Un refus d’enterrement religieux (Arles, 25 janvier 1840)

Ce récit n’est pas celui d’un assassinat ni d’une émeute politique, mais celui d’une mort simple et d’un refus lourd de conséquences, un jour où la charité fut niée et où le peuple se prit de colère.

La chute du maçon

Le malheur frappa François-Xavier Clément, un maçon de 43 ans, né à Arles (Bouches-du-Rhône). Son métier, noble mais périlleux, fut sa perte. Alors qu’il travaillait sur un chantier de démolition, un accident survint : il fit une chute et se brisa le crâne. C’était une mort subite, brutale, sur le lieu même de son labeur.
La nouvelle de la tragédie, comme souvent, se répandit rapidement. Mais l’histoire ne s’arrêta pas à cet accident, d’autant plus triste que l’homme avait déjà perdu ses deux parents, mais aussi ses deux précédentes femmes. Non, cette histoire commença avec l’ultime devoir : celui de la sépulture.

Le refus de la bénédiction

Lorsque la famille et les proches sollicitèrent les services de l’Église, ils se heurtèrent à une fin de non-recevoir glaciale. Le curé de la paroisse prononça un refus catégorique d’accorder la sépulture ecclésiastique à François-Xavier Clément.
La raison de ce refus, aussi douloureuse que l’accident lui-même, plongeait le défunt dans l’infamie, le privant du repos en terre consacrée, peut-être en raison de ses idées, de sa conduite, ou de son appartenance à un courant jugé hostile à l’Église. C’était une condamnation morale posthume.

L’immense procession de la colère

Face à l’inflexibilité du prêtre, la famille et les amis de Xavier Clément ne cédèrent pas. Loin d’accepter l’anathème, ils décidèrent d’agir.
Ils prirent le corps du défunt et le portèrent eux-mêmes jusqu’au cimetière. Ce qui aurait dû être une simple marche funèbre devint un événement social retentissant, une véritable démonstration de force morale et populaire.
Ils ne marchaient pas seuls. Ils étaient suivis de près de trois mille personnes. Cette foule immense, portée par l’indignation et la solidarité, accompagnait le maçon déchu. Dans un acte de défiance solennelle et d’hommage vibrant, la foule traversa les rues, chantant les prières des morts, se faisant elle-même l’officiante de la cérémonie que l’Église avait refusée.
L’émotion était palpable. Et la conséquence de l’entêtement du curé fut claire : le peuple entier était fort irrité contre lui et tous blâmaient son intransigeance. Dans cette affaire, la piété populaire avait jugé l’institution, et la voix de trois mille âmes en colère résonnait plus fort que la sentence de l’autel.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 15 février 1840, p. 4.
  • Registre d’état civil de la ville d’Arles, année 1840, 203 E 1170, acte no 41, Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

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