Médecine Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/medecine/ 500 ans de faits divers en Provence Wed, 01 Jul 2026 11:59:04 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Médecine Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/medecine/ 32 32 Ce que gagnait le chirurgien de village en Provence https://www.geneprovence.com/ce-que-gagnait-le-chirurgien-de-village-en-provence/ https://www.geneprovence.com/ce-que-gagnait-le-chirurgien-de-village-en-provence/#respond Mon, 29 Jun 2026 21:10:13 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28654 Lorsque vos ancêtres provençaux se blessaient, tombaient malades ou mouraient de façon suspecte, c’est lui qu’on appelait. Lui, le maître chirurgien, dont la boutique jouxtait souvent la place du village,…

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Lorsque vos ancêtres provençaux se blessaient, tombaient malades ou mouraient de façon suspecte, c’est lui qu’on appelait. Lui, le maître chirurgien, dont la boutique jouxtait souvent la place du village, entre l’auberge et l’étude du notaire. Avant que la médecine moderne ne trace des frontières nettes entre les professions de santé, le chirurgien occupait en Provence une place singulière : ni tout à fait le médecin savant, formé à la faculté de Montpellier et qui soignait par les humeurs et les remèdes, ni le simple rebouteux empirique qui remettait les os en place à la force du poignet. Il était l’homme de l’art manuel, celui qui incisait, pansait, saignait, extrayait, et parfois rasait la barbe.
La Provence était, à cet égard, mieux lotie que bien d’autres régions françaises. À la fin de l’Ancien Régime, les départements provençaux figuraient parmi les mieux pourvus du royaume en personnel médical : à Marseille, on comptait 63 chirurgiens pour 34 médecins ; à Castellane, 6 chirurgiens pour 3 médecins seulement. Jusque dans les bourgs les plus reculés — Trigance dans les gorges du Verdon, La Cadière dans le Var, Gréoux en Haute-Provence — on trouvait un praticien installé, souvent père d’une lignée de chirurgiens.
Mais de quoi vivait concrètement cet homme indispensable ? Que lui versait-on pour panser une blessure d’épée, soigner une longue maladie, ou simplement raser la barbe chaque semaine ? Les archives provençales — délibérations de communautés, registres judiciaires, testaments — conservent des traces précises et souvent surprenantes de cette économie de la santé rurale.

Qui était le chirurgien de village ? Statuts et formations

Derrière le titre générique de « chirurgien » se cachait en réalité une hiérarchie complexe, que vos ancêtres distinguaient fort bien. Au bas de l’échelle, l’apprenti débutait sa formation auprès d’un maître établi, apprenant les gestes de base en échange d’un contrat passé devant notaire. À Cavaillon en 1718, le chirurgien Louis Labrousse dut ainsi poursuivre en justice le notaire François-Joseph Manuel de Robion pour récupérer les 10 écus et une charge de blé qui lui restaient dus pour l’apprentissage de son fils Henri-François dans l’art de la chirurgie. L’apprenti devenait ensuite garçon chirurgien, employé salarié d’un maître, avant d’accéder — après examens — à la maîtrise. Au sommet se trouvait le chirurgien-juré, reconnu officiellement par une communauté de chirurgiens.
Pour accéder à la maîtrise, trois voies coexistaient en Provence. Dans certaines villes comme Hyères, Lorgues, La Ciotat ou Digne, on se formait « sur le tas » auprès d’un praticien diplômé. Ailleurs, on passait quatre examens oraux — ostéologie, anatomie, luxations, saignées, plaies, ulcères, médicaments — devant l’une des communautés de chirurgiens d’Aix, Marseille, Arles, Tarascon, Draguignan, Fréjus, Toulon ou Brignoles. À partir de 1767 à Aix, puis 1775 à Marseille, des collèges de chirurgie dispensèrent enfin un enseignement structuré en anatomie, physiologie, pathologie et obstétrique.

Les revenus communaux : quand le village paie son chirurgien

La question du chirurgien était, au XVIIIe siècle, une affaire d’État local. Les conseils de communauté provençaux en délibéraient, le Parlement d’Aix en homologuait les décisions, et les habitants en payaient parfois directement la note. Car attirer un praticien dans un village reculé n’allait pas de soi, et le maintenir encore moins.
Le mécanisme le plus courant était le versement de gages annuels, financés par la communauté elle-même. En 1763, la communauté de Gréoux, en Haute-Provence, obtint du Parlement de Provence l’homologation d’un « capage » — un impôt levé sur chaque habitant du lieu — spécifiquement destiné à subvenir au paiement des gages de son chirurgien, à l’entretien d’une fontaine et à d’autres charges de pareille nature. Le rapprochement est révélateur : aux yeux des consuls, la présence d’un chirurgien relevait de la même nécessité publique que celle d’une fontaine. C’était un service dû à la communauté, que chaque feu devait contribuer à financer.
Mais que se passait-il lorsque la communauté ne parvenait pas à attirer ou à retenir un praticien ? Le document de Venelles, en 1769, répond à cette question avec une brutalité saisissante. La délibération de cette communauté, homologuée par le Parlement de Provence, commence par ce constat accablant : la plupart des habitants du lieu mouraient sans le secours d’un chirurgien. Pour y remédier, il fut décidé d’allouer une rente de 120 livres par an au sieur Boudisson, médecin, à condition qu’il vienne établir sa résidence à Venelles. Ce chiffre de 120 livres annuelles constitue l’une des rares données chiffrées conservées sur les gages d’un praticien de village en Provence au XVIIIe siècle. À titre de comparaison, un employé municipal à Auriol touchait des appointements d’un ordre comparable à la même époque — ce que nous avons pu établir dans un précédent article.
Ces deux documents illustrent une réalité que les généalogistes connaissent bien : la santé de vos ancêtres dépendait souvent moins de leur propre résistance que de la capacité de leur communauté à s’offrir un homme de l’art. Entre Gréoux qui taxait ses habitants pour payer son chirurgien et Venelles dont les habitants mouraient faute d’en avoir un, toute la fragilité du système de santé rural provençal se résume en quelques lignes d’archives.

