Culture Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/culture/ 500 ans de faits divers en Provence Mon, 27 Jul 2026 20:54:03 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Culture Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/culture/ 32 32 [Ancien provençal] Module 5 – Lexique thématique https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-5-lexique-thematique/ https://www.geneprovence.com/ancien-provencal-module-5-lexique-thematique/#respond Mon, 27 Jul 2026 20:54:03 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28899 > Grammaire de l’ancien provençal

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<< Module 4 : Verbes et conjugaison avancée

Maîtriser la grammaire et la conjugaison est indispensable, mais ce n’est pas suffisant pour lire un texte médiéval avec aisance. Il faut aussi disposer d’un vocabulaire de base organisé autour des grandes réalités de la vie quotidienne. C’est l’objet de ce module : offrir un lexique thématique, ancré dans les registres paroissiaux et les documents d’archives provençaux, pour que chaque mot rencontré puisse être identifié et compris dans son contexte.
L’ancien provençal possède un vocabulaire riche, héritier direct du latin populaire, enrichi par les contacts avec l’arabe, le catalan et le français. Certains mots sont immédiatement reconnaissables ; d’autres demandent un effort d’apprentissage. La méthode la plus efficace reste de les apprendre par familles thématiques plutôt qu’en liste alphabétique.
Considérons cette phrase tirée d’un registre de sépultures :
« Lo fil del paire es mort al camp, lonc del portal de la vila. »
« Le fils du père est mort au champ, loin de la porte de la ville. » Chaque mot de cette phrase appartient à un thème précis : la famille, la mort, le travail agricole, l’espace et le village. Structurer son apprentissage autour de ces thèmes permet de décoder rapidement ce type de phrases.

1. La famille et les relations sociales

Le vocabulaire familial est l’un des plus fréquents dans les registres paroissiaux. Les actes de baptême, de mariage et de sépulture font constamment référence aux liens de parenté.

Ancien provençal Français
paire père
maire mère
fil / filh fils
filha fille
fraire frère
sor / sorre sœur
marit mari
molher femme (épouse)
oncle oncle
nep / nebot neveu
neboda nièce
aujòl aïeul, grand-père
aujòla aïeule, grand-mère
gendre gendre
nora belle-fille (bru)
pairis parrain
mairina marraine
filhòl filleul
vèuse / vidua veuve
vièure / viduu veuf

À retenir pour les registres
Dans un acte de baptême, on rencontrera systématiquement lo paire, la maire et souvent lo pairis et la mairina. Dans un acte de sépulture, lo marit de ou la molher de indique le conjoint du défunt.

Exemple tiré d’un acte type :
« Filha de Johan Arnaud e de Marguerita Roux, sa molher. »
« Fille de Jean Arnaud et de Marguerite Roux, son épouse. »

2. Le corps humain et la maladie

Les documents judiciaires, les déclarations d’accidents et les actes de sépulture mentionnent fréquemment le corps et les états de santé.

Ancien provençal Français
cap tête
man / mans main / mains
pe / pes pied / pieds
cors corps
còr cœur
ulh / uelh œil
orèlha oreille
boca bouche
nas nez
ossi / òs os
sang sang
malautia maladie
plausa / plaga plaie, blessure
mort mort
malaut malade
garit guéri
febre fièvre
metge médecin

À retenir pour les actes d’accidents
Les déclarations de mort violente ou accidentelle contiennent souvent des formules du type « nafrat al cap » (« blessé à la tête ») ou « mort de sa plaga » (« mort de sa blessure »). Reconnaître ce vocabulaire permet de comprendre immédiatement la nature du document.

3. L’espace : village, nature et territoire

Les actes mentionnent constamment des lieux — village, chemin, champ, rivière — souvent sans plus de précision. Ce vocabulaire spatial est indispensable pour situer les événements décrits dans les registres.

Ancien provençal Français
vila ville, village
loc lieu, endroit, village
castel château
portal porte (de ville ou de maison)
carriera rue
plaça place (publique)
camp champ
prat pré
bosc bois, forêt
aiga eau
riu rivière
pònt pont
camin chemin
munt montagne
val vallée
pòrt col de montagne
gleisa église
cementèri cimetière
ostal maison, demeure
forn four (banal)
molh moulin

À retenir
Le mot loc désigne souvent le village lui-même dans les actes provençaux, comme dans « del present loc d’Oppedette » (du présent village d’Oppedette). Ne pas le confondre avec le simple sens de « lieu ».

