Introduction à la tenue des registres (par le curé de Tavernes [83], 1750)

  • Texte transmis par Philippe Coulet

« Il n’y a rien dans une parroisse de plus precieux, apres ce qui contribue directement au salut des ames, rien qui merite plus l’attention d’un curé, que les registres. On peut dire qu’ils en sont comme les fondemens, soit pour le temporel, soit pour le spirituel, puisque les actes qui y sont contenus, decident souvent et de l’interet des familles, et du repos des consciences. Il est donc du devoir d’un curé de conserver avec soin dans leur entier ceux qu’on lui a laissez, et d’inserer dans ceux de son tems les qualifications des personnes et les autres circonstances, dont la connoissance peut etre utile ou necessaire a la posterité ; surtout quand ce sont des personnes dont le nom est fort commun dans sa parroisse, comme l’est dans celle-ci le nom d’Aubert, de Fabre, de Garcin, de Nicolas.
« Mais quelque soin qu’on ait de bien distinguer ces qualifications, il restera toujours dans les registres un grande confusion, sans le secours d’un raportoire, non seulement par l’uniformité des noms de bapteme et des familles, mais encore par le raport eloigné que les actes ont de l’un a l’autre, comme dans les seconds mariages, et les mortuaires des personnes qui les ont contractez. Ce qui cause souvent de l’embarras a un curé, lui fait perdre beaucoup de tems, et l’expose a de grandes meprises ; au lieu qu’ayant tout a la fois devant les yeux par le moyen d’un raportoire les noms des personnes, de leurs ascendans et descendans, les dates de leur bapteme, mariage et mortuaire, il n’y a pas tant de danger de confondre une personne avec lautre.
« Mais autant qu’un raportoire a paru necessaire pour la commodité du curé et l’avantage des parroissiens, autant a t il paru difficile dans l’execution et si on l’entreprend, c’est plutot comme un essai, que comme un ouvrage, dans lequel on se flatte de bien reussir. La difficulté ne vient pas tant de la longueur du tems qui traine toujours aprez elle l’obscurité, que des actes memes, du mauvais caractere dont ils sont ecrits, de leur brieveté excessive, de la corruption du langage, du peu de soin que nos anciens ont eu de distinguer par des qualitez particulieres les personnes qui y sont nommées, et encore plus du manque de quantité d’actes qui pourroient donner quelque eclaircissement pour ceux qui restent.
« Toutes ces considerations nous ont determiné a ne commencer le present raportoire qu’a lannée 1674, tems auquel on a commencé a se servir du papier timbré, et a tenir les registres en meilleur etat ; d’autant mieux que les registres plus anciens deviennent d’une année a l’autre moins utiles. On se contente donc de faire ici a légard de ces anciens registres quelques remarques qu’on a jugées plus essentielles pour ne pas s’y meprendre, ou pour ne pas chercher inutilement.
« 1. Jusques en 1668 on a ecrit les baptemes, les mariages, et les mortuaires dans des cayers separez.
« 2. Le plus ancien qui nous reste des baptemes, est de 1592 et les actes y sont si mutilez pendant plusieurs années, qu’on n’y fait aucune mention de la mere et quelque fois meme du pere. On ne s’est pas aperçu qu’il y en manque, excepté peut etre quelques uns sur la fin de 1637.
« 3. A legard des mariages, on en trouve dabord deux, celebrez au mois de fevrier 1625, et ecrits a la tete du registre des baptemes. On en trouve encore plusieurs autres depuis le 22 septembre meme année jusqu’au 29 avril 1637 inserez dans un cayer des baptemes avant l’année 1638. Enfin ceux qui ont eté celebrez dans cette parroisse depuis le 9 aout 1638 jusques au 8 fevrier 1643 sont contenus dans un cayer separé et joint a celui des mortuaires. Depuis ce tems là on ne trouve plus aucun acte de mariage jusques en 1668, qu’on a commencé d’ecrire tout de suite les baptemes, mariages, et mortuaires.
« 4. Pour ce qui est de ces derniers, ils ne commencent qu’au 25 octobre 1636 et se suivent assez bien jusqu’au 9 avril 1668.