Les honoraires à l’acte : une économie de l’incertitude

En dehors des gages communaux, la grande majorité des chirurgiens de village vivait de ce qu’on leur payait acte par acte — et les archives judiciaires, précisément parce qu’elles conservent les litiges, nous livrent une série de tarifs d’une précision rare.
La visite ordinaire à domicile se négociait autour de 2 livres. À Avignon en 1723, le chirurgien Brunel dut poursuivre en justice les héritiers d’une certaine Pompone pour récupérer 4 livres 4 sous correspondant à deux visites qu’il lui avait faites — soit 2 livres 2 sous par visite. Un tarif modeste, mais que beaucoup de patients ou leurs familles rechignaient à honorer. Pour un pansement de blessure, le prix montait. En 1750-1751, toujours à Avignon, le garçon du chirurgien Manne reçut 3 livres pour avoir pansé un sculpteur nommé Adam d’un coup d’épée — et c’est le créancier d’Adam qui avança la somme, intégrée dans une dette plus large. Le chirurgien intervenait ainsi au cœur des réseaux de crédit et d’entraide qui structuraient la vie villageoise.
Lorsque les soins s’étiraient sur plusieurs semaines, la note devenait plus substantielle. À Aix-en-Provence en 1691, la ville versa 20 livres au sieur Nicolay, maître chirurgien, pour avoir soigné pendant un mois une jeune fille qui avait reçu quatre blessures d’un dragon du régiment de Rannes. Soit environ 5 livres par semaine de soins intensifs pour une victime de violence militaire. Mais c’est le cas de Jean Oltonne, chirurgien aixois, qui illustre le mieux les extrêmes que pouvait atteindre la rémunération : en 1708, la somme due par Jean-Louis Clémens, huissier à la Cour des Comptes, fut fixée à 60 livres pour un mois de traitement d’une maladie vénérienne. Un tarif élevé, révélateur à la fois de la difficulté du traitement et du rang du patient.
Encore fallait-il être payé. Les archives regorgent de praticiens contraints de porter leurs créances devant les tribunaux. Le chirurgien avignonnais Louis Labaume en fit l’amère expérience en 1711 : il dut poursuivre les héritiers de Charles Bouflard, peintre, pour récupérer 10 livres correspondant aux soins et à la nourriture qu’il avait fournis au défunt lors de sa dernière maladie. Car le chirurgien ne soignait pas seulement — il nourrissait parfois le malade, veillait à son confort, assumait un rôle qui débordait largement le geste médical. Et les héritiers, une fois l’enterrement fait, n’étaient pas toujours pressés de régler ces dettes-là.
Le paiement en nature était une autre réalité quotidienne. À Cavaillon en 1718, c’est une charge de blé — en sus de 10 écus en argent — qui entrait dans le règlement des frais d’apprentissage d’un jeune chirurgien. Le médecin de Saint-Rémy Denis Pélissier, dont les papiers ont été conservés, se faisait parfois régler ses visites par une dinde ou par le ferrage de son cheval. Comme le notait un historien ayant étudié ses comptes, il paraît impossible de déterminer un tarif moyen tant les modalités de paiement variaient d’un patient à l’autre. C’était, au fond, moins un marché régulé qu’une économie de la confiance et de la négociation perpétuelle.

Les revenus annexes : barbe, apprentis et location du privilège

Pour arrondir des revenus médicaux irréguliers et souvent difficiles à recouvrer, le chirurgien de village disposait de plusieurs sources de revenus complémentaires, que les archives nous révèlent avec une précision parfois savoureuse.
La plus banale était la barbe. Malgré les édits royaux qui avaient officiellement séparé la chirurgie de la barberie, nombreux étaient les praticiens qui continuaient à tenir leur clientèle d’abonnés au rasoir. À Avignon en 1744-1745, le chirurgien-juré François Cambaud dut ainsi traîner en justice les mariés Masson pour 19 mois d’abonnement impayé à la barbe, à raison de 6 livres par an. Une somme modeste — moins d’un sou par jour — mais qui, multipliée par une clientèle régulière, constituait un revenu prévisible dans un métier qui en manquait cruellement. La boutique du chirurgien, ouverte sur la rue, était aussi un lieu de sociabilité masculine où l’on venait se faire raser chaque semaine, échanger les nouvelles, et parfois se faire tirer une dent.
La formation d’apprentis représentait une autre source de revenus non négligeable. Prendre un jeune homme sous sa coupe pour lui enseigner l’art chirurgical se monnayait : à Cavaillon en 1718, Louis Labrousse réclamait 10 écus et une charge de blé pour l’apprentissage du fils d’un notaire. Outre la rétribution financière, l’apprenti fournissait une main-d’œuvre gratuite — c’est le garçon de Manne qui pansait les blessés à Avignon, libérant le maître pour d’autres tâches. L’équipement de l’apprenti représentait lui-même un coût non négligeable : à Aix à la fin du XVIe siècle, un compte tutélaire mentionne le paiement de 20 sous pour une trousse garnie d’instruments, plus deux lancettes espagnoles non comprises dans ce prix.
Enfin, le droit d’exercer lui-même pouvait se louer, pratique moins connue mais bien attestée en Provence. À Aix en 1692, le maître chirurgien Antoine Lieutaud loua son « poinçon » — son privilège d’exercer — à un confrère nommé François Bonnet pour deux années et quinze jours, la contrepartie étant estimée en nature. À Avignon en 1714, Louis-François Manne réclamait en justice 7 écus et demi pour six mois de location de son privilège à un certain Datrie, également chirurgien. Soit l’équivalent de 15 écus par an — environ 45 livres — pour le seul droit de pratiquer sous couvert d’une patente établie. Une façon pour le maître de monétiser sa position, et pour le locataire de s’installer sans avoir encore obtenu sa propre maîtrise.

