Profession Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/profession/ 500 ans de faits divers en Provence Fri, 26 Jun 2026 21:19:23 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Profession Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/profession/ 32 32 Drame à la tannerie Jullien (Marseille, 27 juin 1868) https://www.geneprovence.com/drame-a-la-tannerie-jullien-marseille-27-juin-1868/ https://www.geneprovence.com/drame-a-la-tannerie-jullien-marseille-27-juin-1868/#respond Fri, 19 Jun 2026 17:59:18 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28496 C’était un samedi soir ordinaire, vers 18 heures, dans le quartier du Bas-Canet. L’ombre commençait sans doute à s’étirer sur les cuves et les peaux de la tannerie Jullien, alors…

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C’était un samedi soir ordinaire, vers 18 heures, dans le quartier du Bas-Canet. L’ombre commençait sans doute à s’étirer sur les cuves et les peaux de la tannerie Jullien, alors que les ouvriers s’apprêtaient à clore leur rude journée de labeur. Soudain, un événement effroyable vint briser la routine de l’atelier, plongeant l’assistance dans une stupeur indicible.
Un ouvrier, que la chronique de l’époque ne nommait que sous l’initiale mystérieuse de sieur N., tentait une manœuvre délicate mais courante dans ces usines mécanisées du siècle passé. Il voulut passer une courroie par-dessus une roue d’engrenage, un geste mille fois répété qui, ce soir-là, tourna au drame. En un instant, la roue saisit sa main et le malheureux fut entraîné, sans aucune échappatoire possible, par le mouvement de rotation inexorable de la machine.
La violence du mécanisme ne laissa aucune chance à la victime. Lorsqu’on parvint enfin à arrêter l’engin et à extraire l’homme de ses rouages de fer, le spectacle était proprement insoutenable. Tous ses membres étaient littéralement broyés par la puissance des engrenages. Son corps n’offrait plus aux regards horrifiés de ses camarades qu’un immense amas de chairs et d’ossements, déchirés et brisés par la force centrifuge et la compression du métal.
Alertés en toute hâte, les médecins et les représentants de la justice accoururent sur les lieux, mais leur présence ne fut que de pure forme pour la survie de l’homme. Ils ne purent que constater le décès immédiat de celui que le journal qualifiait alors d’imprudent ouvrier. Ce récit, bien que rapporté avec une certaine réserve par la presse de l’époque, témoigne de la dureté des conditions de vie et de la dangerosité du travail industriel en Provence.
  • Source : Le Petit Marseillais, 30 juin 1868, p. 2.

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Réception d’une sage-femme (Paradou, 10 février 1745) https://www.geneprovence.com/reception-dune-sage-femme-paradou-10-fevrier-1745/ https://www.geneprovence.com/reception-dune-sage-femme-paradou-10-fevrier-1745/#respond Tue, 12 May 2026 09:56:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28220 La réception de Catherine Quenin en 1745 témoigne du contrôle rigoureux exercé par l’Église et la médecine sur les naissances en Provence. À cette époque, la sage-femme occupe une fonction…

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La réception de Catherine Quenin en 1745 témoigne du contrôle rigoureux exercé par l’Église et la médecine sur les naissances en Provence. À cette époque, la sage-femme occupe une fonction charnière, validée par un docteur de Montpellier pour sa compétence technique et par le curé pour sa moralité. Sa capacité à administrer le baptême d’urgence est cruciale afin d’éviter que l’enfant ne meure sans sacrement, ce qui le condamnerait aux limbes. L’interdiction de faire dormir le nourrisson dans le lit parental vise spécifiquement à prévenir les cas fréquents d’étouffement accidentel durant le sommeil.

« L’an mil sept cent quarante-cinq et le dixième jour du mois de février.
Vu le certificat de Me Manson, docteur en médecine de la faculté de Montpellier du susdit jour, par lequel il constate que Catherine Quenin, veuve de Jacques Arnaud, native et habitante de cette paroisse, âgée d’environ cinquante ans, peut sans aucun risque exercer le ministère de sage-femme, l’ayant trouvée capable tant par sa théorie que par sa grande expérience depuis plus de trente ans.
Nous, soussigné, bachelier en théologie, curé perpétuel de la paroisse de Saint-Martin-de-Castillon, terroir des Baux, diocèse d’Arles, bien assuré de la religion, vie irréprochable et bonnes mœurs de ladite Catherine Quenin, après l’avoir examinée sur la manière de bien administrer le baptême, dont nous l’avons trouvée parfaitement instruite, et lui avoir fait prêter le serment requis, lui avons permis et permettons d’exercer le ministère de sage-femme dans toute l’étendue de cette paroisse, lui recommandant très expressément de ne baptiser les enfants que dans une pressante nécessité, et toujours, s’il se peut, en présence de deux personnes ; d’avertir les parents de faire recevoir le sacrement de baptême à leurs enfants dans les trois jours après leur naissance pour le plus tard ; de ne point les mettre dans leur lit avant qu’ils aient un an accompli, et de s’acquitter elle-même de sa charge avec toute la fidélité, la diligence et la prudence possibles, ce qu’elle nous a juré et promis.
Moyennant quoi, nous lui avons signé et expédié les présentes après les avoir couchées sur les registres de cette paroisse, à Saint-Martin, l’an et jour que dessus. »
[Laugier, curé]
  • Sources : Registre paroissial de Saint-Martin-de-Castillon, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 217.

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Le curé de village en Provence au XVIIIe siècle (1/2) : formation, revenus et registres https://www.geneprovence.com/le-cure-de-village-en-provence-au-xviiie-siecle-1-2-formation-revenus-et-registres/ https://www.geneprovence.com/le-cure-de-village-en-provence-au-xviiie-siecle-1-2-formation-revenus-et-registres/#respond Sun, 10 May 2026 11:50:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28175 Il est là à chaque instant de la vie. Il baptise le nouveau-né quelques heures après sa naissance, parfois en urgence au domicile familial. Il unit les couples, confesse les…

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Il est là à chaque instant de la vie. Il baptise le nouveau-né quelques heures après sa naissance, parfois en urgence au domicile familial. Il unit les couples, confesse les pécheurs, administre les derniers sacrements aux mourants et les enterre. Il note tout dans les registres paroissiaux qui sont aujourd’hui nos précieuses sources généalogiques. En Provence comme partout en France, le curé de village est au XVIIIe siècle la figure la plus constante, la plus intime de la communauté rurale. Et pourtant, derrière cette présence familière se cache une condition souvent précaire, une autorité fragile, et une vie faite de tensions autant que de dévouement.
Qui était-il vraiment ? D’où venait-il, comment avait-il été formé, de quoi vivait-il ? C’est à ces questions que ce premier article tente de répondre, en nous appuyant sur les registres paroissiaux de Provence et sur les travaux des historiens qui ont étudié les diocèses voisins du nôtre.