« Les nouveaux registres, c’est a dire ceux depuis l’an 1674 quoique mieux suivis, ne sont gueres moins defectueux. Car
« 1. il manque tous les actes du commencement de 1692 jusqu’au 31 mars. Il est aussi a craindre qu’il n’en manque quelques uns depuis le 17 Xbre 1696 jusqu’au 5 janvier 1697. Cette crainte est fondée sur le mortuaire de Genevieve Nicolas du 21 juin meme année.
« 2. Les noms y sont tres souvent changez, non seulement dans le mortuaire des petits enfans, ce qui arrive ordinairement par la faute de ceux qui sont chargez de leurs funerailles, mais encore dans les autres actes. Souvent quand une personne a deux noms de bapteme, on la nomme tantot par lun, tantot par lautre. v. g. Jean Antoine Fabre marié avec Anne Garcin le 26 nov. 1691 est nommé dans le bapteme de ses enfans, tantot Jean, tantot Antoine, et tantot Jean Antoine souvent on a changé les noms de famille, v. g. Elisabeth Auvet pour Avon, 1. juin 1687 et 4 sept. 1689. Marguerite Blanque, au lieu de Gaud, 19 juin et 4 juillet 1702, souvent on a substitué au nom de famille un sobriquet, v. g. Lorraine pour Blesin, 20 et 22 octobre 1686. Catoye pour Guigou, 9 nov. 1693. ou bien le nom de la mere ou de la grand-mere : Martel ou Peiré pour Nicolas ; Peiron pour Gaud 5 nov. 1732. Catherine Bayol pour Fabre, parce qu’elle est fille d’une Bayol, 16 sept. 1730. ou bien le nom adjectif pour distinguer les differentes familles, Moricaud ou Bouvet au lieu d’Aubert, 22 may 1679 (23 avr. 1696) 26 juin 1707.
« 3. Quelquefois … on a omis les noms du pere et de la mere, v.g. dans le mortuaire de Catherine Mandin, 13 Xbre 1689, de Catherine Nicolas, 3 Xbre 1690, d’Honnorate Aubert 1 juillet 1691. On n’a pas moins négligé d’y marquer l’age, 24, 27 et 29 juillet 1693, en sort qu’on ne scait point, si les personnes dont il est parlé dans ces actes, sont des adultes ou des petits enfants.
« 4. Mais le plus grand défaut de ces nouveaux registres est d’y avoir omis dans le mortuaire des personnes mariées ou veuves le nom du mari ou de la femme. De quatre de ces mortuaires, a peine y en a t il un, ou l’on n’ait pas fait cette omission : omission qui laisse dans un grand nombre de cas une obscurité, a travers de laquelle il n’est pas possible de percer. C’est pourquoi on a été longtemps en balance, s’il ne seroit pas mieux de marquer ces sortes de mortuaires au jour courant, que de les joindre sans preuve au bapteme ou au mortuaire des personnes du meme nom : mais on a fait reflexion que cette multiplication de notes, bien loin de dissiper l’obscurité, ne feroit au contraire que l’augmenter. On a donc pris le parti d’y remédier autant qu’il a eté possible par la comparaison des autres actes, par l’attention a l’age, et par l’information qu’on a prise de personnes vivantes. Peut-être qu’avec toutes ces precautions aura t on encore erré en quelques uns : mais au moins ce sera toujours un avantage de voir dans ce raportoire la note dun mortuaire de tel et tel nom, sauf de l’attribuer a une autre personne, si on en a de bonnes preuves.

« Pour eviter la confusion qui s’ensuit de la multitude des noms, on a suivi dans ce raportoire deux methodes differentes, eu egard a deux sortes de personnes, les naturels du païs, et les etrangers. On a compris les premiers sous le nom de leur famille, et les seconds sous celui de leur bapteme par lettre alphabetique. On n’a pas pourtant laissé que de mettre au nombre des premiers les etrangers qui sont venus s’etablir ici, en marquant autant qu’on a pû, le païs de leur origine ; comme on a mis au nombre des seconds les femmes venues dailleurs qui quoique mariées ici, portent un nom, pour ainsi dire, etranger. On a mis aussi dans ce second rang le bapteme de plusieurs enfants, qui sont nez ici casuellement, ou dont les parens n’ont fait ici qu’une courte demeure.

