En ce rude hiver 1775, le passage d’une mendiante muette à Saint-Chaffrey met en lumière le traitement des indigents et des handicapés dans les Hautes-Alpes. Sans identité ni attaches locales, ces errants dépendent de la charité paroissiale ou des hôpitaux, alors que l’administration royale cherche de plus en plus à contrôler le vagabondage. Le diagnostic de « muette », faute de structure médicale spécialisée, condamne l’individu à une marginalité totale. Cet acte de décès consigne la fin anonyme d’une femme dont l’existence ne laisse qu’une trace administrative froide, témoignant des procédures d’inhumation pour les étrangers sans ressources.
« Une muette d’on j’ignore la famille et le païs qui parraissait agée d’environ trente cinq ans, et qui mendiait dans le lieu depuis plusieurs années, donnant des marques de catholicité, décédée le trois janvier mil sept cent soixante quinze, a été enterrée le lendemain dans le cimetière de cette paroisse. En temoin Frezet curé »- Registre paroissial de Saint-Chaffrey (Hautes-Alpes)
- Texte transmis par Philippe Ligonesche