Devenir curé : le long chemin vers la paroisse

Au XVIIIe siècle, on ne devient pas curé par hasard. Depuis le concile de Trente (1545-1563), l’Église avait décidé de mettre fin aux temps où des prêtres à peine instruits officiaient dans les campagnes, en imposant une formation obligatoire en séminaire. Mais la réforme fut lente à s’imposer : selon l’historien Philippe Martin, le triptyque de formation — séminaire, visites épiscopales, synodes et conférences ecclésiastiques — ne s’impose véritablement dans les campagnes françaises qu’à partir de 1670-1680, et n’atteint sa pleine efficacité qu’après 17201. Un curé ordonné en 1730 est donc le premier produit cohérent de ce système ; celui ordonné en 1680, comme Messire Esprit Guigue à Aspres-sur-Buëch, était encore un homme d’une génération de transition — ce qui rend d’autant plus remarquable la qualité et l’humanité de ses actes.
La question du recrutement a été étudiée de près dans les diocèses voisins de notre territoire. Pour le diocèse de Gap — limitrophe de Sisteron, couvrant le Champsaur et le Gapençais — l’historien américain Timothy Tackett a établi une prosopographie rigoureuse du clergé séculier dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : origines sociales, formation, revenus, relations avec les paysans2. Pour le diocèse de Vence, aux confins de la Basse-Provence orientale, une étude conservée aux archives départementales des Alpes-Maritimes apporte des données précieuses sur le profil des curés3. Dans les deux cas, le tableau est celui d’un clergé rural majoritairement issu des milieux artisans ou laboureurs aisés de la région, rarement noble, souvent fils cadet d’une maison qui ne pouvait hériter.
Mais la formation séminaire créait aussi un paradoxe que les autorités diocésaines de Vence formulèrent sans détour : « L’éducation dans les grands séminaires des villes, loin de préparer aux diocèses de la montagne de bons sujets pour le service des églises, est le moyen le plus sûr d’en être privé »3. Les séminaristes formés en ville rechignaient à repartir dans les paroisses isolées de montagne. À Vence, la conséquence en était visible : l’âge moyen des curés en exercice passa de 49 ans en 1762 à 55 ans en 1790, signe d’un vieillissement du clergé rural faute de remplaçants3. Il est raisonnable de penser que les diocèses de Sisteron et de Riez, aux paroisses tout aussi dispersées dans les terres de Haute-Provence, connurent des difficultés analogues.
La nomination d’un curé résultait par ailleurs d’un jeu complexe d’influences. Dans certaines paroisses, c’est l’évêque qui désignait librement son homme. Dans d’autres, ce droit appartenait à un patron laïc — le seigneur local — ou ecclésiastique — une abbaye, un chapitre. Il arrivait même que le prieur d’une paroisse cumule sa charge avec des fonctions diocésaines de haut rang : à Ongles, en 1718, l’acte de mariage d’Étienne Canard et Marguerite Morard est signé « par-devant nous soussigné prieur d’Ongles et vicaire général de Monseigneur l’Évêque de Sisteron » — un seul homme portant ainsi deux autorités, paroissiale et épiscopale, dans un même acte4.

Une condition matérielle souvent précaire

M. Rolland (1745-1810), curé archiprêtre du Caire, député de Forcalquier, 1789-1791. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-NA-43 (A).
Une fois installé dans sa paroisse, le curé découvrait souvent une réalité financière bien éloignée de l’image d’une Église opulente. Il faut distinguer deux situations radicalement différentes.
Le curé bénéficiaire est propriétaire de son bénéfice : il perçoit directement les dîmes prélevées sur les récoltes de ses paroissiens, environ un dixième de la production agricole. Sa situation peut être confortable. Mais le curé à portion congrue n’est qu’un desservant : les dîmes de sa paroisse sont accaparées par un « gros décimateur » — une abbaye, un évêque, un chapitre — qui lui reverse en échange une pension fixe. Fixée à 300 livres en 1629, cette portion congrue fut portée à 500 livres en 1768, puis à 700 livres en 1786 par édit royal — sans jamais compenser la hausse du coût de la vie5. On comprend mieux pourquoi l’expression, qui signifiait initialement « part convenable », a fini par désigner dans notre langue tout ce qui est notoirement insuffisant.
Pour compléter ces maigres revenus, le curé percevait le casuel : les sommes versées acte par acte pour les baptêmes, mariages et sépultures, selon un tarif fixé par le diocèse. Dans une paroisse rurale de Haute-Provence, où les familles sont peu fortunées et dispersées sur un vaste territoire, ce casuel restait aléatoire. Certains curés de montagne vivaient dans une misère que leurs supérieurs hiérarchiques ne se donnaient guère la peine de soulager, trop occupés à gérer les revenus épiscopaux depuis Sisteron ou Riez.
Caricature anonyme. « Prenez, prenez encore cette fois-ci, Monsieur le Curé, mais ne vous y accoutumez pas. » — BnF, Gallica, cote G 161730. Domaine public.

La dîme, vue d’en bas

Si la dîme était pour le curé bénéficiaire une source de revenus, elle était pour le paysan une contrainte pesante et souvent mal vécue. Prélevée en nature sur les récoltes — un dixième des grains, parfois moins pour le vin ou les légumes selon les usages locaux —, elle s’ajoutait aux redevances seigneuriales et aux impôts royaux dans un système fiscal qui écrasait les campagnes. Le curé qui venait percevoir sa dîme au moment des moissons n’était pas toujours accueilli avec bienveillance, surtout dans les années de mauvaise récolte.
La suppression de la dîme, votée dans la nuit du 4 au 11 août 1789, fut l’une des mesures les plus populaires de la Révolution. Une caricature de l’époque, conservée à la Bibliothèque nationale de France, résume en une image la saveur de ce moment : un paysan en veste rouge tend une dernière bourse à un curé en soutane noire, avec ces mots gravés en légende : « Prenez, prenez encore cette fois-ci, Monsieur le Curé, mais ne vous y accoutumez pas. » Le ton dit tout — le soulagement, la revanche contenue, et la conscience que quelque chose vient de basculer définitivement.

