Jean Augustin de Foresta (vers 1520-1588) : un grand magistrat face aux tourmentes de la Renaissance

Le XVIe siècle provençal est une période de contrastes violents, où l’éclat de la Renaissance se heurte à la montée des tensions confessionnelles. Au cœur de ce tumulte, Jean Augustin de Foresta, baron de Trets, occupe pendant près de trente ans la première place du Parlement de Provence : premier président de 1558 à sa mort en 1588, à l’exception de l’interruption de 1564-1566, il traverse les premières guerres de Religion à la tête de l’ordre judiciaire d’une province au bord de la rupture.

Une ascension au sein de la « noblesse de robe »

Jean Augustin de Foresta est né à Aix-en-Provence vers 1520. Fils cadet de Christophe de Foresta, baron de Trets, seigneur de Lançon et de Mimet, conseiller-médecin ordinaire du roi et maître d’hôtel de François Ier, et de Pélègre Gandolfi, il appartient à une famille dont l’ascension illustre l’essor de cette aristocratie de fonctions qui, par le savoir et le droit, devient le véritable relais du pouvoir royal en province.
Son père lui acquiert une charge de conseiller au Parlement de Provence : il est nommé en août 1543 et reçu en octobre de la même année. Le 29 mars 1554, il devient président à mortier. Le 5 juillet 1558, au lendemain de la mort de Jean Maynier d’Oppède, il est reçu premier président.

Un premier président dans la tourmente des guerres de Religion

Le mandat de Foresta coïncide avec les débuts des guerres de Religion. En juin 1562, Aix est occupée par les bandes catholiques de Durand et de Pontevès-Flassans ; les conseillers suspects d’hérésie prennent la fuite, et le conseiller Jean Salamon est assassiné dans la nuit du 22 au 23 juin. La cour, qu’il préside, doit alors faire informer sur ce meurtre dans un climat où les magistrats chargés de l’enquête craignent pour leur vie.
En 1564, la Couronne suspend le Parlement de Provence et le remplace par une commission de magistrats parisiens présidée par Bernard Prévost de Morsan, président au Parlement de Paris, reçu à Aix le 14 avril 1564. Foresta est lui aussi suspendu de ses fonctions. Selon la notice que lui consacre Wikipédia, d’après la Chronologie de Clapiers-Collongue, il est jugé à Montpellier devant un tribunal spécial, puis gracié par le roi.
Les magistrats provençaux sont rétablis à partir de l’automne 1565 : Foresta siège de nouveau le 23 novembre 1565, sous la présidence de Morsan. Lorsque celui-ci quitte Aix, le 9 décembre 1566, il redevient premier président. Les registres du Parlement l’attestent ensuite en fonction en 1573, en 1579 et jusqu’en septembre 1588. Fleury Vindry le qualifie de « magistrat ligueur ».

L’enracinement seigneurial : la baronnie de Trets

Baron de Trets, Jean Augustin de Foresta s’inscrit dans une famille qui ancre durablement son nom dans la terre du haut de l’Arc. Le 8 septembre 1553, il épouse Anne d’Albertas, fille d’Amiel d’Albertas, seigneur de Villecroze et premier consul de Marseille.
Ses descendants forment plusieurs branches : les barons de La Roquette, les seigneurs de Colongue, ceux de Châteauneuf et du Castelar. L’un d’eux, Jean-Augustin de Foresta, marquis de La Roquette, siège à son tour comme président au Parlement de Provence au XVIIe siècle. Son fils François, né à Aix le 14 octobre 1557, est reçu conseiller au Parlement le 21 novembre 1581.

Mort et postérité

Jean Augustin de Foresta meurt à Aix le 24 octobre 1588 et est enseveli au couvent des Observantins. Il disparaît deux ans avant la rupture de 1590 : le Parlement d’Aix, qui refuse de reconnaître Henri IV, voit alors se dresser en face de lui un parlement rival fidèle au roi, installé hors d’Aix et présidé par Artus Prunier de Saint-André, président au Parlement de Grenoble.
Premier président pendant près de trente ans, avec l’interruption de 1564-1566, il laisse derrière lui une lignée qui continuera de servir la Provence pendant plusieurs siècles.

Sources et bibliographie pour approfondir

  • Fleury Vindry, Les parlementaires français au XVIe siècle, tome I, 2e fascicule (Parlement d’Aix), Paris, Honoré Champion, 1910.
  • Balthasar de Clapiers-Collongues, Chronologie des officiers des Cours souveraines de Provence, Édition de la Société d’Études Provençales, 1909.
  • Archives Départementales des Bouches-du-Rhône (Série B) : Registres des délibérations du Parlement de Provence pour la période 1558-1588.
  • Jean-Scholastique Pitton, Histoire de la ville d’Aix, capitale de la Provence, Aix, 1666.
  • Prosper Cabasse, Essais historiques sur le Parlement de Provence, depuis son origine jusqu’à sa suppression, Paris, 1826.

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