Les abus du clergé (Forcalquier, 8 mai 1753)

Ce fait divers sur les abus du clergé en Provence en 1753 s’inscrit directement dans la Querelle des billets de confession, une crise religieuse et politique majeure de la France du XVIIIe siècle. Elle opposait le Parlement, défenseur des libertés gallicanes et souvent janséniste, au clergé ultramontain et aux jésuites, qui tentaient d’imposer l’acceptation de la bulle Unigenitus (condamnant le jansénisme) pour l’administration des sacrements. La sociologie des acteurs est claire : le Parlement, composé de magistrats (gens de robe) issus de la haute bourgeoisie, s’oppose à l’autorité spirituelle de certains curés et chapitres, affirmant ainsi sa souveraineté judiciaire sur les affaires ecclésiastiques et les droits des laïcs, même après la mort. Cette période témoigne de la montée en puissance de la justice royale face à l’Église.

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« Le 8 mai 1753, plusieurs conseillers des enquêtes dénoncèrent avec fougue les criants abus de divers curés du diocèse et de la province. A leur dire, des faits scandaleux s’étaient produits qui méritaient de retenir toute l’attention de la Cour.
À Puyricard et au Puy1, des prêtres avaient voulu exiger des billets de confession;
À Lauris, un vicaire avait refusé la communion à une femme qui se présentait à la Sainte Table;
À Forcalquier enfin, le lieutenant de la sénéchaussée, homme de bien, était mort sans recevoir les sacrements, sous le prétexte qu’il n’acceptait point la bulle. La moitié du chapitre s’était abstenue de suivre son convoi.
D’après MM. des Enquêtes, une répression prompte et exemplaire s’imposait et, à ces fins, ils demandèrent l’assemblée des Chambres2 […]
La Grand-Chambre […] ouvrit […] une information sur l’incident le plus grave, celui de Forcalquier. Le 7 juin, en suite de cette information, elle ordonnait que la délibération du chapitre de Forcalquier, injurieux pour la mémoire du défunt lieutenant, serait biffée et ajournait en personne les curés et prévôts du chapitre. Le 26 du même mois, le Parlement terminait l’affaire en réprimandant les accusés qu’il condamnait à 6 livres d’amende et auxquels il faisait interdiction expresse d’introduire à l’avenir des formules de profession de foi arbitraires. »

Notes

1. Le Puy-Sainte-Réparade.
2. Délibération du 8 mai 1753.

  • Sources : Remontrances et arrêtés du Parlement de Provence au XVIIIe siècle : 1715-1790″, Robert, Paul-Albert, Paris, 1912.

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