Le quartier Mazarin ou l’Aix du XVIIIe siècle

Rue Goyrand.© Jean Marie Desbois, 2012.

Rue Goyrand.
© Jean Marie Desbois, 2012.

« Par lettres-patentes données à Paris au mois de janvier 1646, enregistrées au parlement d’Aix le 15 février de la même année, le grand roi Louis XIV permit à messire Michel Mazarin, archevêque d’Aix, de faire enclore dans la ville le faubourg Saint-Jean, le jardin et les prés de l’archevêché, depuis le boulevard jusqu’à la porte des Augustins(1)… » C’est par ces mots que l’historien Roux-Alphéran entame son chapitre consacré au quartier Mazarin, dans son Histoire des rues d’Aix, 1846.
Ce Mazarin n’est pas, précisons-le tout de suite, le premier ministre du roi Soleil. Mais il n’en est pas moins son frère.
Pour accomplir les travaux, l’archevêque va édifier murailles, portes, pont-levis, fossés et tourelles. Au mois de décembre, il cède pour 45.000 livres tous ses droits à un gentilhomme du nom de Michel d’Elbène de Ponssevère. Avant cet agrandissement, le rempart de la ville passait nettement plus au nord. Avec ce nouveau quartier, Aix gagne un quart de sa superficie. La partie nord était auparavant un grand terrain du nom de place des Jacobins où l’on pendait les criminels (voir plan de 1575, Cabinet des Estampes).
La rue Fernand-Dol était, avant 1646, un chemin servant de communication entre celui de Saint-Maximin et de Toulon. Dès 1336, des maisons le bordaient. L’une des familles qui y vivaient, les Roget, lui donnèrent le nom de traverse des Roget. Une famille de magistrats aixois, les Garron, y vivait dès 1473 jusqu’à la fin du XVIe siècle. Une auberge à l’enseigne du Boeuf, tenue par Jean James, lui donna le nom de rue du Bœuf, nom qu’elle garda jusqu’au XIXe siècle. En 1652, les religieuses de la Visitation fondèrent dans cette rue leur second monastère aixois. Il y demeura jusqu’en 1671, date à laquelle il fut transféré place du Grand-Boulevard (place Miollis). Le couvent de la rue du Boeuf fut vendu aux religieux de la Merci en 1674. Il fut détruit en 1769, avant la révolution. Par la suite, des bains publics s’y tinrent, dont Roux-Alphéran vantait « la bonne tenue et la propreté qui y règne ». Outre le relais de la poste Paris-Marseille, on trouvait aussi dans la rue, avant la révolution, l’hôtel de la commanderie d’Aix de l’ordre de Malte. C’était la demeure des commandeurs d’Aix.

La rue Cardinale reçut son nom du cardinal Michel Mazarin. C’est une rue longue, reliant la rue d’Italie et l’avenue Victor-Hugo. La régularité des maisons et des édifices en fait une des plus belles rues d’Aix. Au n°15 (hôtel d’Agay) naquit en 1735 l’abbé Gaspard Honoré de Coriolis, jésuite et conseiller en la Cour des Comptes, mort chanoine de l’église métropolitaine de Paris en 1824. A l’hôtel de Joursanvault (n°17), le 22 janvier 1747, naquit l’abbé de Ruffo-Bonneval, Jean-Baptiste Marie Scipion de Ruffo, dernier évêque de Senez. Le roi Louis XVIII lui avait proposé le siège archiépiscopal d’Avignon, mais l’abbé lui préféra une retraite solitaire à Viterbe(2), où il mourut le 15 mars 1857. De Ruffo s’était rendu célèbre en dénonçant avec véhémence la constitution civile du clergé en 1790.
Deux maisons contiguës (N°37 et 39), toutes deux en pierres de taille, furent bâties au début du XVIIIe siècle par Jean Gastaud, conseiller à la Cour des Comptes.
L’actuel lycée Mignet se situe sur l’emplacement de deux couvents, le couvent des Ursulines ou des Andrettes et le couvent des Bénédictines. Le nom Andrettes fait allusion au souvenir de Jacques d’André, conseiller au parlement, qui fonda le couvent des Andrettes en 1666. Le couvent des Bénédictines, lui, fut fondé à la Celle (près de Brignoles) et transféré à Aix en 1658 par le cardinal Grimaldi, archevêque de la ville. C’est dans ce couvent qu’Élisabeth Magdeleine Pin (Aix, 30 septembre 1767-Paris, 12 février 1829) fit sa profession de foi avant de devenir prieure du monastère royal du Temple.

