La nuit du dimanche 4 au lundi 5 septembre 1881 fut agitée aux abords du hameau de Raphèle, appartenant à la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône). Vers 2 heures et demie du matin, Monsieur Bourges, garde-champêtre, présentait au bureau de police un individu nommé H.-A. A., surpris en flagrant délit de cambriolage. L’homme, un teinturier de 27 ans né à Avignon (Vaucluse) et établi à Arles, s’était attaqué à la demeure de Monsieur Félicien Lambert, maçon de son état.
L’aventure du jeune A. avait pourtant débuté sous des hospices plus tranquilles. Après avoir passé son dimanche après-midi à Raphèle, il s’était mis en route vers 10 heures du soir pour rejoindre Moulès. C’est en passant devant le mas Lambert, situé près du sentier de Moulès, que l’idée du crime germa dans son esprit. Il affirma plus tard avoir d’abord frappé à la porte pour demander son chemin. Le silence des occupants lui inspira soudain le dessein de s’introduire dans les lieux.L’effraction fut laborieuse et bruyante. Armé d’un vieux couteau rouillé trouvé sur place, le malfaiteur tenta vainement de forcer l’espagnolette d’une fenêtre. N’y parvenant pas, il s’empara d’un marteau de maçon de quatre à cinq kilos qui gisait près d’un mur en construction. À coups redoublés, il entreprit alors d’arracher les gonds de la fenêtre.
Le fracas finit par attirer l’attention de deux jeunes gens qui se rendaient à Moulès. Si A. parvint une première fois à se dissimuler derrière un rideau pour les laisser passer, il eut l’imprudence de reprendre sa besogne trop tôt. Le bruit du marteau rappela ses témoins qui, cette fois, se lancèrent à sa poursuite et s’emparèrent de lui.
Le mobile de ce méfait semblait d’une banale nécessité. Issu d’une honnête famille de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), le teinturier avoua qu’il lui manquait quarante francs pour régler un billet. Il ignorait sans doute que sa victime, Monsieur Lambert, portait sur lui une somme bien plus importante. Le matin même, à Arles, le maçon avait échangé publiquement dans un café trois à quatre cents francs contre des billets, une fortune qu’il avait gardée sur lui en rentrant à son mas.
- Sources : L’Homme de bronze, 11 septembre 1881, p. 4.