Mort d’un galérien (Graveson, 27 mars 1719)

À Graveson, ce registre de 1719 capture l’errance d’Antoine Herbès, un Picard de 42 ans libéré des galères de Marseille. Condamné par le grenier à sel de Montdidier pour faux-saunage, ce « gabelou » a survécu à l’épuisement des rames pour s’éteindre à l’hôpital paroissial, étape ultime des indigents. En Provence, ces structures de charité accueillaient les passants dont l’état de dénutrition ou les pathologies respiratoires contractées sur les bancs de chiourme rendaient le retour au pays impossible. La présence de notables locaux à son inhumation souligne l’encadrement strict des marginaux, même après leur dernier souffle.

« L’an 1719 et le 27 mars a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps d’Antoine Herbès, ou Harbin, décédé le jour précédent à l’hôpital de cette paroisse, âgé de 42 ans, et natif de Cambrai,
Ainsi qu’il nous a apparu par le passeport1 à lui accordé par les officiers des galères2, auxquelles il avait été condamné par les officiers du grenier à sel de Montdidier3,
Et déclarons que ledit Herbès, peu avant sa mort, avait dit être né à une lieue de Cambrai.
Ont été présents à son inhumation sieurs Jean Amiel, prêtre, Antoine Bertrand, bourgeois, et Pierre Baridon, cordonnier, soussignés avec nous, curé de cette paroisse, qui avons fait les cérémonies de son enterrement. »
[Amiel, prêtre, Baridon, Bertrand, Guignard, curé]
Notes

1. Il est mort à l’hôpital de la paroisse, un lieu de charité et de soins pour les plus démunis et les voyageurs. Le fait qu’il possède encore son passeport suggère qu’il était probablement en route pour rentrer chez lui ou qu’il venait d’être libéré, mais n’a pas survécu aux rigueurs de son voyage et de sa peine passée.
2. Être galérien signifiait purger une peine en tant que forçat sur les galères royales, dont le port principal était Marseille, non loin de Graveson. Ce voyage est d’ailleurs la raison de sa présence si loin de sa Picardie natale.
3. Cette mention est cruciale car elle indique que son crime était très probablement lié à la gabelle, l’impôt sur le sel. Les peines liées à la contrebande de sel étaient souvent extrêmement sévères, allant jusqu’à la condamnation aux galères. Montdidier est situé dans la province de Picardie.

  • Source : Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

Laisser un commentaire