Cette observation météorologique rédigée en août 1784 par le curé Périer témoigne des extrêmes climatiques qui ont frappé la Haute-Provence à la fin du XVIIIe siècle. La survenue d’une gelée blanche au cœur de l’été, détruisant les cultures sensibles comme les haricots et les citrouilles dans le plan de La Mure et à Saint-André, constitue un phénomène d’inversion thermique saisissant. L’épisode s’inscrit dans un contexte mondial d’anomalies atmosphériques majeures, consécutives à l’éruption du volcan islandais Laki en 1783, qui avait engendré des perturbations thermiques violentes à travers toute l’Europe. Malgré cette sécheresse marquée et l’avancement des moissons de deux semaines, la rigueur de la terre sèche a paradoxalement préservé la qualité des céréales, garantissant un grain bien nourri.
« Cette année 1784, la nuit du 9 au 10 d’août, il a tellement fait froid que les haricots et citrouilliers ont été gelés dans tout le plan et à Saint-André ; j’ai vu moi-même de la gelée blanche dans mon jardin, et au pied de l’astre ; et le 24 de ce même mois, j’ai vu des citrouilles gelées dans le jardin de Saint-Roch, au-devant les Chaillan à Saint-André. La terre était très sèche et les chaleurs excessives. On a fait la moisson quinze jours plutôt que les autres années à cause de la sécheresse. La récolte a pourtant été bonne et le grain bien nourri. »- Source : Registre paroissial de La Mure-Argens, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0308.