
Le théâtre, lieu de toutes les magies et de tous les mirages, est aussi, dans ses coulisses, un monde de péril. C’est là, dans les hauteurs sombres où l’on manœuvre les décors, que se joua, un dimanche, une tragédie dénuée de tout artifice, mais d’une déplorable réalité.
Le danger dans la galerie
L’acteur malheureux de ce drame fut un ouvrier machiniste, dont le rôle essentiel est de donner vie à la scène, de monter et descendre les toiles et les décors. L’incident se produisit au théâtre d’Arles (Bouches-du-Rhône), après que le rideau eut été baissé.
Après investigation, il nous semble avoir retrouvé l’identité de la victime de cette histoire. Selon nous, le jeune homme en question se nommait Étienne-Paul Barbier, avait 29 ans, était originaire de Bourg-de-Péage (Drôme) et, au moment des faits, travaillait en qualité de menuisier pour l’entreprise de M. Jean Flory, dans la rue de la Roquette, à Arles.
Dans les arcanes de la machinerie, une des galeries établies pour le service des décors se trouvait obstruée. Voulant à tout prix contourner cet obstacle pour poursuivre son travail, l’ouvrier prit une décision fatale : il entreprit de passer en dehors des garde-fous qui ceignent pourtant ces galeries.
La chute de neuf mètres
L’homme s’engagea dans le vide, comptant sur la seule force de ses bras. Hélas, ses mains durent glisser. Précipité dans le vide, il fit une chute vertigineuse d’une hauteur de neuf mètres, s’écrasant sur la scène, juste à côté de la première coulisse.
L’ouvrier machiniste resta raide sans mouvement après l’impact. Il fut immédiatement transporté à l’hôpital de la ville, l’hôtel-Dieu Saint-Esprit, mais la gravité de ses blessures était telle qu’il y mourut dans la nuit, aux alentours d’une heure du matin.
Ce fut une fin amère et violente, loin des projecteurs. Cependant, au milieu de l’affliction, une seule consolation fut notée : ce passage était très fréquenté et l’on se félicita que personne n’eût occupé cet endroit au moment précis où le malheureux y fut précipité.
- Sources : Le Mémorial d’Aix, 15 février 1840, p. 4.
- Registre d’état civil de la ville d’Arles, année 1840, 203 E 1170, acte no 59, Archives départementales des Bouches-du-Rhône.
