Jacques Ratton (1736-1820), homme d’affaires franco-portugais

Jacques Ratton, par Thomas Lawrence, Museu nacional de Arte antiga (Lisbonne).

Jacques Ratton, par Thomas Lawrence, Museu nacional de Arte antiga (Lisbonne).

Jacques Ratton (Monêtier-les-Bains, 7 juillet 1736-Paris, 3 juillet 1820) est un industriel dauphinois émigré au Portugal au cours du XVIIIe siècle.
Il est le petit-fils de Jacques Ratton, procureur à Mâcon (Saône-et-Loire) où il est mort en 1779, et de Jeanne Orcel, et le fils de Jacques Ratton (1717-1778) et de Françoise Bellon (1714-1793). C’est dans le village de Monêtier-de-Briançon (aujourd’hui Monêtier-les-Bains) qu’il voit le jour le 7 juillet 1736.
Très tôt, le jeune Jacques va entendre parler d’émigration vers d’autres terres riches de promesses. Alors que Monêtier compte un nombre important de colporteurs, qui partent chaque hiver dans toute la France pour affaires, c’est le Portugal que choisit son oncle maternel, Jacques Bellon, pour aller faire fortune. Celui-ci s’établit à Porto où il épouse une jeune fille nommée Marie Purat. Quelque temps plus tard, c’est son propre père, Jacques Ratton qui fait le même voyage avec son épouse.
Le jeune Jacques est donc élevé par ses grands-parents dans ce village alpin jusqu’à l’âge de quatorze ans (1750), âge auquel il rejoint des parents au Portugal, après avoir appris à lire et à écrire.

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Jacques Ratton (1717-1778) et Françoise Bellon (1714-1793), les parents de Jacques Ratton. DR.

Rapidement porté par des envies de commerce, il s’intéresse à l’économie portugaise qu’il juge retardée par rapport à la France en raison de l’absence de comptabilités solides au sein des sociétés.
Il épouse Ana Isabel Clamouse, fille de Bernard Clamouse, consul de France à Porto, en 1758 et prend la nationalité portugaise en 17621.
Dans le pays, il exerce ses talents dans divers domaines. Il est notamment propriétaire d’une teinturerie à Tomar, d’une usine de papier à Elvas et de deux usines de fabrication de chapeaux à feutre, à Elvas et à Lisbonne. Ratton est aussi à l’origine de l’introduction de l’eucalyptus et de l’araucaria au Portugal.

En 1807, alors que Ratton est un des Français les plus influents du Portugal, l’invasion du Portugal par les troupes napoléoniennes met à mal les relations entre les deux pays. La défaite française à la bataille de Vimeiro (30 août 1808) face à une coalition britannico-portugaise laisse une communauté française bien embarrassée et, deux ans plus tard, Ratton est contraint de démissionner de la Real Junta de Commercio, Agricultura e Navegação dont il était membre depuis plus de vingt ans. En septembre de la même année, il est arrêté en compagnie de plusieurs hommes d’affaires français et exilé dans les Açores, sur la petite île de Terceira.

Paysage de Terceira, par Luis Silveira. DP.

Paysage de Terceira, par Luis Silveira. DP.

Il n’y reste pas longtemps, pourtant, et parvient à partir purger sa peine d’exil en Angleterre, avant de rejoindre Paris où il termine sa vie. Quelques temps auparavant, alors qu’une partie de sa descendance était restée au Portugal, le roi lui avait proposé de retourner vivre à Lisbonne, mais Ratton avait décliné l’offre.

Notes

1. La naturalisation de Ratton est à situer dans un contexte historique de vives tensions qui voit la France et ses alliés s’opposer au Portugal et aux seins durant la Guerre de Sept Ans (1756-1763). On pourra dès lors supposer que Ratton opte pour une nationalité qui ne fera pas obstacle à ses affaires.

Acte de baptême de Jacques Ratton à Monêtier-les-Bains

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