4. Le temps et le calendrier

Les dates dans les documents médiévaux ne suivent pas toujours notre calendrier moderne. Outre les mois, on rencontre fréquemment des références au calendrier liturgique, dont la maîtrise est indispensable pour dater précisément un acte.

Ancien provençal Français
an an, année
mes mois
jorn jour
ser soir
matin matin
nuèit nuit
ièr hier
uèi aujourd’hui
deman demain
setmana semaine
pascas Pâques
nadal Noël
sant joan la Saint-Jean
quaresma le Carême
primavèra printemps
estiu été
auton automne
ivèrn hiver

Repère pratique
La date dans les vieux documents est souvent rédigée ainsi : « Lo terç jorn del mes de mars, l’an mil sièis cens e dotze. » (« Le troisième jour du mois de mars, l’an 1612. ») Identifier jorn, mes et an permet de lire n’importe quelle date ancienne.

5. La religion et les sacrements

La vie en Provence médiévale et moderne est profondément rythmée par la religion. Les registres paroissiaux en portent naturellement la marque à chaque ligne, depuis le baptême jusqu’à la sépulture.

Ancien provençal Français
gleisa église
curat / prior curé, prieur
messa messe
baptisme baptême
crestianisme christianisme
paròquia paroisse
sacrament sacrement
extrema unccion extrême-onction
sepultura sépulture
cementèri cimetière
Dieus Dieu
Nostre Senhor Notre Seigneur
santa Maria sainte Marie
monge moine
abat abbé
fraire frère (religieux)
òrdre ordre (religieux)

Formule récurrente dans les sépultures
« Non muny d’aucun sacrament » signifie que le défunt est mort sans avoir reçu les sacrements — ce qui était notable et souvent mentionné dans le cas d’une mort soudaine ou violente. On rencontre aussi la formule inverse : « muny de totz los sagramens » (« muni de tous les sacrements »).

6. Les professions et la vie sociale

Les actes identifient les personnes par leur métier ou leur statut social. Ce vocabulaire est fondamental pour comprendre la place de chacun dans la société d’Ancien Régime et pour interpréter correctement les relations entre les individus mentionnés dans un acte.

Ancien provençal Français
laüraire laboureur
pairòc / pastor berger
ferrier forgeron
talhaire tailleur (de pierre ou d’habits)
mercandièr marchand
notari notaire
baile bailli, officier seigneurial
cònsol consul (officier municipal)
sénher seigneur
donzel damoiseau, jeune noble
bòrgues bourgeois
pages paysan
bastièr bâtisseur
mòlnièr meunier
pescaire pêcheur
cabiscòl chantre (dans une église)
jutge juge

À retenir
Le titre sénher précède souvent un nom dans les actes pour désigner un homme de condition : Joannes, sénher de Revest (Jean, seigneur de Revest) est une formulation typique. Le mot cònsol ne désigne pas un consul diplomatique, mais un officier municipal élu — l’équivalent d’un échevin ou d’un adjoint au maire actuel.

7. Les actes judiciaires et les conflits

Les archives judiciaires et les déclarations de témoins utilisent un vocabulaire spécifique que l’on rencontre aussi dans les faits divers consignés dans les registres paroissiaux, notamment lors de morts violentes ou suspectes.

Ancien provençal Français
plaièit procès, plainte
testimòni témoin
sénher jutge monsieur le juge
acusat accusé
crima crime
larrò larron, voleur
nafrar blesser
aucire tuer
fuèir fuir
preso prison
garda garde
enquesta enquête
decret décret, jugement
pena peine
amenda amende

Formule type dans un acte judiciaire
« Testimòni requis e signat » (« Témoin requis et signé ») est une formule que l’on retrouve systématiquement à la fin des actes de sépulture et des déclarations officielles pour valider le document. Elle garantit l’authenticité de l’acte devant les autorités.

Conclusion : bâtir son lexique personnel

Le lexique d’un lecteur de vieux documents ne se constitue pas en une fois. Il se construit progressivement, à chaque texte lu, à chaque mot identifié et ancré dans la mémoire par son contexte. Les thèmes présentés dans ce module couvrent l’essentiel de ce que l’on rencontre dans les registres paroissiaux provençaux.
La méthode la plus efficace consiste à tenir un carnet de mots rencontrés lors de lectures réelles. Chaque terme noté avec sa phrase d’origine est bien mieux mémorisé qu’un mot appris hors contexte. (N’hésitez pas à nous signaler les mots que vous aurez découverts et qui ne figurent pas dans le présent lexique.)