Les revenus exceptionnels : expertises judiciaires et chirurgiens de peste

À côté des honoraires ordinaires et des revenus annexes, certaines circonstances offraient au chirurgien des rémunérations d’une tout autre nature — parfois considérables, parfois payées au prix de la vie.
La première de ces sources exceptionnelles était l’expertise judiciaire. Dès qu’une mort suspecte, une blessure grave ou un décès soudain survenait, la justice seigneuriale ou royale requérait un chirurgien pour examiner le corps et rédiger son rapport. Ces prestations étaient payées par la ville ou la juridiction compétente, indépendamment des parties. À Aix-en-Provence en 1675, la ville versa 50 livres aux médecins Bouchard, Lauthier et Rive, ainsi qu’au chirurgien Nicolay, pour avoir pratiqué l’autopsie du conseiller Puech, décédé subitement — les frais de l’opération ayant été mis à la charge de la ville par décision du Parlement. Sur geneprovence.com, plusieurs articles illustrent concrètement ce rôle : à Simiane-la-Rotonde en 1745, un chirurgien local fut ainsi requis après la découverte nocturne du corps d’Henri Blanc, travailleur assassiné, le vicaire ne pouvant procéder à l’inhumation qu’après la levée de corps et le rapport médical. À Cabannes en 1758, c’est la mort par chute du sergent ordinaire Joseph Jobert qui nécessita l’intervention d’un maître chirurgien, à la réquisition du procureur et du greffier de la juridiction. Ces expertises, répétées tout au long d’une carrière, constituaient un complément de revenus régulier et officiel.
Mais c’est en temps d’épidémie que les rémunérations atteignaient des sommets vertigineux — au prix d’un risque tout aussi vertigineux. En août 1629, la ville d’Aix passa un traité avec Jean Rougier, chirurgien des Martigues, qui s’engagea à venir traiter les pestiférés moyennant 750 livres par mois, plus le vivre, le chauffage, le couchage et un valet pour le temps qu’il serait en quarantaine. Une somme prodigieuse — l’équivalent de plus de six années de gages d’un praticien communal ordinaire — qui dit tout du désespoir des autorités face à la contagion et de la conscience qu’avaient les chirurgiens du risque mortel qu’ils encouraient. Des municipalités pouvaient ainsi se mettre en quasi-faillite pour trouver des volontaires.
Car le risque était réel et fatal. À Graveson, au pied de la Montagnette, la peste de 1721 emporta Paul François Bertrand, maître chirurgien du village, mort en septembre de cette année à l’infirmerie de campagne de Cadillan après avoir combattu le mal au chevet des pestiférés. Avec lui disparut le jeune apothicaire Honoré Amiel, vingt-quatre ans. Leur sacrifice laissa le village dans un dénuement médical total, désorganisant pour longtemps les réseaux de soins habituels. Pour ces chirurgiens-là, le prix payé n’était pas en livres.

Le chirurgien, un notable provincial : patrimoine et statut social

Au-delà des honoraires et des gages, la question de ce que gagnait le chirurgien de village ne se réduit pas à une somme en livres. Elle se lit aussi dans ce qu’il laissait derrière lui — et les testaments conservés dans les archives provençales sont, à cet égard, d’une éloquence remarquable.
À Lorgues en 1655, Jean Chaix, chirurgien de la ville, exprimait dans ses dernières volontés une ambition sociale sans équivoque : il voulait être enseveli dans la grande église, accompagné par messieurs du chapitre et par tous les autres ordres religieux de la ville. Cette sépulture au cœur de l’église, entourée du clergé réuni, n’était pas donnée à tout le monde. Elle signalait un homme parvenu au sommet de la notabilité locale, dont la mémoire méritait d’être honorée avec le même apparat que celle des marchands prospères ou des officiers de justice. Un siècle plus tard, à La Cadière dans le Var, Antoine Gardon, chirurgien du village, léguait 30 livres en 1773 à la confrérie de la Charité établie dans la paroisse voisine de Bandols, laissant à son épouse Anne Riboulet la jouissance de tous ses biens meubles et immeubles, et instituant ses quatre fils héritiers par portions égales. Quatre fils, des biens meubles et immeubles, un legs pieux à une confrérie hors de sa propre paroisse : le portrait d’un homme solidement ancré dans les réseaux de bienfaisance et de sociabilité de sa région.
Plus éloquent encore est le testament de Pierre Rouvier, maître en chirurgie de Trigance, rédigé en 1785 dans ce village perché des gorges du Verdon — l’un des endroits les plus reculés de toute la Provence. Il y léguait à son fils François, lui aussi maître en chirurgie, un jardin arrosable situé au-dessus du moulin à farine, et à ses petits-fils un autre jardin au quartier du Gros-Buis. Terres, jardins, transmission de la profession de père en fils : le chirurgien de village le plus isolé pouvait constituer, au fil d’une carrière, un patrimoine foncier réel et le transmettre à une véritable dynastie familiale.
À Avignon, Louis Labaume incarnait une autre facette de cette intégration sociale : en 1724, les Pénitents de la Miséricorde durent poursuivre ses héritiers pour récupérer 5 écus qu’il leur avait légués pour la nourriture des prisonniers. Un chirurgien qui faisait des dons aux détenus, qui soignait sans distinction juifs et chrétiens, nobles et artisans, était bien davantage qu’un prestataire de soins : il était une figure morale de sa communauté.

Ni riche ni miséreux : une condition honorable et précaire

De 2 livres la visite ordinaire à 750 livres par mois pour affronter la peste, la fourchette des revenus du chirurgien provençal était vertigineuse — et elle dit à elle seule l’extrême diversité des situations que recouvrait ce métier. Entre le garçon chirurgien qui se battait en justice pour récupérer 16 livres de salaire impayé et le maître établi qui léguait jardins et maisons à ses fils, entre Venelles dont les habitants mouraient faute d’avoir un chirurgien et Jean Chaix de Lorgues enterré en grande pompe dans l’église collégiale, il n’y avait pas un chirurgien provençal mais des dizaines de conditions différentes.
Ce que les archives nous disent avec constance, c’est qu’un maître chirurgien installé, habile et patient, pouvait mener une vie honorable : constituer un patrimoine foncier, élever plusieurs enfants, transmettre sa profession et son statut, faire des legs pieux. Mais cette honorabilité reposait sur des fondements fragiles — des honoraires difficiles à recouvrer, des patients insolvables ou récalcitrants, une concurrence entre praticiens qui poussait certains à louer leur propre privilège d’exercer. Et au bout du chemin, pour les plus malchanceux ou les plus courageux, la mort au chevet des pestiférés, comme Paul François Bertrand à Graveson en 1721.
Si vous trouvez dans vos recherches généalogiques un ancêtre qualifié de « maître chirurgien », sachez qu’il occupait dans son village une place enviée — celle d’un homme indispensable, respecté, et suffisamment instruit pour tenir sa propre comptabilité et plaider ses créances devant les tribunaux. Un notable de proximité, ancré dans la terre et dans les corps de sa communauté.