A. Roux-Alpheran.

A. Roux-Alpheran.

La rue Roux-Alphéran doit son nom au célèbre historien aixois Ambroise Roux-Alphéran (1776-1858) et qui mourut dans la maison du n°9. Cette rue portait autrefois le nom de rue Longue-Saint-Jean. La place qui se trouve à son débouché avec la rue d’Italie (place d’Arménie) était jadis le siège d’un bureau où l’on percevait le droit sur les blés et les farines introduites en ville pour la consommation des personnes. Ce droit fut instauré en décembre 1547 et fut fixé, par délibération du conseil de ville, à un sol par quintal. En 1632, il fut porté à cinq sols. Un impôt évidemment injuste qui pénalisait plus le peuple (dont l’alimentation consistait principalement en pain) que les fortunés.

Marius Diouloufet.

Marius Diouloufet.

Peu d’historiens rendent hommage à un poète provençal qui vécut et mourut dans cette rue. Aussi m’en sens-je la responsabilité: Joseph Marius Diouloufet (3), ami de Roux-Alphéran (car voisin), bibliothécaire de la ville d’Aix jusqu’à la Révolution de 1830 où il fut destitué, fut l’auteur de poésies provençales, de fables et de contes (4).La rue Sallier fut nommée rue Courte par opposition à la rue Longue (r. Roux-Alphéran, cf. ci-dessus). Mais cette rue restant de longues années inhabitée après la tracé de Mazarin (1646), on la rebaptisa d’un nom qui la caractérisait mieux: la rue des Champs. C’est ce nom qu’elle garda jusqu’au XIXe siècle. L’ensemble de la rue était, il y a 150 ans, occupée par les bâtiments de la maison hospitalière du Refuge. cette maison avait été fondée en 1640 pour y enfermer les femmes de mauvaise vie. Jusqu’à la Révolution, on y mettait les femmes condamnées pour crimes. Par la suite, l’hôpital accueillit des enfants orphelins.
Le poète Jean de Cabanes (1653-1717) a relaté dans une satire violente le souvenir d’une mère supérieure de la maison du Refuge qui y vivait dès la fondation de l’établissement. Le vrai nom de cette femme nous étant inconnu, Cabanes l’appelait la Drouillade. Elle était native de la Flèche (Sarthe), où son père était cordonnier. Expulsée de Paris en raison de sa débauche, elle traversa la France, vêtue comme un homme, et s’arrêta à Toulon. Pour échapper à la prison, elle s’affubla d’une robe de bure et se donna des airs de piété, se faisant appeler « sœur de la Croix ». Le procureur-général Balthazar de Rabasse-Vergons la fit venir à Aix pour en faire la mère supérieure de la maison du Refuge. Une fois installée à son poste, elle revint à ses habitudes de débauche, inventant des supplices tous plus effrayants à l’encontre des femmes emprisonnées: elle en faisait pendre par-dessous les aisselles, en enterrait certaines, ne leur laissant sortir de terre que la tête qu’elle arrosait comme une plante, elle en battait certaines avec des nerfs de boeuf, obligeait certaines femmes à se jeter sur des pointes de fer, etc. Quatre de ses pensionnaires moururent de ces mauvais traitements. Un jour, Mme de Sénas visitant la maison du Refuge entendit ces cris et porta plainte au parlement. L’affaire fut évoquée au conseil du roi. L’administration moderne n’ayant rien inventé, les papiers se perdirent et la Drouillade ne fut pas poursuivie. Tout juste certaines de ses pensionnaires furent-elles libérées… La Drouillade se démit de ses fonctions, acheta un terrain hors de la ville (5) et s’y retira. Elle y fonda une maison de prostitution et de fausse monnaie et y cachait même des ennemis du royaume. Un bourgeois porta plainte contre elle. Elle fut arrêtée et condamnée à être fouettée jusqu’au sang sur toutes les places et tous les carrefours accoutumés de la ville et en être ensuite bannie pour le reste de ses jours. Ce qui fut fait. Une foule immense encouragea les coups du bourreau au cri de « Piquo, Bastian (6)« . La Drouillade, elle, endura le supplice sans verser une larme ni pousser un cri.

