Chants séditieux (Aix-en-Provence, 20 octobre 1850)

  • Sources : Archives municipales d’Aix-en-Provence, cote I1, pièce 14, art. 10.

(20 octobre 1850)

« L’an mil huit cent cinquante et le vingt un octobre à trois heures de relevée, nous Jean Baptiste Dayre, commissaire de police, rapportons ce qui suit.
Général Changarnier, estampe de Jeoffroy, lithographe. Éd. chez Dopter, Paris, 1848. Bibl. nat. de France.

Général Changarnier, estampe de Jeoffroy, lithographe. Éd. chez Dopter, Paris, 1848. Bibl. nat. de France.

Hier au soir, sortant du théâtre à onze et demie avec M. Nicolas, notre collègue, accompagnés tous les deux par les agents de police et sergents de ville, nous avons entendu étant dans la rue Pont Moreau des chanteurs venant de la rue du Collège et chantant: « Aux armes, courons à la frontière, nous mettrons au bout de nos fusils les Changarnier, les Radeski, le Président, le Pape aussi ».
Arrivés presque sur la place des Prêcheurs et continuant toujours de chanter, nous nous sommes mis à leur poursuite et nous en avons attrapé deux sur six ou sept qu’ils étaient. Conduits à la mairie, nous les avons déposés au violon en attendant de connaître les autres.
Les individus déposés au violon se nomment Arnaud Noël, cultivateur, âgé de 19 ans, et Baumas François, meunier, âgé de 35 ans.
Les autres, d’après un avertissement, se sont rendus au bureau conduits par M. Camoin, leur maître, et ont dit se nommer 1° Baptistin Bourely, 2° Long Jean Baptiste et 3° Gabriel Blanc.
Le nommé Blanc Joseph, âgé de 27 ans, domicilié à St Cannat, d’après le témoignage des susdits y était aussi; c’est le frère de Gabriel Blanc.
Comme les susdits ont chanté des chansons séditieuses, nous avons dû les faire déposer à la maison d’arrêt de cette ville pour y être gardés à la disposition de M. le procureur de la République.
De tout ce dessus, nous avons rédigé le présent procès verbal pour servir et valoir ce que de droit. »