Sources

Archives municipales d’Aix-en-Provence :
  • CC 531 (1591-1613) — Note de 4 écus du maître chirurgien Jean Prouhet pour soins donnés au trompette de la Ville (1611)
  • CC 650 (1675-1676) — Paiement de 50 livres aux médecins et au chirurgien Nicolay pour l’autopsie du conseiller Puech (1675)
  • CC 682 (1691-1692) — Paiement de 20 livres au sieur Nicolay, maître chirurgien, pour un mois de soins à une jeune fille blessée par un dragon (1691)
  • CC 1155 (1586-1602) — Comptes tutélaires : paiement de 20 sous pour une trousse d’instruments pour un apprenti chirurgien
  • BB 140 — Traité avec Jean Rougier, chirurgien des Martigues, pour soigner les pestiférés : 750 livres par mois plus le vivre, le chauffage, le couchage et un valet (1629)
  • BB 182, f° 365 — Estimation d’un trelis vitré remis par Antoine Lieutaud, maître chirurgien, à François Bonnet, chirurgien, pour la location de son poinçon pendant 2 ans et 15 jours (1692)
  • BB 198, f° 303 — Fixation à 60 livres de la somme due par Jean-Louis Clémens au chirurgien Jean Oltonne pour un mois de traitement (1708)
Archives départementales des Bouches-du-Rhône :
  • B 2927 (1763) — Arrêt homologuant l’imposition d’un capage sur les habitants de Gréoux pour subvenir au paiement des gages du chirurgien
  • B 2933 (1769) — Arrêt homologuant la délibération de la communauté de Venelles allouant une rente de 120 livres par an au sieur Boudisson pour établir sa résidence dans le village
Archives départementales du Vaucluse :
  • B 788 (1718) — Poursuites de Louis Labrousse, chirurgien de Cavaillon, contre le notaire Manuel de Robion, pour 10 écus et une charge de blé dus pour l’apprentissage de son fils en chirurgie
  • B 975 (1711) — Poursuites de Louis Labaume, chirurgien, contre les hoirs de Charles Bouflard, peintre, pour 10 livres de soins et nourriture lors de sa dernière maladie
  • B 981 (1714) — Poursuites de Louis-François Manne, maître chirurgien, contre Datrie, chirurgien, pour 7 écus et demi pour la location de son privilège pendant 6 mois
  • B 994 (1723) — Poursuites du chirurgien Brunel contre les hoirs de Pompone pour 4 livres 4 sous correspondant à deux visites
  • B 1014 (1735) — Instance de Pierre Ollivier, garçon chirurgien, contre Mouret, chirurgien, pour un salaire de 16 livres
  • B 1031 (1744-1745) — Poursuites de François Cambaud, chirurgien-juré, contre les mariés Masson pour 19 mois d’abonnement à la barbe à 6 livres par an
  • B 1042 (1750-1751) — Paiement de 3 livres au garçon du chirurgien Manne pour avoir pansé un sculpteur d’un coup d’épée
  • B 813 (1724) — Poursuites des Pénitents de la Miséricorde d’Avignon contre les hoirs de Louis Labaume, chirurgien, pour 5 écus légués pour la nourriture des prisonniers
Archives départementales du Var :
  • E 133 (1655) — Testament de Jean Chaix, chirurgien de Lorgues, léguant une pension viagère de 60 livres à son épouse
  • E 231 (1773) — Testament d’Antoine Gardon, chirurgien de La Cadière, léguant 30 livres à la confrérie de la Charité de Bandols
  • E 299 (1785) — Testament de Pierre Rouvier, maître en chirurgie de Trigance, léguant jardins et biens à ses fils, dont l’un également maître chirurgien
Sur GénéProvence :
  • Graveson (1720-1721) : une communauté provençale face au fléau — mort du maître chirurgien Paul François Bertrand pendant la peste
  • Henri Blanc assassiné la nuit (Simiane-la-Rotonde, 27 mars 1745) — intervention du chirurgien dans une procédure judiciaire
  • La mort du sergent ordinaire (Cabannes, 1er juillet 1758) — visite du maître chirurgien requis par la juridiction
  • Combien gagnait un employé municipal à Auriol en 1745 ? — pour la comparaison des salaires
Bibliographie :
  • François-Xavier Emmanuelli, « Le monde médical provençal à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle », Études Héraultaises, 1984
  • François-Xavier Emmanuelli, « Introduction à l’histoire du XVIIIe siècle communal en Provence », Annales du Midi, tome 87, n° 122, 1975
  • Toby Gelfand, « Deux cultures, une profession : les chirurgiens français au XVIIIe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 27, n° 3, 1980
  • Jamel El Hadj, « La réorganisation d’un groupe professionnel. Les chirurgiens de peste à Marseille aux XVIIeXVIIIe siècles », Rives méditerranéennes, 2017

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L’année 1720 marque pour Graveson une bascule tragique. Situé au pied de la Montagnette, ce village de la vallée du Rhône, à la fois prospère et pieux, a vu son quotidien brusquement rattrapé par la « contagion ». Entre la ferveur des registres paroissiaux et l’effroi des infirmeries de fortune, le bilan de cette période révèle une communauté qui a dû se réinventer pour survivre au milieu du chaos.

Une société agraire et artisanale dynamique

Avant que le mal ne frappe, Graveson s’organise selon une hiérarchie agraire et artisanale très solide. La vie s’articule autour de l’élite foncière représentée par les ménagers, propriétaires de leurs attelages, qui dominent une masse de travailleurs et de vignerons. Cette distinction sociale se lit jusque dans la mort, puisque les plus influents cherchent l’inhumation dans la nef de l’église, tandis que les autres rejoignent le cimetière commun ou les chapelles de confréries comme celle des Pénitents Blancs. Le village dispose d’un tissu artisanal complet comprenant des maîtres cardeurs de laine, des tonneliers, des charrons essentiels au transport et des maîtres bouchers, témoignant d’une économie locale florissante et ouverte sur les villages voisins de Saint-Rémy, Eyragues et Rognonas.

L’été 1721 : l’arrivée de la « contagion »

Si la peste se déclare à Marseille en 1720, c’est en 1721 qu’elle frappe Graveson de plein fouet, transformant radicalement le paysage local. Des infirmeries de campagne sont dressées en urgence au hameau de Cadillan pour isoler les malades, et le chemin de Maillane devient une route de douleur où l’on évacue les suspects de peste. L’élite du savoir paie un prix lourd dans cette lutte. Paul François Bertrand, maître chirurgien, meurt en septembre 1721 à l’infirmerie après avoir combattu le mal, tandis que le jeune apothicaire Honoré Amiel disparaît également à vingt-quatre ans. La peur est telle que le curé refuse la sépulture commune aux victimes soupçonnées de peste, comme Elizabeth Arnaud, enterrée hors les murs. En l’absence de prêtres disponibles, ce sont des domestiques qui pratiquent l’ondoiement d’urgence des nouveau-nés à la maison.

