
Quelques années avant la Révolution, le Comtat Venaissin, territoire pontifical, applique une justice criminelle où le suicide est perçu comme un double crime : un attentat contre Dieu et une désobéissance au souverain. La législation en vigueur autorise le procès des cadavres pour éviter que la mort n’éteigne l’action publique. En 1720, la condamnation de Mégioule et de Gabrielle Sicard révèle la rigueur de la procédure de « mémoire » visant à flétrir les restes des assassins de Jacques Philip. Ce supplice posthume, marqué par la traîne sur la claie et l’exposition des têtes, prive les défunts de sépulture chrétienne.
« Un jugement condamne les cadavres du nommé Mégioule et de Gabrielle Sicard, épouse de Pierre Ville, habitants de Bollène, à être successivement traînés sur la claie, pendus par les pieds, jetés à la voirie sous les fourches patibulaires – leurs têtes coupées –, et exposées en ladite ville de Bollène, pour crime de suicide.
L’exécution de ce jugement a lieu le lendemain.
Il paraît que ces deux criminels s’étaient donné la mort afin de se soustraire au supplice qui devait les atteindre comme assassins d’un nommé Jacques Philip dit Coulomb. »
- Source : “Fais particuliers arrivés dans la ville d’Avignon depuis l’année 795 jusqu’à l’année 1720”, Registre manuscrit, Archives municipales d’Avignon, 1Z8.