Exercices — Lexique thématique

Exercice 1 — Identifier le thème

Pour chaque mot, indiquez à quel thème il appartient parmi : famille, corps, espace, temps, religion, profession, justice.
  • molher
  • camp
  • testimòni
  • febre
  • pascas
  • laüraire
  • filha
Correction
  • molher → Famille
  • camp → Espace
  • testimòni → Justice
  • febre → Corps / maladie
  • pascas → Religion / temps
  • laüraire → Profession
  • filha → Famille

Exercice 2 — Traduction de phrases

Traduisez les phrases suivantes :
  • « Lo fil del notari es mort al camp. »
  • « La molher del laüraire es malaut. »
  • « Lo testimòni requis es lo pairis de l’enfant. »
  • « El es mort non muny d’aucun sacrament. »
Correction
  • Le fils du notaire est mort au champ.
  • La femme du laboureur est malade.
  • Le témoin requis est le parrain de l’enfant.
  • Il est mort sans avoir reçu aucun sacrement.

Exercice 3 — Compléter avec le bon mot

Choisissez parmi : gleisa / paire / camin / sang / cònsol / jorn.
  • « Lo ______ de la vila a signat l’acte. »
  • « El es mort lo terç ______ de mars. »
  • « La ______ es lonc del portal. »
  • « Lo ______ de l’enfant se noma Peire. »
  • « El a perdut molt de ______. »
  • « El es estat trobat mort sus lo ______. »
Correction
  • « Lo cònsol de la vila a signat l’acte. »
  • « El es mort lo terç jorn de mars. »
  • « La gleisa es lonc del portal. »
  • « Lo paire de l’enfant se noma Peire. »
  • « El a perdut molt de sang. »
  • « El es estat trobat mort sus lo camin. »

Exercice 4 — Lecture d’un acte reconstitué

Lisez cet acte de sépulture reconstitué et répondez aux questions :

« L’an mil sièis cens e quaranta, lo dotzen jorn del mes de febrièr, a esté ensevelit dins lo cementèri del loc de Reillana, estant mort lo mesme jorn de sa plausa, non muny d’aucun sacrament, Guilhem Fabre, laüraire, filh de Peire Fabre e de Caterina Roux, sa molher. Testimònis requis : Jacme Blanc e Anton Gras. »

  1. Quelle est la date du décès ?
  2. Quelle est la cause de la mort ?
  3. Quel est le métier du défunt ?
  4. Qui sont ses parents ?
  5. A-t-il reçu les sacrements ?
Correction
  1. 1. Le 12 février 1640.
  2. 2. Il est mort de sa blessure (sa plausa).
  3. 3. Laboureur (laüraire).
  4. 4. Peire Fabre et Caterina Roux (sa molher).
  5. 5. Non — non muny d’aucun sacrament.

Exercice 5 — Construction de phrase

En utilisant les mots du module, construisez une phrase en ancien provençal qui signifie :

« Le fils du meunier est mort dans le bois. »

Correction (proposition)

« Lo fil del mòlnièr es mort al bosc. »