L’hécatombe des notables et le sacrifice des soignants

L’impact sur les familles de notables a été foudroyant, tant sur le plan humain que structurel. La disparition des figures médicales a laissé le village dans un dénuement total, désorganisant les réseaux de soins habituels. Les grandes familles de ménagers voient leurs structures patriarcales vaciller avec le décès de plusieurs chefs de famille sexagénaires ou octogénaires en l’espace de quelques mois, entraînant une accélération brutale des successions et une redistribution des terres. La démographie des notables est également touchée par une mortalité juvénile alarmante, à l’image de la famille du berger Guillaume Jean, dont la fille de quinze ans périt aux infirmeries peu après sa mère, brisant ainsi les stratégies d’alliances matrimoniales patiemment construites.

Résilience et mutations économiques

Malgré ce sombre tableau, les registres de la fin de l’année 1721 montrent une volonté farouche de reconstruction. L’analyse des décès sur la période révèle une espérance de vie moyenne de quarante-huit ans et neuf mois, un chiffre qui masque une cohabitation entre de rares patriarches atteignant quatre-vingts ans et une jeunesse fauchée précocement. Les survivants des familles influentes, comme les Guignard ou les Catalan, verrouillent le pouvoir pour assurer la stabilité. On assiste à une concentration des propriétés par des remariages rapides entre veufs et veuves de même condition. Fait inhabituel, des enfants de dix à quatorze ans apparaissent comme parrains et marraines officiels, témoignant d’un transfert de responsabilité vers une génération très jeune, faute d’adultes survivants dans certaines branches.

Conclusion : le triomphe de la lignée sur le mal

À la fin de l’année 1721, Graveson est un village meurtri mais debout. La reprise des mariages dès décembre montre que la priorité absolue est la sauvegarde du patrimoine foncier et la continuité des lignées. Les charges notariales et les propriétés foncières sont restées entre les mains des familles survivantes qui assurent la transition vers l’année 1722. La peste a emporté des vies, mais elle n’a pas brisé l’organisation sociale provençale, qui s’est refermée sur ses fondamentaux que sont la terre, le droit et la famille pour assurer son avenir.
  • Source : Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

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Mort par ouï-dire (Valensole, août 1631) https://www.geneprovence.com/mort-par-oui-dire-valensole-aout-1631/ https://www.geneprovence.com/mort-par-oui-dire-valensole-aout-1631/#respond Mon, 16 Feb 2026 14:35:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=27540 En août 1631, la peur est telle à Valensole en raison de l’épidémie de peste que le vicaire ne sort plus. Pour Jean de Loyton, il note simplement ce qu’on…

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En août 1631, la peur est telle à Valensole en raison de l’épidémie de peste que le vicaire ne sort plus. Pour Jean de Loyton, il note simplement ce qu’on lui a raconté : un corps ‘blanchi’ (sans doute à la chaux) et l’ultime recours aux reliques de saint Augustin pour protéger l’âme de celui qu’on ne peut plus approcher.

« L’on m’a rapporté que le […] du mois d’aoust Jan de Loyton fut enseveli après avoir esté blanchi [devant] les reliques de saint Augustin. »

  • Registre paroissial de Valensole, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0130.

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Les maladies et les termes employés autrefois pour les désigner https://www.geneprovence.com/les-maladies-et-les-termes-employes-autrefois-pour-les-designer/ https://www.geneprovence.com/les-maladies-et-les-termes-employes-autrefois-pour-les-designer/#respond Mon, 20 Oct 2025 20:56:33 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26595 Dépouiller un acte de décès, une déclaration de maladie ou un testament dans vos recherches jusqu’au XVIIIe siècle (et même après) nous confronte souvent à un vocabulaire médical obscur. Ces…

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Dépouiller un acte de décès, une déclaration de maladie ou un testament dans vos recherches jusqu’au XVIIIe siècle (et même après) nous confronte souvent à un vocabulaire médical obscur. Ces termes ne désignent pas seulement des maux, ils sont les témoins de la médecine de l’époque, mêlant souvent superstition, observation clinique et théorie des humeurs.
Comprendre cette terminologie est essentiel pour décoder les vies de nos ancêtres provençaux. Voici un aperçu des principaux termes médicaux que vous croiserez, avec leur signification moderne.

Les affections courantes et générales

Terme ancien Signification et contexte au XVIIIe siècle Équivalent(s) moderne(s)
Catarrhe Inflammation des muqueuses (respiratoires ou digestives) provoquant une forte sécrétion (écoulement, mucosités). Souvent synonyme de rhume persistant ou de forte toux. Rhume sévère, bronchite, sinusite ou inflammation des voies aériennes supérieures.
Maladie de la Moisson Fièvres et dermatoses contractées pendant les travaux des champs en été, souvent dues à des morsures de petits acariens (rougets). Fièvres estivales, dermatite causée par des piqûres d’insectes ou d’acariens (comme la thrombidiose).
Phtisie Maladie d’épuisement caractérisée par la faiblesse et l’amaigrissement progressif. Le terme évoque le dépérissement du corps. Tuberculose pulmonaire (principalement).
Fièvre puerpérale Fièvre grave survenant après l’accouchement, souvent due à une infection. Infection post-partum (septicémie).
Hydropisie Gonflement généralisé du corps par accumulation de liquide, souvent abdominal ou dans les jambes. Œdème important, souvent causé par une insuffisance cardiaque ou rénale.
Cachexie État de maigreur extrême et de déchéance physique, synonyme de dépérissement. Dénutrition sévère, associée souvent à des cancers ou des maladies chroniques.
Apoplexie Perte soudaine et complète de conscience et de mouvement, souvent avec paralysie, considérée comme une rupture de l’équilibre des humeurs. Accident vasculaire cérébral (AVC).
Fièvre tierce / quarte Fièvres récurrentes se manifestant avec des cycles réguliers (tous les deux ou trois jours). Diverses formes de paludisme (malaria).

Les maux de cœur et l’angoisse

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Oppression de poitrine Sensation de serrement ou de gêne respiratoire et thoracique. Le terme a été formalisé en 1768 par William Heberden. Angine de poitrine (Angor), ou douleur thoracique d’origine diverse.
Palpitation Tressaillement cardiaque ressenti par le patient. Arythmie ou simple sensation de tachycardie.
Mal caduc Terme utilisé pour désigner une maladie soudaine et souvent associée à la perte de connaissance et aux convulsions. Épilepsie (le terme vient de l’idée que le malade tombe).

