Des charretiers attaqués (Tourves, 20 mai 1782)

L’altercation entre ces charretiers de Tourves et les villageois de Rougiers en mai 1782 met en lumière l’esprit de clocher et la virulence des identités villageoises en Provence à la fin de l’Ancien Régime. Les charretiers, figures clés du transport des marchandises vers Marseille, forment une corporation solidaire, souvent perçue avec méfiance par les communautés sédentaires. Ici, le quiproquo autour d’un écrasement de pied dégénère immédiatement en affrontement d’honneur, où la plaisanterie est reçue comme une insulte collective. Le caillassage nocturne et l’impossibilité de désigner les coupables révèlent la loi du silence (l’omertà) protégeant la communauté villageoise face aux procédures judiciaires notariales.

« Le 20 mai dernier, Probace Bremond, Antoine Raphel, Joseph Florens et Nicolas Jaume, étant sur la route de Marseille, en ce lieu de Tourves, aux approches de Rougiers, ledit Bremond fut blessé au pied par une roue de sa charrette.
tourves-rue-rougiereÉtant arrivés audit Rougiers, ils s’arrêtèrent à l’auberge pour donner audit Bremond les soins nécessaires et le faire panser.

Celui-ci, au lieu d’être affecté de son mal, fit quelques plaisanteries, qui donnèrent lieu de croire à quelques personnes de Rougiers que sa blessure n’était qu’une supposition et ce que que les quatre charretiers de Tourves faisaient n’était qu’une scène imaginée pour jouer les habitants dudit Rougiers.
Cette idée donna lieu à quelques propos choquants pour les charretiers, qui payèrent les autres de la même monnaie.
La querelle s’étant échauffée, les charretiers se hâtèrent de reprendre le chemin de Tourves. Mais, à quelque distance du village, ils virent tomber auprès d’eux quelques pierres qui leur parurent jetées d’un coteau, qui aboutit au chemin.
Un d’eux ayant été atteint, poussa des cris, appela au secours.
Quelques personnes se trouvèrent là, attirées par les cris ou amenées par le hasard. […] La nuit étant fort obscure, les charretiers ainsi assaillis, crurent voir au nombre des assistants des coupables qui, vraisemblablement, n’y étaient pas. […] »

S’ensuit une plainte aux officiers de Rougiers qui fut classée sans suite au prétexte qu’il faisait trop sombre pour pouvoir identifier formellement les coupables !

  • Texte transmis par Stéphanie Dick
  • AD 83, notaire Jean-François-Louis d’Astros, 3E15/344 f°151

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