Cet acte de bravoure survenu sur le cours Mirabeau en octobre 1896 met en lumière la fréquence et la gravité des accidents de circulation hippomobile à la fin du XIXe siècle. La rupture du timon — pièce de bois centrale reliant l’omnibus à l’attelage — prive le cocher de tout contrôle sur la direction et le freinage, provoquant la panique des deux chevaux. L’intervention d’Auguste Fouque, directeur d’agence hippique et loueur de voitures, témoigne d’une parfaite connaissance de la psychologie animale et d’une maîtrise technique rare : saisir les brides de deux chevaux emballés en pleine course au péril de sa vie exige une force physique considérable et un sang-froid absolu. L’enquête administrative diligentée par le commissaire central Hildebert Champion, fondée sur le recueil de témoignages sous serment, vise à formaliser la procédure d’attribution d’une médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement, institution républicaine destinée à valoriser l’héroïsme civil.
Rue de l’Opéra, à Aix. DR.
L’an mil huit cent quatre-vingt-seize et le vingt-six octobre,
Nous Champion Hildebert,
Commissaire central de police à Aix (Bouches-du-Rhône), vu les instructions de Monsieur le Maire d’Aix, vu le dossier ci-joint, avons procédé à une enquête sur l’acte de courage et [de] dévouement accompli le 13 octobre c[ouran]t par le sieur Fouque et avons entendu :
1° M. Fouque Auguste, âgé de 30 ans, loueur de voitures, directeur de l’agence hippique d’Aix, demeurant à Aix, rue de l’Opéra, n°34.
« Le 13 du c[ouran]t, vers deux heures de l’après-midi, je me trouvais sur le cours Mirabeau à l’angle de la rue Miséricorde, lorsque j’ai vu arriver du bas dudit cours, 2 chevaux emballés attelés à un petit omnibus dont le timon était cassé; sur cet omnibus se trouvaient deux dames et le cocher.
« Voyant cela, je me suis élancé à la tête des chevaux et je n’ai pu les maîtriser qu’après avoir été entraîné sur un parcours d’environ 50 mètres.
« J’ai agi de la sorte prévoyant le danger qui pouvait arriver; si je n’avais réussi à me rendre maître de ces chevaux, ils seraient allés se heurter dans la pharmacie Gros où tout aurait été brisé et les personnes qui se trouvaient sur le véhicule auraient pu être tuées par ce choc ou, du moins, recevoir des contusions graves.
« En faisant cela, je n’ai écouté que mon courage et mon dévouement. Il y avait comme témoins l’agent de police MM Bevançon, Vitalis et Guillassier qui pourront témoigner ce que j’avance. »
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