Sivergues et onze de Saint-Martin-de-la-Brasque, soit 37 exilés du Luberon.
Les conditions d’embarquement définies par la Compagnie étaient sévères : aucun bagage n’était autorisé ; le voyage était gratuit, à condition d’obéir aux règles, dont l’obligation de rester au Cap au moins cinq ans, délai au bout duquel le retour était permis mais payant.

Installation en Afrique du Sud

Ils arrivèrent au Cap, le 4 août 1688, à bord du Berg China, un bâtiment long de 50 mètres, qui avait quitté Rotterdam, le 20 mars 1688. Au cours du voyage, les frères Roy se lièrent d’amitié avec Pierre Joubert, de La Motte-d’Aigues. Le traversée avait duré trois mois et demi, pendant lesquels 19 passagers décédèrent dont Suzanne Reyne, épouse Joubert.
Les Huguenots furent bien accueillis par le gouverneur, Simon van der Stell, qui les installa à une soixantaine de kilomètres au nord-est du Cap. Cette colonie était à l’époque une escale essentielle sur la route de Djakarta, dénommé alors Batavia, pour les bateaux de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Ses administrateurs avaient fait appel aux huguenots français pour développer l’agriculture et la viticulture de la colonie afin de ravitailler ses navires. Les Huguenots avaient la promesse de recevoir en arrivant autant de terres qu’ils pourraient en cultiver – en pratique, ils reçurent de 15 à 30 hectares – ainsi que les outils et les semences nécessaires.
Le trio s’installa avec les autres exilés, près de Stellenbosch, sur des terres où allait se construire Franschhoek (le « coin des Français »). La terre y était fertile, mais très sauvage et il fallait trois ans pour parvenir à la mettre en culture. Ce fut là que les deux frères fondèrent le domaine de l’Ormarins, en souvenir de leur village de Lourmarin. Ils y plantèrent vignes et vergers. Les statistiques qui n’avaient répertorié qu’une centaine de plants de vignes en 1655, en dénombrèrent 1,5 million en 1700. Dès 1694, alors que son frère était mort d’épuisement, Jean avait planté 40 000 pieds de chardonnay sur le piémont de la montagne de Groot Drakenstein.
Pourtant, les relations entre le gouverneur, et surtout son fils qui lui succéda, et les huguenots se détériorèrent. La Compagnie souhaitait transformer les huguenots en de « bons paysans hollandais », alors que les Français tenaient à conserver leur langue et leurs traditions. Leur cohésion fut maintenue grâce à Pierre Simond, pasteur d’Embrun, qui avait rejoint la colonie. Mais, après son départ, la Compagnie interdit bientôt aux nouveaux arrivants d’avoir pasteurs et instituteurs français. Le résultat fut qu’en moins de deux générations, vers 1730, la langue française n’était plus officiellement parlée.
À la suite d’un premier mariage avec Jeanne Jolly, Jean avait épousé Marie-Catherine Lefébure en 1712, qui venait aussi de Provence. Le couple n’ayant eu que deux petites filles, le nom de Roy s’éteignit en Afrique du Sud mais leur domaine viticole perdura.
Vieux moulin du domaine de La Motte, imité de celui qui existait à La Motte-d’Aigues (la roue et la toiture ne sont pas d’époque). © Chris Snelling, 2013. CC3.0.
Vieux moulin du domaine de La Motte, imité de celui qui existait à La Motte-d’Aigues (la roue et la toiture ne sont pas d’époque). © Chris Snelling, 2013. CC3.0.

L’héritage des vaudois du Luberon

Jean Roy avait revendu son domaine à Pierre Joubert vers 1712, ce qui agrandit le domaine viticole de La Motte, fondé par ce dernier.
Cette propriété fut rachetée au XXe siècle par la famille Rupert. D’abord conduite par le frère aîné d’Anton Rupert, jusqu’à sa mort, elle revint alors au cadet. Ce milliardaire afrikaaner en fit, dès 1969, la pierre angulaire d’un empire devenu numéro deux mondial du luxe derrière LVMH, et commercialisa les vins de l’Ormarins dans le monde entier. L’actuel propriétaire est sa fille, la mezzo-soprano Hanneli Koegelenberg.
Anton Rupert a longtemps été le symbole de l’homme d’affaires afrikaner, richissime, influent dans les cercles du pouvoir et rival de l’élite anglophone. À la fin de sa vie, il se rapprocha des noirs et du président Nelson Mandela, contribuant au succès de l’alternance. Il présida la World Wildlife Fund Nature et fut le créateur du concours Chardonnay du siècle doté d’un million de dollars.
Une autre cave en Afrique du Sud construite par un huguenot Pierre Jourdan, de Cabrières-d’Aigues. ©  	Joe Ross, 2007. CC2.0.
Une autre cave en Afrique du Sud construite par un huguenot, Pierre Jourdan, de Cabrières-d’Aigues.
© Joe Ross, 2007. CC2.0.
Hanneli Koegelenberg est aussi propriétaire de La Motte, le domaine viticole créé par Pierre Joubert. Son voisin est le domaine de Haute Cabrière, construit sur le modèle du village de Cabrières-d’Aigues par Pierre Jourdan, qui avait obtenu un lopin de terre dans Olifantshoek, le 22 décembre 1694. Au début des années 1980, le comte Achim von Arnim a acheté une partie de ce vignoble pour y produire un vin pétillant célèbre. Son fils aîné Takuan von Arnim est maintenant responsable du domaine et propose en mousseux et en vin tranquille trois cuvées portant le nom de Pierre Jourdan. Ces propriétés viticoles font partis des cent cinquante domaines situés sur l’une des treize routes des vins de la province du Cap.
Michel Reyne

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