Les affections digestives et accidents

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Miserere (ou Passion iliaque) Terme souvent fatal désignant un arrêt des matières (vomissements de matières fécales) et des douleurs abdominales extrêmes. Occlusion intestinale ou iléus.
Descente de boyaux Protrusion (sortie) d’une partie de l’intestin à travers la paroi abdominale ou inguinale. Hernie (inguinale, ombilicale, etc.).
Flux de ventre Diarrhée sévère et persistante, très dangereuse pour les nourrissons. Gastro-entérite ou dysenterie (cause principale de la mortalité infantile).

L’enfance et les malades « jeunes »

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Claveau / Picote Maladie infantile aiguë très contagieuse provoquant des éruptions cutanées (pustules), souvent mortelle. Variole (ou petite vérole).
Dentition Désignait non seulement la poussée des dents, mais aussi les fièvres et convulsions qu’on lui attribuait à tort. Crises infantiles ou infections diverses associées à la poussée dentaire.

Blessures et séquelles

Terme ancien Signification et contexte Équivalent(s) moderne(s)
Paralysie Terme conservé, mais désignant toute perte de mouvement. Souvent considérée comme la séquelle d’une apoplexie. Paralysie (hémiplégie, paraplégie, etc.).
Chute Décès ou infirmité survenant à la suite d’un accident, souvent sans plus de détails. Traumatisme physique accidentel.

Un témoignage historique

Il est crucial de se souvenir que l’état-civil, les registres paroissiaux et les archives médicales de l’époque consignaient ce que l’on observait (les symptômes), et non ce que la médecine moderne comprend (les causes pathologiques). Un ancêtre mort de la phtisie est très probablement décédé de la tuberculose. Une hydropisie témoigne d’une grave défaillance d’organe.
Loin d’être de simples mots, ces termes sont de précieuses clés pour interpréter l’état de santé, la mortalité et les conditions de vie en Provence à travers les siècles. Ils nous rappellent l’extraordinaire fragilité de l’existence de nos aïeux face à des maux que la science a, depuis, majoritairement vaincus.

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La variole en Provence : quand la science combattait les préjugés (Saignon, mars 1841) https://www.geneprovence.com/la-variole-en-provence-quand-la-science-combattait-les-prejuges-saignon-mars-1841/ https://www.geneprovence.com/la-variole-en-provence-quand-la-science-combattait-les-prejuges-saignon-mars-1841/#respond Thu, 31 Jul 2025 05:30:20 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26044 Saignon, 1841 : un appel à la raison face à la maladie En ce printemps 1841, la Provence était le théâtre d’un combat crucial et vital. À Saignon (Vaucluse), alors que…

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Saignon, 1841 : un appel à la raison face à la maladie

En ce printemps 1841, la Provence était le théâtre d’un combat crucial et vital. À Saignon (Vaucluse), alors que la petite vérole continuait de faire des ravages, une bataille d’idées se jouait. Le public, confronté à des cas de « prétendue variole » chez des individus vaccinés, remettait en question l’efficacité du précieux vaccin. Mais face à cette vague de scepticisme, des voix s’élevaient, armées de faits et de science, pour défendre cette avancée médicale.
Un médecin de Saignon, soucieux de la santé publique, rédigea une lettre ouverte. Il souhaitait mettre en lumière une distinction fondamentale : celle entre la petite vérole, redoutable et souvent mortelle, et la « varioloïde », une forme atténuée de la maladie. Cette nuance, essentielle, permettait de comprendre pourquoi le vaccin, bien qu’il ne prévienne pas toujours l’apparition de tout symptôme, offrait une protection inestimable.

L’épidémie et ses facettes provençales

Depuis huit mois déjà, la petite vérole sévissait dans le chef-lieu de l’arrondissement. Un jeune homme non-vacciné, venu de l’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), l’avait importée, et le mal se propagea rapidement dans les environs. À Saignon et ses alentours, les chiffres étaient éloquents : quatre cas de variole pure, huit de varioloïde et cinq de varicelle furent recensés depuis le début de décembre. Face à cette épidémie de pustules, la confusion régnait. Le public peinait à distinguer les nuances, mélangeant sous le terme générique de « petite vérole » des éruptions qui, malgré leur parenté, présentaient des caractères bien différents.
Pourtant, ces distinctions étaient déjà connues des initiés. Les médecins d’alors classifiaient la maladie en plusieurs catégories. Il y avait d’abord la « petite vérole » ou « variole » stricto sensu, que le peuple nommait « veirola » ou « picoto » dans certaines régions. Ensuite, ils identifiaient la « variole discrète ». Elle se caractérisait par quelques larges boutons dispersés, typiques des jeunes enfants, et portait en provençal le nom d' »esclattos« . Enfin, la « petite vérole volante », ou « verette », « verolotte », « varicelle », était connue localement sous les appellations de « veirouletto », « esclapetto », ou « veirolo foualo ».

La varioloïde : une protection efficace de la vaccine

La « varioloïde » représentait une catégorie à part. Observée seulement depuis l’avènement de la vaccine, elle constituait une sorte de chaînon entre la vaccine et la variole. Chez les individus vaccinés, cette éruption réapparaissait systématiquement sous sa forme bénigne, la varioloïde. En revanche, chez les non-vaccinés, elle pouvait soit conserver cette forme, soit, de manière alarmante, se transformer en une véritable variole, bien plus dangereuse. Les Provençaux commencèrent à la nommer « veirolo bastardo » ou « veiroulino », la « vérole bâtarde », une appellation qui soulignait sa nature hybride et souvent trompeuse.
C’était précisément cette éruption, fréquente chez les vaccinés, qui semait le doute. Pour un œil non averti, elle semblait compromettre l’efficacité de la vaccination. Mais une observation attentive révélait rapidement sa différence avec la petite vérole authentique. Les divergences entre ces deux éruptions étaient multiples. Les symptômes généraux précédant la varioloïde se montraient en général bien moins graves. L’éruption demeurait plus discrète. Les boutons, au lieu d’être plats et ombiliqués, apparaissaient arrondis et marqués d’un point central. Les pustules sortaient irrégulièrement, parfois même alors que les premières commençaient déjà à sécher. De surcroît, la durée de la maladie se réduisait presque de moitié. Finalement, les boutons ne laissaient qu’une petite tâche, laquelle s’effaçait rapidement sans laisser de marques indélébiles.