Gardien des mémoires : les registres paroissiaux

Au-delà de ses fonctions spirituelles, le curé exerçait une mission dont nous héritons encore aujourd’hui : tenir le registre de la paroisse. Baptêmes, mariages, sépultures — chaque événement devait être consigné, signé, contresigné. L’ordonnance royale de 1667 avait renforcé cette obligation en imposant la tenue de doubles exemplaires, l’un conservé à la paroisse, l’autre déposé au greffe du tribunal.
La qualité de ces registres variait considérablement d’un curé à l’autre. Certains rédigeaient des actes d’une précision et d’une humanité remarquables. À Aspres-sur-Buëch, le 14 décembre 1661, Messire Esprit Guigue, prêtre et curé de la paroisse, rédige un acte de sépulture qui dépasse de loin toute obligation légale. Il y décrit les derniers moments d’un jeune mourant de 30 ans, Giraud Didier, emporté par un bubon : ses mots à sa mère — « Ah ! ma mère, on m’appelle à Dieu » —, sa chute douce à terre, la course du curé accouru « promptement » pour lui administrer l’onction des saintes huiles. Il justifie même sa décision de l’enterrer selon les rites catholiques malgré la mort suspecte : « C’était un jeune homme qui m’était connu personnellement et je puis répondre de la probité de sa mère »6. Ce curé-là se sent comptable de ses actes devant la postérité — et c’est pour cela que trois siècles et demi plus tard, nous pouvons encore lire les derniers mots de Giraud Didier.
D’autres, à l’inverse, expédient leurs actes en quelques mots hâtifs, surtout en période de crise — épidémie, famine, passage de troupes. Ces lacunes et ces bâclages sont eux aussi des témoins historiques : ils disent la saturation, l’épuisement, parfois la mort du curé lui-même.
La Servante du curé, Jean-Jacques Lequeu (1757-1826). Bibliothèque nationale de France, EST RESERVE HA-80 (B, 7).

La servante du curé

Le curé de village ne vivait pas seul. Presque partout, une femme tenait son presbytère, cuisinait, entretenait l’église, recevait les paroissiens. L’Église avait des règles strictes sur ce point : la servante devait être âgée et de réputation irréprochable, afin d’éviter tout soupçon. Les registres paroissiaux provençaux confirment que cette prescription était généralement respectée. À Fuveau, le 2 janvier 1729, on enterre Elizabeth Arnaud, originaire de Quinson, « servante du curé », âgée de 70 ans. À Saint-Rémy-de-Provence, le 4 décembre 1742, c’est Marthe Ridelle qui décède à 83 ans, « servante de Mr le chanoine Teissier »7. À Arles, le 24 août 1732, Marie Babete, « servante de Mr Lange, doyen du chapitre de La Major », s’éteint au couvent des Minimes — accueillie pour mourir dans une maison religieuse, signe de son intégration durable dans le monde ecclésiastique8. Ces femmes âgées, souvent sans nom de famille complet dans les actes, ont pourtant partagé des décennies de la vie d’un prêtre, témoins silencieuses de tout ce qui se passait au presbytère9.

Dans le prochain article : le curé au cœur de la vie de sa communauté — les urgences, la contagion, la surveillance des mœurs, les conflits avec les paroissiens, et le destin brutal de certains lors de la Révolution.

Sources

1. Philippe Martin, « La lecture des curés français (fin du XVIe-fin du XVIIIe siècle) : de l’idéal à la réalité », Revue d’Histoire de l’Église de France, tome 105, n° 255, 2019, p. 301-319. Consultable sur Persée.
2. Timothy Tackett, Priest and Parish in Eighteenth-Century France. A Social and Political Study of the Curés in a Diocese of Dauphiné, 1750-1791, Princeton University Press, 1977. Le diocèse étudié est celui de Gap, limitrophe de Sisteron.
3. C. Plessis, Le clergé du diocèse de Vence au XVIIIe siècle, Recherches régionales, Archives départementales des Alpes-Maritimes, 1989, n° 107. Cité et analysé dans : Le Clergé rural dans l’Europe médiévale et moderne, Presses universitaires du Midi, article « Curés de campagne d’Ancien Régime », consultable sur OpenEdition Books.
4. Registre paroissial d’Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), acte de mariage du 15 mars 1718. GénéProvence : Le mariage du prisonnier.
5. Édit royal de 1629 (300 livres), édit de mai 1768 (500 livres), édit de septembre 1786 (700 livres). Cahiers de doléances, 1789 (revendication de 1 200 livres). Sources consultables via Persée, Revue d’Histoire de l’Église de France, vol. 7, 1921, p. 38-52.
6. Registre paroissial d’Aspres-sur-Buëch (Hautes-Alpes), acte de sépulture du 14 décembre 1661, sous la plume de Messire Esprit Guigue. AD Hautes-Alpes, 5 MI 468. GénéProvence : Il se laissa choir tout doucement à terre.
7. Relevé sur le site généalogique actes.geneprovence.com.
8. Relevé sur le site généalogique actes.geneprovence.com.
9. Registre paroissial de Fuveau (Bouches-du-Rhône), acte de sépulture du 2 janvier 1729 (Elizabeth Arnaud, 70 ans, « servante du curé », originaire de Quinson). Registre paroissial de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), acte de sépulture du 4 décembre 1742 (Marthe Ridelle, 83 ans, « servante de Mr le chanoine Teissier »). Registre paroissial d’Arles (Bouches-du-Rhône), acte de sépulture du 24 août 1732 (Marie Babete, « servante de Mr Lange, doyen du chapitre de La Major », décédée au couvent des Minimes).

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Dans le premier article, nous avons vu qui était le curé de village provençal au XVIIIe siècle : sa formation, souvent tardive et parfois inadaptée aux réalités rurales, sa condition matérielle précaire entre portion congrue et casuel incertain, son rôle de gardien des registres paroissiaux dont nous sommes aujourd’hui les héritiers, et la présence discrète mais indispensable de sa servante. Mais la vie du curé ne se limitait pas à ces fonctions institutionnelles. Il était aussi, au quotidien, au cœur des moments les plus intimes et les plus dramatiques de l’existence de ses paroissiens — et cette proximité pouvait le conduire autant à l’amour qu’au conflit, parfois jusqu’à la mort.

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Au cœur de la communauté : une présence totale

La mission du curé ne s’arrêtait pas aux sacrements. Il était présent dans les moments les plus intimes et les plus dramatiques de l’existence. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, le 22 septembre 1658, le nouveau-né de Pierre de Granier, juge royal de la ville, tombe gravement malade — « grand flux d’humeurs et de coliques intestinales », atteste en latin le sieur Berger, apothicaire local. L’enfant ne peut être transporté à l’église sans péril de mort. Le vicaire général d’Arles accorde une autorisation exceptionnelle par lettre, et le vicaire Desvignes se précipite au domicile pour procéder à un ondoiement. Un mois plus tard, l’enfant ayant survécu, il revient à l’église « suppléer les cérémonies » du baptême1. Document rarissime : un sauvetage documenté dans les registres, avec son certificat médical en latin, ses deux actes successifs, ses signatures.
Mais le curé était aussi un surveillant des mœurs, et cette fonction pouvait le mettre au cœur de situations délicates. À Ongles, en mars 1718, Marguerite Morard, âgée d’environ 30 ans, vient de déclarer en justice être « grosse des œuvres » d’Étienne Canard, un jeune homme de Limans de 25 ans — détenu aux prisons seigneuriales du village pour ce motif. Le prieur d’Ongles, vicaire général de l’évêque de Sisteron, les marie séance tenante dans l’église paroissiale : en plein carême, avec dispense des trois publications de bans et du temps prohibé, après que les époux ont « demandé pardon à Dieu et à la paroisse de leur vie scandaleuse »2. L’acte est signé en présence du consul du village et de plusieurs témoins. Le curé est ici à la fois juge moral, arbitre de la vie sociale et rouage d’une mécanique institutionnelle qui englobe la justice seigneuriale, l’Église et la communauté villageoise.

