Louis XIII de passage à Aix en 1622

Lorsqu’en 1622 Louis XIII, au retour d’une expédition contre les huguenots, fit un voyage dans le midi de la France, les villes cherchèrent à se surpasser par la magnificence et l’éclat des fêtes qu’elles lui donnèrent. La gravure ci-dessous est la représentation d’un divertissement qui avait été préparé à Aix, au haut de la rue des Augustins, auprès d’un arc de triomphe.
« Les habitans, dit une relation manuscrite de ces fêtes, avoient fait élever un théâtre composé de palmes, de lauriers et de lierre, sur lequel devoit paraître une espèce de sauvage qu’ils appellent troubadour. C’étoit un des plus anciens poëtes du pays, habillé d’une manière grotesque et des plus gothiques : sa tête est entourée de plumes de paon qui lui forment une couronne, et il tient un sceptre de laurier à la main pour signifier allégoriquement l’orgueil attaché à sa profession. Les instruments et le livre noté qui sont par terre marquent le talent naturel qu’il avoit pour la musique et la poésie, où il excelloit, ainsi que le montrent les fleurs qui naissent sous ses pas, symboles de la beauté de se souvrages et des applaudissemens qu’il en a reçus. »
[...] Quoiqu’il en soit, le poète qui devait réciter un morceau de poésie au roi en fut pour ses frais d’imagination : Louis XIII arriva plus tôt qu’on ne l’attendait, et le divertissement projeté n’eut pas lieu. La pièce de vers était, bien entendu, en langue provençale, et elle a été conservée ; elle renferme six couplets fort prosaïques, comme la plupart des pièces de circonstance.
Nous en donnerons ici deux uniquement pour montrer ce qu’était devenue au XVIIe siècle cette belle langue d’oc, dont jadis Dante et Pétrarque n’avaient pas dédaigné de se servir.
Lou Troubadour au Rey
Grand prince, digne enfan de Mars,
Que frescoment de tant d’azars
Venez de cuillir millo palmos,
Lou ceou vous a predestinat
Per rendre las tempestos calmos,
Et tout l’univers estonat.
[...]Nouvelament ressuscitat
Per surpassar l’antiquitat,
Veni cantar à mon ramagi.
E representar par mey vers
La justo hounour e lou couragi
Dou plus grand rey de l’univers.

Cette pièce est signée Brueys, peut-être le père du poète aixois David Augustin de Brueys (1641-1723).

D’après Le Magasin pittoresque, 1842.
Illustration du bas :
Louis XIII en 1622, par Daniel Dumonstier.