Michel Mazarin (1605-1648), un archevêque d’Aix controversé

Michel Mazarin (né Michele Alessandro Mazzarini le 1er septembre 1605 à Pescina – mort le 31 août 1648 à Rome), professeur de théologie, religieux dominicain, fait maître du sacré palais par le pape Urbain VIII [1], né dans une famille romaine, est archevêque d’Aix-en-Provence de 1645 jusqu’à sa mort, cardinal, vice-roi de Catalogne et ambassadeur extraordinaire à Rome. Il est nommé au titre archevêque d’Aix sur proposition de son frère, le cardinal Jules Mazarin, par le pape Innocent X.
Il est le concepteur du quartier d’Aix-en-Provence, situé au sud du cours Mirabeau et dénommé aujourd’hui encore « quartier Mazarin ». Il a laissé sa trace dans quatre rues d’Aix, toutes quatre situées dans le quartier Mazarin : la rue Cardinale, la rue Saint-Michel, aujourd’hui rue Goyrand, la rue Mazarine et la rue Saint-Sauveur [2] (aujourd’hui rue du Quatre-Septembre) [3].
Après sa mort, Jérôme Grimaldi lui succède au titre d’archevêque d’Aix-en-Provence.

Jules Mazarin, frère de l'archêque d'Aix. (anonyme)

Jules Mazarin, frère de l’archêque d’Aix. (anonyme)

Biographie

Devenu archevêque pour des motifs politiques

La nomination de Michel Mazarin au titre d’archevêque d’Aix se fait dans un contexte politique très tendu entre la France et l’Espagne. Alors que le cardinal Richelieu décède en 1642, Jules Mazarin lui succède comme diplomate et ministre et entreprend de redorer le blason de la France auprès de la papauté. Il démet l’ambassadeur Saint-Chamont de ses fonctions en Italie et nomme à sa place Nicolas Bretel, qui reçoit pour instruction de se rendre à Rome dans l’objectif de soustraire le pape Innocent X à l’influence espagnole. Mais, dans le même temps, et pour rendre à sa famille la considération qui était jadis la sienne en Italie, Mazarin demande la chapeau de cardinal pour son frère, Michel Mazarin, et entend le faire participer aux négociations avec Rome. Bretel ne voit pas cette nomination d’un bon œil. Le cardinal de Lyon s’en ouvre à lui en ces termes : « Je le [Michel Mazarin] crains plus que tous les écueils de la mer. [...] Ce bon religieux fait de son ambition les intérêts de l’État et il croit que tout doit être sacrifié à ses prétentions, au succès desquelles il fait consister la réputation de la France. »
L’ambition de Michel Mazarin pose visiblement problème à Bretel. Lors de l’entrevue avec Innocent X, le frère du cardinal fait croire à de prétendues promesses de Bretel en faveur de l’Église et qui mettent la délégation dans l’embarras [4]. Le pape, pour sa part, refuse la nomination de Michel Mazarin au titre de cardinal, au motif que deux frères ne peuvent en même temps cardinaux [5]. Au bout du compte, les négociations échouent et Bretel se montre très amer envers Mazarin, qu’il accuse en privé de l’échec. Innocent X pousse l’affront jusqu’à nommer huit cardinaux espagnols.
Un affaire va alors permettre à Bretel de sortir de l’ornière. En mars 1645, une cinquantaine de bandits de l’ambassadeur d’Espagne s’en prennent à un député du clergé du Portugal dans les rues de Rome, en lui tirant dessus et en tuant un homme qui l’accompagnait. Bretel demande que les assassins se livrent, sans quoi il menace de quitter Rome avec tous les Français. Alors que les heures passent, la délégation française s’apprête à partir, en l’absence de toute réaction du pape. Innocent X fait alors une concession à la France : le 30 octobre 1645, il nomme Michel Mazarin archevêque d’Aix-en-Provence. Ce dernier, très satisfait, est ordonné dans l’église de la Minerve par le cardinal Jérôme Grimaldi [1]. Bretel, lui, est furieux. Il part pour Venise et ne reviendra plus à Rome [6].