Le curé face à la contagion

Jean-Joseph Rigouard (1735-1800), curé de la Farlède, député de la sénéchaussée de Toulon, né à Solliès. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-NA-43 (A).
Les grandes épidémies révèlent la réalité nue du ministère paroissial. Lorsque la peste frappe la Provence en 1720-1721, le curé se retrouve en première ligne — souvent sans protection, parfois sans successeur. À Berre, le nouveau curé prend possession d’une cure rendue vacante par la mort de son prédécesseur, Maître Barthélémy Bernard, emporté par le fléau. Il ondoie en urgence une enfant née trois mois plus tôt dans « le grand désordre de la contagion » — car entre-temps, « tous les prêtres étaient morts ou malades, comme aussi les sages-femmes »3. Il note même, comme en passant, qu’il n’a pas pu se procurer de papier timbré à cause de l’épidémie. C’est le chaos administratif et humain résumé en quelques lignes.
À Graveson, le curé Bertrand est toujours vivant — mais il ne peut plus tenir ses registres normalement. Il rédige un certificat unique pour attester de trois morts en trois semaines dans la même famille : Guillaume Jean, berger, décédé aux infirmeries de Cadillan ; sa femme Elizabeth Arnaud, morte dans sa maison « soupçonnée de peste », enterrée hors les murs, sans sépulture commune ; et leur fille Marie Jean, quinze ans, morte aux mêmes infirmeries quelques jours plus tard4. Ce document, qui remplace les actes ordinaires impossibles à dresser en temps de contagion, est l’un des témoignages les plus poignants de ce que pouvait vivre un curé de Provence en 1721. Pour en savoir plus sur le rôle du prêtre auprès des agonisants, voir notre article Au chevet du mourant provençal : Rituels, espoirs et angoisses des derniers sacrements (XVIIIeXIXe siècles).

Le curé et les morts difficiles

Le curé n’était pas seulement le gardien des vivants — il était aussi l’arbitre des morts. L’Église refusait la sépulture en terre bénite aux suicidés, tenus pour coupables du péché de désespoir. Mais la réalité était plus nuancée, et le curé disposait d’une marge d’appréciation qu’il utilisait parfois avec une remarquable humanité. Aux Milles, le 30 mai 1728, Lucresse Clary se noie dans l’Arc après s’y être « plongée et précipitée elle-même ». Son curé l’enterre néanmoins dans le cimetière paroissial, en invoquant son « délire et imbécillité » — la déclarant irresponsable de ses actes, donc exempte de péché5.
À Entrecasteaux, en janvier 1738, le drame est d’une nature différente et l’acte du vicaire Pons d’une densité rare. Marguerite Marcel, célibataire de trente ans, s’est précipitée du haut de sa maison « pour s’être trouvée enceinte devant le public ». Pons dit la vérité — la honte sociale, la grossesse exposée — mais trouve malgré tout le chemin de la miséricorde : Marguerite a eu le temps, avant de mourir, de « demander pardon à Dieu de sa faute ». Elle a reçu les derniers sacrements. Elle est enterrée au cimetière « selon les formes ordinaires »6. Ce vicaire a pesé chaque mot. Il a choisi de consigner la cause réelle du geste tout en accordant à cette femme le seul apaisement qu’il avait le pouvoir de lui donner. Ces formules que l’on retrouve dans de nombreux registres provençaux disent moins la réalité médicale des défunts que la volonté des curés d’épargner aux familles la honte d’un enterrement hors les murs.

Entre autorité et conflits

Cousin, curé de Cucuron, né à Cadenet en 1736. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-NA-42.
Cette position centrale n’allait pas sans frictions. Le curé était pris en étau entre plusieurs pouvoirs : l’évêque et ses grands vicaires au sommet, le seigneur local et les consuls de la communauté en bas, et la masse des paroissiens dont l’humeur pouvait se retourner sans prévenir.
Les tensions avec les paroissiens n’étaient pas rares, et elles pouvaient atteindre une violence réelle. À Saint-Maime, village situé à quelques lieues de Manosque, les registres conservent la trace d’une affaire dans laquelle des paroissiens avaient insulté leur curé au point qu’une plainte en justice s’ensuivit7. Cette affaire, dont la retranscription est encore en cours, illustre ce que pouvait devenir la relation entre un prêtre et sa communauté quand la confiance se rompait.
À l’autre bout du spectre, certains curés prenaient résolument le parti de leurs paroissiens contre un seigneur abusif ou contre les grands décimateurs qui s’engraissaient sur la misère des villages. Ces prêtres-là étaient aimés, parfois vénérés. Ils mouraient souvent dans le dénuement, mais leur mémoire restait vivace bien après eux.

1792 : la fin d’un monde

À la veille de la Révolution, le bas clergé nourrissait des rancœurs accumulées depuis des décennies. Dans les cahiers de doléances de 1789, le tiers état réclamait que la portion congrue soit portée à 1 200 livres — reconnaissant publiquement la misère dans laquelle végétaient nombre de desservants8. Ce n’est pas un hasard si, au printemps 1789, une large part du bas clergé rejoignit le camp du tiers état aux États généraux.
En Provence, le dénouement fut parfois brutal. Le 4 août 1792, à Manosque, quatre religieux sont arrêtés par des « clubistes » venus de Marseille : l’abbé Pochet, prébendier à Manosque, l’abbé Reyra, desservant de Meyrasse, le curé Vial de Céreste, et le père Ponthion, franciscain septuagénaire. Tous réfractaires à la Constitution civile du clergé, ils sont traînés dans un champ planté d’amandiers aux abords de la ville. « On les accabla d’outrages et de coups, et enfin on les pendit aux arbres du champ », rapporte l’historien Picot, qui tient le récit de témoins9. En quelques heures, le monde dans lequel vivaient ces curés depuis des décennies s’était effondré.
Les registres paroissiaux, tenus par des mains d’encre et de foi depuis des siècles, passèrent aux mains des municipalités. C’était la fin d’une époque — et le début de nos archives civiles.