« Or comme dans lune et dans l’autre de ces methodes on a cru devoir marquer tout a la fois et dans une meme ligne le bapteme, le mariage, et le mortuaire de chaque personne, on a eté obligé d’user de beaucoup d’abreviations : abrevations, qu’on distinguera facilement, dez qu’on y fera un peu d’attention. Ainsi on a désigné les noms d’Antoine, de Barthelemi, de François, d’Honnoré, par Ant. Barth. Franc. Hon. et ceux de Catherine, Genevieve, Magdelene, Marguerite etc. par Cath. Genev. Magd. Marg. De même on a marqué qu’une personne a eté baptisée, par un B. ; mariée, par un gros M. ; qu’elle est morte, par un petit m. Enfin on a abregé les noms des mois, de janvier par jr, de fevrier par fev., juillet par jt, etc. Par la meme raison on a souvent laissé les articles, le, la, de, etc. qui devroient preceder les noms selon lusage de notre langue.

« A ces avis qu’on a cru necessaires pour faire usage du present raportoire, il ne sera pas inutile d’en ajouter encore quelques uns, pour eviter a l’avenir les fautes que nous remarquons dans le passé. Le 1er est de continuer tous les ans, ou au moins de trois en trois ans ledit raportoire, parce qu’on est mieux en etat de marquer exactement les choses, quand elles sont de fraiche datte, que quand il s’est ecoulé un grand nombre d’années.
« 2. Il faut empecher autant qu’on peut, qu’on n’impose plusieurs noms aux enfans qu’on presente a baptiser ; desabuser la dessus les parens, parreins et marreines, et leur faire entendre avec douceur, non seulement que cette multiplicité des noms est sujette dans la suite a de grands inconveniens, mais qu’eux meme ne peuvent pas s’accoutumer a nommer les enfans par tous ces differens noms, et les oublient entierement dans les occasions les plus importantes.
« 3. Il sera a propos de faire lire a tous les Pretres qui viennent servir cette parroisse, tout ce qui est marqué ci dessus ; afin que sentant combien il importe d’ecrire avec exactitude et netteté dans les registres, ils y aportent toute l’attention convenable.
« 4. Il conviendra encore mieux de leur faire lire la liste des noms des familles qui composent cette parroisse, pour eviter l’equivoque a laquelle la ressemblance des noms peut donner lieu, comme ceux d’Aubert, et Robert ; de Ricaud, Richaud, et Rigaud ; de Rougiez, et Rouvier : et non pas ecrire Gaus pour Gos (17 fev. 1746), ce qui peut faire equivoque avec le nom de Gaud ; ni Vallac, pour Verlaque, (5 novembre 1747) ni Dor, pour Dol, (3 oct. 1750) meprises qui n’arrivent que parce que ces noms sont inconnus a un Pretre nouvellement venu. »

Commentaires

  1. tatarando dit :

    voila qui éclaire s’il en était besoin nos difficultés à remonter les filiations en raison des chagements de prénomet des variations ortographiques.Merci donc à Mr Desbois et à Mr le curé de Tavernes qui connaissait déjà ces difficultés en 1750

  2. papy dit :

    Enchanté et reconnaissant à Mr Desbois pour le travail accompli. Bravo et merci ; Yves Ulpat .

  3. Thierry Sabot dit :

    Bonjour, est-ce qu’il vous serait possible de préciser la source utilisée pour la transcription de ce document ? En effet, je ne trouve pas trace de ce texte dans le registre numérisé sur le site des AD du 83. Avez-vous utilisé le registre numérisé ou celui conservé à la Mairie de Tavernes ? Merci pour votre réponse, Bien cordialement, Thierry Sabot

  4. Jean Marie dit :

    Bonjour. Ce texte m’a été communiqué sans précision de l’origine, me semble-t-il.
    Cordialement.