Exécution publique à la porte du Puits (Aix-en-Provence, 1476)

leonard-pendaison-bernardo-baroncelliVers 1476, un certain Léon Asturg, de confession juive, avait proféré des blasphèmes contre la Vierge. Informé, le roi René le fit jeter au cachot et enseigner par des docteurs en théologie afin de le catéchiser. A quoi le Juif répondit en redoublant de blasphèmes. L’homme fut donc livré au bras séculier. A l’issue de son jugement, il fut condamné « à estre despouillé tout nud sur ung eschaffault dressé au droit de sa maison, et là, à être escorché tout vif ».

Ses coreligionnaires, instruits de l’affaire, rassemblèrent douze d’entre eux qui partirent en délégation auprès du roi René et qui lui proposèrent 20 000 florins en échange de la liberté d’Asturg. Indigné, celui-ci se tourna vers ses conseillers. L’un d’eux, probablement Jean de Matheron, dit au roi : « Ces Juifs méritent une amende pour avoir eu la hardiesse de vous faire cette proposition. Je vous prie de m’autoriser à leur répondre et j’espère qu’avec l’aide de Dieu, vous en serez satisfait ».

Le roi accéda à sa requête. Jean de Matheron s’avança vers les Juifs et leur dit : « Beaux seigneurs, notre Sire et son conseil sont assez étonnés de l’audace qui vous amène à demander le pardon du crime de votre compagnon ; vous-mêmes auriez dû penser à le punir car, habitant parmi les Chrétiens, vous devez respecter notre Seigneur Jésus-Christ et sa glorieuse Mère. Aussi, pour vous punir, le roy et son conseil ont-ils décidé que vous écorcherez vous-mêmes votre corréligionnaire. » Les Juifs furent si étonnés de cette décision « que peu faillit qu’ilz se pamassent ». Ces derniers changèrent alors de position. Ils firent quelques présents à des proches du roi pour l’inciter à accepter les 20 000 florins, afin, non plus de libérer Asturg, mais d’être dispensés de l’écorcher eux-mêmes.
Ravi de la situation, le roi René accepta les florins, dispensa les douze Juifs, mais, Asturg « persévérant jusques à la mort en sa damnée obstination », le fit tout de même écorcher par son bourreau.



Faits divers d’Aix-en-Provence