Conclusion : une figure entre ombre et lumière

Le curé de village provençal au XVIIIe siècle échappe à toute image simple. Il n’est ni le saint dévoué des hagiographies ni le personnage ridicule des pamphlets révolutionnaires. Il est un homme ordinaire, souvent démuni, parfois remarquable, toujours au centre d’une communauté qui lui confie ses nouveau-nés, ses amants coupables, ses mourants et ses suicidées. Il baptise, marie, enterre, consigne, arbitre, console — et parfois se noie lui-même dans la tourmente, comme Maître Barthélémy Bernard à Berre, emporté par la peste avant d’avoir pu tenir son registre jusqu’au bout.
Ce qui nous reste de lui, c’est précisément ce qu’il a écrit. La sépulture accordée à Marguerite Marcel par le vicaire Pons, le certificat de détresse rédigé par le curé Bertrand pour la famille Jean décimée par la contagion, l’acte minutieux de Messire Esprit Guigue au chevet de Giraud Didier — autant de gestes qui ont traversé trois siècles parce qu’un homme a pris la peine d’écrire avec soin, ou avec humanité, ou simplement avec honnêteté. Pour nous, généalogistes et historiens des petites gens, ces registres sont irremplaçables. Ils sont la mémoire de ceux qui n’en auraient pas eu sans lui.
La Révolution a supprimé la dîme, fermé les séminaires, assermenté ou pourchassé les prêtres. Elle a confié les registres aux municipalités et fait de l’état civil une affaire laïque. Mais elle n’a pas effacé les centaines de milliers de pages que ces curés de village ont noircies pendant deux siècles — et c’est grâce à elles que nous pouvons encore aujourd’hui reconstituer le fil des vies provençales.

Sources

1. Registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), actes des 22 septembre et 6 octobre 1658. AD Bouches-du-Rhône, cote 203 E 277 bis. GénéProvence : Une urgence vitale.
2. Registre paroissial d’Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), acte de mariage du 15 mars 1718. GénéProvence : Le mariage du prisonnier.
3. Registre paroissial de Berre-l’Étang (Bouches-du-Rhône), acte du 1er août 1721. GénéProvence : La peste à Berre.
4. Registre paroissial de Graveson (Bouches-du-Rhône), certificat du 7 septembre 1721. AD Bouches-du-Rhône, 203 E 446. GénéProvence : Une famille de bergers décimée par la peste.
5. Registre paroissial d’Aix-Les Milles (Bouches-du-Rhône), acte du 1er juin 1728. GénéProvence : Précipitée dans l’Arc.
6. Registre paroissial d’Entrecasteaux (Var), acte du 17 janvier 1738, signé Pons, vicaire. GénéProvence : La fin tragique de Marguerite Marcel.
7. Archives paroissiales de Saint-Maime (Alpes-de-Haute-Provence), affaire en cours de retranscription, à paraître sur GénéProvence.
8. Édit royal de 1629 (300 livres), édit de mai 1768 (500 livres), édit de septembre 1786 (700 livres). Cahiers de doléances, 1789 (revendication de 1 200 livres). Sources consultables via Persée, Revue d’Histoire de l’Église de France, vol. 7, 1921, p. 38-52.
9. Michel Joseph P. Picot, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle, 1856, p. 191. GénéProvence : Assassinat de religieux, Manosque, 4 août 1792.


© GénéProvence — Reproduction soumise à autorisation

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L’origine géographique : des sommets vers la plaine

Le métier de lacetier, ou lacetaire en langue provençale, fut longtemps l’une de ces figures emblématiques qui animaient les chemins de notre région. Véritable mercenaire de la petite marchandise, ce colporteur ne transportait pas de grands trésors, mais une multitude de menus objets indispensables au quotidien. Dans une Provence autrefois composée de bastides isolées et de villages perchés, l’accès aux biens manufacturés restait un défi permanent pour les populations rurales.
Le lacetier jouait donc un rôle social et économique crucial. En brisant l’enclavement des campagnes, il apportait jusqu’au seuil des fermes du Luberon ou du Var le fil, l’aiguille et, bien sûr, le lacet de cuir ou de coton nécessaire au maintien des vêtements et des souliers. Les grandes foires régionales, comme celle de Beaucaire ou les marchés de Sisteron et d’Apt, servaient de points de ralliement où ces marchands s’approvisionnaient avant de s’élancer sur les routes poussiéreuses pour desservir chaque recoin du territoire provençal.

L’origine géographique : des sommets vers la plaine

La marchande de lacets. Photographie : Eugène Atget (1857-1927). Bibl. nat. de France.
L’histoire des vendeurs de lacets en Provence est indissociable de la géographie escarpée des Alpes. Ce métier ne naît pas d’une vocation commerciale spontanée, mais d’une nécessité vitale dictée par le rythme des saisons. Dès que les premières neiges isolaient les hautes vallées de l’Ubaye, du Queyras ou du Briançonnais, la terre devenait stérile et l’économie pastorale entrait en hibernation. Pour survivre et subvenir aux besoins de la famille restée au pays, les hommes devaient « s’expatrier » temporairement vers la Basse-Provence.
Cette migration saisonnière suivait un cycle parfaitement orchestré par le calendrier agricole. Le vendeur de lacets quittait son foyer à la Saint-Michel ou à la Toussaint, fuyant la rigueur des sommets pour la clémence des plaines provençales. Il ne revenait qu’aux premières fontes des neiges, au printemps, afin de reprendre les travaux des champs. Si certains venaient des confins du Dauphiné, beaucoup traversaient également la frontière depuis le Piémont italien. Ce brassage entre la « haute » et la « basse » terre a profondément marqué l’identité de notre région, transformant ces sommets hostiles en réservoirs de main-d’œuvre et d’ingéniosité marchande pour toute la Provence.

La marchandise et la « balle » du colporteur : un magasin sur le dos

L’outil de travail du lacetier était sa « balle », une caisse en bois compartimentée ou un volumineux ballot de toile que l’homme portait à même le dos, maintenu par de larges lanières de cuir. Ce coffre portatif, véritable cabinet de curiosités, s’ouvrait comme un autel profane sur la place des villages ou dans la cour des bastides. À l’intérieur, chaque millimètre était optimisé pour offrir un inventaire d’une richesse insoupçonnée.
Si le lacet de cuir ou de fil de lin pour les souliers et les corsets restait le produit phare, la diversité des articles était surprenante. Le marchand proposait de la mercerie fine : des rubans de soie chatoyants pour les coiffes, des aiguilles de fer poli, des dés à coudre, des pelotes de coton et des boutons de nacre ou d’os. Pour les ménagères des zones les plus enclavées, du Luberon sauvage aux collines du Var, l’arrivée du lacetier était une bénédiction. Il apportait le raffinement de la ville et les outils nécessaires à l’entretien du trousseau familial. Sans lui, les femmes de Provence auraient dû attendre les rares déplacements aux foires lointaines pour obtenir ces menus trésors indispensables à la tenue et à l’élégance du foyer.

