La mort curieuse de deux étrangers aux moissons (Graveson, 25 juin 1712)

« L’an 1712 et le vingt-sixième de juin a été enterré dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un étranger travaillant aux moissons chez Jacques Fontaine, ménager de cette dite paroisse, âgé d’environ vingt-trois ans, et mort le jour précédent,
Lequel était natif de Méolans en Dauphiné et habitant de Rémuzat en Provence,
Selon la relation qui en a été faite par Esprit Biol, Antoine Reynaud et Hugues Bègue, qui ont déclaré être dudit Rémuzat et connaître le défunt qu’ils ont nommé Jean Ginoux.
Ont été présents à leur déclaration et à l’enterrement sieurs Antoine Bertrand et Jean Paul Raoux, bourgeois, soussignés.
Les déclarants ont dit ne savoir écrire. »
[Signatures]

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« L’an 1712 et le vingt-sixième de juin a été enterré dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un étranger travaillant aux moissons, âgé d’environ cinquante ans, et décédé le jour précédent,
Lequel était de Montauban, selon la relation qui en a été faite par Blaise Armand, qui a déclaré être de Valarans et savoir du défunt qu’il était dudit Montauban et s’appelait Sébastien, sans savoir pourtant son surnom.
Ont été présents à la déclaration et à l’enterrement sieurs Jean-Paul Raoulx et Antoine Bertrand, bourgeois, soussignés.
Ledit Blaise Armand a dit qu’il ne savait écrire. »
[Signatures]

Ces deux actes de sépulture du 26 juin 1712 à Graveson témoignent de la mortalité brutale liée à la migration saisonnière sous Louis XIV. Jean Ginoux et Sébastien étaient des « étrangers, » venus du Dauphiné et de Montauban, travaillant aux moissons.
Leur décès simultané en plein labeur estival suggère les conditions extrêmes (épuisement, chaleur) des grandes récoltes provençales. L’identité de Sébastien restait même incomplète.
L’enregistrement de ces vies fragiles s’opérait avec la déclaration de compagnons de travail illettrés, contrastant avec la présence des « sieur bourgeois » locaux pour garantir l’acte. Le registre capture ainsi la dureté du sort des travailleurs ruraux de passage.

  • Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

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