Buste de Jean-Claude Viany, par Thomas Veyrier. Cathédrale Saint-Jean-de-Malte d'Aix. © Jean Marie Desbois, 2010.

Buste de Jean-Claude Viany, par Thomas Veyrier. Cathédrale Saint-Jean-de-Malte d’Aix.
© Jean Marie Desbois, 2010.

La rue Peyssonnel doit son ancien nom de rue Saint-Claude à un prieur de Saint-Jean, Jean-Claude Viany, qui avait eu la prétention d’appeler la partie du nouvel agrandissement située sur les terrains dépendant du prieuré « Ville-Viany ». Une délibération du 2 mai 1689 interdit cette appellation et fit rayer la qualification de « Ville-Viany » dans tous les actes. On notera que l’appellation « Ville-Mazarine », alors donnée au quartier Mazarin, aurait logiquement dû rencontrer la même opposition ce qui ne fut pas le cas. Le prieur Viany se consola toutefois en donna son nom à la rue.

La rue Frédéric-Mistral reçut d’abord le nom de rue du Cheval-Blanc. Ce nom lui venait de l’Auberge du Cheval-Blanc, une hôtellerie située au départ rue Fabrot (ancienne rue des Grands Carmes) et dont le plus ancien propriétaire connu s’appelait Antoine Gros. L’établissement fut par la suite transféré dans la rue Frédéric-Mistral.

Rue Frédéric-Mistral. © Jean Marie Desbois, 2001.

Rue Frédéric-Mistral.
© Jean Marie Desbois, 2001.

La rue prit ensuite le nom de rue de la Monnaie, car on y trouvait l’hôtel des Monnaies, le lieu où était battue la monnaie. Jusqu’au milieu du XVIe siècle, on battait monnaie rue des Cordeliers et c’est en 1695 que Pierre-Cardin Le Bret, premier président du parlement et intendant de Provence, et Daniel de Cosnac, archevêque d’Aix, décidèrent le transfert de l’administration dans la rue du Cheval-Blanc. L’activité est attestée à Aix dès 1467 au moins. Elle fut cédée à Marseille, qui souhaitait l’acquérir depuis longtemps, en 1784. L’hôtel fut démoli et l’on construisit sur ses fondations un nouvel hôtel.
Le célèbre écrivain Frédéric Mistral, qui donna à la rue le nom qu’elle porte encore, vécut au n°4 de 1849 à 1854 lorsqu’il était étudiant à la faculté de droit. Une plaque commémorative le rappelle.La rue du Quatre-Septembre portait à l’origine le nom de rue Saint-Sauveur ou de rue des Quatre-Dauphins. Cette rue fut la première ouverte par Mazarin. C’est aussi la plus belle rue du quartier. Mazarin lui donna le nom de l’église métropolitaine dont il était archevêque: Saint-Sauveur (7). Le public lui, préféra le nom de rue des Quatre-Dauphins, en raison de la place du même nom qui coupait la rue. Cette rue regorge d’hôtels: au n°2, le siège de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix (où vécut notamment le félibre Paul Arbaud), au n°4, l’hôtel de Saizieu (où vécut le peintre Daret et où il mourut en 1668), au n°9, l’hôtel de Villeneuve-d’Ansouis (8), décoré Louis XV, au n°10, l’hôtel d’Olivari, construit sous Louis XIV, au n°11, l’hôtel de Boisgelin, construit par Louis Leblanc, lieutenant général de la sénéchaussée d’Aix, vers 1650, au n°17, l’hôtel de Pigenat (dont un plafond a été réalisé par Daret) et au n°18, l’hôtel de Valeri (aujourd’hui occupé par la Banque de France).