Annexe — Glossaire alphabétique de référence

Ce glossaire regroupe l’ensemble des termes présentés dans ce module, classés par ordre alphabétique, avec indication du thème pour faciliter la mémorisation.
Ancien provençal Français Thème
abat abbé Religion
acusat accusé Justice
aiga eau Espace
amenda amende Justice
an an, année Temps
aujòl aïeul Famille
auton automne Temps
baile bailli Profession
baptisme baptême Religion
boca bouche Corps
bosc bois, forêt Espace
bòrgues bourgeois Profession
camin chemin Espace
camp champ Espace
cap tête Corps
carriera rue Espace
castel château Espace
cementèri cimetière Religion / Espace
cònsol consul municipal Profession
còr cœur Corps
cors corps Corps
crima crime Justice
curat curé Religion
decret jugement Justice
deman demain Temps
Dieus Dieu Religion
enquesta enquête Justice
estiu été Temps
extrema unccion extrême-onction Religion
febre fièvre Corps
ferrier forgeron Profession
fil / filh fils Famille
filha fille Famille
filhòl filleul Famille
forn four Espace
fraire frère / frère religieux Famille / Religion
fuèir fuir Justice
garda garde Justice
garit guéri Corps
gendre gendre Famille
gleisa église Religion
ièr hier Temps
ivèrn hiver Temps
jorn jour Temps
jutge juge Justice
larrò voleur Justice
laüraire laboureur Profession
loc lieu, village Espace
mairina marraine Famille
maire mère Famille
malaut malade Corps
malautia maladie Corps
man / mans main / mains Corps
marit mari Famille
matin matin Temps
mercandièr marchand Profession
mes mois Temps
messa messe Religion
metge médecin Corps
molh moulin Espace
molher épouse Famille
mòlnièr meunier Profession
monge moine Religion
mort mort Corps
munt montagne Espace
nadal Noël Temps / Religion
nafrar blesser Justice / Corps
nas nez Corps
neboda nièce Famille
nep / nebot neveu Famille
nora belle-fille (bru) Famille
notari notaire Profession
nuèit nuit Temps
oncle oncle Famille
òrdre ordre religieux Religion
orèlha oreille Corps
ossi / òs os Corps
ostal maison Espace
pages paysan Profession
pairis parrain Famille
paire père Famille
paròquia paroisse Religion
pascas Pâques Temps / Religion
pastor berger Profession
pe / pes pied / pieds Corps
pena peine Justice
pescaire pêcheur Profession
plaça place publique Espace
plaièit procès Justice
plausa / plaga blessure, plaie Corps
pònt pont Espace
pòrt col de montagne Espace
portal porte Espace
prat pré Espace
primavèra printemps Temps
prior prieur Religion
preso prison Justice
quaresma Carême Religion
riu rivière Espace
sacrament sacrement Religion
sang sang Corps
sant joan Saint-Jean Temps / Religion
santa Maria Vierge Marie Religion
sénher seigneur Profession
sepultura sépulture Religion
ser soir Temps
setmana semaine Temps
sor / sorre sœur Famille
talhaire tailleur Profession
testimòni témoin Justice
uèi aujourd’hui Temps
ulh / uelh œil Corps
val vallée Espace
vèuse / vidua veuve Famille
vièure / viduu veuf Famille
vila ville, village Espace

Sources scientifiques

  • Raynouard, François-Juste-Marie, Lexique roman, Paris, 1838–1844.
  • Levy, Emil, Petit dictionnaire provençal-français, Heidelberg, 1909.
  • Paden, William D., An Introduction to Old Occitan, MLA, 1998.
  • Bec, Pierre, La langue occitane, PUF, 1963.
  • Anglade, Joseph, Grammaire de l’ancien provençal, Klincksieck, 1921.

Module 6 : Variantes régionales et évolution >>

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La chanson traditionnelle dans les maisons des Alpes au XIXe siècle https://www.geneprovence.com/chanson-traditionnelle-alpes-xixe-siecle/ https://www.geneprovence.com/chanson-traditionnelle-alpes-xixe-siecle/#respond Sat, 12 Oct 2024 05:30:50 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=22597 Les Hautes-Alpes et le nord des Basses-Alpes, régions montagneuses du sud-est de la France, ont une riche tradition musicale qui a traversé les siècles. Au XIXe siècle, les chansons traditionnelles jouaient…

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Les Hautes-Alpes et le nord des Basses-Alpes, régions montagneuses du sud-est de la France, ont une riche tradition musicale qui a traversé les siècles. Au XIXe siècle, les chansons traditionnelles jouaient un rôle central dans la vie quotidienne des habitants, servant à la fois de divertissement et de moyen de transmission de l’histoire et des coutumes locales.

