Chaud devant ! (Sisteron, avril 1872)

sisteron-montagne-de-la-beaumeUn cultivateur des environs de Sisteron (Basses-Alpes) avait un fils paralysé depuis longtemps par des rhumatismes articulaires.
Ayant vainement essayé de tous les remèdes, il eut la malheureuse idée de recourir à un procédé que la superstition déclare infaillible.
Un jour, après avoir retiré son pain du four, il y introduisit son fils, les pieds en avant, entourés de couvertures, la tête près de l’orifice.
La porte était restée entrebâillée de manière à ce qu’un filet d’air arrivât sur la tête du patient.
Précaution inutile ; le malheureux jeune homme ne tarda pas à être suffoqué. Il gémit, on le retira de son antre. Trop tard. Les vomissements le prirent et quelques heures plus tard il mourait.
Il ne fallait pas être un bien grand clerc pour prévoir ce résultat.
La preuve que le paysan de Sisteron avait quelques appréhensions, c’est qu’il avait laissé la porte entrouverte.
Mais il avait foi en la superstition !
Devant le tribunal de Sisteron d’abord, puis la cour d’Aix, il a avoué ses torts en pleurant ; il n’expiera que par six jours de prison sa grossière ignorance.
  • Le Petit Journal, 3 mai 1872, p. 1.
  • Photographie : DR.