Un archevêque bâtisseur

Après avoir prêté serment au roi de France, Mazarin part à Aix où il fait une entrée solennel empreinte de simplicité [1]. Les puissants appuis dont il peut bénéficier permet de donner à la ville d’Aix-en-Provence un essor qu’elle n’aurait sans doute pas connu autrement [7]. À son arrivée à Aix, en 1645, il demande au roi Louis XIV l’autorisation d’abattre le rempart sud de la ville entre la porte des Augustins et la Plateforme pour y bâtir un nouveau quartier, évoquant des raisons d’ordre démographique et esthétique, mais aussi des impératifs de sécurité. La faveur lui est accordée par lettres patentes enregistrées par le Parlement d’Aix le 15 février 1646 [7]. Il organise alors, avec l’aide du promoteur Henri Hervard d’Hevinquem [8], la vente de lots de terrain à un prix que seuls les bourgeois de la ville sont en mesure de payer. Sous la direction de l’architecte Jean Lombard, nommé par Mazarin [8], les hôtels particuliers vont commencer à fleurir, faisant du quartier Mazarin un remarquable exemple d’architecture des XVIIe et XVIIIe siècles [9], en forme de damier. L’inspiration est clairement à relier à l’architecture de la Renaissance italienne, les origines de l’archevêque n’y étant doute pas étrangères [8].
Le projet est d’une telle ampleur que, pour beaucoup d’historiens, Aix est au XVIIe siècle la ville de Mazarin [10].

Carrière religieuse et politique

L’échec de la délégation française de Nicolas Bretel auprès d’Innocent X, en 1645, avait provoqué une terrible colère chez le cardinal Mazarin. Celui-ci envoie une flotte française vers la Toscane en mai 1646, commandée par l’amiral de Brézé. Cinq mois plus tard, le maréchal de la Meilleraye s’empare de Piombino et de Porto Longone. L’attaque a pour effet de susciter la stupeur et l’effroi chez Innocent X. Jules Mazarin lui envoie un nouvel ambassadeur, Fontenay-Mareuil, qui obtient enfin, le 7 octobre 1747 [1] la nomination de Michel Mazarin au titre de cardinal [11], [6] sous le titre de Sainte-Cécile. Il devient ensuite vice-roi de Catalogne[12].

Fin de vie et succession

Intérieur de l'église de la Minerve, à Rome, où est inhumé Michel Mazarin. © J.-Ch. Benoist, 2007,  GNU Free Documentation License version 1.2 et suiv.

Intérieur de l’église de la Minerve, à Rome, où est inhumé Michel Mazarin. © J.-Ch. Benoist, 2007, GNU Free Documentation License version 1.2 et suiv.

Les derniers temps de la vie de Mazarin sont marqués par son rapprochement des Espagnols qui lui font des offres avantageuses et lui permettront d’être nommé vide-roi de Catalogne en remplacement de Louis II de Bourbon-Condé. Il ne restera pas longtemps vice-roi. Au bout de quelques mois, il quitte Barcelone pour Paris. Lors de l’été 1648, alors qu’il fait route vers Rome, Mazarin contracte une grosse fièvre provoquée par les fortes chaleurs. Il meurt dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1648, peu après son arrivée à Rome [13], [14]. Pour successeur à la fonction d’archevêque d’Aix, Anne d’Autriche, la reine de France propose Jérôme Grimaldi, proposition refusée par Innocent. Il faudra attendre la mort du pape et l’arrivée d’Alexandre VII pour que Grimaldi puisse prendre possession de l’archidiocèse, alors qu’entretemps, il en avait géré le temporel [15]. Michel Mazarin est inhumé en l’église de la Minerve, à Rome [1].