La place des Quatre-Dauphins portait à sa création le nom de place Mazarine. En édifiant cette place, Michel Mazarin souhaitait, d’après la légende populaire, y ériger une statue à l’effigie de son célèbre frère, le cardinal Jules Mazarin, premier ministre de Louis XIV. Mais sa mort survenant précocément, le projet fut abandonné et l’on édifia à sa place une superbe fontaine surmontée de quatre dauphins, en 1667, dont le concepteur se nommait Jean-Claude Rambot. Les marronniers qui ornent cette place datent de 1860. Un micocoulier de 4,80 mètres de circonférence s’y élevait auparavant.

Place des Quatre-Dauphins avant.

Place des Quatre-Dauphins hier.

Place des Quatre-Dauphins après.

Place des Quatre-Dauphins aujourd’hui.

Avant l’ouverture de cette place, et même du quartier, le lieu était une vaste prairie, dont les Hospitaliers imposaient des censes. Les jardins morcelés eurent quelques propriétaires célèbres: Jean Bellard (ou Billard), évêque de Fréjus (1440), Louis Dini, notaire (1440), Tanegui (ou Tenequin) du Châtel (ou Chastel), grand sénéchal de Provence (1449) d’origine bretonne, commandant de l’armée de Louis II d’Anjou en 1409 (9).

La rue Joseph Cabassol doit son nom à l’avocat et premier président de la Cour d’appel Joseph Cabassol (mort en 1928), maire d’Aix du 9 mars 1902 au 22 novembre 1908. Précédemment, cette rue se nommait rue Saint-Jacques, puis rue du Lycée. On trouve dans cette rue un remarquable hôtel au n°1, l’hôtel de Caumont, également nommé hôtel de la Tour d’Aigues, commencé au début du XVIIIe siècle par Joseph François de Rolland de Tertulle-Réauville, marquis de Cabanes et président à la cour des Comptes. Ses premiers fondements furent posés aussitôt après la peste de 1720 et 1721. Le marquis de Cabanes, mort en 1728, ne le vit pas achevé. Son fils héritier mourut en 1752, âgé de vingt-cinq ans, sans descendant. L’hôtel passa alors aux mains de François de Bruny, baron de la Tour-d’Aigues. Vous noterez la magnificence de cet hôtel, réputé comme l’un des plus beaux d’Aix, sur la photo de la page suivante).

