
Le cours Belsunce, lieu de promenade et d’affaires de Marseille, fut à la mi-juin 1868 le théâtre d’une scène qui, par la réaction qu’elle provoqua, fit davantage parler que l’incident lui-même.
Tout commença lorsqu’une dame, dont le costume et les manières permettaient de la reconnaître facilement comme étant étrangère, parut fortement contrariée. Elle venait de perdre un porte-monnaie qui contenait une somme assez importante. Un petit groupe s’était déjà formé autour d’elle, cherchant à l’aider dans ses recherches.
C’est alors qu’une jeune fille de dix-huit ans s’approcha. Elle s’avança en présentant un porte-monnaie, demandant à la dame si c’était bien celui qu’elle avait perdu. La dame poussa un cri de joie et se hâta de confirmer que la somme contenue était intacte. Les passants purent apercevoir dans le porte-monnaie plusieurs billets de banque et de nombreuses pièces d’or.
L’offrande dérisoire
Alors que la jeune fille, pudique et discrète, s’apprêtait à se retirer, la dame l’interpella : « Attendez, ma fille, je veux vous donner une honnête récompense. »
Après s’être fouillée un moment, la dame retira une simple pièce de dix centimes qu’elle lui offrit.
Mais la jeune fille, l’âme fière et honnête, la refusa en rougissant, affirmant qu’elle n’en avait pas besoin pour vivre.
La dame, sans doute étonnée que l’on reconnaisse si mal sa générosité, s’éloigna au milieu de l’indignation des assistants. L’honnêteté de la jeune fille fut saluée, et la pingrerie de l’étrangère fut blâmée par tous ceux qui avaient assisté à cette scène.
- Source : Le Petit Marseillais, 19 juin 1868, p. 2.