Frédéric Mistral (1830-1914), le nouvel Homère provençal

Portrait de Frédéric Mistral, par Félix-Auguste Clément

Portrait de Frédéric Mistral,
par Félix-Auguste Clément

Frédéric Mistral (Frederi Mistrau en provençal) naît à Maillane (13), au Mas du Juge, le 8 septembre 1830 du mariage de François Mistral et d’Adélaïde Poulinet, dans une famille de paysans aisés.

La jeunesse

Il fréquente l’école communale de Maillane de 1837 à 1839, mais fait régulièrement l’école buissonnière ; il est admis au pensionnat de Saint-Michel-de-Frigolet, puis au pensionnat Millet d’Avignon (1841). Il suit alors des études au Collège royal d’Avignon, où il rencontre Joseph Roumanille en 1845. En 1847, il obtient son baccalauréat à Nîmes.
Pris d’admiration pour Lamartine et les idées de la Révolution de 1848, il en gardera un sentiment républicain qui l’empêche de se lancer en politique dans un Second Empire naissant. Il écrit son premier poème, resté inédit, Li Meissoun (Les Moissons). Mais sa famille le destine au métier d’avocat, et il suit les cours de droit à la Faculté d’Aix-en-Provence de 1848 à 1851. Il en sort avec une licence de droit. C’est durant ses années de droit qu’il étudie l’histoire de la Provence et devient un défenseur de la langue provençale « première langue littéraire de l’Europe civilisée », et il se fixe pour but « de relever, de raviver en Provence le sentiment de race […] ; d’émouvoir cette renaissance par la restauration de la langue naturelle et historique du pays […] ; de rendre la vogue au provençal par le souffle et la flamme de la divine poésie ».

Création du Félibrige

En 1851, il retourne vivre à Maillane chez ses parents. Participant aux Congrès des poètes provençaux d’Arles (1852) et d’Aix (1853), accompagné de son ami Joseph Roumanille, il va créé avec cinq autres poètes le Félibrige, grand mouvement de renaissance et de promotion de la culture provençale, le 21 mai 1854 au château de Font-Ségugne (Châteauneuf-de-Gadagne, Vaucluse).

Mirèio, sa grande oeuvre

En 1855, son père décède, et il doit quitter avec sa mère le Mas du Juge, la maison de son enfance. Il s’installe alors dans une maison familiale dans le village de Maillane, la Maison du Lézard. Il y termine la rédaction de Mirèio en 1859, la grande œuvre de sa vie. A sa parution, elle sera distinguée par l’Académie Française.
Mirèio (Mireille) est un long poème en provençal en vers et en douze chants. Mistral met huit longues années pour le rédiger entre 1851 et 1859. Il raconte les amours impossibles de Mireille et Vincent, deux jeunes provençaux aux origines sociales opposées. Mireille, fille d’un riche ménager (cultivateur aisé), tombe amoureuse de Vincent, un pauvre vannier. Leur union est désapprouvée par le père de Mireille, qui veut obliger sa fille à épouser un homme riche. Après avoir repoussé trois prétendants choisis par son père, Mireille, désespérée, s’enfuit aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour aller y prier la Sainte Vierge, afin qu’elle fasse changer d’avis son père. Mais en court de route, sous le dur soleil de Provence, la jeune fille est victime d’une insolation, et meurt dans les bras de son amoureux, Vincent, venu à sa recherche, sous le regard de ses parents. Mistral dédie l’œuvre au poète Lamartine. Dès 1863, le compositeur Gounod en fait un opéra.

Après Mirèio

Mirèio est suivie par un deuxième grand poème, Calendau, en 1867. Mais celui-ci recevra un accueil plus mitigé. La même année, il écrit la Coupo Santo, pour remercier le poète catalan Balaguer de la coupe que celui-ci offre aux Félibres pour leur hospitalité.
En 1875, Il publie Lis Isclo d’or, recueil de poésies diverses écrites au cours des vingt-cinq dernières années. La même année, il quitte la Maison du Lézard pour s’installer dans la maison qu’il vient de se faire bâtir juste en face, et nouvellement marié avec Marie-Louise Rivière, le 27 septembre 1876 à Dijon, le couple y passera le restant de leur vie. Après son décès et, surtout après le décès de son épouse le 6 février 1943, cette maison devient le Museon Frederi-Mistral. Mistral l’avait voulu ainsi selon son testament du 7 septembre 1907. Il lèguait la maison et son contenu, notamment la bibliothèque, à la commune de Maillane pour qu’elle en fasse une bibliothèque et un musée public.
Le Museon Arlaten, par Mbzt (Own work). CC

Le Museon Arlaten,
Mbzt, Creative Commons.

Entre 1878 et 1886, sous l’action de Mistral, le Félibrige va publier Lou Tresor dóu Felibrige, dictionnaire bilingue provençal-français, œuvre lexicographique qui reste actuellement le dictionnaire le plus riche et le plus précis jamais écrit sur l’ensemble des langues d’oc. S’appuyant sur des dizaines de correspondants locaux, Mistral recense pour chaque mot les différentes variantes des langues d’oc d’un même mot, sa traduction, des expressions ou citations mettant le mot en situation.
Il poursuit son œuvre littéraire en écrivant la nouvelle Nerto en 1884, suivit d’un drame, La Rèino Jano en 1890 ; et en 1897, Lou Pouèmo dòu Rose.

Le prix Nobel de littérature

En 1904, il reçoit le prix Nobel de littérature pour Mirèio, la seule fois où le célèbre prix fut attribué à un auteur pour une œuvre écrite dans une langue régionale. Le poème est alors traduit dans une quinzaine de langues différentes, dont le français par Mistral lui-même. Grâce à l’argent du prix, il pourra acquérir les collections et aménager le Museon Arlaten, à Arles, musée entièrement dédié à la culture provençale sous toutes ses formes, fondé par Mistral en 1899.

Ses dernières années

En 1906, il publie ses mémoires dans Moun espelido, Memòri e Raconte, suivies la même année d’un choix de discours, Discours e dicho. En 1910, il fait une traduction en provençal du livre biblique de la Genèse : La Genèsi, traducho en prouvençau. Enfin en 1912, il publie un recueil de poèmes, Lis óulivado, regroupant les créations du poète depuis 1880.
Frédéric Mistral s’éteint le 25 mars 1914 dans sa ville natale de Maillane, où il est enseveli. Resté sans enfants de son union avec Marie-Louise Rivière, ses héritiers sont ses neveux et nièces, enfants de ses frère et soeur aînés, Marie et Louis, nés du premier mariage du père de Frédéric Mistral. Pourtant d’une jeune servante de son père, Athénaïs Ferréol, Frédéric Mistral eut un fils naturel, prénommé Marius Antoine Coriolan Ferréol, né à Maillane en 1859. Mistral ne reconnut jamais ce fils, mais s’occupe de son éducation. Une brillante carrière dans l’Education nationale lui permit de finir sa carrière professionnelle comme directeur général des écoles d’Aix. Par ce fils, Mistral eut sa seule descendance connue, dont figure son arrière-arrière-petite-fille, Andréa Ferréol, talentueuse comédienne française.
Sébastien Avy
La descendance naturelle de Frédéric Mistral

La descendance naturelle de Frédéric Mistral (recherches Sébastien Avy)