En 1786, Maître Delui, menuisier aixois, écrit aux consuls et assesseurs du pays d’Aix une lettre dans le but de vanter les qualités de son invention : un pressoir à huile qu’il dit révolutionnaire, puisqu’il ne nécessite que trois hommes au lieu des neuf qu’emploie un pressoir traditionnel.
L’huile d’olive est alors, comme Delui le rappelle lui-même, l’une des principales richesses de la Provence. Sous l’Ancien Régime, un inventeur ne bénéficie d’aucune protection automatique de ses idées : pour obtenir un monopole d’exploitation, comme les quinze ans que Delui réclame ici, il doit convaincre directement les autorités d’accorder un privilège par lettres patentes. C’est une pratique courante avant l’instauration du système des brevets d’invention, qui ne sera créé qu’en 1791.
Delui demande 1 200 livres pour chaque pressoir vendu, somme qu’il qualifie lui-même de « modique ». À titre de comparaison, un journalier de la fin du XVIIIe siècle gagnait alors autour de 250 à 300 livres par an : la somme réclamée représentait donc l’équivalent de trois à quatre années de son salaire, loin d’être une bagatelle.
Les consuls et assesseurs auront-ils été convaincus ? Voici la lettre qu’il leur adresse :
« Messieurs les consuls et assesseur du pays d’Aix, procureurs du pays,
Messieurs,
Le produit des oliviers fait la richesse de la Provence. C’est la plus belle, la plus lucrative de nos récoltes.
Il vous a été proposé beaucoup de moyens pour préserver des vers et autres accidents qui le dégradent et souvent font périr l’arbre précieux qui produit l’olive ; vous les avez favorablement accueillis, quoiqu’on ne pût démontrer publiquement leur avantage, parce que vous êtes toujours disposé à faire le bien général.
Aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous présenter, Messieurs, non pas un objet de pure métaphysique, ni des spéculations vagues, impossibles à vérifier, mais un nouveau pressoir, dont j’ai imaginé la proportion, calculé la force et le mouvement de manière qu’au lieu de neuf hommes qu’il faut employer journellement aux moulins et dont six sont à la barre, il ne sera plus besoin en tout que de trois, et de plus l’olive rendra le 5 pour cent au-dessus du produit ordinaire et connu.
Si je démontre la certitude de ces deux points, j’ose me flatter que vous voudrez bien, Messieurs, m’accorder lors de l’assemblée des États un privilège exclusif de construire et de vendre dans toute la Provence pendant quinze ans ces pressoirs, au prix de 1 200 livres, somme modique relativement à mes débouchés et au bénéfice que je procure.
Comme vos suffrages ne peuvent se déterminer que d’après une entière conviction, j’offre de faire préalablement l’épreuve de mon pressoir sous vos yeux, et je vous supplie de m’indiquer le jour qu’il vous plaira d’y assister en novembre prochain.
Il est inutile que j’en préconise les effets et les avantages : si j’en démontre la certitude et la solidité, ils parlent d’eux-mêmes.
Six hommes de moins à payer et à nourrir chaque jour, et le 5 « Messieurs les consuls et assesseur du pays d’Aix, procureurs du pays,
Messieurs,
Le produit des oliviers fait la richesse de la Provence. C’est la plus belle, la plus lucrative de nos récoltes.
Il vous a été proposé beaucoup de moyens pour préserver des vers et autres accidents qui le dégradent et souvent font périr l’arbre précieux qui produit l’olive ; vous les avez favorablement accueillis, quoiqu’on ne pût démontrer publiquement leur avantage, parce que vous êtes toujours disposé à faire le bien général.
Aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous présenter, Messieurs, non pas un objet de pure métaphysique, ni des spéculations vagues, impossibles à vérifier, mais un nouveau pressoir, dont j’ai imaginé la proportion, calculé la force et le mouvement de manière qu’au lieu de neuf hommes qu’il faut employer journellement aux moulins et dont six sont à la barre, il ne sera plus besoin en tout que de trois, et de plus l’olive rendra le 5 pour cent au-dessus du produit ordinaire et connu.
Si je démontre la certitude de ces deux points, j’ose me flatter que vous voudrez bien, Messieurs, m’accorder lors de l’assemblée des États un privilège exclusif de construire et de vendre dans toute la Provence pendant quinze ans ces pressoirs, au prix de 1 200 livres, somme modique relativement à mes débouchés et au bénéfice que je procure.
Comme vos suffrages ne peuvent se déterminer que d’après une entière conviction, j’offre de faire préalablement l’épreuve de mon pressoir sous vos yeux, et je vous supplie de m’indiquer le jour qu’il vous plaira d’y assister en novembre prochain.
Il est inutile que j’en préconise les effets et les avantages : si j’en démontre la certitude et la solidité, ils parlent d’eux-mêmes.
Six hommes de moins à payer et à nourrir chaque jour, et le 5 pour cent de plus sur le produit des olives, valent mieux que tous les raisonnements possibles pour prouver que les possédants bien ainsi que les maîtres des moulins y gagnent immensément.
Ce n’est qu’après beaucoup de dépenses et de soins que je suis parvenu à perfectionner un ouvrage si utile. J’espère qu’il trouvera en vous, Messieurs, des protecteurs ; tout ce qui est utile aux citoyens est digne des regards des pères de la patrie ; et je ne cesserai de faire des vœux pour la conservation de vos jours. »
Les archives municipales d’Aix-en-Provence, qui conservent ce mémoire, ne nous disent malheureusement pas la suite : on ignore si Maître Delui obtint son privilège, si son pressoir fut effectivement construit, ou si son invention connut le succès escompté.
- Sources : Archives municipales d’Aix-en-Provence, HH1, pièce 37 : Mémoire du sieur Delui, maître-menuisier, d’Aix, pour un nouveau pressoir pour les olives qu’il avait inventé – 1786.

Extrait du mémoire de Maître Delui, 1786 (AM Aix-en-Provence, HH1, pièce 37).
