
La réception de Catherine Quenin en 1745 témoigne du contrôle rigoureux exercé par l’Église et la médecine sur les naissances en Provence. À cette époque, la sage-femme occupe une fonction charnière, validée par un docteur de Montpellier pour sa compétence technique et par le curé pour sa moralité. Sa capacité à administrer le baptême d’urgence est cruciale afin d’éviter que l’enfant ne meure sans sacrement, ce qui le condamnerait aux limbes. L’interdiction de faire dormir le nourrisson dans le lit parental vise spécifiquement à prévenir les cas fréquents d’étouffement accidentel durant le sommeil.
« L’an mil sept cent quarante-cinq et le dixième jour du mois de février.
Vu le certificat de Me Manson, docteur en médecine de la faculté de Montpellier du susdit jour, par lequel il constate que Catherine Quenin, veuve de Jacques Arnaud, native et habitante de cette paroisse, âgée d’environ cinquante ans, peut sans aucun risque exercer le ministère de sage-femme, l’ayant trouvée capable tant par sa théorie que par sa grande expérience depuis plus de trente ans.
Nous, soussigné, bachelier en théologie, curé perpétuel de la paroisse de Saint-Martin-de-Castillon, terroir des Baux, diocèse d’Arles, bien assuré de la religion, vie irréprochable et bonnes mœurs de ladite Catherine Quenin, après l’avoir examinée sur la manière de bien administrer le baptême, dont nous l’avons trouvée parfaitement instruite, et lui avoir fait prêter le serment requis, lui avons permis et permettons d’exercer le ministère de sage-femme dans toute l’étendue de cette paroisse, lui recommandant très expressément de ne baptiser les enfants que dans une pressante nécessité, et toujours, s’il se peut, en présence de deux personnes ; d’avertir les parents de faire recevoir le sacrement de baptême à leurs enfants dans les trois jours après leur naissance pour le plus tard ; de ne point les mettre dans leur lit avant qu’ils aient un an accompli, et de s’acquitter elle-même de sa charge avec toute la fidélité, la diligence et la prudence possibles, ce qu’elle nous a juré et promis.
Moyennant quoi, nous lui avons signé et expédié les présentes après les avoir couchées sur les registres de cette paroisse, à Saint-Martin, l’an et jour que dessus. »
[Laugier, curé]
- Sources : Registre paroissial de Saint-Martin-de-Castillon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 217.