
Sous la Régence, le rapt de séduction constitue un crime de lèse-majesté divine et humaine, passible de mort selon l’ordonnance de Blois de 1579. En Provence, ce mécanisme juridique est souvent utilisé pour forcer une union hors des stratégies matrimoniales familiales. Ici, l’arrestation de Bertrand Audemar chez la jeune Catarine Tardieu, orpheline, déclenche une procédure d’urgence. L’intervention immédiate du lieutenant de juge et du procureur d’office vise à régulariser l’honneur de la fille avant le scandale public. Le mariage immédiat, sans bans, transforme ainsi une arrestation criminelle en un acte civil consensuel, protégeant la dot et la lignée.
« Le vingt et unième jour du mois de may et l’an que dessus [1629], Bertrand Audemar, pris et saisi de la justice et officiers de ville, dans la maison de feu Jaumet Tardieu, ayant débauché Catarine Tardieu, fille dudit feu Tardieu et de feue Anne Jaubert, sous promesse de mariage,
Et icelui conduit à la maison seigneuriale pour la garantir, il a dit et déclaré vouloir épouser lad[ite] Tardieu, sans qu’il fût ordonné ni contraint de la justice, […]
Ont été dispensés des bans et de consentement des parties, et parents de l’une et l’autre partie et en présence de Me André Allemand, lieutenant de juge, capitaine Joseph Castel, procureur d’office, led[it] Bertrand Audemar, fils de Pierre et d’Espérite Martine, d’une part, épousé avec lad[ite] Catarine Tardieu, fille de feu Jaumet et feu Anne Jaubert, le tout fait selon le s[ain]ct Concile en présence des dessus nommés et de messire Chastel, curé, et de Balthazar Mille, greffier de l’ordinaire de cette ville et de maître Constantin, boissier. »
[Signatures]
- Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0130.