Un héritage musical vivant

Les Hautes-Alpes et le nord des Basses-Alpes, régions montagneuses du sud-est de la France, ont une riche tradition musicale qui a traversé les siècles. Ces régions, caractérisées par leurs paysages alpins majestueux et leurs villages pittoresques, ont toujours été un terreau fertile pour la culture et les traditions orales. Au XIXe siècle, les chansons traditionnelles jouaient un rôle central dans la vie quotidienne des habitants. Elles étaient chantées lors des veillées, des fêtes de village, et même pendant les travaux agricoles, apportant réconfort et joie dans la rudesse de la vie montagnarde.
Ces chansons servaient non seulement de divertissement, mais aussi de moyen de transmission de l’histoire et des coutumes locales. À travers les paroles, les habitants racontaient des histoires de leur passé, des légendes locales, et des événements marquants. Les chansons étaient souvent empreintes de poésie et de symbolisme, évoquant la nature environnante, les saisons, et les cycles de la vie. Elles reflétaient les préoccupations, les joies et les peines des communautés montagnardes, créant un lien fort entre les générations.
Les mélodies et les paroles étaient transmises de bouche à oreille, de génération en génération, assurant ainsi la préservation de ce patrimoine immatériel. Les chansons traditionnelles étaient également un moyen de renforcer la cohésion sociale, en rassemblant les membres de la communauté autour de valeurs et d’expériences communes. En somme, la musique traditionnelle des Hautes-Alpes et du nord des Basses-Alpes au XIXe siècle était bien plus qu’un simple divertissement : elle était le reflet de l’âme de ces régions et de leurs habitants.

Exemple de chanson traditionnelle

Un exemple typique de ces chansons est illustré par les paroles suivantes :
A la Tchandelièro,
Gran fret, gran névièro,
L'Ours souorté dé sa tanièro,
Faï trés tourts,
Et rientro par quaranto djourts.
À la Chandeleur,
Grand froid, grande neige,
L'ours est sorti de sa tanière,
A fait trois tours
Et est rentré pour quarante jours.

Cette chanson, qui mentionne « la Chandelièro » (la Chandeleur), décrit le froid intense et la neige abondante, ainsi que la sortie de l’ours de sa tanière, un événement marquant dans le folklore local. La mention de l’ours et de la Chandeleur pourrait symboliser la fin de l’hiver et le retour progressif du printemps, un thème récurrent dans les chansons de cette région.

Collecte et préservation

Des ethnomusicologues comme Julien Tiersot (1857-1936) et Charles Joisten (1936-1981) ont joué un rôle crucial dans la collecte et la préservation de ces chansons. Tiersot, par exemple, a mené une enquête de 1895 à 1900 dans les Alpes françaises, recueillant des centaines de chansons populaires. Son travail a permis de documenter et de sauvegarder un patrimoine musical qui, autrement, aurait pu disparaître. Il a publié plusieurs ouvrages sur la musique traditionnelle française, contribuant ainsi à une meilleure compréhension et appréciation de cette culture musicale.
Joisten, quant à lui, a poursuivi ce travail dans les années 1950 et 1970, mettant en lumière la richesse de la tradition orale des Hautes-Alpes. Passionné par les traditions populaires, il a collecté non seulement des chansons, mais aussi des contes, des légendes et des récits de vie. Son approche ethnographique a permis de contextualiser ces chansons dans la vie quotidienne des habitants, offrant ainsi une vision plus complète de la culture locale. Joisten a également travaillé à la diffusion de ce patrimoine à travers des publications et des enregistrements, permettant à un public plus large de découvrir et d’apprécier ces trésors culturels.
Leurs travaux ont été essentiels pour la préservation de la mémoire collective des Hautes-Alpes et du nord des Basses-Alpes. Grâce à leurs efforts, de nombreuses chansons traditionnelles ont été sauvegardées et continuent d’être chantées aujourd’hui, témoignant de la vitalité et de la richesse de la culture musicale de ces régions. En documentant ces chansons, Tiersot et Joisten ont non seulement préservé un patrimoine immatériel précieux, mais ont également contribué à la reconnaissance et à la valorisation des cultures locales.

Importance culturelle

Ces chansons ne sont pas seulement des vestiges du passé ; elles continuent de vivre à travers les générations, transmises de bouche à oreille. Elles sont un témoignage précieux de la culture et de l’histoire des habitants des Hautes-Alpes et du nord des Basses-Alpes, offrant un aperçu unique de leur vie quotidienne au XIXe siècle.

En conclusion, la chanson traditionnelle dans les maisons des Hautes-Alpes et du nord des Basses-Alpes au XIXe siècle est un héritage culturel riche et vivant, qui mérite d’être célébré et préservé. Les paroles de ces chansons, comme celles citées ci-dessus, nous rappellent l’importance de la nature, des saisons, et des traditions dans la vie de ces communautés montagnardes.

