
C’est une anecdote singulière que rapporte le Courrier du Gard, reprise par L’Annonciateur, une de ces histoires qui nous rappellent que les apparences sont souvent trompeuses et que l’innocence ne tient parfois qu’à un fil de soie.
Un larcin inexplicable
Le sieur M. G…, de Tarascon (Bouches-du-Rhône), possédait deux boutons de chemise fort précieux, façonnés en or émaillé. Le travail en était si fin qu’une petite mouche en acier bruni semblait s’y être posée, à tel point que le propriétaire lui-même s’y trompait parfois. Un jour, l’un de ces bijoux fut perdu. Bien que méfiant, M. G… préféra garder le silence. Mais lorsqu’un an plus tard, le second bouton disparut à son tour du meuble où il reposait chaque soir, le doute ne fut plus permis : on le volait.
La vieille servante de la maison fut immédiatement soupçonnée de ce méfait. Accusée sans preuve mais avec la certitude du maître, la malheureuse fut congédiée, emportant avec elle le poids d’une honte injuste.
La justice du balai
Dimanche 6 août 1865, alors que la famille était revenue de la campagne, Madame G… entreprit d’inspecter ses appartements de Tarascon. Sous les lambris de son alcôve, elle aperçut une toile d’araignée d’une taille respectable et décida d’en faire justice d’un coup de balai.
À sa grande stupeur, elle vit tomber du plafond non pas un, mais les deux boutons d’or tant regrettés ! Une araignée de forte taille, sans doute abusée par la ressemblance des bijoux avec de véritables insectes, avait patiemment dérobé les boutons pour les cacher au cœur de sa toile. La pauvre servante fut rappelée sur-le-champ pour retrouver sa place, son innocence étant enfin manifeste.
- Source : L’Annonciateur, édition du 12 août 1865, p. 3.