La rue Laroque, autrefois rue Saint-Lazare, parcourait jadis une partie de l’ancien chemin qui conduisait à la maladrerie Saint-Lazare et, de là, continuait jusqu’à Marseille. Il s’y trouvait avant la Révolution un hôtel qui était, de son temps, le plus magnifique de la ville. Son constructeur était Paul de Roux, marquis de Courbons, avocat général au parlement d’Aix, quelques années après la peste de 1720. Ses célèbres occupants se nommaient Charles François Xavier de Coriolis ou encore Alexandre Justin Marie de Galliffet. Il se murmurait que Galliffet, ayant été forcé d’émigrer en Italie à la Révolution, cacha un abondant trésor dans les murs de son hôtel. Les révolutionnaires, malheureusement souvent peu respectueux des monuments d’art, démolirent tout l’édifice pour trouver le trésor… qui n’existait pas ! Au siècle suivant, sur ces bases s’élevait une synagogue israélite et une poste aux chevaux.
La rue d’Italie est l’une des plus anciennes voies aixoises. Elle correspond au tracé de la Voie Aurélienne. C’est par cette voie que l’on rentrait dans la ville. Plus tard, au Moyen Age, elle prit le nom de chemin de Saint-Maximin. On l’appela par la suite chemin de Saint-Jean car on trouvait sur son passage l’église des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Le nom de chemin de la porte Saint-Jean en est dérivé; il faisait allusion à la porte fortifiée qui permettait de sortir du bourg d’Aix.
De nombreuses hôtelleries jalonnaient le parcours de cette voie, de part et d’autre du chemin, telles l’auberge de Saint-Éloy, l’auberge du Grand-Hiver. C’est dans une de ces auberges qu’en 1582 fut arrêté le capitaine Anselme, d’Avignon, soupçonné de haute trahison envers le roi Henri III (10).
mazarin-4Jusqu’en 1750, l’angle de la rue d’Italie et de la rue du Maréchal-Joffre abritait la chapelle de Notre-Dame des Anges.
L’arrière du bâtiment consistait en des champs dont les pères Servites étaient propriétaires. La chapelle et le couvent furent démolis en 1536 lorsque l’empereur Charles-Quint vint en Provence. On craignait que les bâtiments pussent servir de fortifications à l’ennemi. La chapelle seule fut rebâtie. Le faubourg se peupla peu à peu à tel pont qu’on envisagea de renfermer le quartier dans la ville. Le projet ayant rencontré une certaine opposition et notamment celle du prieur de Saint-Jean, Anne de Naberat, ce n’est que trente ans après qu’il fut mené à bien.
Sur la ligne nord de la rue est né le sculpteur Joseph Marius Ramus (11) le 19 juin 1805. Il est l’auteur, notamment, des deux statues, représentant Portalis et Siméon, en avant de la façade du Palais de justice.
En 1600, la reine Marie de Médicis débarqua à Marseille, le 3 novembre, pour épouser Henri IV. Toute la Provence fut en ébullition et la reine passa la nuit du 16 dans une maison de la rue d’Italie. Pour aller saluer la reine à son arrivée, une délégation aixoise avait fait la route. C’est en passant la nuit aux Pennes qu’un drame survint (12).
Le nom de rue d’Italie n’a pas de rapport avec sa situation à l’extrémité sud-est de la ville. Il lui fut donné en 1796 en l’honneur de Napoléon, revenu de ses conquêtes en Italie.
La rue du Maréchal-Joffre eut plusieurs noms tout au long de l’Histoire: rue du Louvre (du nom d’une grande auberge qui se tenait dans la rue), rue Notre-Dame des Anges (à cause de la chapelle dont l’histoire a été évoquée ci-dessus), rue de la Torse ou rue du Tholonet (car le chemin menait à ces deux lieux), rue des Pénitents-Blancs (en raison d’une confrérie de pénitents qui s’y établit en 1654) et rue de l’Intendance (car quelques années avant 1700, quatre intendants de Provence (13) y avaient fait leur habitation. Lorsqu’au début du XIXe siècle, on installa des écriteaux portant le nom des rues, on donna à celle-ci, sans raison apparente, le nom de rue du Louvre.
L’avant dernière maison de cette rue, à droite en montant, est celle où est né, le 13 décembre 1802, Joseph Hippolyte Guibert, vicaire-général d’Ajaccio, puis évêque de Viviers, préconisé le 24 janvier 1842 et sacré à Marseille le 6 mars 1842.

La rue Pavillon avait précédemment pour nom rue du boulevard Saint-Jean. Elle était populairement désignée sous le vocable de rue du Lévrier, en raison d’une enseigne d’auberge qui s’y dressait.

La rue Saint-Joseph s’étire sur des terrains qui appartenaient, avant l’agrandissement de 1646, aux Pitton, seigneurs de Tournefort. Ces terrains consistaient alors en vignoble de grande étendue.