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Un perturbateur au théâtre (Aix-en-Provence, 13 janvier 1839) https://www.geneprovence.com/un-perturbateur-au-theatre-aix-en-provence-13-janvier-1839/ https://www.geneprovence.com/un-perturbateur-au-theatre-aix-en-provence-13-janvier-1839/#respond Fri, 16 Aug 2024 18:28:02 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=21823 Le dimanche 13 janvier 1839, au théâtre d’Aix avait lieu une représentation de La Fête du village voisin, un opéra de François-Adrien Boïeldieu, écrit en 1816. Au XVIIIe et au…

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Le dimanche 13 janvier 1839, au théâtre d’Aix avait lieu une représentation de La Fête du village voisin, un opéra de François-Adrien Boïeldieu, écrit en 1816.
Au XVIIIe et au XIXe siècles, les spectateurs étaient habitués à entendre des cris répétés et assourdissants venant des spectateurs pendant les entractes.
Ce soir-là, on venait de jouer le premier acte de l’opéra et le silence avait été presque religieux.
Mais au lever du rideau, donc au moment où allait débuter le second acte, un jeune homme de parterre, couvert d’un chapeau, se mit à hurler dans le but évident de perturber le bon déroulé de la représentation.
Les spectateurs protestèrent et un agent de police s’approcha du perturbateur au chapeau. Il lui demanda dans un premier temps de se découvrir.
Le jeune homme, visiblement pas très pénétré d’une bonne éducation, ignora superbement le police dont le couvre-chef surmonté de la cocarde tricolore ne laissait pas de doute quant à son identité.
Avec effronterie, il lui répondit qu’il ne se découvrirait qu’après lui. Ce qui fut fait, l’agent, relâchant avec intelligence un peu de ses droits, ôta son couvre-chef pour inciter l’autre à en faire de même et lui donnant par là une leçon de politesse et de convenances. On ne doit en effet pas être couvert au théâtre.
Mais le jeune homme ne s’en tint pas là. Soit par indisposition, comme il le prétendit plus tard, soit par esprit de forfanterie, il avait encore son chapeau sur la tête quelques minutes après.
Désemparé, l’agent de police se tourna vers son supérieur, resté au fond de la salle, qui l’observait. Sur un signe de celui-ci, il haussa le ton et ordonna au jeune homme de le suivre jusqu’à la loge du commissaire.
Finalement, le garçon redevenu soudain calme allait céder quand des amis à lui le retinrent et entreprirent d’empêcher l’arrestation.
L’agent insista brutalement et reçut soudain un violent coup de poing qui lui ensanglanta le visage.
De toutes parts, on criait : « Haro sur la police ! » et le pauvre agent ne serait pas ressorti indemne de la salle sans l’intervention du commissaire et de son écharpe.
Le procureur du roi fu contacter et celui-ci ordonna que le perturbateur bruyant fût jeté au violon pour trois jours de détention préventive en attendant de décider de son sort.
Enfin, le tribunal correctionnel le condamna à vingt-quatre autres heures de prison et à 25 francs d’amende au profit du trésor et aux frais de la procédure.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 19 janvier 1839, p. 2.

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Félibres et Félibrige https://www.geneprovence.com/felibres-et-felibrige/ https://www.geneprovence.com/felibres-et-felibrige/#respond Tue, 07 Jan 2014 00:01:30 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=10109 2014 est l’année Mistral, des­ti­née à commémorer le cen­te­nai­re de la mort de Frédéric Mistral le 25 mars 1914. Géné­Provence tient à s’as­so­cier à cette célébration en vous proposant durant cette année, au rythme d’un article par mois, les biographies des premiers Félibres. [caption id="attachment_10111" align="alignleft" width="300"] Fondation du Félibrige à Font-Ségugne (1854)[/caption] Le félibrige Le Félibrige est créé par sept jeunes poètes provençaux le 21 mai 1854, jour de la Sainte-Estelle, au château de Font-Ségugne, sur la commune de Châteauneuf-de-Gadagne, dans le Vaucluse.

