
Le 30 mars 1909, un drame secoua la tranquillité habituelle de la commune de Saint-Chamas. Aux alentours de 8 heures du matin, un assassinat suivi d’un suicide mit la population en émoi.
L’auteur des faits était Lucien Lazare Michel, un homme de 67 ans né à Grans et résidant rue des Prêcheurs. Veuf depuis près d’une décennie, cet individu sans emploi vivait d’expédients et accumulait les dettes auprès de plusieurs personnes. Parmi ses créanciers figurait Jean Étienne Marius Lardeyrol, un entrepreneur de travaux publics de 69 ans. Né à Saint-Chamas, ce dernier était marié à Rosine Marie Roustan et fils des feus Henri Jean Lardeyrol et Magdeleine Désirée Silvestre. Domicilié place du Port, il jouissait d’une excellente réputation locale pour sa générosité et la douceur de son caractère.Afin de résorber ses difficultés financières, Michel chercha à contraindre M. Lardeyrol à lui acheter son logement. Il en exigeait toutefois une somme bien supérieure à la valeur réelle du bien. M. Lardeyrol, qui possédait déjà un patrimoine immobilier conséquent, déclina la proposition. Face à ce refus, Michel lui signifia un an plus tôt que cette décision lui coûterait la vie. Ne prenant pas la menace au sérieux, l’entrepreneur ne déposa pas plainte, laissant sans le savoir mûrir le projet criminel de son débiteur.
Le matin du drame, Michel mit son plan à exécution. Habitué à fréquenter l’atelier de son voisin tonnelier, M. Estienne (âgé de 47 ans), il s’y rendit armé d’un fusil. Pour justifier sa présence et ne pas éveiller les soupçons, il prétexta vouloir chasser la foulque sur les rives de l’étang. Connaissant ses activités de braconnage, le tonnelier ne s’inquiéta pas.En réalité, le meurtrier s’installa en embuscade. Il savait que M. Lardeyrol se trouvait dans son jardin et qu’il emprunterait la rue de la Poudrerie pour repasser devant l’atelier. La victime apparut vers 8 heures, tenant précisément à la main une foulque ramassée au bord de l’eau. Dès que l’entrepreneur passa à sa hauteur, Michel surgit et le poursuivit avant de tirer à bout portant. Atteint d’une décharge sous l’omoplate gauche, M. Lardeyrol s’effondra, tué sur le coup à 8 h 15, au coin de la rue Mirabeau et de la rue de la Poudrerie.
Faisant preuve d’un froid cynisme, le tueur longea le corps de sa victime sans s’arrêter et regagna son propre domicile, situé dans la même rue des Prêcheurs. Bien décidé à mettre fin à ses jours, il prit le temps de dénuder sa poitrine avant de se tirer une balle en plein cœur, ce qui le tua sur-le-champ.
Avisés du meurtre, le brigadier Guillaume Lafont et le gendarme Alfred Martin se rendirent sur place pour dresser les constatations légales et informer le parquet d’Aix par dépêche, avant de déclarer officiellement le décès à dix heures du matin en mairie devant l’adjoint Marius Roux. La mort brutale de M. Lardeyrol suscita une vive émotion et une réprobation unanime parmi les habitants du village.

- Source : Le Petit Marseillais, 31 mars 1909, p. 3.
- Registre d’état civil des décès de Saint-Chamas, année 1909, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, acte no 15, 202 E 1356.