L’homme aux tatouages (Curel, 1er novembre 1869)

L’identification de ce « rhabilleur » itinérant à Curel en 1869 lève le voile sur une sociologie de la marge, typique de la Provence rurale du XIXe siècle. Ces artisans nomades, essentiels à l’entretien des moulins, vivaient dans une errance codifiée où le tatouage servait de carte d’identité indélébile. Pratique courante chez les compagnons et les anciens soldats, ces marquages dermiques à l’encre bleue constituaient une protection contre l’anonymat de la fosse commune. Sa mort solitaire dans une écurie, entre deux étapes de travail, témoigne de la réalité brutale des travailleurs saisonniers circulant entre le Vaucluse et les Basses-Alpes.

« L’an mil huit cent soixante neuf et le premier du mois de novembre à neuf heures du matin, par devant vous Imbert Victor, maire et officier de l’état civil de la commune de Curel, canton de Noyers département des Basses-Alpes,
A comparu dans la maison commune le sieur Latil Joseph, adjoint au maire de Curel et âgé de quarante huit ans, lequel nous a déclaré qu’un individu a été trouvé mort dans la matinée du dit jour, dans une écurie aux Étangs, commune de Curel,
Que le décès a eu lieu dans la nuit du trente et un octobre au premier novembre, que l’individu décédé est inconnu, mais que d’après les renseignements qui nous ont été fournis, il pouvait (?) s’appeler Benoît Joseph Petit dit Masanin et être originaire de Mazan, commune de l’arrondissement de Carpentras (Vaucluse).
Cet individu portait sur sa poitrine tatoués en bleu deux lutteurs et en dessous, écrit aussi en tatouage, ‘Benoît Joseph Petit Masanin’ et un mot effacé, sur le bras gauche un moulin à vent, un cheval et un homme tatoués en bleu, sur le bras droit un vase de fleurs également tatoué en bleu.
Il paraît que cet individu exerçait la profession de rhabilleur ambulant de moulin.
Le présent acte de décès a été dressé par nous maire de Curel… »

  • Registre d’état civil de la commune de Curel, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 3E259/0656.
  • Texte transmis par Yve Chetaille.

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