Le 26 juin 1896, le village d’Aiguilles (Hautes-Alpes) fut le théâtre d’un drame sanglant et absurde. Ce soir-là, dans le café de Paris, où se trouvaient deux jeunes ouvriers italiens, Laurent Gaydon et Prosper Monnet, âgés de dix-neuf ans et originaires d’Endrogna, établis dans la commune comme travailleurs agricoles, une querelle éclata brusquement entre ces compatriotes pour une dérisoire différence de 35 centimes sur le solde de la consommation.
Très vite, la querelle prit des allures plus graves. Prosper Monnet porta un coup de pied à son compatriote. C’est alors que Laurent Gaydon porta son couteau sur le flanc gauche de son antagoniste. Persuadé d’avoir seulement blessé son ennemi de façon superficielle, le criminel quitta le lieu du crime et se coucha tranquillement. Hélas ! le coup de couteau porta gravement. Transporté dans la maison de Joseph Sillan, cultivateur de soixante-quatorze ans, du quartier du Canton, le malheureux Prosper y expira à 10 heures du soir malgré tous les soins dont il fut entouré.
L’adjoint au maire, le sieur Villand, fut aussitôt prévenu de la tragédie. Il sonna le tocsin, et c’est avec la croyance d’un incendie que les pompiers accoururent à la hâte. Puisque la brigade de gendarmerie était à plus de cinq kilomètres, ce furent ces pompiers qui firent office de force publique. Ceux-ci escortèrent le juge de paix d’Aiguilles, qui devait procéder à l’arrestation du meurtrier, cueilli en plein sommeil.
Un télégramme fut immédiatement expédié au parquet de Briançon. Dès le lendemain matin, le procureur de la République Roche, le juge d’instruction Bouniol, le greffier Griot, et le docteur Vagnat prirent le premier train et arrivèrent vers neuf heures pour commencer l’enquête. Lors de son interrogatoire, Laurent Gaydon pleura sans arrêt, puis sombra dans un ahurissement total en voyant la réalité de son acte. Il fut ensuite écroué à la maison d’arrêt de Briançon.
Ce même 28 juin, à 8 heures du matin, le maire Antoine Gorlier dressa officiellement l’acte de décès de Prosper Monnet, arrachant définitivement le jeune fils de Jacques Monnet et Suzanne Tiston à ses montagnes d’Italie.
Ce même 28 juin, à 8 heures du matin, le maire Antoine Gorlier dressa officiellement l’acte de décès de Prosper Monnet, arrachant définitivement le jeune fils de Jacques Monnet et Suzanne Tiston à ses montagnes d’Italie.
- Sources : La Durance, 5 juillet 1896, p. 3.
- Registre d’état civil d’Aiguilles, Archives départementales des Hautes-Alpes, 2 E 4/12/1.
- Anecdote signalée par Généqueyras.