
C’est l’histoire véridique d’un pauvre enfant abandonné qui, par la force de ses qualités et l’humanité de quelques âmes charitables, a connu un destin exceptionnel.
L’histoire commence en 1845. M. et Mme D., d’honnêtes rentiers de Marseille, recueillirent un enfant abandonné au coin de leur rue. L’enfant, dont la gentillesse et les bonnes qualités n’avaient pas tardé à se concilier leur affection, fut aimé comme leur fils.
Hélas, une fatalité frappa la générosité : la faillite du banquier où était placée leur fortune obligea M. et Mme D… à travailler pour vivre, et à renoncer à garder le jeune garçon auprès d’eux.
L’enfant fut alors placé en apprentissage dans un grand atelier de menuiserie. Le maître de l’atelier ne tarda pas à remarquer son intelligence et en fit bientôt son factotum.
Lorsque l’enfant devint un jeune homme, la confiance de son maître s’accrut. Il l’envoya voyager au Nord de la France et en Allemagne pour y faire ses achats en bois de toutes sortes. Il accomplit sa mission avec un tel succès et une telle habileté qu’à son retour, il obtint un intérêt dans l’entreprise. Mieux encore, il vint épouser, en juin 1868, la fille de son maître.
Loin d’oublier ses bienfaiteurs, M. et Mme D., le jeune homme eut pitié de leur sort et de ce qu’ils étaient devenus. Il tint à ce qu’ils viennent habiter chez lui.
Plus encore, se souvenant de leur grande misère, il leur constitua une rente qui, à elle seule, suffisait à les rendre indépendants et à les faire vivre dans une honnête aisance.
L’histoire s’arrête là et nous sommes bien désolés de ne pas connaître le nom de ce brave jeune homme.
- Source : Le Petit Marseillais, 23 juin 1868, p. 3.