Controverses

Aucune preuve ne permet d’établir que de son vivant, la promotion sociale de Michel Mazarin est critiquée. Des auteurs du XIXe siècle vont pourtant remettre en question ses capacités, ou du moins laisser entendre que d’autres étaient plus qualifiés que lui pour les charges dont Mazarin hérite. Célestin Moreau, dans son ouvrage Histoire anecdotique de la jeunesse de Mazarin (1863) [16], prétend que :
« Michel Mazarin, [...] frère selon la chair [de Jules Mazarin], religieux de l’ordre de Saint-Dominique, fut promu aux fonctions de maître du sacré palais apostolique, au détriment de sujets qui étaient plus dignes que lui de cette faveur, qui l’avaient mieux méritée par leurs travaux et leurs services. Ce ne fut pas tout : il monta à la suprême dignité de son ordre, dont il fut nommé général, quoique le père Ridolfo, de bienheureuse mémoire, son prédécesseur, vécut encore. Ce bon père ne s’était attiré sa disgrâce par aucune faute, car c’était un moine d’une grande vertu. Il avait été sacrifié à un pur caprice du cardinal Barberino [17]. »
En plus des accusations de népotisme formulées contre lui, Michel Mazarin a aussi l’image d’un homme soucieux de son enrichissement, parfois au détriment des choses pieuses. L’argent que lui rapporte la première vente d’un lot dans le futur quartier Mazarin, en 1647, est consacré à l’achat d’argenterie à son propre usage [18]. Mais cette accusation vaut aussi pour son frère. Il semble d’ailleurs qu’il ne tenait pas Jules Mazarin en haute estime, témoin une anecdote selon laquelle Michel Mazarin avait coutume de dire aux gens de la cour qui venaient lui recommander leurs intérêts que, pour obtenir quelque chose de son frère, il fallait faire du bruit, parce que « mon frère est un couillon [19] ».

Annexes

Notes

1. Bibliothèque sacrée, Charles Louis Richard, t. XXVII, Paris, 1827, p. 23.
2. Saint-Sauveur est la cathédrale métropolitaine d’Aix-en-Provence. C’est l’archevêque Mazarin qui a expressément demandé de donner ce nom à cette rue.
3. « Michel Mazarin (1607 – 1648) », Office de tourisme d’Aix-en-Provence.
4. Selon Nicolas Bretel, Michel Mazarin avait répandu le bruit que la délégation venait avec le brevet de l’abbaye de Corbie. Lors de la seconde entrevue, Bretel fut contraint d’accepter cette proposition, qui valait tout de même 25 000 livres de rente.
5. Une constitution apostolique empêchait en effet deux frères d’êtres cardinaux en même temps. Mais des exceptions étaient régulièrement faites : le frère de Richelieu avait lui-même été fait cardinal. Derrière cette excuse, il faut voir chez Innocent la volonté de plaire au gouvernement espagnol.
6. Précis analytique des travaux de l’Académie, Académie des sciences, belles-lettres et art de Rouen, impr. Alfred Péron, Rouen, 1847, p. 286-293.
7. Jean Boyer, Architecture et urbanisme à Aix-en-Provence aux XVIIe et XVIIIe siècles – Du cours à carrosses au cours Mirabeau, éd. Ville d’Aix-en-Provence, 2004, p. 13.
8. « Place des Quatre-Dauphins », Mairie d’Aix-en-Provence.
9. « Historique du club Aix-Mazarin », rotary-mazarin.com.
10. Évocation du vieil Aix-en-Provence, André Bouyala d’Arnaud, éd. de Minuit, Paris, 1964, p. 24.
11. Cette nomination n’est toutefois pas gratuite. La France doit offrir à la belle-sœur d’Innocent, Olympia, un diamant de 10 à 12 000 écus. Cf. L’Histoire du cardinal Mazarin, Antoine Aubery, vol. I, Rotterdam, 1695, p. 242.
12. Mémoires de Charles de Grimaldi – Marquis de Régusse, Président au Parlement d’Aix, Monique Cubells, Presses universitaires de Bordeaux, Bordeaux, 2008, p. 48.
13. Œuvres de Jean Racine, Paul Mesnard, vol. V, éd. Hachette, Paris, 1865, p. 91, 92.
14. Histoire anecdotique de la jeunesse de Mazarin, Célestin Paris, Techener libraire, Paris, 1863, p. 156.
15. Les évêques dans l’histoire de la France – des origines à nos jours, Jean Julg, éd. Pierre Téqui, 2004, p. 268.
16. Histoire anecdotique…, op. cit.
17. Histoire anecdotique…, op. cit., p. 52.
18. Mazarin et l’argent : banquiers et prête-noms, Claude Dulong, École des Chartes, 2002, p. 206.
19. « Un coglione ». Cité in Œuvres de Jean Racine, op. cit., p. 91.

Licence

Texte de Jean Marie Desbois, écrit pour Wikipédia. Licence Creative Commons paternité partage à l’identique.