Un réseau irriguant toute la Provence

Le rayonnement de ces marchands dépassait largement les contreforts alpins pour dessiner une véritable toile d’araignée sur l’ensemble du territoire. Leurs itinéraires, dictés par le calendrier des foires, les menaient des rives du Rhône jusqu’au littoral méditerranéen. La foire de Beaucaire constituait leur centre névralgique : ils s’y approvisionnaient en mercerie fine, rubans et lacets venus de Lyon ou d’Orient, avant de s’enfoncer dans l’arrière-pays varois ou de rejoindre les ports de Marseille et Toulon.
Au-delà de l’échange commercial, le lacetier agissait comme un précieux vecteur de lien social. Dans une Provence où l’information voyageait lentement, il était celui qui colportait les nouvelles d’une vallée à l’autre, racontant les récoltes du Comtat Venaissin aux habitants de la Sainte-Baume. Son arrivée brisait la solitude des bastides isolées et des hameaux perchés.
Dans les cités plus denses comme Aix ou Arles, sa présence était avant tout sonore. Le « cri » du lacetier, déformé par l’accent et l’usage, résonnait dans les rues étroites, signalant aux ménagères le passage de la « balle ». Ce paysage sonore, aujourd’hui disparu, faisait du marchand ambulant un acteur familier et indispensable de la vie urbaine provençale, reliant par ses pas les mondes ruraux et citadins.

Une figure sociale entre méfiance et attente

Le lacetier occupait une place singulière dans l’imaginaire provençal, oscillant sans cesse entre le rejet et la bienvenue. En tant qu’homme de passage, il incarnait la figure de l’étranger, celui dont on ne connaît ni la lignée ni le logis. Dans les villages de l’arrière-pays, son arrivée suscitait une pointe de méfiance ; on surveillait ce nomade qui s’introduisait dans l’intimité des bastides. Pourtant, cette réserve s’effaçait vite devant l’utilité de sa « balle ». On l’attendait avec impatience, car il était le seul lien concret avec les manufactures lointaines.
Son rôle était particulièrement crucial auprès des femmes. Pour l’entretien du linge de maison, la réparation des trousseaux ou l’ajustement des corsets et des coiffes traditionnelles, le lacetier était le fournisseur providentiel. Il apportait le ruban rare ou le lacet de cuir souple qui faisait défaut au fond d’un vallon isolé du Var ou des Maures. Cette circulation permanente n’échappait pas à l’œil de l’État : le lacetier devait produire son passeport intérieur à chaque étape, document indispensable pour justifier de son identité et ne pas être confondu avec un vagabond. Cette surveillance administrative souligne combien ces travailleurs, bien que mobiles, étaient intégrés et contrôlés au cœur de la société provençale.

Déclin et traces généalogiques

Le crépuscule des vendeurs de lacets s’amorce avec la révolution des transports à la fin du XIXe siècle. L’arrivée du chemin de fer en Provence et l’essor des grands magasins à Marseille ou Avignon sédentarisent le commerce. La « balle » ne peut plus rivaliser avec la diversité et la régularité des boutiques fixes. Le colporteur, autrefois lien vital entre les vallées et les plaines, s’efface peu à peu du paysage provençal pour devenir une figure de folklore.
Pour le généalogiste, retracer le parcours d’un ancêtre lacetier demande une lecture attentive des registres. Dans l’état civil ou les recensements, le métier est rarement figé : on guettera les mentions de « marchand ambulant », « porte-balle » ou « colporteur ». Ces hommes, souvent de passage, apparaissent parfois lors d’un mariage ou d’un décès loin de leur terre natale, signalant ainsi leur itinéraire.
Les sources ne s’arrêtent pas aux registres paroissiaux. Les listes de passagers des messageries et les passeports intérieurs, conservés aux Archives départementales, sont des mines d’or. Plus surprenant, les registres d’écrous des prisons peuvent révéler un ancêtre arrêté pour « vagabondage » ou défaut de patente, offrant un portrait physique et un itinéraire précis de ces modestes voyageurs qui ont arpenté chaque sentier de notre Provence.

Sources

Sources bibliographiques et historiques
Laurence Fontaine, Le voyage et la mémoire : colporteurs de l’Oisans au XIXe siècle (Presses Universitaires de Lyon). Ses travaux font référence sur les réseaux de colportage alpin et leur déploiement vers le sud.
Robert Mandrou, De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Un ouvrage essentiel pour comprendre le contenu des « balles » et l’impact culturel des colporteurs.
Frédéric Mistral, Memòri e Rakonte (Mémoires et Récits). Pour le témoignage ethnographique sur la vie rurale en Provence et la perception des marchands de passage.
Abel Chatelain, Les migrants temporaires en France de 1800 à 1914. Cette étude détaille les flux saisonniers des montagnards vers la Basse-Provence.

Sources archivistiques (Typologie)
Série M des Archives Départementales (13, 04, 84) : Étude des passeports intérieurs et des registres de patentes, obligatoires pour les marchands ambulants à partir de la Révolution.
Série Y (Établissements pénitentiaires) : Registres d’écrous des prisons départementales (Aix, Digne, Draguignan), utiles pour retrouver les colporteurs signalés pour vagabondage ou défaut de papiers.
Recensements de population (Listes nominatives) : Analyse des mentions professionnelles fluctuantes entre « cultivateur » (au pays) et « marchand de lacets » (en déplacement).
Registres d’État civil : Relevés d’actes de décès « hors domicile » de marchands alpins décédés lors de leur tournée en Provence.

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La mort curieuse de deux étrangers aux moissons (Graveson, 25 juin 1712) https://www.geneprovence.com/la-mort-curieuse-de-deux-etrangers-aux-moissons-graveson-25-juin-1712/ https://www.geneprovence.com/la-mort-curieuse-de-deux-etrangers-aux-moissons-graveson-25-juin-1712/#respond Wed, 03 Dec 2025 21:29:53 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26900 « L’an 1712 et le vingt-sixième de juin a été enterré dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un étranger travaillant aux moissons chez Jacques Fontaine, ménager de cette dite…

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« L’an 1712 et le vingt-sixième de juin a été enterré dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un étranger travaillant aux moissons chez Jacques Fontaine, ménager de cette dite paroisse, âgé d’environ vingt-trois ans, et mort le jour précédent,
Lequel était natif de Méolans en Dauphiné et habitant de Rémuzat en Provence,
Selon la relation qui en a été faite par Esprit Biol, Antoine Reynaud et Hugues Bègue, qui ont déclaré être dudit Rémuzat et connaître le défunt qu’ils ont nommé Jean Ginoux.
Ont été présents à leur déclaration et à l’enterrement sieurs Antoine Bertrand et Jean Paul Raoux, bourgeois, soussignés.
Les déclarants ont dit ne savoir écrire. »
[Signatures]