La rue Clovis-Hugues se nommait autrefois le chemin du Roi. Louis XIII avait emprunté cette petite rue, alors un simple chemin de terre, lors de son séjour à Aix en 1622, lorsqu’il se rendit de la place Miollis à l’église Saint-Jean de Malte. L’événement est connu grâce aux registres des religieux Servites. Après 1646 et l’agrandissement de Mazarin, le chemin devint rue.

Terminons notre visite du quartier Mazarin par la rue du Petit-Saint-Esprit, que l’historien aixois Roux-Alphéran refusait de nommer ainsi: « Devrait-on souffrir, disait-il, qu’un de ses habitants se soit permis, il y a peu d’années, de faire placer aux deux extrémités de cette rue, des plaques de marbre avec cette inscription: « Rue Pti St-Esprit » ? Que signifient ces trois lettres Pti ? Rien du tout : et si l’on a voulu dire « petit », c’est au moins une bêtise, si ce n’est une impiété. Les chrétiens savent tous que le Saint-Esprit fait partie de la Sainte-Trinité ; dès lors, il n’y a point de « petit Saint-Esprit ». Le Saint-Esprit est aussi grand que Dieu le Père et que Dieu le Fils. Aussi, devrait-on, à notre avis, et c’est celui de bien des gens, faire disparaître cette inscription et la remplacer par celle de Petite-Rue-Saint-Esprit. » Le pieux historien ne fut pas entendu et, aujourd’hui encore, la rue a gardé son nom.

Les anciens noms des rues du quartier Mazarin

Rue Mazarine: rue Mazarine
Rue Goyrand: rue Saint-Michel
Rue Fernand-Dol: traverse des Roget (1336), traverse de la Garrone (XVIe), rue du Relais, rue du Boeuf (1586).
Rue Cardinale: rue Cardinale
Rue Roux-Alphéran: rue Longue-Saint-Jean
Rue Sallier: rue Courte, rue des Champs
Rue Peyssonnel: rue Saint-Claude
Rue Laroque: rue Saint-Lazare
Rue Joseph-Cabassol: rue Saint-Jacques, rue du Lycée
Rue du Quatre-Septembre: rue Saint-Sauveur, rue des Quatre-Dauphins
Place des Quatre-Dauphins: place Mazarin
Rue Frédéric-Mistral: rue du Cheval-Blanc, rue de la Monnaie
Rue d’Italie: via aurelia (époque romaine), chemin de Saint-Maximin, chemin de Saint-Jean, rue de la Porte Saint-Jean (1646)

Notes

(1) Cette porte fut abattue en 1843. Elle se trouvait entre les actuelles rue Espariat et place d’Albertas. Pour remplacer cette porte, on lui substitua une grille de fer qui a, de nos jours, totalement disparu.
(2) Cf. le Diario de Rome, 28 mars 1837 et la Gazette du Midi, n°1314, 6 avril 1837.
(3) Né à Éguilles le 19 septembre 1771, mort d’une crise d’apoplexie le 19 mai 1840 à Cucuron.
(4) Voir par exemple Leis Magnans, pouémo didactique, en quatre chants, eme de notos de la coumpousitien de M. Diouloufet. A-z-Ai, enco d’Augustin Pontier, 1819, in-8°, 109 pages.
(5) Jean de Cabanes appelle ce terrain « l’enclos de Peynier ». Selon Roux-Alphéran, il se situerait « à sept ou huit lieues de la ville en sortant par la porte Saint-Jean, sur la route d’Italie à la droite, un peu après avoir dépassé le cours Sainte-Anne, là où l’on prend la descente pour arriver au pont de la Torse ». Cette description permettrait, à mon avis, de situer le terrain, peu ou prou, en haut de l’actuelle rue Paul Beltçaguy. André Bouyala d’Arnaud, lui, le situe au quartier de la Torse.
(6) « Frappe, Bastien ! » Bastien, diminutif de Sébastien, était le surnom que l’on donnait à tous les bourreaux à Aix.
(7) L’historien Roux-Alphéran évoque une anecdote amusante sur cette appellation. Pour justifier de la nécessité de baptiser la rue « Quatre-Dauphins », plutôt que « Saint-Sauveur », il précise que ce nom de « Saint-Sauveur » « induit journellement en erreur les militaires qui arrivent harrassés de fatigue sur le Cours où leur sont distribués leurs billets de logement. Lorsque ces billets indiquent la rue Saint-Sauveur, les habitants auxquels les militaires demandent où est située cette rue, leur enseignent le quartier de l’église métropolitaine de Saint-Sauveur à l’extrémité opposée de la ville, où ils vont chercher en vain leur logement et d’où il leur faut revenir au point duquel ils étaient partis, perdant ainsi près d’une heure de temps avant de trouver à se reposer. »
(8) Louis-Elzear de Villeneuve, baron d’Ansouis, le dernier de la dynastie qui vécut dans cet hôtel, fut assassiné par un fanatique, dans son parc à Ansouis où il se promenait, avec sa femme, dans la soirée du vendredi 16 septembre 1796. « L’assassin lui tira à bout portant un coup de fusil qui ne le tua pas sur le champ, dit Roux-Alphéran ; il l’acheva à coups de baïonnette et de crosse de fusil. Madame d’Ansouis ayant voulu appeler du secours, le même homme lui porta plusieurs coups dont elle fut blessée assez dangereusement, après quoi il s’enfuit. Ayant été arrêté, il avoua n’avoir commis ce crime que pour se défaire d’un ci-devant noble et d’un royaliste. Ceux qui l’arrêtèrent étaient des jeunes gens d’Aix qui fuyaient eux-mêmes dans les campagnes, poursuivis qu’ils étaient alors comme royalistes. Ils voulaient le conduire à Apt pour le remettre entre les mains de la justice ; mais craignant qu’il ne fût acquitté et rendu à la liberté attendu qu’il n’avait que tué un noble, ils le tuèrent à leur tour et le laissèrent mort sur le chemin. Telles étaient à cette époque l’exaltation et la morale des partis. Le baron d’Ansouis avait perdu, trois ans auparavant son fils aîné, immolé révolutionnairement à Lyon. »
(9) Histoire des grands officiers de la couronne de France, par le P. Anselme, tome II, Paris, Loyson, 1674, in-4°.
(10) Anselme était commandant d’infanterie. Il accorda son soutien au maréchal de Bellegarde qui tenta de s’affranchir de l’autorité royale dans son marquisat de Saluces. Il mourut empoisonné en 1579 et Anselme dut fuir vers Avignon. Il tenta de s’entendre avec un médiateur du roi, Henri d’Angoulême, gouverneur de Provence, pour être disculpé des soupçons qui pesaient sur lui. Ce dernier l’attira à Aix où il fut arrêté, dans l’actuelle rue d’Italie, par le colonel Alphonse Ornano, assisté du viguier et des consuls. Anselme fut enfermé au Château-d’If où un surnommé le Picard, valet de chambre d’Henri d’Angoulême, chargea un forçat turc de l’étrangler. Le corps fut jeté dans le vide et l’on clama qu’Anselme avait tenté de s’évader. C’est ainsi que l’on se débarassait des opposants…
(11) Ramus a laissé son nom à une place dans la ville comtale.
(12) Foulque Sobolis, procureur au siège d’Aix relate le drame dans un journal manuscrit:  » Le dimanche 29 octobre (1600) matin, environ une heure après minuit, le grand logis de M. des Pennes, qui était au chemin allant à Marseille est tout tombé hormis les murailles-maîtresses, et a tué gens et bestes, environ vingt-cinq ou trente, tant gens de qualité que muletiers, et n’est échappé que Maurel, sergent, fort blessé ; Olivier, mort et autres. La cause est advenue par le moyen de la tempeste et foudre qu’est tombée du ciel audit logis. Lesdits gens allaient à Marseille à la venue de la reyne. »
(13) Bret père, Bret fils, des Galois de la Tour père et des Galois de la Tour fils. Ils étaient aussi successivement premiers présidents du parlement.