La douceur de la maladie chez les vaccinés

Chez les individus vaccinés, la varioloïde manifestait une extrême bénignité. Ils éprouvaient, certes, des symptômes similaires à ceux des varioleux, mais à un degré infiniment moindre. Une légère fièvre, quelques maux de tête occasionnels, et un petit nombre de boutons dispersés sur le corps caractérisaient leur mal. Heureusement, ces boutons disparaissaient rapidement. Il fallait également noter que les patients, pleinement rétablis en une dizaine de jours, n’avaient même pas perdu l’appétit, un signe indéniable de la légèreté de l’affection.
Le médecin de Saignon jugeait donc inutile de décrire les ravages de la petite vérole chez les non-vaccinés. Ses caractères hideux et ses conséquences dévastatrices étaient malheureusement trop bien connus. La maladie pouvait emporter les malades, ou les défigurer avec de profondes cicatrices, voire entraîner la perte d’organes importants. Son objectif n’était donc pas de dresser un tableau macabre, mais de souligner avec force la clémence de la maladie chez ceux qui avaient reçu le vaccin. La légèreté du mal, l’absence de traces durables de son passage : voilà les preuves irréfutables.

Un appel philanthropique pour l’avenir

Ces éléments, clairs et concrets, forçaient même les adversaires de la vaccination à admettre une vérité : le virus vaccin, bien qu’il ne puisse totalement prévenir l’apparition de la variole, la rendait si bénigne, si innocente que ses effets équivalaient à une parfaite préservation de la vie et de l’intégrité physique.
Le rédacteur de la lettre exhortait donc la population à ne pas hésiter. Il pressait vivement les familles environnantes de soumettre leurs enfants à la vaccination. Les catastrophes récentes qui avaient frappé de nombreux non-vaccinés imposaient ce devoir. C’était un véritable appel philanthropique, un geste de solidarité face à une maladie que la science offrait désormais de contrôler.
  • Sources : Le Mercure aptésien, 4 avril 1841, p. 2, 3.
  • Illustration : Le Docteur Vaccinando : préservant par sa nouvelle Méthode Madame Ango des ravages de la petite vérole, chez Bonneville, rue Saint-Jacques, no 195, entre 1794 et 1799. Bibl. nat. de France.

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Accident d’apoplexie (Boulbon, 18 octobre 1715) https://www.geneprovence.com/accident-dapoplexie-boulbon-18-octobre-1715/ https://www.geneprovence.com/accident-dapoplexie-boulbon-18-octobre-1715/#respond Fri, 04 Jul 2025 06:49:21 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=25856 « Le dix-neuvième octobre 1715, a été enseveli dans l’église paroissiale de ce lieu, Jacques Barbarin, ménager, âgé d’environ 65 ans, mort hier en suite d’un accident d’apoplexie. Anima eius requiescat…

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« Le dix-neuvième octobre 1715, a été enseveli dans l’église paroissiale de ce lieu, Jacques Barbarin, ménager, âgé d’environ 65 ans, mort hier en suite d’un accident d’apoplexie.
Anima eius requiescat in pace1. »
[Perier vicaire]

Note
1. « Que son âme repose en paix. »

  • Source : Registre paroissial de Boulbon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 222.

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Deux médecins indifférents (Aix-en-Provence, 27 mai 1839) https://www.geneprovence.com/deux-medecins-indifferents-aix-en-provence-27-mai-1839/ https://www.geneprovence.com/deux-medecins-indifferents-aix-en-provence-27-mai-1839/#respond Sun, 01 Dec 2024 05:30:44 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=23461 Le lundi 27 mai 1839, un événement inattendu secoua les passants sur le cours principal de la ville d’Aix, le futur cours Mirabeau. Jean-Nicolas Pourpre, un simple portefaix de 42…

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Le lundi 27 mai 1839, un événement inattendu secoua les passants sur le cours principal de la ville d’Aix, le futur cours Mirabeau. Jean-Nicolas Pourpre, un simple portefaix de 42 ans, né à Aix, époux de Marthe Blanc, s’effondra soudainement. Sa vie, fauchée par une apoplexie brutale, semblait s’être éteinte avant même que les badauds n’aient eu le temps de réagir. Son état, visiblement lié à un excès de boisson, n’invita guère à la compassion pour certains.
Alors que la foule se rassemblait, l’espoir apparut sous la forme de deux jeunes médecins, MM. Louis Léon et François Caillat, qui passaient à proximité lorsque l’attention d’un citoyen les interpella. Celui-ci les pria d’apporter leur aide, de vérifier s’il y avait encore un souffle de vie en ce pauvre homme. Cependant, contre toute attente, les deux praticiens refusèrent de s’approcher du corps. Sans un mot d’explication, ils continuèrent leur chemin, laissant derrière eux la stupeur et l’incompréhension de ceux qui avaient assisté à la scène.
Cette indifférence suscita des interrogations douloureuses au sein de l’assemblée. Pourquoi ces médecins s’étaient-ils détournés ? Était-ce par crainte de toucher un corps inerte, ou simplement parce qu’ils estimaient cet homme trop insignifiant pour mériter leurs soins ? Pour beaucoup, leur attitude constituait une insulte aux valeurs d’humanité et de solidarité.

La protestation des médecins pour laver leur honneur

Léon et Caillat demandèrent que leur honneur soit lavé en exigeant dans la presse aixoise que soit publié le 6 juin un démenti formel des événements racontés ci-dessus.
Pour eux, Pourpre n’était pas mort sur le sol du cours Mirabeau mais à l’intérieur d’une habitation. Apportons à leur décharge que Pourpre est en effet décédé dans la maison de monsieur Molin, au numéro 1 du Cours, où il a semble-t-il été porté après avoir fait son malaise.
Ils affirmèrent que le portefaix n’était pas en état d’ébriété ce jour-là, contrairement à ses habitudes et qu’il était mort à 17h30 alors qu’eux-mêmes ne passèrent dans la rue que deux heures plus tard, à 19 heures. Or, l’acte de décès indique que le pauvre homme a expiré à 19 heures, non à 17h30.
Ils indiquèrent en outre qu’on ne leur avait pas demandé de porter secours à cet homme mais seulement « s’ils seraient curieux de voir un cadavre », invitation qu’ils déclinèrent, continuant leur route, jugeant inutile d’intervenir pour un homme déjà mort.
  • Le Mémorial d’Aix, 1er juin 1839, p. 4 ; ibid., 8 juin 1839, p. 2, 3.
  • Registre d’état civil de la ville d’Aix-en-Provence, acte no 322, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 202 E 370.

