Le gang des confiances brisées (Sainte-Maxime, 26 février 1868)

Le 26 février 1868, Marie Brun entrait au service d’une femme veuve, Madame Cauvy, propriétaire à Sainte-Maxime (Var). Cette dame ayant bientôt remarqué que sa domestique entretenait des relations trop intimes avec ses voisins, les époux Piovant, dont la réputation était mauvaise, elle avertit les parents de la jeune femme qui la rappelèrent chez eux à Monêtier, près de Briançon (Hautes-Alpes), sous le prétexte d’une prétendue maladie de son frère.
Quelques heures après qu’elle fut partie, le 21 avril, Mme Cauvy constatait la disparition d’une somme de 600 francs, de plusieurs châles, et autres effets mobiles renfermés dans un placard.
Deux jours plus tard, Mme Cauvy dut recourir à l’aide d’un serrurier pour en ouvrir un second, où l’on avait pris 25 mètres de percaline sans toucher cependant à une somme de 150 francs laissée là pour les dépenses courantes. La serrure d’une garde-robe placée dans la chambre de Madame Cauvy était dérangée. Là encore le secours du serrurier devint nécessaire. Une somme de 3200 francs déposée à l’intérieur du meuble dans un tiroir fermé à clef avait disparu, ainsi que des dentelles, des jupons et plusieurs pièces d’étoffe. On avait également ouvert deux tiroirs d’une commode fermés à clef et l’on s’est emparé d’une montre en or, et d’une chaîne du même métal, à laquelle étaient attachées deux croix d’argent. Enfin, plusieurs autres soustractions de linge ou effets mobiliers furent aussi constatées.

Le rôle des complices

La justice informée fit immédiatement opérer au domicile de Marie Brun à Monêtier une perquisition qui amena la découverte d’une partie des objets volés. Dès son premier interrogatoire, l’accusée fit des aveux. D’après ces aveux, le vol avait été commis par elle de concert avec les époux Piovant et à leur instigation.
Le 20 avril, Marie Brun, qui devait s’absenter avec sa maîtresse, avait enfermé dans la maison la femme Piovant. Celle-ci, après avoir ouvert au moyen de crochets les différents meubles dévalisés, avait fait un paquet de tous les objets soustraits et les avait laissés à sa complice en lui disant que son mari viendrait le prendre le soir du même jour. Il s’était en effet présenté à l’heure indiquée et avait emporté les objets volés dans son domicile.
Après le vol, Marie Brun, au lieu de rentrer directement dans son pays, s’était arrêtée à Marseille où Piovant lui avait apporté une malle contenant une partie du butin, plus une somme de 600 francs.
À la suite de ces aveux, la justice fit une perquisition au domicile des époux Piovant, où furent trouvés un coupon d’étoffe et six serviettes dont cinq démarquées et la sixième aux initiales B. C. que Mme Cauvy a déclaré lui appartenir. Après de nombreuses dénégations, la femme Piovant fit elle aussi des aveux. Ses déclarations concordaient en général avec celles de Marie Brun sur les points principaux, mais elle rejeta sur sa complice l’idée première du vol.
Les crochets employés par elle pour forcer les serrures avaient été soustraits par son mari chez un maréchal-ferrant. Quant à Piovant, il repoussa mais en vain toute culpabilité. Il finit par convenir seulement de sa rencontre à Marseille avec Marie Brun.

Le verdict de la justice

À l’audience du 27 octobre 1869, il avoua aussi que sa femme lui avait remis sur le produit du vol, soit 200 francs.
Le jury reconnut les époux Piovant coupables du vol qui leur était imputé et Marie Brun complice de ce crime. Il écarta toutefois les circonstances aggravantes de la fausse clé et admit enfin des circonstances atténuantes en faveur de la jeune femme et de l’épouse Piovant. En vertu de ce verdict, la cour condamna Piovant à six ans de réclusion, sa femme à deux ans de prison et Marie Brun à quinze mois de prison.
  • Source : Le Progrès du Var, 10 novembre 1869, p. 3.

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