Une urgence vitale (Les Saintes-Maries-de-la-Mer, 22 septembre 1658)

Dans les registres paroissiaux, la mortalité infantile est hélas omniprésente sous l’Ancien Régime. Mais le registre des Saintes-Maries-de-la-Mer de l’automne 1658 nous livre un document rarissime et un épilogue inespéré : un sauvetage documenté !
Tout commence par une anomalie : un certificat médical rédigé en latin, inséré au milieu des actes de baptême. Le 22 septembre, l’apothicaire local, le sieur Berger, y atteste que le nouveau-né de Pierre Granier, juge royal de la ville, souffre d’un grave « flux d’humeurs et de coliques intestinales ». Le nourrisson risque la mort et ne peut être transporté à l’église.
Face à cette urgence vitale, la famille obtient une autorisation exceptionnelle du vicaire général d’Arles. Le curé se rend précipitamment au domicile du juge pour procéder à un ondoiement (un baptême d’urgence) afin de sauver l’âme du petit Jean Louis.
On s’attend alors à retrouver le nom de l’enfant dans le registre des sépultures… Mais le miracle a lieu ! Un nouvel acte daté du 6 octobre 1658 consigne le triomphe de la vie. L’enfant a survécu. Déclaré hors de danger, il est présenté à l’église où le prêtre « supplée les cérémonies » (comme l’onction du Saint-Chrême), en présence de son noble parrain venu d’Arles. Une archive poignante !

1. Le certificat médical de l’apothicaire (22 septembre 1658)

Texte original en latin :
Ego Infrascriptus pharmacopola santimarianus fidem facio & attestor puerum domini petri de Granier regii judicis ejusdem urbis santimariane ab aliquot diebus natum laborare magno humorum defluxu & intestinorum torminibus ac eodem defluxu manantibus / idcirco ad Ecclesiam afferri sine magno vitæ discrimine Non posse ut sacramento Baptismi muniatur. In quorum fidem presentes feci In dicta urbe die vigesima secunda mensis septembris anno millesimo sexcentesimo quinquagesimo octavo.

Berger
Traduction en français :
Moi, apothicaire soussigné des Saintes-Maries, fais foi et atteste que l’enfant du sieur Pierre de Granier, juge royal de cette même ville des Saintes-Maries, né depuis quelques jours, souffre d’un grand flux d’humeurs et de coliques intestinales, et de ce même flux qui s’écoule ; c’est pourquoi il ne peut être apporté à l’église sans un grand péril pour sa vie, afin d’y être muni du sacrement du baptême. En foi de quoi j’ai fait les présentes en ladite ville, le vingt-deuxième jour du mois de septembre de l’année mil six cent cinquante-huit.

Berger

2. L’enregistrement de l’ondoiement à domicile

Texte original en latin :
Visis suprascripta testificatione, nec non facultate antea per Epistolam subscriptam die 12a pntis mensis Septembris concessa a Domino Vicario et Officiali gnali Illmi Dni Dni Arelaten. Archiepi, aquam baptismalem præfato puero (nato die 6a huius dicti mensis) Dni Petri Granier Regis Judicis, et Dllæ Blanchæ Moustier< conjugum dedi ipsorum domi. Cui puero impositum est nomen Joannes Ludovicus. Illius patrini fuere dnus Antonius Granier illius nomine Nobili Joannis Ludovici de Pallier Sen. Civitatis Arelaten., et Dlla Maria Granier conix Joannis Ponsquier burgen. dictæ huius villæ.

Desuignes vic.
Traduction en français :
Au vu de l’attestation écrite ci-dessus, ainsi que de l’autorisation accordée par lettre le 12 du présent mois de septembre par le Vicaire Général de l’Illustrissime Archevêque d’Arles, j’ai donné l’eau baptismale à domicile au susdit enfant (né le 6 de ce mois) des époux Sieur Pierre Granier, Juge Royal, et Demoiselle Blanche Moustier. Il a reçu le nom de Jean Louis. Les parrains furent le sieur Antoine Granier (agissant au nom du Noble Jean Louis de Pallier de la cité d’Arles) et Demoiselle Marie Granier, épouse de Jean Ponsquier, bourgeois de cette ville.

Desuignes vic.

3. Le supplément des cérémonies à l’église (6 octobre 1658)

Texte original en latin :
Testor Ego idem Vicarius me die sexta mensis Octobris ejusdem anni 1658 supradicto puero Joanni Ludovico Granier sacras Baptismi supplesse Ceremonias, quarum susceptioni interfuere ipsius puerum gessere præfati nobilis Joannes Ludovicus de Pallier et Dlla Maria Granier illius patrini.

Desuignes vic.
Traduction en français :
Moi-même Vicaire, atteste avoir suppléé les cérémonies sacrées du Baptême le sixième jour du mois d’octobre de la même année 1658 pour le susdit enfant Jean Louis Granier, à la réception desquelles ont assisté et porté l’enfant les parrains précités, le noble Jean Louis de Pallier et Demoiselle Marie Granier.

Desuignes vic.
  • Source : registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, cote 203 E 277 bis.

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