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Trouvée morte à genoux (Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, 12 mai 1683) https://www.geneprovence.com/trouvee-morte-a-genoux-saint-maximin-la-sainte-baume-12-mai-1683/ https://www.geneprovence.com/trouvee-morte-a-genoux-saint-maximin-la-sainte-baume-12-mai-1683/#respond Tue, 06 Aug 2024 18:29:26 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=21704 L’arrivée d’Honorade Chaudon à Saint-Maximin en mai 1683 s’inscrit dans les flux de circulations populaires entre le haut et le bas pays provençal. Sa mort subite à l’hôpital, survenue peu…

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L’arrivée d’Honorade Chaudon à Saint-Maximin en mai 1683 s’inscrit dans les flux de circulations populaires entre le haut et le bas pays provençal. Sa mort subite à l’hôpital, survenue peu après son admission, évoque cliniquement une syncope fatale ou une embolie, alors qualifiées de défaillances de cœur. La position de la défunte, retrouvée à genoux au pied de son lit, atteste la persistance des habitus de dévotion jusque dans l’agonie. Ce détail permet au desservant de justifier l’absence de sacrements par l’instantanéité du décès, tout en confirmant l’appartenance de l’indigente à la communauté des croyants.

« L’an 1683 et le 12 mai, est décédée dans la communion de l’Église, sans avoir reçu aucun sacrement, à cause d’une défaillance de cœur qui lui est survenue,
S’étant levée du lit de l’hôpital auprès duquel on l’a trouvée à deux genoux, morte,
Honorade Danielle Chaudonne, du lieu de Roumoules, étant arrivée malade en ce pays le 11 du présent mois, fille de Daniel Chaudon et de Suzanne Lieutaude, et a été ensevelie.
Présents Barthélemy Giraud et François Baudisson. »
[F. Baudisson, B. Giraud, J. Lande, secondaire]
  • Source : Registre paroissial de Saint-Maximin, AD83 2 MI EC2809R1.

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Deux décès simultanés (Esparron, 18 avril 1895) https://www.geneprovence.com/deux-deces-simultanes-esparron-18-avril-1895/ https://www.geneprovence.com/deux-deces-simultanes-esparron-18-avril-1895/#respond Sat, 22 Jun 2024 11:24:23 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=21205 Le jeudi 18 avril 1895, deux décès consécutifs vinrent endeuiller la petite commune d’Esparron (Var), située à l’est de Rians. Ce fait est suffisamment rare pour être signalé sur une…

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Le jeudi 18 avril 1895, deux décès consécutifs vinrent endeuiller la petite commune d’Esparron (Var), située à l’est de Rians. Ce fait est suffisamment rare pour être signalé sur une commune qui comptait généralement moins de dix décès chaque année.
La première personne décédée, Marie-Anne Rebuffat, était une dame de 71 ans, originaire d’Esparron, fille de Jean-Évariste Rebuffat et d’Anne-Rose Chaylena, tous deux bien entendu décédés.
La seconde, elle, était une petite fille de 5 ans, Joséphine Lanteaume, fille de Désiré Lanteaume et de Sidonie Serre, les boulangers du village, et elle aussi était née à Esparron.
La presse locale signale que si ces décès étaient survenus le même jour, ce n’était pas le fait du hasard.
En effet, Mme Rebuffat, veuve Balès, était morte d’une paralysie et la jeune Lanteaume, elle, d’une diphtérie ou angine couenneuse. C’est notamment la fin de la petite fille qui a pu intriguer.
En effet, ce jour-là, et semble-t-il depuis un petit moment, il n’y avait plus de médecin dans le village. Et lorsque ses parents amenèrent la petite Joséphine au docteur Roux, d’un village voisin, il était déjà trop tard. Celui-ci reconnut bien les traces de la maladie mais la fillette succomba dans les heures qui suivirent.
Il est à penser que si un médecin avait exercé à Esparron, la jeune fille, et peut-être même la vieille dame, ne seraient pas mortes ce jour-là.
  • Source : La République du Var, 24 avril 1895, p. 4.
  • Registre d’état civil d’Esparron, Archives départementales du Var, 7 E 55_14

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La mort du pharmacien marseillais (Apt, 1er novembre 1839) https://www.geneprovence.com/mort-pharmacien-marseillais-apt-1er-novembre-1839/ https://www.geneprovence.com/mort-pharmacien-marseillais-apt-1er-novembre-1839/#respond Sat, 06 Apr 2024 18:12:48 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=20161 Un décès survenu à Apt (Vaucluse) fit grand bruit à Marseille ce 1er novembre 1839, et pour cause : le décédé n’était autre qu’un pharmacien bien connu à Marseille, M.…

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Un décès survenu à Apt (Vaucluse) fit grand bruit à Marseille ce 1er novembre 1839, et pour cause : le décédé n’était autre qu’un pharmacien bien connu à Marseille, M. Antoine Roustan, 25 ans, le fils d’un ancien pharmacien marseillais tout aussi connu, M. Joseph-Pierre Roustan.
Cette mort, pour être honnête, provoqua un grand retentissement à Marseille. Elle surprit tout le monde par sa soudaineté et surtout par l’âge du jeune pharmacien. Vingt-cinq ans n’est vraiment pas un âge pour mourir.
Antoine Roustan était arrivé à Apt le 1er novembre pour y visiter des amis. Il avait déjà fait la même chose à la même époque l’an passé. Mais cette fois-ci, il se produisit un drame.
Quelques heures après son arrivée, son cœur commença à battre la chamade et à lui causer des douleurs thoraciques. Pour se rassurer et rassurer ceux qui l’accompagnait, il dit que ces battements n’étaient que nerveux et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.
Pourtant, alors que les minutes passaient, son état devint soudain alarmant et il dut s’aliter. On appela à son chevet quatre médecins d’Apt, les docteurs Musso, Bernard, Chaudon et Cane. À 22 h 30, il était mort !
On apprit par la suite qu’il avait commencé à se sentir mal avant même son départ de Marseille mais qu’il s’était persuadé que son état s’améliorerait en voyageant. Les médecins furent informés qu’il souffrait depuis longtemps d’un anévrisme de l’aorte et qu’il avait fini par en mourir.
Le docteur Barthélemy, beau-frère d’Antoine Roustan, réalisa une autopsie du mort et confirma la nature de la maladie qui l’avait emporté.
Marseille entière pleura son pharmacien et ses amis consternés accompagnèrent sa dépouille jusqu’à la chapelle du cimetière d’Apt, d’où on la transporta à Marseille et on la déposa dans le caveau de la famille Roustan.
  • Source : Le Mercure aptésien, 24 novembre 1839, p.4
  • État civil de la ville d’Apt, 1793-1922.

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