*

« L’an 1712 et le vingt-sixième de juin a été enterré dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un étranger travaillant aux moissons, âgé d’environ cinquante ans, et décédé le jour précédent,
Lequel était de Montauban, selon la relation qui en a été faite par Blaise Armand, qui a déclaré être de Valarans et savoir du défunt qu’il était dudit Montauban et s’appelait Sébastien, sans savoir pourtant son surnom.
Ont été présents à la déclaration et à l’enterrement sieurs Jean-Paul Raoulx et Antoine Bertrand, bourgeois, soussignés.
Ledit Blaise Armand a dit qu’il ne savait écrire. »
[Signatures]

Ces deux actes de sépulture du 26 juin 1712 à Graveson témoignent de la mortalité brutale liée à la migration saisonnière sous Louis XIV. Jean Ginoux et Sébastien étaient des « étrangers, » venus du Dauphiné et de Montauban, travaillant aux moissons.
Leur décès simultané en plein labeur estival suggère les conditions extrêmes (épuisement, chaleur) des grandes récoltes provençales. L’identité de Sébastien restait même incomplète.
L’enregistrement de ces vies fragiles s’opérait avec la déclaration de compagnons de travail illettrés, contrastant avec la présence des « sieur bourgeois » locaux pour garantir l’acte. Le registre capture ainsi la dureté du sort des travailleurs ruraux de passage.

  • Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

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Partis en famille faire la moisson (Graveson, 26 juin 1696) https://www.geneprovence.com/partis-en-famille-faire-la-moisson-graveson-26-juin-1696/ https://www.geneprovence.com/partis-en-famille-faire-la-moisson-graveson-26-juin-1696/#respond Fri, 08 Aug 2025 15:56:02 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=26099 « L’an 1696 et le 26 juin est décédée de ce monde, munie des sacrements, âgée d’environ dix-huit ans, Catherine Moureau, fille de Pierre, travailleur, et de Marguerite Beaulieu, habitant de Montbrun.…

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« L’an 1696 et le 26 juin est décédée de ce monde, munie des sacrements, âgée d’environ dix-huit ans, Catherine Moureau, fille de Pierre, travailleur, et de Marguerite Beaulieu, habitant de Montbrun.
Étant venus en ce lieu pour travailler à la moisson.
Et a été ensevelie dans le cimetière de la présente paroisse de Graveson.
En foi de ce, »
[J. Guignard, curé]
  • Source : Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

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Le malaise du confiseur (Gap, 9 novembre 1864) https://www.geneprovence.com/le-malaise-du-confiseur-gap-9-novembre-1864/ https://www.geneprovence.com/le-malaise-du-confiseur-gap-9-novembre-1864/#respond Wed, 30 Apr 2025 05:30:11 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=25214 Étienne Signoret était confiseur à Gap (Hautes-Alpes) sur la place Saint-Étienne. Âgé de 42 ans, il était né aux Crottes (commune aujourd’hui nommée Crots) de feu André Signoret et de…

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Étienne Signoret était confiseur à Gap (Hautes-Alpes) sur la place Saint-Étienne. Âgé de 42 ans, il était né aux Crottes (commune aujourd’hui nommée Crots) de feu André Signoret et de Magdeleine Jame, celle-ci étant toujours domiciliée aux Crottes.
Après son mariage avec Lucie Chouvet, il avait décidé de s’installer définitivement à Gap pour y exercer son activité de confiseur-pâtissier.
Il était 14 heures environ, ce mercredi 9 novembre 1864, et, comme à son habitude, Étienne pétrissait ses pâtes dans son cabinet. Celui-ci était particulièrement étroit et l’air n’y passait guère, mais tous les jours il travaillait là.
Est-ce parce qu’il faisait particulièrement froid ou pour son travail ? Il alluma un fourneau rempli de charbon de bois. La chaleur le réconforta mais il se sentit rapidement incommodé. Mais il lui fallait poursuivre.
Ne le voyant pas revenir à la boutique, son épouse Lucie s’inquiéta et l’appela. Elle le retrouva allongée sur le sol. Il était mort. Gap venait de perdre un confiseur de talent.
  • Sources : L’Annonciateur, 12 novembre 1864, p. 2.

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Le créancier empoisonné (Aix-en-Provence, 3 octobre 1839) https://www.geneprovence.com/le-creancier-empoisonne-aix-en-provence-3-octobre-1839/ https://www.geneprovence.com/le-creancier-empoisonne-aix-en-provence-3-octobre-1839/#respond Tue, 22 Apr 2025 05:30:01 +0000 http://www.geneprovence.com/?p=25135 Dans la journée du 3 octobre 1839, toutes les rues d’Aix-en-Provence parlaient d’une tentative d’empoisonnement qui avait eu lieu sur la personne d’un nommé M., qui avait vendu sa campagne…

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Dans la journée du 3 octobre 1839, toutes les rues d’Aix-en-Provence parlaient d’une tentative d’empoisonnement qui avait eu lieu sur la personne d’un nommé M., qui avait vendu sa campagne à fonds perdu à un boulanger de la ville.
On racontait que ce dernier envoyait à ce dernier, outre la rente annuelle, des présents consistant en pains. Charmante attention, sauf que M., après avoir reçu un jour un pain plus gros et plus beau qu’à l’accoutumée, se sentit tout à coup pris de fortes coliques et de vomissements.
Son médecin accourut et les prompts secours qui lui furent prodigués parvinrent à le soigner.
Nous ne savons pas si l’histoire est vraie, mais cela semble être le cas. Elle a en tout cas défrayé la chronique aixoise en ce mois d’octobre 1839.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 5 octobre 1839, p. 2.

