Godfried Velten (1831-1915), l’ascension d’un géant de la bière et de la République

Portrait de Velten paru dans Le National, journal républicain d'Aix, le 8 septembre 1895. DR.
Portrait de Velten paru dans Le National, journal républicain d’Aix, le 8 septembre 1895. DR.
Godfried Velten, que l’état civil francise parfois en Geoffroy Velten, naît le 10 septembre 1831 à Brumath, dans le Bas-Rhin. Il n’est pas un aventurier sans bagages : il est issu d’une véritable dynastie. Son père, Geofroid, est déjà brasseur, tout comme ses ancêtres avant lui. Après avoir obtenu un baccalauréat ès sciences en 1846 — un bagage intellectuel rare pour l’époque — il rejoint Marseille en 1848, à l’âge de 17 ans.
Il y rejoint son oncle, Jean-Jacques Velten, déjà établi dans le commerce de la bière. En 1857, il consolide ses attaches familiales et professionnelles en épousant sa cousine, Marie-Adèle. Ce n’est qu’en 1861 qu’il fonde sa propre brasserie, marquant le début d’une ascension industrielle vertigineuse.

L’empire industriel de la Belle-de-Mai

Velten comprend très vite que l’industrie doit s’appuyer sur la science. Il suit de près les travaux de Louis Pasteur sur la fermentation pour moderniser ses méthodes de production. Le succès est fulgurant : sa production passe de 2 000 hectolitres à ses débuts à plus de 25 000 hectolitres en 1880.
Lorsqu’il vend sa brasserie en 1881, il est à la tête d’une fortune colossale qui va lui servir de levier pour ses ambitions politiques et médiatiques. Cette réussite matérielle lui confère une légitimité de gestionnaire aux yeux des Marseillais.

Le patriote et le « faiseur de rois »

Républicain de la première heure sous le Second Empire, Velten est aussi un homme de conviction religieuse, marqué par son éducation protestante. Le traumatisme de la guerre de 1870 et l’annexion de son Alsace natale renforcent son engagement patriotique. Durant le conflit, il s’engage dans la Garde Nationale et finance personnellement l’achat de deux mitrailleuses pour l’effort de guerre.
Son influence politique s’exerce d’abord dans l’ombre, comme « mécène » de la presse. Il fonde ou soutient des titres majeurs comme L’Égalité, La Jeune République et surtout Le Petit Provençal. Ce dernier devient l’un des quotidiens les plus puissants du Sud-Est, un outil redoutable pour soutenir les candidatures de Léon Gambetta ou d’Alphonse Esquiros.

Une carrière politique au sommet de l’État

Velten à la fin de sa vie. Couleurs : JMD.
Velten à la fin de sa vie.
Couleurs : JMD.
Son parcours électif est un sans-faute : conseiller municipal à Marseille, puis con­seiller général en 1880. Le 25 janvier 1883, il accède à la chambre haute en devenant sénateur des Bouches-du-Rhône.
Au Sénat, il siège au sein de la Gauche républicaine. S’il est discret à la tribune, son travail en commission est acharné, notamment sur les questions douanières et la défense du port de Marseille. Fidèle à ses valeurs laïques, il vote sans hésiter la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905.
Après trois mandats et près de trente ans de présence au Luxembourg, il choisit de ne pas se représenter en 1912, achevant sa carrière à l’âge de 81 ans. Ses contemporains saluent alors un homme d’une droiture absolue, dont le dévouement à la chose publique n’a jamais failli.

La fin d’un destin

Godfried Velten s’éteint à Paris le 24 septembre 1915, en pleine Première Guerre mondiale, alors que sa terre natale est encore sous occupation allemande. Il laisse derrière lui l’image d’un homme qui a su marier la réussite industrielle, la puissance médiatique et la sagesse législative pour servir son pays et sa ville d’adoption.

Note généalogique : Geofroid Velten fut le premier d’une lignée qui s’est alliée aux grandes familles de la bourgeoisie protestante marseillaise, renforçant l’influence de cette communauté dans le développement économique de la Provence à la fin du XIXe siècle.

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