
En ce dimanche de décembre 1891, au Mas-Blanc-des-Alpilles, l’acte de décès de Jean Pierre Fayet, un vitrier originaire du Cantal, révèle une réalité sociale courante en Provence à la fin du XIXe siècle. Ce suicide par strangulation, déclaré par un instituteur et un épicier, met en lumière la vulnérabilité et l’isolement souvent rencontrés par les travailleurs migrants, venus des régions montagneuses chercher fortune dans les Bouches-du-Rhône. Ces « Gavots » ou « Auvergnats » constituaient une main-d’œuvre essentielle, mais souvent déracinée et confrontée à une profonde détresse, que l’administration républicaine se contentait d’enregistrer. Le drame se déroule près d’un amandier, emblème agricole de la région.
« L’an mil huit cent quatre-vingt onze, le treize décembre à midi, pardevant nous, Mauche Joseph, maire, officier de l’état-civil de la commune de Mas-Blanc, canton de Tarascon, arrondissement d’Arles, département des Bouches-du-Rhône,
Ont comparu les sieurs Ancelin Antoine, instituteur, âgé de vingt-huit ans, et Millaudon Léon, épicier, âgé de quarante trois ans, tous les deux domiciliés à Mas-Blanc,
Lesquels nous ont déclaré que le nommé Fayet Jean Pierre, vitrier, domicilié à Saint-Rémy, fils de Fayet Jean, cultivateur, âgé de soixante-dix ans, et de feue Anglade Françoise, né à Vèze, canton d’Allanche, arrondissement de Murat, département du Cantal, le vingt-deux février mil huit cent soixante-trois, époux de Rolland Marie, s’est donné volontairement la mort par la strangulation à un amandier situé près le grand château du Mas-Blanc, sis dans cette commune, vers les sept heures du matin,
Ainsi que nous nous en sommes assuré et avons rédigé le présent acte que nous avons signé avec les témoins ci-dessus nommés, le tout après lecture. »
[Signatures]
- Registre d’état-civil de Mas-Blanc-des-Alpilles