
La routine des jours peut parfois être brisée par une image d’horreur, révélant une tragédie intime. C’est ce qui se produisit à Draguignan en cette fin de mai 1895, dans la quiétude apparente de la campagne provençale.
Le 27 mai 1895, vers onze heures du matin, une jeune femme se rendit, comme à son habitude, puiser de l’eau à la citerne de la campagne Massel, située au quartier du Dragon. Mais à la surface de l’eau, elle ne trouva pas que le reflet du ciel : elle fut saisie d’effroi en apercevant une tête d’homme qui émergeait. Toute effrayée, elle courut alerter son mari qui s’empressa d’informer la police.
L’identification macabre
L’affaire fut prise au sérieux. À une heure de l’après-midi, M. le docteur Doze, accompagné de M. Delate, commissaire de police, et de M. Arbaud, brigadier de police, se transporta sur les lieux pour procéder aux constatations.
Retiré de l’eau, le cadavre fut rapidement identifié. Il s’agissait de M. Jean-Pierre Ardisson, un propriétaire de 74 ans, bien connu et très estimé dans Draguignan, où il résidait place Portaiguères. Son absence avait déjà été remarquée : il avait disparu de son domicile depuis le mercredi précédent, le 22 mai, et les recherches actives menées par sa famille n’avaient pu le retrouver. C’était donc fait.
Le poids du chagrin
Les constatations médico-légales apportèrent une terrible clarté au drame : la mort remontait à environ quatre jours et était le résultat d’un suicide.
La raison de cette funeste détermination fut bientôt comprise. M. Ardisson, bien qu’estimé de tous, était en proie à une profonde détresse. Depuis la mort de son épouse, Marie Simon, survenue un mois auparavant, il donnait des signes d’aliénation mentale qui inquiétaient fort sa famille. C’était sans doute le chagrin immense ressenti de cette perte qui l’avait poussé à ce geste désespéré.
C’est ainsi que, par une matinée ensoleillée, fut révélée la fin solitaire et tragique d’un homme qui n’avait pu supporter la perte de celle qu’il aimait.
Informations généalogiques
Jean-Pierre Ardisson était fils de Charles Ardisson et de Thérèse Bernard. Il était né à Draguignan.
- Source : La République du Var, 28 mai 1895, p. 2.
- Registre d’état civil de Draguignan, année 1895, acte no 187, Archives départementales du Var, 7 E 53_118.