Briançon en 1810, sous le Premier Empire, est une ville alpine où les conditions de vie restent difficiles. Cet acte de décès, rédigé par le maire de Saint-Crépin, témoigne des dangers naturels permanents et de la force des cours d’eau. La noyade de Joseph Hugues, fils « naturel » de seize mois, emporté par la Durance, met en lumière la fragilité de l’existence enfantine et la précarité des familles. L’intervention d’un officier de santé était alors requise pour constater le décès, soulignant le strict encadrement administratif de l’État civil mis en place par le Code Civil napoléonien pour enregistrer officiellement ces drames intimes.

L’an mil huit cent dix et le vingt-quatre juin à trois heures après midi, pardevant nous Pierre Joseph Roux, maire, officier de l’État civil de la commune de Saint-Crépin, canton de Guillestre, arrondissement d’Embrun, département des Hautes-Alpes,
A comparu sieur François Étienne Eymard, âgé de cinquante-neuf ans, officier de santé domicilié à Saint-Crépin, lequel, assisté de sieur Jacques Brunet, âgé de quarante-deux ans, et de Barthélemy Morand, âgé de vingt-cinq ans, tous deux domiciliés à la commune de Briançon,
Nous ont déclaré que Joseph Hugues, fils naturel de Catherine Morand, domicilié au Pont-de-Cervière, commune de Briançon, âgé de seize mois, s’étant noyé dans le ruisseau audevant de l’habitation de sa mère, a été rendu par les eaux de la Durance sur le sol de notre commune.
D’après cette déclaration et celle de M. le suppléant de la justice de paix ci-annexé, nous avons dressé le présent acte de décès, que le sieur Eymard a signé avec lesdits sieurs Brunet et Morand, parent du décédé, ainsi que nous, lecture du présente acte leur ayant été faite audit Saint-Crépin, le jour et an que dessus.
[EYMARD, chirurgien, BRUNET, BARTHELEMI MORAND, ROUX, maire]
- Registre d’état civil de Briançon