Le curé foudroyé (Lurs, 17 août 1770)

Dans la Provence du XVIIIe siècle, marquée par une forte religiosité et une société rurale hiérarchisée, l’église de Lurs (dans l’actuel département des Alpes-de-Haute-Provence) est le théâtre de ce drame en 1770. À cette époque, la foudre est souvent perçue, au-delà de sa réalité physique, comme un signe divin ou une manifestation de la puissance de la nature, dans un monde où la science des phénomènes météorologiques commence à peine à se diffuser. Les personnages sont typiques de cette société : le curé, figure centrale de la vie spirituelle et communautaire, et les paroissiens/paysans dont l’habillement rustique (grands souliers) est ici mentionné. L’événement se produit durant un violent orage, phénomène commun mais terrifiant, incitant les habitants à chercher refuge dans un lieu jugé protecteur : l’église.
lurs-eglise« Nous ne parlerons de Lurs que pour rappeler un événement funeste, arrivé dans ce village le 17 août 1770, sur les 6 heures et demie du matin.
« Une grande partie des paroissiens s’étant retirée dans l’église, pendant un orage violent, le tonnerre y tomba, tua le curé qui allumoit un cierge à la lampe, et renversa six autres personnes. L’église parut, un instant après, tout en feu, et l’on éprouva un autre coup de tonnerre qui renversa 80 personnes.
« Cet événement est remarquable par les faits singuliers du tonnerre. Un homme qui sonnoit la cloche, et qui avoit laissé son chapeau à dix pas de lui, le trouva entre ses bras ; un autre se fit enlever les souliers de ses pieds, qui étoient sans doute fort larges, comme le sont les souliers des paysans; ils furent portés à une petite distance, sans avoir été brûlés, et sans que les boucles eussent reçu aucune altération. Un rideau, qui couvroit un retable, fut enlevé de la tringle qu’on trouva dans les pitons, comme si elle n’avoit pas remué : il faut qu’elle y fût retombée après avoir été soulevée par l’action du tonnerre, qui, dans le même instant, fit glisser les anneaux du rideau avec la force et la rapidité que tout le monde connoît à ce météore. »
  • Sources : Jean-Pierre Papon, Voyage littéraire de Provence: contenant tout ce qui peut donner une idée de l’état ancien & moderne des villes, les curiosités qu’elles renferment, la position des anciens peuples, quelques anecdotes littéraires, l’histoire naturelle, les plantes, le climat, & cinq lettres sur les trouvères et les troubadours, Chez Barrois l’Aîné, Paris, 1780.

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