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2014 est l’année Mistral, des­ti­née à commémorer le cen­te­nai­re de la mort de Frédéric Mistral le 25 mars 1914. Géné­Provence tient à s’as­so­cier à cette célébration en vous proposant durant cette année, au rythme d’un article par mois, les biographies des premiers Félibres.
Fondation du Félibrige à Font-Ségugne (1854)
Fondation du Félibrige à Font-Ségugne (1854)

Le félibrige

Le Félibrige est créé par sept jeunes poètes provençaux le 21 mai 1854, jour de la Sainte-Estelle, au château de Font-Ségugne, sur la commune de Châteauneuf-de-Gadagne, dans le Vaucluse.
Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan se fixent pour but de restaurer et de codifier la langue provençale.
Dès 1855, ils publient un almanach entièrement écrit en provençal, l’Armana Prouvençau, qui est encore publié de nos jours chaque année. Il est suivi en 1859 par le célèbre poème de Mistral, Mirèio. Mais c’est surtout en 1878, la première publication du Tresor dòu Felibrige, le premier dictionnaire provençal-français.
Devant leur réussite, et gagnant toutes les régions de langue d’oc, les premiers Félibres organisent leur mouvement et, en 1862, publient les premiers statuts du Félibrige. En 1876, il est décidé qu’il sera constitué de félibres mainteneurs (felibre mantenèire) et de félibres majoraux (felibre majourau). Le mouvement est organisé en 1905 en association sans but lucratif de loi 1901. Le Félibrige s’est donné pour mission de défendre et de soutenir la langue provençale, et plus largement les langues d’oc, dans toutes les formes d’expressions : littérature, théâtre, cinéma, chanson, musique, etc. Son siège social est au Museon Arlaten d’Arles.
Les félibres mainteneurs sont les adhérents au mouvement, en nombre illimité. Ils sont répartis en six (sept à l’origine) sections, nommées maintenances (mantenènço) : Aquitaine, Auvergne, Gascogne-Haut-Languedoc, Languedoc-Catalogne, Limousin et Provence.
Les félibres majoraux, au nombre de cinquante, forment une sorte d’Académie provençale. Ils sont élus à vie par cooptation, et détiennent chacun une cigale d’or, qui se transmet à leur mort comme le fauteuil d’un Académicien. Ils sont les gardiens de la langue provençale.
Le Félibrige est présidé par le capoulié, obligatoirement choisi parmi les Félibres majoraux. Le premier capoulié fut Frédéric Mistral ; son successeur actuel est Jacques Mouttet. Il est le gardien de la coupe, symbole du Félibrige. Il est assisté par un secrétaire (baile), un trésorier (clavaire), et des assesseurs (assessour) formant le conseil d’administration.
Chaque année, l’association organise un congrès, lors de la Santo Estello, dans une ville différente des pays de langues d’oc. C’est un moment festif mettant à l’honneur la lengo nostro sous toutes ses formes.
Tous les sept ans sont organisés les Grand Jo flourau setenàri, joutes littéraires qui permettent de distinguer et d’élire un Maître en Gai-Savoir (mèstre en Gai-Sabé) et une reine du Félibrige aux fonctions purement honorifique.
By Capsot (Own work) [CC0], via Wikimedia Commons.
By Capsot (Own work) [CC0], via Wikimedia Commons.

La Coupo

La Coupo est une coupe d’argent ciselée offerte par les patriotes Catalans aux premiers Félibres pour l’accueil qu’ils avaient fait au poète Victor Balaguer et ses amis.
En 1867, la Catalogne est secouée par des mouvements nationalistes en révolte contre l’état central espagnol. Exilés, des nationalistes Catalans sont accueillis en Provence par Jean Brunet. En remerciement, les Catalans offrent lors d’un banquet à Font-Ségugne une coupe d’argent fabriqué par le sculpteur Louis-Guillaume Fulconis, d’Avignon. Prévenu du cadeau, Frédéric Mistral écrit alors la Cansoun de la coupo, composée sur l’air de « Guihame, Tòni, Pèire », un noël de Nicolas Saboly du XVIIe siècle. Cette chanson est devenue depuis l’hymne provençal, chanté à chaque fin de rassemblement.
Invités à leur tour à Barcelone, en 1877, les Félibres provençaux offrirent à leur tour une coupe aux Catalans.

Les capoulié du Félibrige


  • 1876 : Frédéric Mistral

  • 1888 : Joseph Roumanille

  • 1891 : Félix Gras

  • 1901 : Pierre Devoluy

  • 1909 : Valère Bernard

  • 1919 : Joseph Fallen

  • 1922 : Marius Jouveau

  • 1941 : Frédéric Mistral neveu

  • 1956 : Charles Rostaing

  • 1962 : Élie Bachas

  • 1971 : René Jouveau

  • 1982 : Paul Roux

  • 1989 : Paul Pons

  • 1992 : Pierre Fabre

  • 2006 : Jacques Mouttet

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