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Deux frères ensevelis (Saint-Firmin, 7 mai 1864) https://www.geneprovence.com/deux-freres-ensevelis-saint-firmin-7-mai-1864/ https://www.geneprovence.com/deux-freres-ensevelis-saint-firmin-7-mai-1864/#respond Thu, 06 Feb 2025 05:30:37 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=24353 Une tragédie en montagne Le 8 mai 1864 était un dimanche. Au matin de cette triste journée, une nouvelle atteignit Gap (Hautes-Alpes), nouvelle selon laquelle deux ouvriers puisatiers avaient été…

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Une tragédie en montagne

Le 8 mai 1864 était un dimanche. Au matin de cette triste journée, une nouvelle atteignit Gap (Hautes-Alpes), nouvelle selon laquelle deux ouvriers puisatiers avaient été pris par un éboulement de terrain, dans une montagne du Valgaudemar, sur la commune de Veynes.
Alerté immédiatement, le préfet, accompagné de l’ingénieur de l’arrondissement, se rendit sur les lieux, pendant que le Procureur impérial se hâtait, de son côté, de s’y transporter, ainsi que le Commandant de la gendarmerie.
Les deux victimes, de la même famille, Pierre et Hippolyte Freynet, l’un âgé de 27 ans, l’autre de 23, habitaient le hameau du Villard, dans la commune de Saint-Firmin. Depuis des années, motivés par un espoir farfelu, les frères, issus d’une famille très modeste, exploraient sans relâche les entrailles de la terre, persuadés de découvrir un filon qui assurerait la fortune de la famille. Ils pensaient avoir trouvé dans une combe, au quartier de la Coste de la Croix, le lieu idéal. Avec une persévérance et une énergie surhumaines, les deux frères sondaient donc en tous sens, dans cette solitude, les flancs d’une montagne au terrain presque entièrement friable. Plusieurs galeries, creusées déjà sans succès, avaient été abandonnées ; c’était la dernière, la plus profonde, qui venait de les engloutir.

Une course contre la montre

La sœur de ces malheureux donna l’éveil. Les habitants du Villard et de Saint-Firmin accoururent. C’était au fond même de la galerie, à plus de 130 mètres, que l’éboulement s’était produit. La galerie, haute à peine d’un mètre et demi, sur 60 centimètres de largeur, ne livrait passage qu’à une seule personne. À trente-cinq mètres environ de l’éboulement, elle était plus qu’à moitié remplie par l’éboulement même, et ce n’était qu’à plat ventre, pour ainsi dire, qu’on pouvait dès lors avancer. D’un autre côté, les étais insuffisants placés par les imprudents puisatiers pouvaient laisser craindre de nouveaux écroulements.
Malgré ces obstacles et ces dangers, de braves gens pénétrèrent audacieusement dans le couloir obscur. On put s’approcher à quelque distance d’Hippolyte, qui était vivant. Il disait n’être enseveli que jusqu’à la ceinture et il parlait. Son frère, disait-il, était mort sans doute et il se trouvait sous ses pieds. Cette situation terrible anima le dévouement de tous. Des hommes se succédaient, se glissaient jusqu’au malheureux, et travaillaient avec les mains, l’usage de tout instrument étant impossible dans un espace aussi restreint.
Dès les premiers moments, le jeune vicaire de la paroisse s’était enfoncé dans la galerie pour y porter secours et encouragements.
On croyait à chaque instant s’approcher du succès, quand, après avoir dégagé les jambes, on trouva les pieds pris et serrés, d’une manière inextricable, dans le croisement d’étais brisés. Cette complication inattendue ne refroidit le courage de personne. Un des frères des victimes, gravement malade, sortit de son lit pour venir travailler à son tour. Il fallut employer la force pour le faire partir, tant il s’accrochait à l’espoir de retrouver ses frères et on le rapporta presque inanimé dans le chalet de la famille. Avertis par les soins de M. Long, un des premiers sur le théâtre du sinistre, l’ingénieur et les ouvriers de la mine du Roux étaient arrivés en toute hâte.
Mais tant de dévouement n’amenait plus aucun progrès, et les pieds du malheureux jeune homme restaient toujours fixés sous l’étreinte qui les retenait. D’un autre côté, l’air se raréfiait de plus en plus, malgré tous les essais de ventilation. On ne pouvait disposer pour cet objet d’aucun instrument spécial, le mode d’exploitation des mines voisines n’en ayant jamais exigé l’emploi.
Sur ces entrefaites, un second éboulement mit en péril un instant la vie de plusieurs travailleurs. De ce moment, le découragement commença à envahir la plupart, et, malgré les efforts des autorités locales, des chefs et ouvriers mineurs, et de la gendarmerie de Saint-Firmin, qui donnait l’exemple de la persévérance et du courage, quand le préfet arriva, le chantier ne comptait plus guère que des hommes hésitants et abattus.
La présence du chef du département, ses exhortations et ses promesses, réveillèrent le zèle et le dévouement de tous. L’ingénieur de l’arrondissement reconnut, en accord avec l’ingénieur de la mine du Roux, que les pieds d’Hippolyte et les poutres qui les serraient étaient engagés de telle sorte qu’il était désormais impossible de continuer les travaux dans les conditions voulues. Il fallait se résoudre à couper les deux jambes ou à provoquer un éboulement qui devait engloutir complètement Hippolyte Freynet et ceux qui voulaient le sauver.
On étaya le chantier autant que possible à mesure qu’on avançait. C’était un long travail, mais le malheureux Hippolyte était d’une constitution très robuste, et semblait encore avoir assez de vie. On avait même pu lui faire absorber quelques aliments. Il y avait donc encore de l’espoir.

Le drame inévitable

La nuit venue, il se mit à tomber une pluie abondante, mais le travail continuait avec la même ardeur. Le préfet, les ingénieurs, et le procureur Impérial, constamment près de la galerie, motivaient tout le monde.
À 2 heures du matin, on constata que Freynet pouvait encore parler mais que sa voix devenait plus faible. Des éboulements successifs l’avaient de nouveau enterré jusqu’à la poitrine.
À 3 heures et demie, un nouvel éboulement l’enterra jusqu’aux épaules.
À 4 heures, il ne répondait plus et il gardait sa tête inclinée, sans mouvement.
Mais le travail se poursuivait néanmoins avec activité. Mais chaque fois qu’un nouvel appel était fait au puisatier, plus grande devenait l’appréhension qu’il ne fût déjà mort.
Dans l’après-midi du lundi, le doute et l’espoir n’étaient plus permis. Il ne restait qu’à achever le déblaiement pour enlever les deux cadavres.
Le préfet se rendit au chalet de la famille Freynet, où l’attendait une scène de désolation. Le troisième frère agonisait, victime de son dévouement, et la famille en larmes n’allait plus se composer que du père et de la mère septuagénaires, de deux filles non mariées et d’un idiot. Le préfet promit à ces pauvres gens les secours du gouvernement de l’empereur.
On retira le premier cadavre le lundi dans l’après-midi, et le second dans la nuit seulement.

Des gens à ne pas oublier

Pierre Joseph Freynet avait 27 ans. Il était né au hameau du Villard et était cultivateur.
Hippolyte Freynet, lui, avait 23 ans, et était soldat au moment des faits.
Leurs parents se nommaient Joseph Freynet et Marie Richou.
Par bonheur, le troisième frère survécut malgré son état de santé vacillant.

  • Sources : L’Annonciateur, 14 mai 1864, p. 1, 2.
  • État civil de Saint-Firmin, Archives départementales des Hautes-Alpes, 2 E 148/8/1.

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