
Ce récit se déroule sous la Régence, caractérisée par une forte misère sociale et des déplacements de population pour la mendicité. L’année 1723 marque la fin de la Grande Peste de Provence (1720-1722), ce qui rend les autorités extrêmement vigilantes face aux malades et aux étrangers, même si le texte suggère ici un simple passant. Le « sieur Gilles, premier consul » est la plus haute autorité municipale. Ce document témoigne de l’organisation de la charité paroissiale (l’hôpital, le linceul) mais aussi de l’anonymat et de la précarité des journaliers ou des mendiants itinérants, dont les maigres biens et l’origine (« cinq lieues de Grenoble ») sont soigneusement notés avant l’inhumation.
« Le 29 septembre 1723, il a été trouvé dans l’aire du sieur Gilles, premier consul, un pauvre malade qu’on a supposé être là depuis plus de deux jours,
Et, nous ayant averti, nous y avons sur-le-champ envoyé notre secondaire qui l’a trouvé aux abois, qu’il confessa cependant, et nous l’avons ensuite envoyé prendre et fait porter dans l’hôpital où il mourut une demi-heure après, n’ayant pu prendre aucun bouillon.
Notre secondaire a oublié son nom. Il était âgé d’environ 26 ans et il était natif de cinq lieues de Grenoble.
On lui a trouvé sur lui 7 sols 5 deniers.
Il a été enseveli au cimetière Notre-Dame la Valette avec tous les haillons qu’il avait sur son corps, après l’avoir fait envelopper dans un linceul bien blanc que la charité a acheté de la communauté.
En foi de quoi, »
[Perier vicaire]
- Source : Registre paroissial de Boulbon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 222.