En cette fin d’année 1892, Aix-en-Provence, cité universitaire et bourgeoise, vivait au rythme encore très marqué de la foi catholique. La mort de Mme Isoard, survenue en l’église Saint-Jean-Baptiste du Faubourg, rappelle la place centrale qu’occupait la pratique religieuse, même chez une femme souffrante de soixante-trois ans. Son attitude « je resterai jusqu’au bout » témoigne d’une piété farouche, caractéristique de l’époque. Ce fait divers met également en lumière les limites de la médecine du début de la Troisième République face aux affections cardiaques : si l’on parvient parfois à ranimer, la mort par crise cardiaque ou « coup de sang » reste une issue fréquente et souvent rapide.
La dame Isoard, 63 ans, demeurant à la montée d’Avignon, est morte dimanche dans des conditions assez curieuses.Assez fatiguée depuis quelque temps, elle voulut, dimanche 11, se lever vers 7 heures, malgré sa fatigue, et assister à la messe de 8 heures, à la paroisse du Faubourg.
En entrant dans l’église, elle dit à sa nièce qui l’accompagnait :
« Je me sens véritablement mal à l’aise mais n’importe, je resterai jusqu’au bout. »
Elle prit place en effet vers le milieu de la nef.
Après l’Élévation, sa nièce remarqua qu’elle restait longuement agenouillée, dans une immobilité inquiétante. Elle la prit par le bras avec beaucoup de précaution, pour la faire asseoir. La pauvre femme s’affaissa sur son siège.
On s’empressa aussitôt autour d’elle et on l’emporta en voiture jusqu’à son domicile. Elle était inanimée et paraissait avoir passé de vie à trépas.
Les soins du médecin la ranimèrent un instant ; mais elle expirait dans la soirée, des suites d’une affection cardiaque.
- Source : Le Mémorial d’Aix, 22 décembre 1892, 55e année, no101.
- Photographie : Par Dumuids (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons