De l’avantage d’un cours Mirabeau boueux (Aix-en-Provence, 26-30 décembre 1898)

Les travaux d’embellissement du cours Mirabeau au début des années 2000 nous font parfois oublier que cette magnifique avenue, pleine de dignité, a parfois présenté un aspect moins glorieux que celui que nous lui connaissons aujourd’hui. Fin décembre 1898, sous la municipalité Maurice Bertrand, un épisode pluvieux mettait en colère des journalistes aixois d’opposition. Ceux-ci voyaient tout de même un avantage à la situation.

*

femme-jupe-retroussee« La semaine a été pluvieuse ; la pluie s’est mise à tomber dès lundi [26 décembre] et jusqu’à vendredi [30 décembre] nous avons barboté dans une boue gluante.
Notre beau cours Mirabeau a été, durant toute la semaine, d’un accès difficile ; il était absolument impossible de le traverser sans s’embourber jusqu’aux chevilles.
Quand donc l’édilité se décidera-t-elle à remédier à cet état de choses ? Nous possédons une des plus belles voies de la région et nous la laissons se transformer pendant les mauvais jours en un cloaque boueux.
Nous reconnaissons cependant volontiers que ce mauvais état de nos chaussées a un avantage ; celui de nous faire assister à un spectacle qui n’a rien d’austère. On voit en effet nos jolies Aixoises, coquettement troussées, tenter avec d’infinies précautions la traversée de notre grande artère ; de-ci, de-là, on aperçoit, surgissant de dessous affriolants, des pieds mignons, finement chaussés… et on songe au vers du poète que je cite de mémoire :
“Quand on voit le pied, le reste se devine1”. […] »

Note

1 « Que, lorsqu’on voit le pied, la jambe se devine… » Alfred de Musset, « Namouna », dans Spectacle dans un fauteuil, 1832.

  • Le National, dimanche 1er janvier 1899
  • Illustration : « C’est pas pour la boue que je retrousse, mais c’est que je n’ai pas payé mon terme… » DR.